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vendredi 28 août 2026

Don Quichotte a rêvé de Dulcinée, par Dominique Blumenstihl

Don Quichotte a rêvé de Dulcinée

par Dominique Blumenstihl-Roth ©

Ce texte sera prochainement publié dans le volume III des Nouvelles Exégèses de Don Quichotte.

1. Etait-ce un rêve ?
Non pas : il l'a vue dans la grotte de Montésinos et elle lui est apparue sous les traits de la paysanne que Sancho lui avait désignée au chapitre 10-II : « Je l'ai  reconnue, à ce qu'elle porte les mêmes habits qu'elle avait quand tu me l'as montrée. » C'était donc bien elle, réalisme garanti par un fait vécu sur quoi s'appuie la vision du Quichotte. Il ne peut s'agir d'hallucination, elle était là, dans la grotte, comme elle le fut à la sortie du Toboso, mêmes tenues, même visage : rêve conditionné par un élément réaliste ! Ce voyage dans les entrailles de la terre ne fut pas un épisode onirique mais une inspection minutieuse d'un esprit cherchant à se voir lui-même face à l'absolu.

Le récit quichottien de la plongée dans la grotte répond de l'inquiétante — et sublime ! — « identité narrative » d'un locuteur flamboyant que l'on croit fou, et dont la pensée ne tolère aucune remise en cause. Et pourquoi donc douterait-il de ce qu'il a vu, cru voir, ou espéré voir, dès lors que pour lui-même, sa vision oculaire et sa vision métaphysique forment une unité insécable et cohérente ? Est-il fou ? Qui en jugerait ? Le narrateur ne souhaite pas que son épopée soit soumise à l'inspection d'une psychanalyse dont les instruments d'investigation n'ont pas déposé leur garantie, tandis qu'en prévention de toute remise en cause de son honnêteté, le visionnaire s'attache à présenter son adoubement cautionné par les hautes dames que sont mesdemoiselles Tolosa et Molinera.

Don Quichotte, en tant que héros, en tant qu'ouvrage majeur de la civilisation, a sévèrement défait le chevalier des Miroirs, qui entendait le soumettre à sa stratégie prétendument thérapeutique. Victoire totale sur les innombrables Carrascos qui chercheraient à l'étouffer sous l'un de leurs nombreux miroirs scintillants — multitude des sciences dont chacune voudrait éclairer le héros là où elles ne parviennent qu'à en refléter un infime éclat sans recomposer sa lumière fondamentale. Imposture que tout cela ! Imposture du faux chevalier errant, qui ne doit sa survie qu'à l'intervention in extremis de Tomé Cecial, l'écuyer au nez postiche (chap. 14-II, p. 631) dont l'imposant organe — « effroyables narines » qui tiennent Sancho en émoi — feront l'objet d'une exégèse à venir. Les accessoires d'impostures finissent par se détacher, tant la vérité impose, par elle-même, sa propre loi.

2. Don Quichotte a reconnu Dulcinée
Nous savons qu'il l'a vue. Qui en douterait est prié de quitter le territoire où seuls sont admis les amis de Don Quichotte. Il s'impose en effet d'être intransigeant quant à la validité des déclarations quichottiennes, elles ne relèvent pas du débat dialectique. Nous les tenons pour vraies, parce qu'elles le sont quand bien même nous ne les comprenions pas toutes. « Ce que je te dis est la vérité » (chap. 8-I p. 59) charge au lecteur de notre temps et des temps à venir, de percer de mieux en mieux le brouillard qui empêcherait l'accès au sens. Le trésor est à la portée de tout regard dessillé, qui ne se laisse pas égarer par les attraits à la mode des Cassildée de Vandalie (c'est la dame dont le Chevalier des Miroirs est le servant et dont le nom, à lui seul, évoque une disposition d'esprit).

