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dimanche 24 septembre 2023

Et Jésus dans tout cela ?

Et Jésus dans tout cela ?

par Dominique Aubier


Le messianisme ! Ce terme plonge dans un mystère qui tracasse les esprits. On voudrait savoir de quoi il s'agit. Et d'abord, qu'appelle-t-on « messie » ? Selon l'usage qui en est fait, le Messie serait venu avec le Christ. C'est l'opinion chrétienne. Pour les Juifs, il s'agirait d'une formulation absolue, livrant la vérité éternelle, phénomène prévisible mais non encore échu. Ainsi, le Messie serait venu pour les uns et en attente d'arrivée pour les autres. 

Comment avoir une claire idée, que ce soit en terme de constat ou d'espérance ?

©Francis Roth
Plusieurs choses à savoir : le messie rétablit les critères sacrés en leur conférant une validité irrévocable. Le messianisme est une mise au point décisive de la table des critères initiatiques. Et Jésus, dans tout cela, se demandera-t-on ?

Le Christ est un personnage considérable. A mon sens, il a mesuré historiquement une situation dramatique. Son martyre sur la Croix montre l'image d'une souffrance injuste, d'une condamnation qui ne devrait pas exister. 

Il y a, sur le Tzadé, dix-huitième lettre de l'alphabet hébreu que représente la Croix, un homme cloué. C'est là une image effrayante du sort de l'humanité, signalé dans l'alphabet biblique. L' « erreur de Hava » est à l'origine de son malheur. Jésus interprète et subit ce malheur-là. Chaque fois qu'un cycle intérieur fait resurgir l'erreur au titre du retour en phase du thème archétypal, la mort vise le côté parlé de l'évolution. L'erreur dite « Hava » est celle de toute une civilisation qui a cru en la continuité linéaire de la productivité matérielle, en la croissance continue — le serpent — en ignorant volontairement le processus évolutif. Cette ignorance nous menace.

Le Christ en cela n'est pas une mythologie. Il est l'interprète humain symbolisant le sort de l'humanité écartelée entre deux polarités tendues à l'extrême. D'une part la Connaissance, d'autre part les sciences. Il signale cette fracture, cette ligne de séparation entre les deux modalités réflexives. Il est à l'origine d'une ligne de développement spécifique, de métabolisation historique qui passe par Rome et par la Science qui se développera puissamment en opposition à la foi. En sorte que l'Occident est spécifiquement concerné par la Croix. De la Croix naîtra, a contrario, la science. Et que naît de la science ? 

La Croix est un signal très important. On dit d'ailleurs, « faire le signe de la croix ». Il consiste à tracer une verticale du front au bas du sternum et d'une épaule à l'autre, à l'horizontale. La verticale, c'est la ligne du temps. L'horizontale, c'est la ligne de séparation des opposites. La Croix nous envoie, par-delà les millénaires, l'image même de ce qui nous arrive. Le Christ tombe en croix, il meurt, les bras écartés. Cela signifie que le cycle à venir, quand il ouvrira ses deux bras, subira le même supplice. Il restera suspendu à son schéma structural, sans trouver de solution miraculeuse.

La Croix annonce ce qui va se produire, mais elle indique aussi le moyen d'éviter le pire… D'où la résurrection. Celle-ci n'est possible que si nous nous dotons de l'instrument permettant de décrocher (enfin !) le Christ. Cet instrument, c'est la Connaissance. Celle que le messie reçoit, transmet et met au point de manière décisive. Que ce soit clair : le Christ n'est pas l'auteur de cette mise au point, il en est l'annonciateur symbolique. Il assume cela avec un courage inouï, en toute conscience, mettant sa propre vie sur la Croix, devenant par là-même le symbole qu'il représente.

La Croix, symbole terrifiant, est implantée dans l'Histoire. Elle s'élève sur un cycle frappé de commotion. La mise en croix de l'homme juif — et donc celle de toute l'humanité — supplicié par un impérialisme politique qui prétendra s'en laver les mains, représente la négation du verbe par l'absolutisme de l'ignorant. Cette mise en croix de l'homme porteur des symboles de l'Absolu n'est-elle pas l'annonce de la monstrueuse Shoa ?

