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lundi 25 avril 2022

La France est-elle en indigence ?

La France est-elle en indigence ?

La pauvreté matérielle se mesure selon des critères économiques, le revenu, les indices du coût de la vie etc., mais il existe d'autres forme de misère, je parle de l'indigence culturelle qui augmente à vue d'œil ainsi que l'épaisseur de la vulgarité qui se consolide… parmi les prétendues élites qui ne parlent que de « croissance » : s'imaginer que l'on puisse croître toujours plus, au mépris de la loi naturelle de l'arrêt évolutif marqué sur le secteur « hyponeurien » est en effet une grave erreur, j'allais dire une vulgarité issu de l'ignorance, à moins qu'il ne s'agisse d'une obstination décidée en vue d'un enfoncement dans la voie du non-retour.

L'empire du « faire » marque son territoire, avec le projet civilisationnel qu'il impose au travers de ses options productivistes : travailler plus, travailler plus longtemps, gagner plus, « faire plus », tout faire pour « sauver le système ». La réalité se courbe-t-elle à cette conception de l'existence ? L'ignorance de la réalité, de son Code, s'abrite sous un langage hyper-technique d'experts qui croient en la continuité linéaire du déjà-existant. Une illusion fondée sur une logique de la perpétuation du même. Le comique Buster Keaton a mis en scène cette situation : visage impassible, il conduit une locomotive dont les rails s'enfoncent dans la mer. Il voit s'approcher l'océan, il sait que la voie ferrée conduit droit dans les abysses, mais il continue avec passion d'enfourner du charbon dans la chaufferie de la locomotive. S'engouffre-t-il dans la mer, avec sa machine, qu'un gros plan sur son visage le montre passionnément actif, la pelle à la main, car il s'agit pour lui de ne jamais s'arrêter, de conduire le train au-delà de l'absurde. Nous en sommes là : à nous persuader que la limite du réel recule et qu'il nous est permis de persister à « faire comme si de rien n'était ».

L'Alphabet hébreu nous enseigne que l'évolution du côté quantitatif est bloquée en Tzadé final (valeur 900). Qu'aucune extension d'espace ne lui est concédée. La température de la chaudière atteint son maximum entropique au-delà de laquelle elle explose. Les sciences l'ont observé et décrit au travers des travaux d'Ilya Prigogine et ses « structures dissipatives ». L'Alphabet hébreu est plus précis : il signale l'arrêt du chaos et la stratégie de survie. Dans le texte de Genèse, l'arrêt est représenté par l'apparition symbolique de l'animal qui en est le porteur allégorique, le Serpent Nahasch. Lorsque le Serpent paraît, le changement de cap s'impose. La cessation du « faire » devient une obligation, car l'énergie évolutive opère un transfert vers la branche évolutive d'En Face où il existe encore quatre étapes de progression, uniquement qualitatives.

On se reportera à La Face cachée du Cerveau pour en connaître le processus. Ce livre constitue le viatique indispensable à toute politique, à tout projet de développement réaliste.


« Croissance » et de « décroissance »

J'ai appris que certains réfugiés — illégaux, clandestins, je ne sais comment les nommer — tentent de traverser la Manche sur des matelas pneumatiques qu'ils propulsent de leurs bras afin de gagner les rives de leur El Dorado imaginaire. Ils sont entraînés au large par le courant très puissant à cet endroit. Ils connaissent le risque, ils savent que leur acte est insensé. Ils espèrent le miracle. Il se pourrait que nous soyons dans la même situation, assis sur un de ces matelas gonflés au gaz des illusions économiques, engagés dans une quête de bonheur fait de fausses croyances. Travailler plus, gagner plus, avoir plus… Ramer plus fort… Noble projet qui serait sanctifié s'il devait conduire à plus de liberté. Une liberté qui se dégagerait afin que nous puissions nous instruire, apprendre. Au lieu de cela, la plus-value de travail va à l'augmentation de la consommation, au grossissement du mastodonte qui espère, exige de s'enfler encore. Connaît-il sa limite ? Elle se situe à l'endroit précis du Tzadé final. C'est là que s'impose la cessation de toute forme de croissance.

Il n'y a pas non plus de « décroissance » — ce qui reviendrait à revenir en arrière du Tzadé 900 vers des formes antérieures et toujours situées sur la même branche évolutive. La notion de « décroissance » est conceptuellement une hérésie en ce qu'elle imagine que la solution pour sauver le secteur hyponeurien consiste à le préserver en reculant sur une ligne de front moins exposée au barrage qui se dresse sur l'avant. Naïveté et méconnaissance des lois évolutives que cette théorie de la « décroissance » que l'on opposerait à la « croissance », car l'énergie évolutive ne régresse jamais (sauf lors de l'épisode sporadique du retour archigénique), les espèces disparues ne reviennent pas, le « bon vieux temps » ne revient pas. La thèse de la « décroissance » voudrait que soient réduites les productivités… pour mieux les garder sur la même modélisation. Empêcher l'ex-croissance et donc décroître, afin de maintenir le « système » dans une limite acceptable, c'est encore et toujours sauver le « système ». Les théoriciens de la « décroissance » ne font qu'ajouter une option visant à la continuité de la dynamique hyponeurienne. Je les invite à voir de près comment fonctionne l'empire de l'hyponeurien, et pour cela, d'étudier la fourmilière. Le monde des insectes sociaux offre en effet l'image exacte de la société hyponeurienne.

 

La vie des fourmis est passionnante

Ce sont des hyponeuriens naturels, car leur système nerveux se situe en-dessous des mandibules et ils disposent d'un exo-squelette sous la forme d'une carapace de kératine. Il existe de nombreux ouvrages qui en décrivent l'organisation : l'individu n'y a aucune importance, il n'est qu'une force de travail au service de l'entité collective qui fonctionne comme un système en soi. Productivité, organisation automatisée, en croissance continue… jusqu'à un certain stade. Une fourmilière se développe selon un schéma stable, en croissance jusqu'à un certain point, à l'intérieur d'un cycle qui connaît sa fin. Il survient toujours, en été, un moment de maximalisation qui bouleverse totalement le fonctionnement. Est-ce l'influence de la lumière, de la température ? Les facteurs extérieurs favorisent-il ou déclenchent-ils les phénomènes ? Il s'agit plutôt d'une loi évolutive incontournable — archétypale — qui met le processus en route : la fourmilière soudain développe non pas une sur-croissance ou une « décroissance » pour se survivre, mais produit des individus ailés qui fuient le nid et reconstruisent, plus loin, une nouvelle niche. Il y a cessation de croissance. Apparition d'une mutation d'individus ailés. Envol. Fuite. Ce phénomène d'exode est observable chez les abeilles. Tous les apiculteurs surveillent l'état de leurs ruches dont ils savent qu'à un moment, sur un ordre systémique s'imposant à la structure que forme la ruche vivante, une migration d'abeilles s'organise autour d'une nouvelle reine en devenir. Il n'y a ni « croissance infinie » ni « décroissance », mais exode. Quête d'un nouveau lieu. Refondation d'une colonie.