3. Je suis, une nouvelle fois, à l'entrée du Toboso
Don Quichotte et Sancho y pénètrent nuitamment dans l'idée de découvrir l'alcazar — le palais — où réside Dulcinea. Qu'en ce chapitre 9, tome II, Cervantès écrit avec un « c ». Notre Caballero compte recevoir de la belle son adoubement solennel. Certes, dans le tome I, il a déjà bénéficié de cette promotion, à l'auberge, après une nuit de veillée tourmentée par des muletiers. L'aubergiste s'était rangé au désir du Quichotte et s'était résolu « de lui donner bien vite son malencontreux ordre de chevalerie. » Cérémonie en bonne forme, doña Tolosa, « fille d'un ravaudeur de Tolède » lui avait ceint l'épée, tandis que Molinera « fille d'un honnête meunier d'Antequera » lui avait chaussé l'éperon, devenant par ce geste doña Molinera. Cette nomination, réglementaire, suffisait à Don Quichotte pour lui permettre d'assumer les aventures qui s'égrainent tout au long du tome I de la saga.

Le tome II s'ouvre avec la même préoccupation quant à la légitimité. Les acquis du tome I ne suffisent plus pour entamer la seconde partie de l'épopée, où de puissantes forces s'interposent à la mission du chevalier. Don Quichotte a besoin d'une confirmation qui le conforte. Seule sa dame de cœur dispose de l'autorité pouvant lui décerner la bénédiction qu'il requiert. « C'est là que j'ai résolu d'aller, avant de m'engager dans aucune autre aventure ». C'est assurément au Toboso qu'il doit se rendre, car là réside celle qui possède autorité sur lui. « Là, je demanderai l'agrément et la bénédiction de la sans pareille Dulcinée. »
Rencontrer enfin son impératrice — ne l'a-t-il pas déjà vue ? Que non, assure-t-il avec véhémence, au chapitre 9. La verra-t-il enfin ? Sancho met en scène une extraordinaire composition, aidé en cela par un heureux hasard qui lui fait rencontrer trois paysannes (aldeanas) au sortir du village. Soutenu par son talent de conteur, il parvient à convaincre Don Quichotte que l'une des trois jeunes femmes est la princesse Dulcinée, métamorphosée en « labradora », montée sur une « haquenée » (hacanea). A moins que ce soit une « cananée » (cananea). Confusion ou dyslexie de l'écuyer que Don Quichotte s'empresse de corriger, s'agissant de désigner les bourriques. Encore qu'il n'est pas clair si ce sont des ânes ou des ânesses (pollinos o pollinas) « car l'auteur ne s'en explique pas clairement ». Dès lors que l'auteur ne donne pas de précisions (si ce n'est pour dire qu'il n'en donne pas !) la réplique de Sancho est pertinente qui s'écrie : « de haquenées à cananées, il n'y a pas grande différence ». Invitation par la négative, à porter notre attention sur le mot improprement utilisé par Sancho. Comment en vient-il à dire « cananée » si dans la vision quichottienne qu'il tente d'induire, les bourriques deviennent de superbes juments : « est-il possible que trois hacanées, ou comme on les appelle, aussi blanches que la neige, vous semblent des bourriques ? »

3. Sacrée cananéenne

Que d'insistance sur le thème des montures ! Et tout cela pour aboutir à ce que le narrateur lui-même, — non pas Sancho empêtré dans ses nœuds linguistiques, mais bien l'auteur du Quichotte contaminé par les mauvaises prononciations — finit par commettre à son tour la confusion : « A peine la villageoise qui avait fait le rôle de Dulcinée se vit-elle libre qu'elle piqua sa cananée avec un clou qu'elle avait au bout d'un bâton et se mit à courir le long du pré… » Piquer la cananée, afin qu’elle se mette en mouvement — dans notre esprit ! Si le narrateur lui-même pointe le mot « cananée », c'est que le terme lui tient à cœur : il donne raison à Sancho. Le lecteur ne pourra plus douter. Dulcinée chevauche, acceptons-le puisque l'auteur y tient, une « cananea ». Et que diable chevaucherait-elle d'autre, si elle incarne la Chekinah ? Quelque bourrique (pollino o pollina) ou jument ? Non, la Chékinah, figure de la Grâce divine dans la tradition kabbalistique, ne peut chevaucher qu'une monture assortie à sa dignité. DulZinea-Chékinah ne peut chevaucher qu'une monture issue, comme elle, de « Canaan », mot hébreu désignant la Terre sainte, sur quoi Cervantès a forgé (et avec insistance) la dyslexie pleine de sens de Sancho. L'erreur de l'écuyer, sous l'apparence d'une confusion, n'en est pas une, elle exprime au contraire la pleine vérité d'une vision qui transvalorise l'apparent. Incontestable vérité, affirmée par l' « historien-narrateur-traducteur » qui nous a promis qu'en tout point il ne dirait jamais que la vérité. Dulcinée-Chékinah, au sortir du Toboso — entendre : Tob' Sod, en hébreu le bon secret— apparaissant à Don Quichotte sous les traits de la paysanne, est nécessairement Cananéenne — fille de Canaan.