La Croix a en effet la puissance de recueillir l'avertissement du danger de mort qui vise l'humanité, en un point précis de l'Histoire. Mais elle montre aussi la possibilité du salut… La possibilité du salut est une promesse, une promesse certaine, puisqu'elle a été vécue par le Médiateur. La Croix avec son homme crucifié, c'est l'image de l'humanité écartelée sur le Tzadé en cours. La Croix s'érige à la croisée des chemins, entre les deux extrémités polarisées en opposites d'une flexion qui propage la Connaissance en dépit de tous les obstacles et effondrements spirituels. L'Histoire se porte garante de cette évidence.
La Croix nous dit de redouter l'endroit du Tzadé dans l'édifice cyclique. C'est pourquoi Jésus est appelé Nazir, c'est-à-dire l'homme du Tzadé. Il indique le passage à franchir. Pour réussir la traversée, les bons sentiments, les rituels, la morale, la dévotion ne sont pas suffisants : il faut une claire connaissance du Principe, du référentiel, connaître ce que le prophète Isaïe appelle « les armes de YHVH ». Affaire de mise au clair — c'est toute la préoccupation intellectuelle de Don Quichotte qui ne cesse de fourbir les armes de la Connaissance afin d'agir au mieux dans le monde. Le messianisme définitif ne correspond dès lors plus à un simple acte de foi, mais correspond à la livraison de la grande explication du principe d'unité et ses lois, vérifiée par les sciences. Émergence du processus libérateur du système de vérité, suscitant par là un état de lisibilité plus avancé du monde, nous tirant hors de l'ignorance. Réduire cette ignorance est de notre responsabilité.
 
 
Lectures :

Films :
Les secrets de l'Alphabet hébreu (série de 3 films)
 

lundi 11 septembre 2023

Mystère de la Torah, le secret de Séfarad, par D. Blumenstihl-Roth

Mystère de la Torah, le secret de Séfarad et de Tzarfat
par D. Blumenstihl-Roth


Et les exilés de cette légion d'enfants d'Israël, répandus depuis Canaan jusqu'à Çarefat, et les exilés de Jérusalem, répandus dans Sefarad, possèderont les villes du Midi
- וְגָלֻת הַחֵל-הַזֶּה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר-כְּנַעֲנִים, עַד-צָרְפַת, וְגָלֻת יְרוּשָׁלִַם, אֲשֶׁר בִּסְפָרַד--יִרְשׁוּ, אֵת עָרֵי הַנֶּגֶב


Prophétie Obadia, verset 20. Israël, Jerusalem, Tzarfat, Sefarad. 
Extrait de l'édition Magnes Press, The hebrew University, Jerusalem 1959.


Le lecteur attentif, faisant de ses yeux des lanternes à l'approche du verset 20 de la prophétie biblique au chapitre Obadia, remarquera que le nom de Séfarad 
ס פ ר ד
apparaît dans une succession compressée évoquant tour à tour Israël, Tzarfat, Jérusalem et finalement Séfarad. Le texte en est : « Et les exilés de cette légion des enfants d'Israël, répandus depuis Canaan jusqu'en Tzarfat, et les exilés de Jérusalem, répandus dans Séfarad, posséderont les villes du Midi… »

On y observe la conduction d'un exil, depuis le Yod initial d'Israël
 שׁ ר א ל '
jusqu'au Dalet terminant le nom de Séfarad dont nous savons tous que c'est le nom de l'Espagne. Quelle surprise en effet de voir surgir dans un texte vieux de 3000 ans le nom de la patrie… de Don Quichotte !

Nous connaissons la signification du Dalet, quatrième lettre de l'alphabet dont le symbole est la porte. Or le problème que pose une porte est de savoir, comme l'indique la célèbre pièce de théâtre de Marivaux, si elle doit être ouverte ou fermée. En lisant lettre à lettre le nom de Séfarad, nous voici devant une porte après avoir perçu l'énergie du Verbe (Pé) issu d'un cycle (Samekh). Dans le verset, sont en cause les « exilés de Jérusalem », peuple en mouvement vers une destination dont il est dit qu'ils « posséderont les villes du Midi. » La porte semble donc ouverte aux exilés arrivés depuis Israël jusqu'en Tzarfat, nom hébreu de la France, seconde destination envisagée dans le verset directement après Israël. Proximité dont tenir compte et qui devrait attirer l'attention des responsables politiques en charge des relations diplomatiques entre les nations. Tzarfat ne peut se départir ni d'Israël ni de Séfarad.