Il ne s'agit certes pas d'imiter le mode de vie des abeilles, car l'humain n'appartient pas à la catégorie des hyponeuriens, mais de prendre note de la loi naturelle qui impose sa règle sur toutes les espèces vivantes : la « non-croissance continue » est une loi du vivant, contre laquelle les trépignements des économistes ne pourront rien. De même la « décroissance » est une fiction, une innocence — ou une supercherie inventée par ceux-là même qui voudraient la perpétuation de l'étant.


Nous sommes des réfugiés de l'esprit

Nous sommes des exilés ne trouvant plus de territoire où poser leur être. La France est « occupée », non par des immigrés désespérés, mais par une idéologie du « faire » conçue par des absolutistes aux idées vissées dans la matière : qu'ils soient de droite ou de gauche dans l'échiquier politique, ils ne représentent que des modulations du même système hyponeurien selon des modes d'application différents de l'emprise matérielle.

Où aller ? Où fuir ? Partir sur la lune où se reconstruirait une humanité fomentant les mêmes concepts ? 

Il n'y a pas d'autre lieu. C'est ici-même que tout se passe. C'est ici que doit s'opérer le « changement de paradigme ». Remplacement d'un style de pensée par un autre.  Changer de logiciel, dirons-nous en terme d'informatique, à cela près que nous n'avons pas à l'inventer, mais simplement à prendre connaissance du logiciel qui gouverne la réalité. Quelles sont les lois du réel ? Quel en est le code ?

Nous voulons « sauver la planète ». Les experts préconisent de limiter le réchauffement climatique, de grands congrès internationaux d'année en année alertent les populations, qui cependant ne réfléchissent qu'en termes de « faire » et ne posent pas, en thèse initiale des discussions, la question fondamentale de l'identité de notre terre. Sur quelle planète vivons-nous ? Qu'est ce que l'humain ? Quelle est sa vocation, son sens ? Que faisons-nous ici ? Tous ces débats de techniciens finissent par des compromis de faisabilité, moins de charbon, plus de renouvelable… tandis que la vraie question de la destinée humaine est écartée. Les « coop26, 27, 28 » se suivent, précisément afin que le système se perpétue, s'arrange avec lui-même de sorte que l'hyponeurien — qui organise ces réunions — se survive « quoi qu'il en coûte » et continue de présider. L'ONU est devenue l'organisme officiel de cette bonne conscience que l'hyponeurien se donne à lui-même, à la fois moraliste et vertueux promettant de tout faire pour améliorer le sort du monde à condition que toute référence sacrée soit bannie du débat.


Un peu d'humour

Les extravagances de la pensée hyponeurienne, linéaire, dite « raisonnable », sont la source de nombreux comiques. Je suggère de regarder quelques films de Stan Laurel et Oliver Hardy. On les voit effectuer la livraison d'un piano dans une rue en pente de San Francisco. Ils optent pour la solution la plus évidente à leurs yeux, le bon sens même, qui consiste monter le lourd instrument par un interminable escalier jusqu'à la maison où il doit être déposé. Tout en componction et gravité, sûr de lui, Oliver Hardy incarne à merveille le sérieux de la technicité absurde tandis que Stan Laurel, devant le caractère irréaliste de la tâche, s'enfonce dans un état de panique désarmant. Tout le film montre leur ingéniosité saugrenue, constamment mise en échec pour gravir la colline : l'hyponeurien attaque toujours par l'extérieur, par le plus compliqué, de manière obstinée, s'enfonce dans l'échec croyant le résorber, ne renonce jamais, envisage des améliorations, mais toujours à l'intérieur du même, ne conçoit pas qu'il existe une autre méthode que la sienne, refuse toute alternative, suscite des disputes internes entre les partenaires mais dont aucun ne s'imagine qu'ils sont collectivement dans l'erreur. Ce film est hilarant, surtout quand on pense qu'il décrit l'état de notre civilisation qui voudrait monter tout en haut le noble instrument de la vérité au moyen d'une méthode aussi absurde qu'inefficace, tandis qu'il existait une voie aisée et directe — la Connaissance — qui accédait à la maison. En effet, parvenus au sommet de la colline, exténués, les deux complices s'aperçoivent qu'ils auraient pu tout simplement suivre la route montante qui conduisait droit devant le portail de maison où le piano — métaphore du Code sur lequel pianoter — devait être livré. La prise de conscience survient… à la toute dernière image du film. Le clash entre l'immensité des efforts inutiles déployés et la simplicité de la bonne solution (manquée) déclenche le rire… Reste à espérer que nous ne serons pas aussi absurdes que nos héros.


Le saut quantique vers l'épineurien

« Le vrai changement se situe dans la sphère de l'esprit » écrivait Vaclav Havel, président de la République de Tchécoslovaquie, qui avait compris, à la lecture de La Face cachée du Cerveau qu'un de nos amis lui avait personnellement remis, que le changement civilisationnel ne pouvait se concevoir sans le paradigme d'une actualisation de la Connaissance.

Le vrai changement consisterait à retourner la polarité dominante, inverser le sens de rotation des intelligibilités du monde. Opérer un « saut quantique » afin que se réalise non pas la « transition écologique » mais la « mutation spirituelle ». Faire en sorte que l'électron de notre modélisation actuelle du monde, jusque là rivée sur l'orbite de la continuité linéaire saute sur une orbite toute différente ou qu'elle change de noyau autour duquel effectuer sa rotation. Il s'agit d'opter pour la polarisation « épineurienne » (cf La Synthèse des Sciences). Entre d'autres termes, être enfin humains. Répondre à une définition de l'humanité qui intègre sa dimension spirituelle. Cette dimension implique l'idée de responsabilité face à la Création… idée qui rebute, déplaît, contrarie, en raison d'une mauvaise compréhension du rôle des religions.

Elles sont des cristallisations anciennes et locales d'une compréhension symboliste du monde, alors que la Connaissance actualisée s'appuie sur une libération de ces symboles, une mise au clair des lois archétypales gouvernant le réel, mise en corrélation avec les sciences. Le nouveau paradigme issu de cette rencontre entre Connaissance actualisée et sciences est pleinement explicité dans l'ouvrage La Face cachée du Cerveau, dont on regrette que l'UNESCO — ce serait la mission — n'intègre pas la mise au clair. Mais à y bien réfléchir, ce dédain est compréhensible, car cet organisme (comme Oliver Hardy avec son piano) défend son point de vue unique, étant lui-même issu du secteur hyponeurien dont il soutient l'éminence ; il ne saurait permettre d'intrusion de l'élément perturbateur qui en ferait exploser la confortable innocuité.

Il manque à ces honorables institutions, aux politiques et à leurs programmes de donner une bonne définition de l'humain. Qu'est-ce que : être humain ? C'est opter pour l'énergie évolutive (Yod) ; s'impliquer dans le projet selon que le conçoit le système du vivant (Schin) ; activer son cerveau (Rosch) pour en connaître les lois ; se lier à l'Absolu (Alef) qui en est l'instigateur ; travailler à mieux comprendre cette organisation du vivant et l'enseigner (Lamed). Partant de cette définition, il sera possible de refonder la charte des Nations-Unies, en la transformant en une charte des Cœurs-Unis. Il est possible de construire une civilisation où le critère éthique l'emportera, critère édifié selon la pensée épineurienne qui a le privilège, au cours de l'Evolution, d'avoir développé la conscience. Pourquoi ne pas s'en servir ?