Le lecteur séfarade instruit, du temps de Cervantès, a dû jubiler à la lecture de cette combinaison, imperméable à qui ne dispose de la clé de lecture. Cervantès cependant s'applique à donner des indices afin que l'attention remonte au dissimulé : l'esprit informé du lecteur d'aujourd'hui, (« fais de tes yeux des lanternes ! » conseille Don Quichotte), appréciera l'humour augmenté de Cervantès qui, par ce codage « cananéen » amplifie la farce que Sancho joue à son Maître. Il délivre là une puissante leçon initiatique quant à l'identité spirituelle de Dulcinée.

 D. Blumenstihl-Roth

Références

Don Quijote profeta y cabalista

Don Quichotte prophète d'Israël 

— Pour les Amis de don Quichotte, l'exégèse de Dominique Aubier en 5 volumes 

Nouvelles exégèses de Don Quichotte

La Barque enchantée Exégèse du chapitre 29 - II de Don Quichotte et Sancho navigant sur le Rio Hebro.

DulZinea (Le secret de Dulcinea del Toboso, figure de la Chékinah)

Le film Le Secret de Don Quichotte. En espagnol, et en anglais. El cineasta Raúl Rincón realizó un documental sobre la obra de Dominique Aubier titulado "El secreto de Don Quijote". Premio al mejor documental en el festival Las Dunas, emitido a nivel mundial por satélite por RTVE.

 

 

vendredi 31 juillet 2026

Don Quichotte et les sentiers secrets de la Kabbale

Don Quichotte et les sentiers secrets de la Kabbale 
Par Dominique Blumenstihl-Roth©

(Ce texte sera prochainement édité dans un ouvrage de la série Nouvelles exégèses de Don Quichotte, volume III.)


Cette étude est dédiée à la mémoire de Dominique Aubier (1922-2014). Par son travail de recherche et son décryptage rigoureux, elle a levé le voile sur le codage hébreu et araméen caché au cœur de Don Quichotte. En délivrant le chef-d'œuvre de Cervantes du simple registre romanesque, elle a démontré, par ses études sémiologiques et épistémologiques du texte original, la dimension authentiquement messianique du « Chevalier à la triste figure ».


Pour l'histoire littéraire classique, Don Quichotte est le premier grand roman moderne, une parodie des récits de chevalerie. Mais si on accepte de regarder derrière le miroir, éclairé par les démonstrations de Dominique Aubier, l'épopée prend une tout autre dimension. Elle devient une Megilat Setarim — un rouleau de vérités cachées. Les aventures de Don Quichotte épousent en effet les thèmes de la Torah, les concepts séphirotiques de la Kabbale : l'ombre du Séfer HaZohar traverse le grand livre de Cervantès qui a mis en scène la tension entre la règle de la Tradition et la nécessaire avancée de la révélation vers une explication universalisante.