Séfarad, recevant les exilés, se présente, par son nom, en étape transitoire, lieu de passage, porte (Dalet) s'ouvrant et laissant passer l'énergie reçue depuis Jérusalem, expédiée en direction de l'avenir, comme l'indique le verbe « posséderont » conjugué au futur.
Séfarad ne retient pas l'énergie sur elle-même, mais vise clairement l'étape suivante qu'est Tzarfat, avant retour à l'origine, Israël, but ultime du retour d'exil. On objectera que l'ordre dans lequel les lieux sont mentionnés ne correspond pas à cette conduction et que le transfert de l'énergie se réalise dans le sens Israël > Tzarfat > Séfarad.
Cependant, la prophétie traite du retour : « La  maison de Jacob rentrera en possession de son patrimoine… » (verset 17). Le verset 20 doit donc être lu dans la perspective de ce retour d'exil où Israël, point de départ, devient lieu d'arrivée final des exilés, au titre du « retour à l'archigène » comme disent les spécialistes de l'Evolution en Science Naturelle. La voie conductrice partie d'Israël retourne à son origine, ferme la boucle cyclique de son épopée exilitique, pour ouvrir un nouveau cycle historique. Dès lors si le verset « fonctionne » en apparence littérale dans le sens Israël > Tzarfat > Séfarad, un retournement du transit s'opère par le fait que l'origine devient lieu d'arrivée. Observé depuis le lieu d'arrivée, en toute logique, et remontant vers la source, l'ordre des étapes intermédiaires s'inverse. C'est pourquoi il convient de retenir la conduction : Israël > Séfarad > Tzarfat > Israël. Le message parti d'Israël, depuis Jérusalem parvient en Séfarad (Espagne) et de là transite en Tzarfat (France) pour retourner à la source (Israël).

צָרְפַת
 
Tzarfat, nom hébreu de la France, a induit le patronyme Sarfati signifiant Français. Mystère biblique, le Texte nomme ces deux nations, Séfarad et Tzarfat, l'une à proximité de l'autre, intimement liées à Israël, alors qu'à l'époque où la prophétie fut rédigée par Obadia, celles-ci n'existaient pas encore. Il y a quelques trente siècles, le Texte a prévu l'existence future de ces nations et nous en vivons la réalité au présent d'une prophétie accomplie. La « maison de Jacob » a en effet pris possession de son patrimoine en recouvrant Israël en 1948. Séfarad a largement intégré le message sinaïtique au travers de l'immense mouvement kabbalistique dont le Zohar est la somme. Ce message, préservé, synthétisé, déployé en pédagogie efficace sous la forme du roman par Cervantès — Don Quichotte — s'ouvre à l'universalité par la voie hispanique (Séfarad) et vise l'étape suivante de l'explication donne en Tzarfat (France).
La porte de SéfaraD est donc grande ouverte en son Dalet terminal. La transhumance vers Tzarfat peut commencer.
(A l'instant même où j'écris cette ligne, en plan de cohérence temporel, la porte de mon bureau s'ouvre toute seule. Un courant d'air, un ange qui passe ? C'est tout simplement mon chat Petit Boy qui vient de la pousser ! J'en déduis que la vie elle-même, au travers de la participation de l'animalité, acquiesce à cette lecture du verset, et que nous pouvons poursuivre notre enquête.)

 

Au cœur de SéfaRad, Resch.
Cette lettre représente la structure Rosch, autrement dit le cerveau, modèle cortical de référence sur quoi se fonde le réel (2). Le Resch précède directement le Dalet. On remarquera que Dalet s'articule en dentale, à l'avant de la bouche tandis que Resch est guttural. Dalet appelle à la montée du Resch, à l'évacuation de son thème par la porte de la bouche (Pé).
Les deux lettres sont graphiquement proches, ici Dalet à droite, Resch à gauche :

ד      ר

Resch demande à sortir par Dalet. Mission de Séfarad qu'assumer le passage vers la seconde destination des exilés, Tzarfat, et de là, en direction du retour mettant fin à l'exil. Par exilés, entendre non seulement le peuple mais le porteur du message et donc le message lui-même, c'est-à-dire l'explicitation du sens. Selon la tradition, c'est après l'œuvre d'expliquer (que l'on peut qualifier de messianique, s'agissant d'une délivrance du sens) que le retour physique des exilés s'accompagnera du « retour de la Chekinah », la grâce divine. 

Le mot Sefer, actif au cœur de Séfarad est employé en hébreu pour évoquer le signe du deuil (Isaïe 32, 12). « Le pays sera en deuil, dans les larmes » écrit le verset Zach. 12. Quel lien avec Séfarad où l'on retrouve en effet la présence des trois lettres Samekh, Pé, Resch ? Séfarad serait-il un pays de larmes, de deuils ? « Deuils et brisures », comme le dit Cervantès, en ouverture du Quichotte, quand l'écrivain espagnol — donc de Séfarad — évoque au chapitre I le menu de son héros composé, le samedi, de « duelos y quebrantos » (1) ? Sefer revient encore dans le verset Jérémie 34 : « Ils te pleureront en disant : hélas ! Le Seigneur, le Prince ! » En évoquant les « larmes et brisures » en Séfarad, Cervantès songeait-il à ce verset ?
Séfer signifie également écrire, inscrire. Compter, annoncer. Il désigne la fonction d'écrivain. Dès lors, Séfar-ad est la forme conjuguée à l'impératif du verbe descendre enjoignant le livre (Séfer) de venir : « Descends, livre ! » Descendre dans un pays nommé Séfarad où le livre connaîtra deuils et brisures, douleurs et larmes de l'exil ? Et qui cependant ouvrira vers la sortie explicative du message.
L'étape Séfarad — l'Espagne — expédie le Resch, pleinement intégré en Dalet vers sa destination suivante, nommée Tzarfat, la France, où il n'est pas certain que la réception sera assumée en conformité avec l'attente biblique. En effet, le Tzadé d'initiale en Tzarfat montre la fourche dressée en dualité oppositionnelle d'une lettre bifide, où s'offrent deux types de pensée extrêmement séparées l'une de l'autre.
צ