Un beau programme politique, au service du Cœur…

lundi 11 avril 2022

Les Hyponeuriens au pouvoir…

 Par Dominique Blumenstihl-Roth

 
J'ai remarqué que les candidats à l'élection présidentielle (même les deux candidats qui ont été sélectionnés pour le second tour) souffrent d'une méconnaissance du destin de la France. Cependant, il en sentent obscurément la pression. 
De quoi serait fait ce destin ? Aucun ne parvient à donner corps à ce vague ressenti qui leur donne parfois de belles pages lyriques.
Je n'ai trouvé chez aucun d'eux (d'elles) une interrogation qui porterait  sur le rapport de l'homme avec l'absolu. Ce ne sont que des programmatiques pratiques qui, même mises bout à bout, ne forment pas de vision, moins encore de projet. Les mots pourtant jaillissent : projet civilisationnel, renouveau de la pensée (mais à condition que ce renouveau se fasse avec la pensée ancienne…)
Ce sont des acteurs agissant exclusivement dans le domaine du « faire » et qui n'envisagent pas qu'il puisse exister d'autres forces supérieures à leur volonté de pouvoir.  Leur « faire » est essentiellement inspiré par la technicité… et des justifications que ce « faire » s'attribue lui-même. Faisons, toujours plus, afin que l'entropie augmente, dans la croyance naïve de l'éternelle croissance alors que les sciences naturelles ayant étudié les lois évolutives du Vivant observent que tout cycle subit des lois archétypales incontournables : et celle de l'arrêt en phase terminale n'est pas la moindre qui a valu la disparition de nombreuses espèces.

Nos politiques pensent en termes d' « hyponeuriens ». C'est par ce concept que les zoologues désignent les espèces où le système nerveux se situe en-dessous du système digestif, par exemple les arthropodes. C'est le « faire » qui commande chez eux, toute pensée étant reléguée sous la forme de réflexes automatiques dirigés par un ganglion nerveux situé en arrière et sous le corps. En inversion totale avec les formes développées par les « épineuriens » que sont les mammifères où le cerveau se situe au-dessus de l'appareil digestif.
Notre société productiviste fonctionne sur le schéma hypo (en-dessous) plaçant les forces « faisantes » au commandement. Faire, produire, et reléguer l'être à la fonction d'agents de production. C'est le modèle d'évolution propre… à la termitière.
Ce modèle de pensée centré sur la polarisation hyponeurienne a des conséquences désastreuses. La planète tout entière en souffre : l'Homme n'est pas à sa place, et la conscience, comme phénomène évolutif voulu par la Vie est bannie.
Les sympathiques manifestations écologiques de Greta Thunberg n'y changeront rien, ni la succession des « Coop26 », qui croient pouvoir réformer de l'intérieur un système alors qu'il faut le quitter. Tout d'abord le nommer, l'identifier, le situer sur l'arbre évolutif. Puis le quitter — non par une révolution violente, mais par une prise de conscience individuelle, puis collective.
Il s'agit donc de quitter l'esclavage de l'hypo-productiviste et se rendre vers le nouveau lieu, d'essence « épineurienne ». C'est une montée vers le sens qui se propose, une rencontre avec l'esprit du Vivant qui nous pense.
Ce nouveau lieu s'appuiera sur le Code de la Vie, fondant la Civilisation de l'Universel. Le Code des archétypes pourra en être l'ouvrage-clé.
Loin derrière nous les illusions de croissance infinie, loin derrière nous les briques d'Egypte et l'esclavage. Seront reléguées les méchancetés du système hypo, remplacées par une lecture du monde intégrant la dimension sacrée de la vie, en lieu et place de la priorisation du seul « faire ».
 

vendredi 1 avril 2022

Lire les signes, comprendre la lumière…

Par Dominique Blumenstihl-Roth
 
Cela fait des semaines que je n'ai pas serré la main à quelqu'un, crainte du Covid oblige, la poignée a été remplacée par d'autres gestes.
Mais aujourd'hui, la chance m'a souri. Me promenant le long de la rivière qui traverse mon village j'ai croisé une jeune femme accompagnée de ses deux enfants, une fille et un garçon qui jouaient au ballon. Un beau ballon de football bleu sur lequel était écrit le mot « France ». Et voilà que le ballon s'échappe et roule dans l'eau. Le courant l'entraîne. La jeune femme ramasse une branche, elle réussit à ralentir le ballon. De mon côté, je descends vers la berge où je trouve une branche dont le bout présente une fourche et je réussis à ramener la balle vers le bord. La jeune femme me tend la main : — prenez ma main, dit-elle, je vais vous aider pour remonter.
Je lui dis : — Que ne ferait-on pour toucher une main amicale. — Ne tombez pas dans l'eau, quand même, répond-elle en riant. Je rends la balle aux enfants, et mon attention est particulièrement attirée par le mot « France ». Puis je réfléchis au sens de tout cela.
N'était-ce pas un symbole vécu ? Une mise en scène — allégorie — dont il faut tirer le sens ? La vie n'arrête pas de faire du théâtre… De quelle lumière éclairer un événement dans notre vie pour en comprendre le sens ?
 
La France voguerait-elle au gré des flots, emportée par le courant de l'Histoire sans parvenir à connaître qui elle est, ce pourquoi elle existe ? Ce ballon « France » tombé à l'eau est-il l'image du destin non maîtrisé, non connu — à peine pressenti par quelques intuitions ? Mais le ballon symbolique, portant le nom de France, est tiré hors de l'eau. Il est rendu aux enfants, à la jeune génération. Et une main secourable de femme a permis cette sortie heureuse. Un beau présage dont je donne ma lecture afin de rendre public le signe et son sens. Car un signe non partagé tend à rester inerte, il a besoin de sortir au grand jour, afin que sa protéinisation soit effective.
Je ne crois pas qu'aucun des candidats à l'élection présidentielle d'avril 2022 ait une idée exacte du destin du pays dont il (elle) voudrait la charge : ces candidats lisent-ils les signes ? Je ne doute pas que la vie leur en envoie, reste à savoir s'ils savent les lire et s'ils ne subissent pas, dans leur esprit excessivement polarisé dans le domaine du « faire », de redoutables inversions…

Lire les signes que la vie nous envoie est une des techniques pour interpeller l'Appel qui nous détermine : les signes convergent dans sa direction. Les signes répondent à nos questions et les réponses, souvent inattendues, surprenantes, expriment l'opinion de la vie intégrant l'information première de l'Appel. Les signes sont cohérents entre eux, sur le rail de la liberté essentielle qui nous est accordée. Liberté d'être ce que nous sommes appelés à être.
Mais que ce soit clair : nul n'est « voué » à être un assassin. Il ne le devient que par inversion de l'Appel, au gré de circonstances, influences, manipulations etc. Il n'existe pas d'ADN spécifique de tueur, de malfaiteur. Le Mal est l'inversion de l'Appel : la nuit n'est pas première en soi, elle est absence de lumière. L'obscurité n'est pas l'origine, elle n'est que l'effet d'une absence. Elle résulte de l'absence de lumière : une lumière nécessairement pré-existante, mais retenue dans son retrait.
La Torah est assez claire à ce sujet. L'obscurité régnant au début de Genèse — « des ténèbres couvraient la face de l'abîme » — n'est pas une donnée première bien qu'elle apparaisse au verset 2. Dieu dit « que la lumière soit ». Cette parole-là est première bien qu'elle n'apparaisse qu'au verset 4 : l'obscurité du Qui fait sans lumière est la conséquence du retrait antérieur d'une lumière déjà présente mais dont l'occurrence ne surgit qu'au verset 4.
 