1. Entre Halakha et Agada
Le judaïsme repose sur un équilibre entre deux concepts : la Halakha (la loi, la règle stricte qui fixe le cadre) et l'Agada (le récit, la légende, la métaphore). La première est le contenant nécessaire ; la seconde apporte le souffle narratif et la poésie.
L’aventure de Don Quichotte est une mise en scène vivante de ce duo : en effet, le Caballero refuse la platitude de la réalité matérielle (Pchat). Nourri de ses lectures, — le Zohar, le Sefer Yetsirah, dont il dissimule les titres sous un subtil codage (1) —, il réenchante le monde par la puissance de sa vision. Les moulins deviennent des géants et les auberges des châteaux. Le réel est transvalorisé. Est-ce une folie ? Il exprime le refus de voir le monde vidé de son sens. Il réalise ce que la Tradition appelle une Agada. Cependant sa « folie » respecte un ordre. Don Quichotte obéit aux lois de la chevalerie. Il jeûne, veille ses armes, suit les procédures avec rigueur. Transposé en termes kabbalistiques, il s’inscrit dans une Halakha… impeccable.
L'œuvre de Cervantes nous montre qu'une règle sans imaginaire (une Halakha sans Agada) est un ritualisme mécanique et froid, un corps sans âme. À l'inverse, un imaginaire sans règle (une Agada sans Halakha) dérive vers une illusion stérile. Le secret de Don Quichotte est de lier les deux : discipliner sa vie par une règle pour donner corps à un idéal.

2. Dulcinée ou l'Idéal de la Devekout
Au cœur du roman se trouve une figure invisible mais omniprésente : Dulcinée. Elle est pur concept. « Cette dame n’est pas de ce monde … »(2) Elle a pour figure incarnée Aldonza Lorenzo, une jeune paysanne du village Toboso. Don Quichotte voit en elle l’image de la Grâce, l’accompagnant en tout lieu. « Je suis né pour appartenir à Dulcinée du Toboso »(3).  Dominique Aubier a démontré qu'elle est en réalité la figure allégorique de la Chékinah. Elle est native du Tob / Sod : en hébreu, le bon secret. Le lien qui les unit s’appelle, dans la mystique juive, la Devekout : c’est-à-dire la communion ou l'attachement indéfectible de l'âme à la divinité. Don Quichotte réalise, par ce contrat (réciproque) qu’il passe avec elle, l’acte de Mosser Nafcho — le don total de son âme — avec une entité qu'il n'a jamais vue et ne peut voir, mais qui valide chacun de ses pas. Par cet amour, il s'aligne avec Émet (la Vérité en hébreu). D’où son nom « Quichot » qu’il se choisit et qui signifie vérité en araméen. Cela aussi est une découverte de Dominique Aubier, que de nombreux auteurs reprennent… sans en citer la source.
Cette relation d’alliance rappelle l'Alliance biblique (Brit). Elle est interactive : tout comme le divin a besoin de l'Homme pour faire résider sa présence (Chékinah) sur Terre, Dulcinée a besoin des exploits de son chevalier pour exister dans l'histoire. Histoire qu’elle ne lira jamais, mais qu’elle connaît, puisqu’elle en est l’inspiratrice. Le Lecteur, quant à lui, est invité à sortir de sa torpeur de « desocupado » et à devenir un « Don Quichotte potentiel », éveillé à cette connexion supérieure. Le nom même de Dulcinea del Toboso, codé par des structures de lettres et de chiffres, renvoie à l'année de publication de la seconde partie du livre (1615), rappelant que la clé d'un texte se cache toujours sous le revêtement des mots et des lettres. Lire à ce sujet : « Dulzinea », volume II des « Nouvelles exégèses de Don Quichotte ».

3. La Métamorphose de Sancho Panza
Au départ, Sancho Panza est tout le contraire de son maître. Il incarne l'ancrage matériel, le bon sens paysan attaché au monde de l’action simple (Olam Ha-Assiya). Pourtant, au fil des pages, il passe du rôle de disciple (Talmid) à celui de sage (Talmid Hakham). Sancho se quichottise. La pensée de Don Quichotte infuse son esprit si bien qu’au volume II des Aventures, il est en mesure d’endosser des responsabilités, et non des moindres. Pour délivrer Dulcinée d'un sortilège, (libérer la Chékinah de son exil !) il accepte de s'infliger 3300 coups de fouet (5). Ce sacrifice (il tergiverse quelque peu !) est une image de la Techouva (le retour vers soi) et du Tikoun (la réparation). L'effort physique et le renoncement de Sancho deviennent la clé de la délivrance collective (sans qu'il soit demandé au lecteur de se flageller de dos avec des pointes de fer comme les pénitents sous époque inquisitoriale !)
Plus tard, bénéficiant d’une promotion sociale considérable, le brave écuyer illettré se voit nommé gouverneur de l'île de Barataria (6). Sancho étonne le monde par la justesse de ses verdicts dignes du roi Salomon. Il n'est plus le valet ignorant ; il applique les leçons de justice selon la doctrine de son maître. Il a reçu une sorte d'ordination (Semiha) implicite et rejoint le rang des anciens (Zekenim), capables de juger en alliant la rigueur à l'intelligence du cœur.