La déhiscence est visible. Laquelle des deux branches présidera ? Celle de la Connaissance, montant du côté droit de l'arbre  ou celle qui grandit du côté gauche, nourrie des prédilections entropiques et matérialistes ? Dramatique césure de Tzarfat, dont nous savons combien c'est une nation toujours coupée en deux, fascinée par les séductions productivistes, illusionnée par l'idolâtrie hyponeurienne.
Tzarfat est cependant appelé à recevoir ce que SeFaRaD lui offre : la voie de la Connaissance. La porte grande ouverte du Dalet laisse passer le verbe (Pé) et instruit TzaRfat du modèle d'absolu (Resch). Il appartient à la France de recevoir le Resch de SéfaRad, qui est le même que celui qui germe en plein cœur d'IsRaël. A la France donc d'expliciter, mettre au clair, renouer avec la Connaissance et parier sur elle. C'est là sa vocation sa raison d'être.
Les lecteurs de Don Quichotte se rappelleront que le célèbre chevalier dont le nom Quéchot signifie vérité en araméen a symboliquement favorisé le passage des Pyrénées à Don Gayferos et Melisandra, appelés à convoler ensemble en justes noces en Tzarfat. Reste à savoir si le couple d'amoureux, arrivé en France, y sera accueilli comme il se doit. C'est à cet accueil que nous travaillons par la rédaction et la diffusion des exégèses quichottiennes…


Notes :
(1) L'explication de cette expression de Cervantès est donnée dans Don Quichotte prophète d'Israël.

— Exégèse de Don Quichotte, en 5 volumes


jeudi 31 août 2023

Petit rappel pour les (vrais) amis de Don Quichotte

 

Petit rappel pour les Ami(e)s de Don Quichotte :

Para los amigos verdaderos de Don Quiאote



Dans ce livre, Dominique Aubier identifie les références araméennes (Zohar) de Cervantès et les passerelles entre le castillan ancien et l'hébreu. Elle réalise en détail l'étude de la Préface, des Poèmes, de la Dédicace et des premiers chapitres de Don Quichotte, d'après les éditions originales de 1605, 1608 et 1610. Il s'agit de l'exégèse du Quichotte, où l'auteure présente les corrélations existant entre le texte original de Cervantès et l'hébreu (araméen) du Zohar, le célèbre ouvrage du kabbaliste Moïse Shem Tob de Léon qui a servi de référent symboliste à Cervantès.

Ce livre est la suite de Don Quichotte prophète d'Israël (éditions Robert Laffont, 1966 ;  Ivréa - Gallimard 2013). C'est l'étude du langage de Cervantès et son décryptage révélant de manière définitive et irréfutable la connexion hébraïque et zoharique du Quichotte.

Dominique Aubier a fait là un travail minutieux, scientifique, de linguiste hors pair. Mais surtout, un travail d'initiée dépassant ce que la simple philologie ou sémantique pourraient inspirer. Elle reprend le texte du Quichotte et ligne après ligne, mot après mot, passant du castillan à la traduction française, envoie l'attention du lecteur vers le référentiel hébreu. Une performance éblouissante. Cervantès en personne, par la mémoire transgénérationnelle, lui aurait-il dévoilé ses secrets ?

Son texte est construit sur trois niveaux :
1. le texte original de Cervantès ;
2. la traduction ;
3. renvoi au Zohar et reconduction aux passages de la Torah concernés.
En quatrième niveau, il ressort un faisceau d'une puissance remarquable : la rigueur intellectuelle de la recherche — de la trouvaille ! — est telle que l'esprit du lecteur se trouve subjugué par l'épaisseur tridimensionnelle de l'ouvrage.

 



 VICTOIRE POUR DON QUICHOTTE !

Pour les vrais Amis de Don Quichotte ! 


Nous rappelons que Dominique Aubier fut la première a découvrir le réseau du cryptage hébraïque actif dans Don Quichotte. Travaux corroborés par :
— Ruth Reichelberg, docteur en littérature comparée à l'Université Bar Ilan de Tel Aviv ;
— Prof. Gonzalo Maese, directeur de l'Institut des recherches sémitiques de l'Université de Grenade, Espagne. Expert de l'hébreu et de l'araméen, traducteur de Méam Loez;
— Prof. Pierre Guenoun, directeur de l'Institut des études hispaniques de la Sorbonne, Paris.