 


La lumière (Aor) א ו ר 
est le 23e mot de la Bible, et s'écrit Alef,Vav, Resch. Le système divin est aux commandes, dans le cycle (Vav) s'ouvrant sur la structure Rosch. 
L'Alef en initiale du mot Aor signale la prééminence de la lumière : elle est première, bien que le premier mot Béréchit ouvrant Genèse commence par un Bet, deuxième lettre de l'Alphabet. Ce Bet ouvrant le « Commencement » implique que l'Alef non écrit lui soit antérieur mais il demeure invisible, dans le domaine du pur Qui Sait. Tandis que le Bet ouvre le domaine de l'existant réaliste, la lumière, par son initiale Alef, implique qu'elle soit conçue depuis le Qui Sait qui lui donne l'ordre d'exister. Parole sortant du néant, propulsée dans le réel et qui se transforme aussitôt en matière : la lumière est un transport de photons, donc un effet visible de cette projection du Verbe.
Le mot Aor signale que le système divin est aux commandes, dans le cycle (Vav) s'ouvrant sur la structure Rosch. « La lumière se fait quand le système Alef fonctionne en toute liberté et se rend intelligible de lui-même en révélant la structure dont il est la règle, le modèle Rosch, le cortex. »

« Et Dieu dit : que la lumière soit… » Ou plutôt : qu'elle se mettre à exister du côté Qui Fait, qu'obéissant au Qui Sait qui lui donne l'ordre d'être, elle franchisse la séparation interhémisphérique et éclaire le Qui Fait de ce monde. La lumière « était » déjà avant qu'elle n'arrive de notre côté… Non matérielle, elle patientait en retrait, dans l'attente de la parole lui ordonnant d'être.
Ce retrait de l'Informant, de l'énergie vitale, la kabbale hébraïque le dénomme phase Tzim du processus créateur Tzim Tzoum. Le Tz'm (retrait) n'a pas d'énergie, il en exprime même l'absence, en ce que ce mot hébreu s'écrit sans Yod. Cependant, pour prononcer le mot (Tzadé Mem), il est indispensable de dire le son de la lettre manquante. Sa prononciation « Tzim » appelle la lettre absente à s'écrire un jour, dans une phase ultérieure, créatrice et réparatrice. L'énergie est potentiellement là, mais ne se donnera à voir qu'en seconde instance dénommée Tzoum.
Lire l'Appel qui nous concerne consiste donc à s'ouvrir à la lumière telle qu'elle peut éclairer notre intelligence pour la compréhension de nos actes.

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Précisions sur la lumière
Il peut paraître surprenant d'entendre dire que la lumière précédait l'obscurité alors que de toute évidence, selon la lecture littérale et linéaire des versets, l'obscurité en premier couvrait la terre. Cela signifierait-il que les ténèbres aient été là avant ? Au verset 4, Dieu considère que la lumière était bonne. La bonne lumière viendrait-elle après les ténèbres ? Oui, en apparence. Non si l'on s'en remet au code archétypal : en effet, l'ordre « que la lumière soit », donné une seule fois, s'est nécessairement exprimé en deux instances dont la Torah, en Genèse, déploie l'instance créatrice seconde. La première instance de cette parole unique est restée dans le Tzim, dans l'attente de sa réitération donnant existence effective à la lumière. L'ordre « que la lumière soit » ne fut donné qu'une fois, conformément au protocole créateur usant du Redoublement : les choses se produisent en deux temps et « Dieu ne parle qu'une fois mais deux nous l'entendons ». (Psaume LXII, 12 et Job XXXIII-14). La création de la lumière ne peut échapper à cette modélisation. Dès lors la lumière qualifiée de bonne, issue de la Parole, est première, et cependant n'entre pas dans sa phase effective. L'ordre génère, en première instance, une inversion du côté Qui Fait qui absorbe la lumière ordonnée mais non réalisée, et l'anéantit, d'où l'obscurité… qui semble première.
Les ténèbres, quant à elles, sont toujours au pluriel tandis que la lumière est unique au singulier. Les Ténèbres interprètent la dispersion, l'éclatement entropique : elles sont non-lumière. Le mot hébreu correspondant est Hochek, douzième mot de la Bible depuis son début. La douzième lettre de l'alphabet hébreu est un Lamed, désignant l'enseignement : les ténèbres ont assurément quelque chose à nous apprendre sur elles-mêmes. 
ח שׁ ך
S'ouvre sur un Het, construit un pont qui débouche sur le Schin dont le point énergétique se trouve à droite, en potentialité de bondir vers la gauche dans le sens de l'écriture hébreue. Le Schin s'écrase sur un puissant Caf final : lettre d'ouverture de la seconde instance évolutive, le Caf est riche de promesses, mais sa forme finale semble bloquer cette évolution par sa forte barre descendante marquant l'obstacle… Seule l'arrivée de l'énergie de la lumière pourra dissoudre cette barre d'arrêt et ouvrir l'évolution cyclique aux lettres suivantes : l'Alef du mot Aor pulvérise l'arrêt que marquent les ténèbres en Caf final, ouvre un cycle (Vav), dont le projet est de présenter à la lumière du jour la lettre Resch, renvoyant à Rosch, le Cerveau cosmique.
 
Ce passage qui ouvre la Torah, où la lumière est qualifiée de « bonne » est un concept applicable à notre vie, à tous les cycles vivants : il y a toujours une lumière qui finit par percer lorsque le cycle dévolu à l'obscur prend fin. Obscurité couvrant le réel, jusqu'au 23e mot de Genèse qui inhibe sa puissance. Aor en position 23 est le mot ordonnant l'apparition de la lumière qui aussitôt est. Elle est que parce qu'elle a été dite et cette parole a généré cette réalité en deux impulsions successives dont la première demeure non visible. La lumière se déploie nécessairement en deux temps, et elle prend le pas sur les ténèbres, ainsi en est-il de la Connaissance qui triomphera de l'ignorance. Le secours de la Lumière est inévitable.
 