4. Le secret du Hidouch
Dans la tradition de l'étude, répéter le passé ne suffit pas. Il faut faire jaillir le Hidouch — l'innovation, le renouvellement du sens. Le Hidouch cependant n'est pas une invention sortie de nulle part ; c'est une vérité qui était déjà en germe dans le texte d'origine, qui attendait le bon chercheur pour être révélée. Comment être un bon chercheur, comment être un trouveur ?
Le Talmud, immense commentaire de la Torah, a souvent opposé deux types d’esprits. D’une part celui que l’on nomme le Sinaï, c’est-à-dire l’érudit à la mémoire encyclopédique, gardien de la transmission (Massora) et d’autre part, celui que l’on désigne par Oker Harim (celui qui déracine les montagnes) dont le génie de la dialectique bouscule les évidences admises pour faire surgir la nouveauté. Don Quichotte dépasse le stade de l' Oker Harim. Il prend les vieux codes poussiéreux de la chevalerie (la Massora), il leur redonne le lustre d’antant, et surtout, il invente une manière neuve de les appliquer dans un monde moderne qui les a oubliés. Il incarne le principe d'une Torah vivante, dont il intègre toute la connaissance de son herméneutique. Elle doit être nouvelle chaque jour pour celui qui la regarde, comme si elle venait d'être donnée au et par le Sinaï. Il est homme de rupture, de nouveauté. Aussi rejette-t-il la dialectique comme méthode d’investigation : il n’est ni philosophe, ni homme de débats, mais homme de certitude, fondée sur une révélation visionnaire venue de plus loin. Le Biscayen du chapitre 8, vol. I s’en souviendra.
Cette audace exige une grande éthique — une grande folie : l'effacement de l’ego, mais non celui de l’intelligence. Car l’intelligence (Séhel) doit toujours être guidée par le cœur (Leb). Ce sont les 32 sentiers de la sagesse du cœur (Leb = 32) qui animent la quête du chevalier : il est un homme en marche, allant de l'avant « andando », et non pas en errance.

5. Le Silence de Dulcinée et l'Épreuve du Tzimtzoum
Aujourd’hui, comment dire, affirmer la prééminence de l’esprit, maintenir l’Alliance, comment assumer la transhumance du sens au travers des vicissitudes de l’histoire : comment ne pas douter de la Chékinah quand elle reste silencieuse ? Est-elle une vue de l’esprit ? Don Quichotte pleure amèrement les absences de Dulcinée (7). Où est-elle, dans ce siècle de fer ? Il endure les humiliations, les chutes, les blessures physiques, l’emprisonnement : tout cela, à nos yeux, valide la vérité de son idéal et de sa quête. Ces épreuves sont la condition paradoxale de la restauration, car jamais il ne fut vaincu ni abandonné. Même jeté à terre, sous menace de mort imminente, il refuse de trahir. Sa fidélité renverse le cours de ce que l’on croyait inévitable et voilà que son ennemi, le chevalier de la Lune, au chapitre 62, vol. II, proclame sa propre allégeance à Dulcinée. C’est là une grande leçon que Don Quichotte nous donne, la délivrance arrivera en son temps (« Le désenchantement de Dulcinée arrivera à sa complète réalisation » vol. II, chap. 62). Mais où, quand, comment ? Et quelles épreuves se dresseront sur la route de cette libération ? En ce sens, l’œuvre de Cervantes résonne avec les questionnements que pose la Shoah.

