par D. Blumenstihl-Roth
1. 44 milliards
Un Premier Ministre, esprit comptable plein de bonne volonté, estimait qu'il fallait que la France remboursât la dette (abyssale) qu'elle avait contractée au cours des décennies. Une première échéance de quelque 44 milliards d'euros devait, selon lui, être réglée au plus vite, moyennant réduction des prestations sociales et levée d'impôts. De quel chapeau de magicien avait-t-il tiré ce chiffre ? Mystère ! Le Parlement lui refusa la confiance, il démissionna et la dette continua de croître.
Et l'on continue de nous prêter, en pariant sur l'avenir et notre capacité de remboursement : les prêteurs se convainquant que l'Etat serait en mesure d'assurer (un jour) cet endettement. En ce sens, l'économie repose sur un acte de foi, que l'on appelle « la confiance des marchés ». Les agences de notations interviennent dans ces processus et attribuent leurs évaluations, elles sont sensibles aux croyances : elles acceptent la notion de projection, de tendance. Leurs experts (qui garantit leur expertise ?) distribuent des notes, bons points, avertissements ou punitions.
44 milliards à rembourser… Nous vivons dans un Qui fait pugnace, qui réclame que tout se paie, rubis sur l'ongle. Par ici la monnaie ! exigent les tenanciers de la dette. Une dette qui devient à son tour un produit commercial que l'on peut acheter et revendre. Les p(r)inces du système insectoïde ne lâchent jamais leurs proies. Pure pensée hyponeurienne, matérialisme total prétendant guérir par ses propres moyens le mal qu'il génère et qui se double de la prétention d'enseigner ses modalités de pensée dans les écoles formant les élites : pensée exclusive où n'entrent pas les critères initiatiques. Il faudra pourtant que la forteresse cède et libère le détenu. La rançon à régler au titre de l'indemnité libératrice est colossale et doit se lire d'un point de vue tout différent : initiatique.
La dette de 3000 milliards d'euros (en augmentation quotidienne) de la France est l'expression en Qui Fait, d'ordre financier, de la véritable dette contractée en Qui Sait, d'ordre spirituel. C'est la tare d'une indigence grave, accumulée depuis des années : nous avons parié sur l'expansion infinie, sur la productivité à outrance, sur le « faire ». Nous nous sommes enfoncés dans cette forme de pensée où seules président les forces « exécutives » du faire. La Connaissance a été reléguée dans le domaine du religieux, terrain de cristallisation des compréhensions anciennes du sacré contingentées en symbolismes dont le sens est n'est plus corrélé à la modélisation originelle. Leur défaut d'actualisation, de mise au clair, d'explication, laisse le champ libre à l'hyponeurien qui a beau jeu de se déclarer seul détenteur de la vérité.
2. Et nous voici devant le mur
Le domaine du Faire relève de la branche évolutive soutenant le quantitatif (Cf Le réel au Pouvoir). L'arbre en Y des lettres de l'alphabet hébreu présente la dynamique du Faire par les lettres finales situées sur sa branche gauche. L'énergie permet des échanges latéraux entre les lettres Caf, Mem, Noun, Pé, Tzadé et leurs finales correspondantes, selon une montée évolutive. Parvenue au Tzadé final, l'énergie se heurte au mur. Il n'y a plus d'autre finale après le Tzadé. Fin de la dualité. C'est le moment du bilan. En Tzadé final, il y a cessation de la progression dans le secteur hyponeurien.
Ce sont là des concepts dont les économistes ne savent… rien. Les sciences économiques sont exclusivement réfléchies selon les concepts de l'école hyponeurienne. C'est pourquoi les économistes pensent régler le désastre par les mêmes éléments que ceux qui le suscitent. Ils ne savent pas ce qu'est une crise. Ils veulent la « gérer ». On le lutte pas contre une crise, on ne la gère pas : on en sort. Cela signifie qu'il faut rompre avec le système qui la produit, ouvrir une porte et… quitter la pensée qui la génère. Dès lors, il ne s'agit pas de lutter « contre le capitalisme » (cette vieille ritournelle de la « lutte des classes » participe, elle aussi, au système hyponeurien). Il s'agit de penser tout autrement le réel. Cesser de penser en terme de fourmilière productive, replacer les valeurs éthiques au cœur de la politique. Les valeurs du cœur.