Lire à ce sujet :
Don Quichotte la révélation, p. 341 et suivantes, entretiens avec le prof. Paul Forlot.
Voir : le film indien "Black", de Sanajy Beela Bhansali

jeudi 24 mars 2022

L'archétype de l'Inversion. La France en est-elle la victime?

par Dominique Blumenstihl-Roth

 
La structure d'Absolu présente deux hémisphères. Le néocortex humain en donne l'image. L'un de ces hémisphères possède l'aire du langage. Il dit, tandis que l'autre… traduit, tendant à inverser, en raison de leur disposition en miroir. L'un donne et l'autre prend. Celui qui donne, donne toujours. Celui qui prend, prend toujours et ne peut que prendre. Le geste de prendre suppose un vide. Il est comblé momentanément par la chose prise. Mais celle-ci s'en va aussitôt qu'utilisée. Le vide se creuse à nouveau, se comble provisoirement, dans une incessante captation de la vacuité faisant le plein. C'est le temps vide qui se nourrit des événements remplissant une vie. L'informant donne, le vide appelant est comblé… provisoirement. Loi de l'amour donné qui sans cesse donne, et de l'amour reçu qui sans cesse augmente son appel… 
C'est aussi la loi du possible excès de l'insatiable qui, parvenu à son paroxysme, retourne sa dépendance en haine à l'égard du donateur : pour s'affranchir du lien, il cherche à éliminer celui qui lui prodigue la nourriture informationnelle afin de pouvoir se prétendre seul.
La négation exercée à l'encontre du donateur est à la source de l'antisémitisme, expression d'une inversion consolidée en haine.
 
L'inversion est une réalité fonctionnelle
L'apparition de l'interprétat négatif, surtout quand il prend une forme obsédante, signale la présence de la « régularité fonctionnelle ». C'est par le terme « archétype » que le psychanalyste Jung a nommé  ces « régularités » dont il a pressenti la tension sur les événements, mais en tout respect de son œuvre immense, il convient de reconnaître qu'il n'en a pas dressé la liste, et n'a donc pas pu les inscrire dans un principe d'unité qui est à lui-même un archétype. Il ne les a pas raccordé à la cohérence d'une structure qui en serait le réceptacle conditionnant. Mais qu'irions-nous adresser des reproches au savant ? Je crois qu'il a poussé son enquête aussi loin qu'il a pu, laissant le champ ouvert à d'autres investigations devant résoudre l'énigme du Modèle d'Absolu qu'il avait sans doute pressenti. Grâce aux travaux de Dominique Aubier, le Code des archétypes a pu être identifié, il a été publié sous le titre La Face cachée du Cerveau. Cet ouvrage situe le code archétypal dans une unité fonctionnelle d'essence corticale, animée par une énergie activant un système soumis à la structure récipiendaire. Il en résulte la mise au clair de la trame des lois universelles que des chercheurs brillants tels René Guénon ou Mircéa Eliade avaient soupçonnées — sans parvenir à les percer.
 
L'interprétat négatif source de conflit
L'un des archétypes — nommés également arcanes, unité de signification — est l'Inversion. Présente dans le fonctionnement mais non visible au microscope, elle est un effet de la dualité des hémisphères en miroir. Observable dans les faits, elle ne l'est pas dans la structure dont elle subit le conditionnement. Mais chacun peut la constater, en soi et autour de soi. « On reconnaît sa présence dans l'interprétat négatif qui lui accordent les faits qui l'extériorisent ». Description : « Ce qui était à l'endroit informationnel une donnée positive devient, côté manifestant, une précision négative ». Car s'opposer à une sommation, c'est aussi une manière de la percevoir…
Dans toute unité corticale, l'énergie circule de Droite à Gauche, et retour, allant de l'hémisphère Qui Sait vers l'hémisphère Qui Fait (dénomination du neurologue Deglin) avec changement de régime et inversion à la frontière, ce qui donne prise à l'archétype de l'Echange Latéral. Cela est valable pour toute unité vivante, dans toute structure unitaire où il se développe toujours une dualité — y compris dans les régimes les plus totalitaires qui deviennent totalitaires précisément parce qu'ils s'acharnent à ne pas accepter l'existence de l'Autre, partenaire en symétrie. Le totalitarisme est donc une négation de la réalité structurelle édifiée en dualité, négation de l'Echange Latéral, et cristallisation dans l'Inversion négatrice d'un message perçu à l'envers.
 
Les experts en sciences politiques nous abreuvant de commentaires envisagent-ils cette dimension dans la lecture qu'ils font des événements ? Leur approche est essentiellement fondée en pragmatisme linéaire, où ils convoquent toutes sortes de sciences (histoire, géographie, économie etc…) à l'exclusion de la lecture archétypale d'essence initiatique qui pourtant détient la clé pour décoder le réel.
 
Nous pourrions faire une lecture succincte de la guerre en Ukraine sous l'aspect de cet archétype de l'Inversion. Au delà des motivations de surface dites géostratégiques, on aperçoit nettement dans les discours de M. Poutine la tendance systématique qui le fait accuser les autres de ce que lui-même a fait ou prépare. Au lieu de concevoir une relation positive de paix et de développement harmonieux en cherchant à favoriser le dialogue, il est sous la pression d'un Qui fait excessif qui se nourrit d'une propension à l'inversion (qu'il ne redresse pas). Aussi développe-t-il tout à l'envers ce que l'Invisible lui dicte positivement. Il extériorise, métabolise à l'envers ce que la Vie attend de lui.
D'où le bombardement par son aviation d'un hôpital pour enfants et d'une maternité : tout s'inverse et au lieu de favoriser la naissance d'un cycle heureux, les faits se rangent à cette inversion et donnent à voir son erreur fonda-mentale : celle d'un homme dont la vocation aurait été d'œuvrer pour la paix se retourner en son contraire, tant il a obturé les voies de l'échange finissant par n'entendre que l'inverseur en lui. « Là où était la négation, là était la vérité ». Là où le missile est tombé, dans la cour de l'hôpital tuant un enfant, là était la vérité à sauver.

Comment y remédier ?
Que faire quand on se trouve face à une personne, ou un groupe, où visiblement la puissance de l'Inversion dirige la pensée et les actes ? Peut-être en éclairant (si son esprit est encore accessible à la parole) la personne de ce qu'elle subit en charge négative inversante ? Cela risque d'augmenter la charge inversante que de la pointer, mais cela peut également susciter une prise de conscience que dire à l'Inverseur : « voilà ce que tu fais ». Il est bon d'avertir une personne de son erreur quand on s'en aperçoit, c'est même un conseil — une prescription — donné dans la Torah au verset d'Ezéchiel 3-18 à 21.