Ces travaux ont fait l'objet du film :
"El Secreto de Don Quijote" (The Secret of Don Quixote), réalisé par Raùl Rincon Fernandez pour la RTVE (radio -télévision espagnole). Prix du meilleur documentaire au festival Las Duñas.
 
Exégèse de Don Quichotte, en 5 volumes, par Dominique Aubier : ici.

vendredi 25 août 2023

Twitter devient X. Un signe des Temps…

Twitter devient X. Le retour du X…
par Dominique Blumenstihl-Roth



Le retour du X… au cœur du QuiXotte

Si vous fréquentez les réseaux sociaux vous aurez certainement remarqué que le logo de Twitter qui représentait un oiseau a disparu, remplacé par le design d'un X. Cela s'est produit à la demande de son nouveau propriétaire, M. Elon Musk, qui désire « moderniser » son nouveau jouet et le rendre plus attrayant.
Le gazouilleur s'est envolé, laissant dans son nid cette lettre qui fait le bonheur des mathématiciens quand ils nomment ainsi les inconnues de leurs équations.

Twitter devient X : Le retour du X…
L'apparition du X sur l'écran d'ordinateur m'a fait penser à ce phénomène linguistique bien connu des Espagnols qui, au courant du XVIIe siècle ont assisté à la substitution progressive du X dans leur écriture par l'apparition de la jota, c'est-à-dire le remplacement systématique de tous les X par des J. C'est ainsi que don QuiXote devint don QuiJote, suite à une étrange réforme orthographique valant dissolution de la lettre centrale du nom du grand héros hispanique au bénéfice d'un J. La prononciation espagnole ancienne disait « Quichotte », comme cela appert en français, pour devenir phonétiquement « Quirote » avec un « r » mouillé.
Le X au cœur du Quichotte est singulièrement mis en valeur dans les éditions originales imprimées en 1605, confirmé dans celle de 1608 dont le spécialiste Diego Clemencin (1765-1834) assure qu'elle fut supervisée par l'auteur dans les ateliers de son ami l'imprimeur madrilène Juan de la Cuesta. Observer la calligraphie du nom de notre héros. Le X en position centrale semble désigné par l'extension du Q qui, tel un chat, déroule sa queue, surligne et englobe les trois premières lettres Qui. Dans le prolongement du Q, apparaît le X.

 



Le nom se présente ainsi en deux parties distinctes : Qui suivi d'un ote, syllabes séparées ou plutôt unies par le X assumant le rôle de ligateur croisé.
La résurgence médiatique du X laisse-t-elle augurer le retour de Don QuiXote, le vrai, qui en son nom porte un X que Cervantès avait choisi après de longues réfleXions ? Serait-ce un X en analogie (subliminale, subtilement dissimulée mais à la vue de tous) avec l'Alef hébreu ? 
 א
Le retour du sens même du Quichotte dont le nom, en araméen, signifie vérité ? L'araméen — la langue orale dont usait Jésus — s'écrit avec des caractères hébreux, et ce n'est pas une langue inaccessible, étant encore aujourd'hui en usage. Les communautés juives d'Espagne et du Portugal l'ont longtemps pratiqué, traversant les vicissitudes inquisitoriales qui en interdisaient l'existence. Le livre de l'historien Albert Sicroff (Les controverses des statuts de « pureté du sang » en Espagne du XVe au XVIIe siècle) est très intéressant à lire à ce sujet.

Mais revenons au X 
Grâce au milliardaire américain dont je ne crois pas qu'il s'intéresse au Quichotte (mais sait-on jamais ?) le X se fait mondialement voir, comme une lettre emblématique. Certains thèmes travaillent les esprits, suscitent en eux des réactions insolites, parfois inspirées dans la droiture ou subissant des effets d'inversion, mais ce sont toujours des appels à l'acte de conscience — qui se produit ou non. Afficher le X serait-il une nécessité planétaire ? Faut-il recourir à l'Alef, lettre fondant le système du vivant ? Le fameux Alef ouvrant le mot  Acher, que nous connaissons par le verset d'Exode 3-14, lorsque la divinité se révèle à Moïse à travers le Buisson Ardent par le Sinaï ?
אשר
Ce mot signifie « Qui » en hébreu. C'est le pronom relatif pour une personne, signifiant celui qui. Celui qui est ou qui sera. Il se trouve au cœur du verset :
אהיה  אשר  אהיה
 « Le système Alef se déploie sur les niveaux d'organisation (Schin). 
Le Schin étant la forme explicitée du système induit le Resch exprimant la structure cérébrale. » (cf Dominique Aubier)*