3. Esaü et Caïn
Il existe un personnage biblique emblématique, quasi-caricatural de ce discours qui place les « choses » en priorité idolâtrique. C'est Esaü, le frère de Jacob. Il est l'aîné et devait, à ce titre, endosser ce que la Tradition appelle l'Alliance. Cependant il décline le droit d'aînesse en échange d'un bon repas qui le sustente momentanément : appétit de l'immédiat, de la satisfaction par la prédation. Son style de vie repose sur la violence, le désir de possession, avoir ici et maintenant, avoir plus et davantage, toujours plus et jamais assez. Bien entendu — et cela participe de sa psychologie — il se plaindra, plus tard, d'avoir été spolié de ce qu'il a librement cédé, et de ne pas avoir obtenu, en premier, la bénédiction d'Isaac, son père : bénédiction qui aurait sanctifié son rejet de la succession et ses options absolutistes. Autre personnage : Caïn. Lui aussi estime que la prédation est le seul mode de vie valable. Il ira jusqu'au meurtre pour imposer cette option. Cet acte, inscrit dans la mémoire de l'humanité, a laissé des traces. Il a contracté une dette immense, ayant inséré le crime à la place de la parole comme modalité d'action. Les forces caïniques du Faire exercent leur puissance, continuent de conditionner nos constructions mentales. Nous réfléchissons selon des logiques hyponeuriennes, que nous tenons pour des raisonnements de bon sens, sans même nous apercevoir du conditionnement à l'origine de ces réflexes mentaux.
4. Le prix du sang
Ce Premier Ministre voulait rembourser 44 (ou 54 ?) milliards de dettes. Un chiffre dont personne ne sait d'où il l'a tiré. Je crois qu'il a été inspiré par le chiffre lui-même, qui désirait se faire penser. Une pensée qui s'est déversée dans son esprit, prenant la forme d'un nombre. Ce nombre s'écrit par des chiffres qui ne sont que les ombres portées des lettres alphabétiques correspondantes. En hébreu, 44 s'écrit Dalet (4), Mem (40).
ד ם
qui signifie : le sang.
Etrange inspiration ! Faut-il se saigner pour rembourser ? L'idée de « remboursement » est d'actualité : j'y vois la nécessité de payer la dette que le pays a accumulée depuis qu'il a renoncé à parier sur l'esprit. La France, dont la pensée mijote dans les marmites d'Egypte, est très éloignée de sa vocation ; ses dirigeants n'ont pas même l'idée de la nécessaire délivrance à opérer.
Si je pouvais conseiller l'actuel Premier Ministre, monsieur Lecornu (il a révisé le montant à rembourser et parle de 54 milliards, qu'il serait cependant prêt à abaisser à 44… ) je lui suggérerais de rembourser non pas 44, mais 45 milliards. Un de plus de sorte que l'on passe du prix du sang 44 à la valeur humaine : 45, en effet, s'écrit Alef, Dalet, Mem, ce qui donne Adam. C'est-à-dire l'homme. Car c'est bien de l'humanité qu'il faut parler, lui dire la vérité en termes de vérité, non pas en comptabilité financière, mais spirituelle. « C'est la valeur de l'Homme qu'il faut à tout prix restaurer » phrase-clé à prononcer. « Réaffirmer les valeurs de l'être. » Est-ce si difficile à penser, à dire ? Si l'on présentait aux Français le remboursement de la dette matérielle comme le pendant métaphorique de la dette spirituelle, cela susciterait un état de surprise, la rupture tant attendue avec le discours habituel de la basse-cour politique. Se rappeler que les gilets jaunes attendaient autre chose que des aumônes : ils avaient faim et soif d'une parole invitant à une révolution spirituelle : le peuple saurait apprécier cette pensée différente. Dire le vrai en osant, comme Don Quichotte, braver l'hyponeurien, sans violence, quitte à passer pour fou ! Folie de la vérité suscitant le changement de paradigme. Basculement des critères vers la pensée initiatique ! Une pensée qui serait appréciée par la jeunesse, par les étudiants révoltés qui désirent le « changement ». La véritable réponse à leur exigence est d'ordre spirituel : les sortir de la geôle hyponeurienne qui conditionne leur avenir et leur proposer un enseignement qui intègre la Connaissance.
P.S.
Un initié connaissant la dialectique opérant au moment du Tzadé final remarquera que le nom du Premier Ministre actuel (2026) évoque l'archétype des « Cornes ». Situation de Grand Ecart concernant le pays qu'il dirige. A l'entrée de Cnossos, elles dominent l'entrée du Palais qui est en même temps l'entrée du labyrinthe. « Le labyrinthe s'ouvre à l'endroit où les cornes s'élèvent » précise Dominique Aubier dans La Face cachée du Cerveau, tome II, p. 236. Un chapitre à relire qui permet de mieux comprendre les épreuves qui nous attendent avant la montée collective en couche VI du cycle.