La France est-elle victime de l'Inversion ?
Plus près de nous, nous pourrions prendre l'exemple de la France. Tzarfat en hébreu. C'est bien dans la Torah qu'apparaît sa première occurrence, longtemps avant que le pays portant ce nom n'apparaisse. Il est mentionné dans la prophétie Obadia, au côté de Séfarad qui désigne l'Espagne. Obadia, verset 20 : « Et les exilés de cette légion d'enfants d'Israël, répandus depuis Canaan jusqu'à Tzarfat, et les exilés de Jérusalem, répandus dans Séfarad, posséderont les villes du Midi. » 
Le verset en cause désigne l'Espagne et la France comme vecteurs par lesquels transite le message du Sinaï transporté par le peuple qui les parcourt et les habite. Noble mission que celle de ces deux pays, liés par une vocation sinaïtique à vision universalisante, s'agissant de véhiculer la leçon des Lettres révélées dans le monde. Pour affiner le sens de cette vocation, il suffit de sonder le nom Tzarfat dans ses caractères hébreux, que le prophète Obadia a conceptualisé précisément pour que s'y écrive ce que les gaullistes appelle « le grand dessein de la France » — sans pour autant savoir de quoi il serait fait. La France répondra-t-elle à cet appel de l'esprit ou se contentera-t-elle, par inversion, de n'être qu'une banale nation industrielle enfoncée dans le Qui Fait ?

Nous pouvons changer les choses…
en prenant conscience de ces phénomènes structuraux, en voyant le mécanisme structurel qui manœuvre les choses qui nous regardent. Et si possible le plus rapidement possible. En cherchant à identifier le contenu de l'Appel qui nous concerne — et qui concerne toutes les formes de structures vivantes, y compris les projets, les entreprises, la vocation d'un pays. Donc à retrouver — remontant avant l'inversion — la première phase d'évidence où les mots qui motivent l'apparition de l'être ont été dits. Trouver la première occurrence d'un mot… Là s'écrit l'intention du devenir qui ne manque pas de se développer.
A chacun de découvrir son Appel, à chacun de maîtriser l'Inversion qui immanquablement se manifeste, à chacun de ne pas se laisser engloutir par cette propension inversante que Goethe appelait « l'esprit qui toujours nie ». Sa pression est puissante tandis que la même négation suscite l'isolement dans le secteur du Qui Fait. Elle s'accentue à mesure que le rapport au Sacré s'affaiblit et que la conscience s'assoupit. Mais cet esprit négateur, il est possible de le soumettre : par une restauration de notre alliance à l'Esprit.
Nous y travaillons… Avec vous.



dimanche 13 mars 2022

Répondre à l'Appel de sa propre vie…

Répondre à l'Appel de sa propre vie…
par Dominique Blumenstihl-Roth

1. Lire le décret
Nous ne sommes pas dans la tête des uns et des autres : en effet, la perception n'est réelle que pour celui qui la subit. Elle n'a pas d'objectivité transmissible. D'où l'incompréhension des motivations dirigeant les actes des autres.
Pour se départir des jugements psychologiques, le mieux est de voir le mécanisme structural qui manœuvre les choses que l'on regarde. Se rappeler que ce que l'on voit est essentiellement du manifeste. On voit les choses se réaliser, on ne voit pas l'information qui préside à la mise en œuvre. C'est pourtant elle qu'il faut rechercher. Elle s'inscrit dans une donnée verbale, dans un mot, dans une suite de mots formant une phrase s'inscrivant dans la détermination de l'être. La tradition hébraïque appelle cela le « guézer », c'est-à-dire le « décret » qui détermine ce qui est fait. Trouver et lire ce décret s'appelle faire une « guézéra chéva ». Toute réalisation matérielle, que ce soit au niveau politique, militaire, nationale, mondiale ou dans nos vies personnelles est toujours la concrétisation d'un « guézer » rempli d'une information développant sa thématique. Le processus biologique de l'ADN menant à l'ARN puis à la protéine finale offre une image de cette modalité que les initiés ont de longtemps connue. La science en confirme la validité.

Ce même processus opère dans la structure cérébrale : le côté moteur (Qui Sait), doté de l'aire du langage reçoit et libère une information. Celle-ci est transmise à son en-face, le côté Qui-fait actualisant qui la récupère. L'opération s'appelle l'échange latéral interhémisphérique. Elle est connue de tous les neurologues, scientifiquement attestée par les travaux de Sperry, cités dans tous les ouvrages des spécialistes.
Il a été observé que l'hémisphère Qui-fait (cette dénomination judicieuse est due au neurologue Deglin), miroir de l'autre, met en négatif ce qui est donné positivement. C'est l'archétype de l'Inversion. « Les faits projettent une image qui s'inscrit dans notre vécu. Nous sommes des inscriptions factuelles d'une information préalable positive, souvent déterminées par la puissance de l'Inversion qui nous fait dire « non » à ce qui sera l'essentiel de notre vie », écrit Dominique Aubier. Ajoutant que le « non » cependant se retourne à moins d'une cristallisation qui, à mesure qu'elle persiste dans sa puissance négative, s'épaissit dans sa résolution. Pour s'en apercevoir, il faut contrôler avec sincérité l'ordre de nos mouvements d'âme et l'ordre des faits qui les déterminent. Pour cela, « se connaître soi-même », comme disait Socrate. Se connaître soi-même… vraiment, et non pas croire que l'on se connaît quand on a reconnu en soi la constante de quelques petits défauts. S'habituer à son portrait n'est pas se connaître. C'est tout au plus se tâter… dans le noir. Se connaître, c'est contrôler le jeu de l'Absolu dans l'arrangement de sa vie. C'est repérer le « guézer » de son existence.

Savoir qui l'on est, c'est trouver le décret qui a motivé notre apparition dans l'être que nous sommes, à l'endroit qui était encore non-manifesté, mais que la vie laisse entrevoir car elle en est la concrétisation. Ce décret est retransmis de phase en phase dans l'organisation de notre existence allant jusqu'à conditionner l'action dont nous sommes responsables. La tradition hébraïque présente cette évolution du décret initial sur le parcours qu'il réalise menant tout d'abord au Rouah (le souffle), puis au Nefech (sa concrétisation symbolique), suivi de la Nechama (sa prise de conscience et son action décidée). La Nechama normalement s'accorde avec le décret… à moins qu'une inversion au cours de l'évolution ne retourne l'ordre donné par l'Appel, transmis par le Rouah, et le fige en son contraire. 
Nous pourrons citer l'exemple des individus habités d'une persistance dans la violence, meurtrière. Leur décret d'origine ne leur commande certainement pas d'être des tueurs, bien qu'ils invoquent parfois l'existence d'une voix qui le leur ordonne. Ce qu'ils entendent, c'est la voix de l'inversion issue d'un Qui-fait s'insurgeant contre le message d'amour et de vie qu'ils reçoivent de la part du Qui-sait. Nous connaissons tous des personnes sujettes à la domination irréductible du Qui-fait, finissant par « faire » l'acte négatif qu'elles s'imaginent indispensable. Les féminicides sont à coup sûr le résultat funeste d'actes réalisés par des individus en qui l'amour initial s'est reversé en haine irréversible suite à une cristallisation absolue en Qui-fait : le « faire » fatal commence par nier l'existence de l'Autre, s'arroge le droit de l'éliminer, de sorte qu'il n'existe plus qu'un seul hémisphère de la structure, l'hémisphère Qui-fait, dans son délire autocentré sur son propre pouvoir. Narcissisme absolu, s'inscrivant dans l'orgueil de la volonté de pouvoir.