Serait-ce cet Alef-là qui voudrait se rappeler à notre conscience, plus particulièrement en ces temps de calamité climatique ? Peut-être est-ce avant tout une question de climat spirituel qui se pose, tant l'esprit de l'humanité influe sur le devenir du monde et le conditionne ? Le premier acte efficace à poser pour garantir notre survie ne consisterait-il à reconnaître la primauté de la conscience — la nôtre si tant est que nous soyons capables de nous apercevoir que nous en avons une — mais surtout la conscience qui pense l'univers dans lequel nous évoluons. Nous pensons et nous sommes pensés. En ce sens, rien n'est plus faux que la prétention du Cogito « je pense donc je suis » de René Descartes ; je la retourne en disant : « je suis pensé, et c'est pour cela que je peux être… si je m'en aperçois ».

L'Invisible nous pense…
et attend de nous que nous pensions à Lui, et en ce sens, la résurgence de l'Alef est une invitation à communiquer, twitter avec lui, mais sans appareil électronique : en utilisant les capacités naturelles de l'esprit à lire les signes, à leur répondre. L'Alef, en cette circonstance du changement de logo, nous envoie un signe considérable. Il est à l'initiative du « Qui », donneur d'informations conditionnant le « Quoi », et c'est ce « Quoi » dans lequel nous vivons qui tend à ignorer qu'il existe sous la tutelle de l'informateur premier. Rétablir la prééminence du « Qui » — en terme de génétique nous dirions l'ADN — sans nous laisser dominer par la puissance du « Quoi », autrement dit, la force de la protéine.

Nous vivons le plus souvent en retard sur les choses et ne les comprenons que lorsqu'elles ont déposé leur « concrétude ». Les signaux avertisseurs nous échappent, faute de grille de lecture efficace, faute de sensibilité, faute d'éducation aux signes. Qui pourrait nous enseigner cet art de vivre en corrélation permanente avec le langage de la vie, nous évitant d'être engloutis par les choses ? Sans craindre de s'approcher du savoir objectif, notre esprit ne doit pas craindre non plus de s'ouvrir à la pensée initiée : il s'agit d'entrer dans le monde avec son vrai « moi » et non avec celui des idées toutes faites, établies sur la certitude commune que la matière est à la clé du réel… 
Les actions que nous menons interviennent et portent le plus souvent sur l'état protéinique des choses constituées quand elles sont devenues des faits : ces derniers ne se laissent que peu infléchir, à moins de relancer des cycles nouveaux instruits de nouvelles informations qui pourront se développer selon le processus évolutif.
Deux exemples pour illustrer cette attitude : voilà que l'on interdit les chaudières au fuel et que l'on mise à tout crin sur les voitures électriques. Grandes idées germées dans des esprits prétendument éclairés à qui l'on a demandé de trouver des solutions d'urgence pour sauver la planète. Nous partageons cette idée généreuse, et nous voulons sauver la planète, nous sauver nous-mêmes, mais je ne saurais adhérer à la naïveté de la pensée quand elle persiste à croire que les choses ne s'opèrent que par les actions cumulatives du « faire », indépendamment de toute considération métaphysique par quoi se révèle la nature spirituelle de notre monde.
C'est tout le système de la production d'énergie qui doit être repensé, selon des critères différents de ceux qui ont prévalu jusqu'alors : prioriser systématiquement le sens des choses, certes au regard de l'efficacité pratique, mais également et à égalité d'importance, au regard de la justesse initiatique. Le paradigme matérialiste a échoué, quand bien même ceux qui ne jurent que par lui prétendent sauver le monde par les moyens mêmes de ce paradigme de forcenés.

  

Le véritablement changement
ne peut se réaliser que par une modification climatique intellectuelle : que l'on cesse de penser le monde par les moyens exclusifs du « Quoi » matérialiste, et que l'on admette que nous ne sommes pas seuls : de l'autre côté des « choses » prédomine l'information, transmise par un code, un alphabet. Folie que tout cela s'écriera l'esprit contingenté en alvéoles rationalistes, persuadé de penser que la raison se limite à l'usage de la pensée linéaire. Folie que j'oppose à celle du Quichotte pour qui tout au contraire est signe, langage, et soumission à la raison… amoureuse. Son esprit forme unité cohérente, toujours à l'affût de l'impromptu et des signes avant-coureurs de l'événement. Ses actes lui semblent raisonnables par rapport à la mission qu'il se connaît. Pour lui, saine gestion de l'esprit, l'essence d'une chose est telle que l'exprime sa définition. Il sait que « le monde sera édifié par la grâce » (Ps 89, 3) donc par Dulcinée du Toboso en qui il reconnaît la figure emblématique de la Schékinah : et certainement pas au moyen du dogme de la puissance matérielle. « Ne te prosterne pas » (Lo ticht' h' aie) est le mot-clé de la doctrine quichottienne : « Ne les sers pas » (Lo Toabdem), reprise des prescriptions sinaïtiques face aux idoles.