 Dans la Genèse, au lendemain de la première faute, Dieu interpelle l’humanité: « Ayéka ? » (Où es-tu ?) (Genèse 3-9). Face à l'horreur des camps et au silence du ciel — son oubli ? —, l’Homme a inversé ce miroir. À Auschwitz, c’est l’Homme qui a crié vers le Très-Haut : « Où es-tu ? ». C'est un rappel à l'ordre, une demande de comptes adressée au Dieu censé avoir brisé les chaînes de l'esclavage. Si la pensée kabbalistique enseigne qu’il n’existe aucun lieu vide de Sa présence, comment concevoir Son absence au cœur du gouffre ?
Pour éclairer ce mystère, invoquons la notion lourianique du Tzimtzoum — la contraction ou le retrait divin. Selon cette thèse, pour que le monde et le libre arbitre humain puissent exister, Dieu a dû voiler Sa lumière infinie, créant un vide apparent où le mal humain a pu s’engouffrer. Un concept qui, s'il se trouvait appliqué à l'Histoire, susciterait une vertigineuse et bouleversante compréhension de la Shoah. La tragédie de l'Histoire et le sacrifice de millions de vies ne seraient pas un accident, mais s'inscriraient dans un « protocole » terrible. La Shoah correspondrait au moment de contraction ultime, un point de non-retour historique. Par sa monstruosité même, ce crime de masse — qu'un  Dieu scandaleux aurait permis par son retrait ! — forcerait en quelque sorte le calendrier métaphysique. Soit l'anéantissement du peuple-otage. Soit sa victoire. L’épreuve endurée, dont le peuple est sorti vainqueur au prix de souffrances inouïes, oblige dès lors le Ciel à tenir parole. Il brise définitivement l’Exil pour enclencher le retour définitif, spirituel, physique et politique sur la terre d'héritage (Moracha). Il enclenche le destin messianique par l’acte du Retour. Ouverture d'un nouveau cycle civilisateur de pleine conscience.
Dans cette perspective, l'existence de l'État d'Israël apparaît comme la contrepartie directe, payée au prix du sang, de cette contraction divine. Existence irréversible, elle-même suivie, nécessairement, par la phase messianique du retour de la Chékinah. Celle-ci ne fut jamais absente, mais douloureusement prostrée dans l’attente de la délivrance.

 
Bibliographie

— Cervantes : L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, trad. Louis Viardot, éd. Garnier, 1989. Texte espagnol : Don Quijote de la Mancha, Comentarios, Don Diego Clemencin, ediciones Castilla, Madrid 1946.
 — Dominique Aubier, Don Quichotte, prophète d’Israël, éd. Ivréa, dist. Gallimard, 2013. Première édition, Robert Laffont, 1966. Don Quichotte, le prodigieux secours, éd. M.L.L. 1997.
— Dominique Blumenstihl-Roth : Nouvelles exégèses de Don Quichotte, vol. II, DulZinea, éd. M.L.L. 2025. 
— Alexandre Safran, la Cabale, éd. Payot, 1960.
— Gershom Scholem, les origines de la kabbale, éd. Aubier-Montaigne, 1966.
— Georges Vajda, Le commentaire d’Ezra de Gérone sur le cantique des cantiques, éd. Aubier-Montaigne, 1969.
— Torah : édition bilingue, trad. sous la direction du Grand-Rabbin Zadoc Kahn, éd. Colbo, 1967.


Notes 

1 Dominique Aubier, Don Quichotte, prophète d’Israël, éd. Ivréa, dist. Gallimard, 2013. Première édition, Robert Laffont, 1966.

2 Don Quichotte, trad. Louis Viardot, vol. II, chap. 32, éd. Garnier, 1989, p. 775.

3 Idem, vol. II, chap. 70, p. 1053.

4 Dominique Aubier, Don Quichotte, prophète d’Israël, op. cit.

5 Don Quichotte, vol. II, chap. 35, p. 799 et chap. 71, p. 1057.

6 Idem, vol. II, chap. 32, p. 779 ; chap. 33, p. 784-786 ; chap. 45.

7 Idem, vol. I, chap. 26, p. 230.



Internet

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lundi 22 juin 2026

La canicule est à l'image de notre pensée: prête à dévaster le monde par Dominique Blumenstihl-Roth

La canicule est à l'image de notre pensée:

prête à dévaster le monde 


par Dominique Blumenstihl-Roth
 
 


La canicule (été 2013, été 2019, été 2025, été 2026) est un indice révélant l'état de notre civilisation. Nous sommes la planète et elle nous ressemble. Nous faisons corps avec elle et elle avec nous. Savons-nous l'aimer, l'habiter respectueusement ? Et elle, de son côté, continuera-t-elle de nous laisser vivre en elle ? Le  feu, lié à l'état caniculaire, non seulement nous guette ou nous menace, mais il s'exprime.
 