2. Pourtant, la vie appelait à tout autre chose
Dès que l'on entend se répandre un appel à la haine, à l'ostracisme, on peut diagnostiquer l'effet d'une inversion cherchant à obtenir un acquiescement collectif. Dès qu'apparaissent ces vociférations ou insinuations, on peut en déduire qu'il y a eu tout au contraire, au départ, l'émission dans l'Invisible d'un message de paix et d'amour, ayant subi l'inversion dans un esprit suffisamment doué pour capter l'original, mais troublé au point de l'inverser et de faire de cette inversion une irrémédiable obstination.
L'antisémitisme est une de ces expressions de la négation inversante, pathologie qui touche quantité de personnes à hauteur de la force du message initial perçu puis rejeté, nié, et inversé. Tel grand religieux iranien par exemple, prônant la haine du principe biblique que représente Israël, serait fort surpris si on lui disait qu'en réalité il est intimement touché par un appel initial de l'Invisible lui dictant le rapprochement, la fraternisation, mais que sous le poids d'une énorme charge d'inversion, issue d'une mauvaise compréhension des textes et d'une conviction coulée dans le béton le plus réfractaire, il retourne systématiquement le message d'amour en désir d'extermination : il ignore qui il est, ignore le véritable Appel qui le traverse, ignore le partenaire d'En-Face et sa raison d'être.
Ces appels au crime, à la guerre, confirment que là où est la négation, là se trouve la vérité bafouée.
L'appel initial, insufflé dans l'être au moment de sa naissance, ne peut consister à administrer la mort. L'être naissant au monde porte nécessairement en lui un message de vie. Il vit pour une cause, qu'il lui reste à découvrir. L'inversion manifestée lui en indique le chemin… à l'envers. On en peut conclure que la Shoa était en réalité l'anti-projet de ce que la Vie voulait réellement. Le message expédié depuis l'Invisible Qui sait valorisait le thème du judaïsme, et sans doute demandait-il dès 1933 dans la suite des initiatives de Théodore Herzl qu'une politique favorable à la Connaissance soit mise en œuvre : la pression du Temps exigeait la fin du quatrième et dernier exil, donc le retour du peuple juif en Israël. La « solution finale » aurait dû consister non à l'extermination du peuple juif, mais au contraire à son retour messianique que l'Allemagne non nazie aurait pu mettre en œuvre positivement en concertation avec la diaspora et les autres nations du monde.
Au lieu de cela, tout fut interprété à l'envers, par un esprit satanique qui s'empara du message pour en inverser le sens. Il n'en reste pas moins que Satan a perdu, du moins momentanément, et que les temps messianiques sont ouverts, depuis 1948, depuis la création officielle de l'Etat d'Israël qui signe l'ouverture de ces temps nouveaux auxquels l'Occident est prié de prendre une responsabilité décisive. Pour ce qui me concerne, vivant en Occident, en France, j'y prends ma part, ici même.

3. L'appel vient « de plus loin »
« Ce qui fait racine dans l'Appel se développe en proportion de l'accroissement et de la précision acquis, finissant par ressortir en un lieu et un moment décisifs. » L'Appel obéit à l'organisation structurale de nos vies. D'étape en étape, des états de conscience le valident si bien que l'évolution nous conduit à une maximalisation de la conscience. Parcours idéal, entre chaque étape il y a des occasions de finir… et de se renouveler. 
Il y a des lieux d'arrêt, suivi de résurrection, à chaque passage de cycle en cycle, car finir un cycle n'est pas mourir. Et pourtant, le monde est plein d'êtres qui meurent avant l'heure. Ils ne parviennent pas à franchir les diverses frontières de leur sort, soit par accident, si nombreux, soit par l'action d'êtres malfaisants dont ils sont victimes, qui détruisent des vies qui étaient riches de promesses. Ce sont là des monstres qui infligent à la vie des blessures que les initiés tentent de réparer tant bien que mal en opérant ce que la tradition lourianique nomme « tikoun ». La réparation du vase brisé dont les débris continuent d'être fracassés par les adaptes du Mal. La grande réparation cosmique envisagée par Louria commence par l'action personnelle que chacun peut directement mener dans son entourage.
De cycle en cycle, il y a épreuve, passage au labyrinthe, voyage vers l'autre rive où la nouveauté nous attend, en rupture avec un passé dont nous n'oublions rien. L'avenir nous appelle, depuis l'endroit situé en face de la situation que nous croyons fatale. Il y a résurrection possible, sans que la mort l'emporte. L'alphabet hébreu, dans sa représentation sous la forme d'arbre en Y*, tel que le présente Dominique Aubier, connaît cette dynamique et la donne à voir par le circuit de l'énergie quand elle déserte la lettre Tzadé final (900) pour se diriger vers le Tzadé 90 et monte vers le Qof (100). Cet appel provenant du futur répond au décret initial donné en toute première phase. Le cycle nouveau intègre la mise en œuvre de l'appel initial, jusqu'à l'épuisement des instructions premières. L'existence s'achève alors quand la fibre événementielle dans le fil de notre vie a épuisé tous les potentiels de l'Appel.

4. Comment lire le décret de notre vie ?
Comment savoir ce que la vie attend de nous ? Il faut pour cela avoir de la mémoire, en quelque sorte se souvenir de qui l'on fut, et verser son propre passé dans le pressoir et observer ce qui en ressort : on identifie alors l'informant fondamental dans la langue où il a été donné. Il existe un procédé technique efficace pour repérer et lire la teneur du décret : c'est d'identifier son Allié. Car l'Allié, c'est l'inverseur de l'Appel. Par inversion il donne à voir son envers d'origine.
Dans le phénomène de l'Appel il existe un moment où apparaît l'image symbolique de ce que nous devons être. C'est lorsque notre vie atteint le stade de son Nefech. Les éléments fondateurs sont déjà là, inscrits dans les détails qui semblent sans intérêt, parfois incongrus ou comiques pour les autres. Mais pour la personne en qui résonne l'Appel, ces détails sont fulgurants. Ils allument des lignes de vitalité. Ces lignes ne sont pas intelligibles immédiatement quand elles s'électrisent, car il leur reste à se façonner, se myéliniser, mais la conscience intime de l'être perçoit leur valeur d'alarme et d'information commandante.
L'Appel s'active sur un message venu de plus haut, il commande à l'avenir de la personne et pour l'entendre… il faut alors s'écouter. Le contenu de l'Appel se laisse en effet entendre par la sensibilité et se traduit par les intuitions qui nous font agir au grand désespoir de ceux qui voudraient légiférer le réel par le rationalisme. Le message reçu se transcrit exactement comme le fait l'ADN qui le transmet à l'ARN messager. Lors de ce passage, le message peut être perçu car il n'appartient pas à l'enclave du secret jusque là réservé au seul ADN. Le messager prend en charge l'information et la transporte et c'est au niveau de la transcription par l'ARN messager d'une information donnée que se produit le phénomène de l'intuition. La sensibilité touche l'événement en voie d'existence, c'est le lieu de la perception prémonitoire, elle se réalise dans la brièveté du transfert. C'est là que la Vie peut nous dire ce qu'elle attend de nous par le moyen de situations qui en symbolisent le sens. Reste à le voir. Voir le mot-clé codant, précurseur des événements futurs que nous sommes appelés à « faire ». Le mot-clé déterminant du destin appartient à la première instance de notre existence. La seconde en compose la mise en forme et la protéinisation.