Le X est de retour
Espoir pour la jeunesse qui a besoin qu'une pensée nouvelle survienne redonnant goût à l'aventure de vivre !  Que ses yeux s'ouvrent à la réalité du poème qui s'écrit pour elle ! Le retour de l'Alef — qui ne s'est jamais absenté — signe à mon sens le grand retour de :

Don Quiאote, 

que j'écris avec un Alef, reproduisant ainsi la claire intention qui fut celle de Cervantès quand il inventa ce nom porteur de vérité. Vérité et réel ayant partie liée avec la vie, dirigées par la même loi, quand bien même « il est toujours loisible de préférer le faux,  juste pour prouver son libre-arbitre », comme l'écrivait judicieusement Descartes dans une lettre au père Mesland le 9 novembre 1645.
Je salue ce « retour de l'Alef » à travers qui le « Locuteur » universel, accessible et à portée de conscience, se rappelle à notre bon souvenir, afin que nous reprenions /poursuivions le dialogue avec Lui.

— Le Réel au Pouvoir (comment sortir de la crise)
— L'ordre cosmique (le secret de 3,14 Exode)
Exégèse de Don Quichotte (en cinq volumes)
 
Films : — Après la Tempête (la lecture des signes)

dimanche 13 août 2023

Le sonar des initiés, par Dominique Aubier ( 1/2)

Le sonar des initiés (1/2)

(par Dominique Aubier)

 

 Don Juan, le sorcier yaqui, instructeur de l'ethnologue Carlos Castaneda, affirme que les chamanes apparaissent enclos dans une forme d'œuf. Evidemment, l'œuf est une métaphore. Mais la dimension spirituelle qui est à son origine ne peut pas s'arrêter à la représentation qu'elle propose. L'œuf-image resterait éternellement image d'œuf si l'on n'apporte pas le critère physiologique correspondant à l'unification de soi.

C'est l'inconvénient du symbolisme qui, par son nom, le déclare comme une formation dualiste de l'unité corticale mais qui, dans ses produits, ne retourne pas ouvertement à cette composition. Si la liaison montre de quoi elle est faite, ce qui apparaît toujours, dans tout symbole, c'est le système de vérité. Dans l'image de vérité. Dans l'image de l'œuf, ce qui est saisi, c'est le Tout du système de vérité. Sa présence générale, englobante. Décisive pour se maintenir en bonne forme au physique comme au mental. Si rien ne la blesse, si rien ne la raye, elle est la sauvegarde par excellence contre la fatigabilité et la difficulté d'être soi. C'est un des arguments qui m'ont fait penser que le Tout du système de vérité était actif dans la construction de la membrane alaire des chauves-souris. Elles sont infatigables et peuvent voler pendant des heures sans la moindre diminution d'énergie. L'humain peut disposer d'un avantage comparable. Certaines personnes le possèdent naturellement, pendant quelques années ; cela s'use. Sauf chez l'initié. La Connaissance lui permet de remettre la cape en place.

 

Mais il faut maintenant étudier quelque chose qui distingue les pipistrelles (c'est le nom savant pour les chauves-souris) : l'art de fonctionner au radar, l'écholocation. Tout est décrit dans le Traité de Zoologie, page 126. « Pendant longtemps les naturalistes se sont demandé comment les Chauves-Souris s'orientaient dans les ténèbres car même des yeux très sensibles ne peuvent suffire dans le noir absolu. Nous savons maintenant que les Chiroptères possèdent d'autres sens qui leur permettent d'avoir une représentation du milieu ambiant aussi détaillée que celle que nous pouvons avoir d'un endroit bien éclairé. » La Connaissance sacrée a aussi cet avantage. Elle permet de voir dans l'invisible, d'y suivre les mouvements de l'énergie qui gouverne le monde, alors que c'est impossible pour le regard objectif. L'observation n'aperçoit qu'après coup les tendances que la compétence initiatique décèle au moment même où elles s'enclenchent. Les initiés, donc, se déplacent dans l'obscurité de la vie, par des moyens autres que la vue. A titre personnel, je ne « fonctionne » qu'aux signes. Ils permettent de prévoir ce qui sera bon à faire et à éviter.

Les initiés aussi évitent les embûches. Je ne vous raconterai pas ma vie pour vous en édifier. Mais rappelez-vous don Juan, le sorcier amérindien dont parle Carlos Castaneda dans son livre « Voir ». « Et si quelqu'un vous attend avec un fusil à longue portée, lui disait en substance l'ethnologue, que faites-vous ? — Rien, tout simplement je ne viens pas. »

 Si John Kennedy avait été son disciple, il ne serait peut-être pas allé à Dallas se faire tirer comme un lapin. Sauf si c'était son destin…

Cela pour dire que le procédé de l'écholocation des chauves-souris est le même que celui des initiés : il s'agit de se situer, se localiser dans l'espace et le temps. « Au printemps 1920, un physiologiste de Cambridge H. Hartridge regardait les chauves-souris qui pénétraient dans son appartement par une fenêtre ouverte. » Il se rendit compte qu'elles ne pouvaient pas passer par une certaine porte si elles n'examinaient pas l'espace de façon détaillée. Il fit des expériences et constata que « ce n'était pas la vision qui leur permettait de voir les obstacles… » Un initié non plus n'attend pas d'être sur l'événement pour chercher à l'éviter. Il ne réagit pas au fait en train de se produire. Un signe avant-coureur lui inspire un autre comportement que celui qui aurait été celui du danger. Il trouve la porte avant de la franchir.

 

Don Juan ne va pas là où l'attend celui qui veut le tuer. Ce jour-là, un indice lui aura indiqué de ne pas prendre ce chemin. De même les chauves-souris volent dans l'obscurité en émettant par la bouche des ultrasons qui frappent les objets environnants et qui sont réfléchis vers leurs oreilles. Ce qui leur permet de se représenter la distribution des obstacles dans l'espace. C'est le principe du sonar qui a été utilisé dès 1930 pour mesurer les fonds marins. Puis, sur le même principe, le radar a été inventé, nécessaire à l'aviation de guerre. Un initié nourrit un projet qui lui semble raisonnable par rapport à la mission qu'il se connaît. Il envisage de le réaliser de telle ou telle manière par des moyens changés au fil du temps. Chaque fois qu'il prend une initiative nouvelle, la réplique est immédiate. Il reçoit un signe. Un signe symbolique vient aussitôt le dissuader ou au contraire l'encourager à exécuter son projet. Le principe est le même que celui de l'écholocation. Il s'agit de se situer dans l'espace, de se localiser au sein d'un Tout incontrôlable. C'est en quelque sorte « la science des prophètes ». Les chauves-souris l'utilisent depuis cinquante millions d'années. Le fait que le radar soit inscrit dans leur physiologie prouve que cette dotation était incluse dans le capital du troisième niveau d'organisation, dans le cycle visant la maîtrise de l'air. Cela veut dire que le principe de la conduite initiatique a été compris dans l'élaboration de la parole. Il en fait partie. On en peut déduire que la seule manière valable d'utiliser correctement la parole et d'être pleinement humain consiste à penser et vivre avec la doctrine initiatique, en accord avec les normes du système de vérité. Dans cette voie, le premier acte de sagesse consiste à lire les signes.

 

Je ne voudrais pas proclamer une telle règle et m'abstenir de la mettre en pratique. C'est pourquoi je propose de regarder comment l'écholocation, telle qu'elle s'insère dans le phylum biologique au niveau des Chiroptères a pu répercuter par analogie de cycle à cycle, sur nos récents comportements.

Le sonar a été adopté par les défenses antiaériennes car il fallait déceler l'approche d'un avion avant son repérage à vue… L'écholocation est le trait de signification le plus puissant qui ait été confié à cette région animale de la montée vers la Parole. Le clade des Chiroptères a-t-il motivé l'invention du sonar et du radar ? Le cycle civilisateur en a ranimé le principe. La fabrication de ces engins, téléphonie à distance, communication par satellites et autres systèmes de télélocalisation en interprètent l'impulsion topologique.

Mais pour ce qui est de la technique initiatique de l'écholocalisation : a-t-elle fait l'objet d'une étude dans la perspective où elle conditionne l'arrivée à plénitude du pouvoir de parler ? Notre culture a-t-elle rationalisé l'exercice de lecture symbolique des signes ? Nous a-t-elle appris à les interpréter tandis qu'ils surgissent dans le temps, cloquant d'événements le grand lac de la vie au présent ?

Je compare ouvertement l'écholocation des chauves-souris à la lecture des signes. Au point que j'utiliserai le même mot pour les deux sortes de pouvoir : celui des chauves-souris fonctionnant au radar et celui des êtres de connaissance réglant leur vie et leurs actions sur la signalisation des faits quotidiens, comme le recommandent les initiés de toutes les traditions. En ce sens, les initiés sont des chauves-souris, des voyants qui voient dans la nuit de ce monde.

 

 

Ce texte est un extrait du livre Rebâtir le Monde, de Dominique Aubier