5. Le secret de l'Appel 
L'Appel est une « régularité structurale », autrement dit un archétype du réel. On en ressent fortement l'injonction en seconde phase de l'existence (phase dite BOP), à l'instant du retour archigénique des conditions de la naissance. Mais tout au long de la vie, le mot-clé inséré lors de l'Appel s'active et nous « fait faire » : une sensibilité suffisamment exercée à observer ses propres réactions peut parvenir à identifier pour son propre compte les événements marquants se proposant en des lieux significatifs de l'existence. C'est pourquoi il est toujours intéressant de lire des biographies historiques qui, quand elles sont honnêtes, laissent transparaître au travers des faits vécus les forces impliquées par le « guézer » d'origine. On y voit le destin à l'œuvre dont l'individu concerné perçoit intimement l'injonction. Cela est visible par exemple dans les Mémoires du Général De Gaulle, éditées aux éditions de la Pléiade. En plus d'une œuvre littéraire remarquable, on y découvre la lucidité d'un esprit s'observant lui-même. Le regard du lecteur initié y relèvera la présence toujours active des archétypes (Redoublements, Inversions, Retour, Labyrinthe… Passage au tunnel, Tzadé final, montée en Qof etc…) tel que le personnage historique en a perçu intuitivement la persistance, si bien que plus d'une fois, pariant sur ces invariances dont il a observé la récurrence, il engage des initiatives d'une folle audace. Il a observé par exemple le phénomène du Redoublement et de l'Inversion lorsqu'en 1940 il se retrouve en conflit ouvert avec le Maréchal Pétain dont il fut, dans sa jeunesse, le subalterne. Une opposition de longue date entre deux polarités totalement divergentes monte progressivement au cours des années jusqu'à aboutir à une condamnation à mort prononcée par le Maréchal… qui finit par se retourner contre lui à l'issue de son procès. Mais gracié par son ancien ennemi, sa condamnation est commuée en peine de prison et indignité nationale. Toute une épopée s'écrit là, lisible à la fois en surface pour le lecteur qui se contente des faits, mais passionnante dès lors que l'œil repère la présence du code qui tisse secrètement sa trame. Les lecteurs de La Face cachée du Cerveau (F.C.C.) y reconnaîtront un florilège d'archétypes dans leur activation réaliste. J'ai fait de même dans mon livre traitant de l'épopée de Jeanne d'Arc où j'ai tenté de sonder l'histoire par-delà le narratif bien connu des historiens afin de laisser émerger la puissance des Invariants qui ont conditionné l'extraordinaire aventure de cette femme dont le combat a marqué le destin du pays. Lire les événements en dégageant la signalétique archétypale donne la possibilité de comprendre l'Histoire — la nôtre — d'une manière toute nouvelle, dépassant le déroulé linéaire des datations : nous accédons au sens de l'existence, à la mise au clair du destin tel qu'il s'écrit pour chacun de nous.

6. Comment connaître le contenu de l'Appel ?
« Il faut, pour repérer le message de l'Appel, "espionner" sa propre vie », écrit Dominique Aubier. Il faut donc déjà avoir vécu pas mal de choses. Ce repérage ne peut se réaliser en première instance de notre vie, lorsque l'énergie circule en première instance dans les couches I, II et III de notre cycle (cf F.C.C.). Mais il devient observable à l'entrée en couche IV, dès lors que le regard se porte sur le chemin déjà parcouru. L'esprit attentif peut alors repérer la constance de certains thèmes qui auront marqué de leur première empreinte cette période de notre vie. Ces éléments constitutifs de l'Appel deviennent visibles quand ils constituent des événements réels. Pour en revenir au modèle biologique, on peut dire que les événements constituent la fibre polypeptidique de l'évolution organique, tandis que la première partie a permis l'élaboration des aminoacides en fonction des déterminants nucléiques… C'est-à-dire que les chromosomes lâchent les principaux thèmes dont ils sont les porteurs, ceux-ci sont intégrés aux accidents de notre vie. Ils en sont, peu à peu, devenus les constantes. On repère la présence de ces constantes à la réapparition du même sous diverses interprétations. Mais on ne peut totalement « espionner » le sens de ces constantes qu'après coup, en un moment unique et crucial de l'existence où tout s'éclaire soudainement. « Pour savoir ce que la vie attend de nous, il faut verser le passé dans le présent et regarder ses souvenirs dans le brûlant de ce que nous avons vécu, d'heureux ou de douloureux ». Considérer ces souvenirs comme des images de ce qui écrit le sens de l'existence.

L'Amérindien Juan Matus, initié de la tradition des Yaquis dont parle l'ethnologue Carlos Castaneda,  nomme ce processus « danser sur sa vie ». Il appelle « danser » l'acte par lequel il piétine mentalement les braises de tous les souvenirs qui brûlent en lui. Il raconte l'extermination de sa famille par les colons, les humiliations et blessures qu'il a subies tout au long de sa vie, mais aussi ses rencontres extraordinaires avec des maîtres qui lui ont communiqué les secrets initiatiques de la tradition à laquelle il a lui-même ajouté sa contribution.
Cette danse sur sa propre vie est, selon lui, l'acte mental le plus beau qu'une conscience puisse réaliser, et c'est, dit-il, un spectacle intime inouï car le regard intérieur assiste à l'admirable arrangement des faits qui ont peu à peu assuré la descente de l'information de l'Appel confié à la vie humaine.
La mémoire est donc essentielle, dans tous les systèmes d'initiation, s'agissant de traiter tous les éléments déposés dans nos souvenirs. Les ramener à l'évidence, se rappeler avec exactitude l'état d'esprit qui nous animait à ce moment-là… L'événement vécu a toujours un poids, une forme, et on le retrouve. Il revient, il cherche à se faire non pas revivre, mais comprendre. Il ne s'agit donc pas de retourner en arrière, l'énergie vitale ne régresse jamais — c'est une loi observée par les spécialistes de l'Evolution — il n'y a pas de rétrogradation, mais intégration de tout le passé, et, pour notre conscience, appel à retrouver le codage de l'Appel premier.
 
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— La notion de Nefech, Rouah, Nechama est expliquée dans le livre Le Pouvoir de la Rose.
— Livre sur l'épopée de Jehanne d'Arc, lecture initiatique de l'épopée.
— Le Code des archétypes : La Face cachée du Cerveau.
 
* La représentation de l'Alphabet hébreu sous la forme d'un Y a été mise au point par Dominique Aubier qui a réalisé là un pur « hidouch », c'est-à-dire une trouvaille qui fait avancer la compréhension du monde.