Il y a plusieurs années, j'ai alerté à ce sujet sur le blog : quel est le sens des cataclysmes.
 
1. La canicule entraîne la sécheresse
Elle est à l'image de notre pensée : prête à dévaster le monde pourvu que notre petit intérêt soit sauvegardé, à ceci prêt que nous ne sauverons rien si le monde est anéanti. Où commence la dévastation ? Je ne parle pas ici des forêts amazoniennes dont on s'émeut beaucoup d'autant qu'elles sont loin de chez nous, mais de nos critères de pensée, ce que Nietzsche appelait Verwüstung. Il entendait par là la désolation au-delà de la simple destruction : l' anéantissement de l'être.
Nous étions persuadés que nos systèmes allaient se survivre pour l'éternité. Nous étions si bien installés dans notre croyance en l'éternelle productivité et expansion infinies. Un coup de sécheresse caniculaire et tout s'arrête, y compris nos centrales nucléaires, nos TGV dont on avait tant prisé la haute valeur technologique. La canicule devrait nous donner un coup de modestie sur la tête…

2. Canicule
sécheresse, et désolation
Hannah Arendt écrit, dans son essai Qu'est-ce que la politique, que le désert abolit, tandis que la désolation cultive précisément et étend tout ce qui garrote et tout ce qui empêche.
Serions-nous entrés en période de désolation dont la canicule serait le signe ?
La sécheresse des esprits est-elle responsable de la sécheresse qui s'étend sur le pays ? La pensée courte, essentiellement matérialiste, axée sur la rentabilité financière… la sécheresse des âmes, la pauvreté des cœurs, la violence exercée contre toutes les formes d'espérances et d'élévation, le rabaissement général du rapport à la Vie et la négation du Principe de Création au profit du Principe de dévastation. Quelques séances de coaching (sur quels modules efficaces éprouvés ?) suffiraient-elles à remettre l'humanité sur les rails ? Quels rails ? La canicule les a sévèrement déformés. Preuve que les anciennes structures ne peuvent plus accueillir les nouvelles énergies exigeant de toutes nouvelles voies.

« La désolation de la terre peut s'accompagner d'un haut standing de vie, écrit encore Hannah Arendt… et tout hanter de la façon la plus sinistre, à savoir, en se cachant… » Une désolation organisée donc, qui prévoit, dans sa mise en œuvre, la dissimulation de son véritable projet qui est d'anéantir.
Vivons-nous une telle période ?
Notre capacité d'accoutumance est telle que nous risquons de ne pas nous en apercevoir, confortés que nous sommes de rêver des alternatives possibles : un peu d'écologie raisonnable remettrait les choses en ordre, sans rien changer au fond de notre conception de la vie sur terre. Un peu de saupoudrage social suffirait à calmer les angoisses et le « système » se sauverait lui-même, tout en interdisant le véritable transfert de l'énergie. On améliore en quelque sorte le sort de l'esclave en lui enlevant la chaîne, tout en lui interdisant de jamais quitter la plantation. S'accoutumant à ce nouveau confort, il sera reconnaissant à l'égard de la férule cachée ne s'abattant pas moins le moment venu. 
Nous nous habituons à l'intolérable, poursuit Hannah Arendt en des termes très sévères qui pourraient surprendre (ou insurger) les spécialistes : « grâce aux moyens d'adaptation que nous fournissent la psychologie et la psychanalyse, dans son uniformité monstrueuse et la fadeur des catégories qu'elle invente, agent de désertification en ce qu'elle efface les richesses de l'amour, du cœur, réduisant tout à la petitesse des pulsions sexuelles… » A noter que la philosophie non plus, n'a en rien résolu la question de la désertification des esprits : autant de philosophies qu'il y a de philosophes, autant de modèles et d'anti-modèles qu'il existe de penseurs.
 
3. Restent les Îles, les Oasis
« Si les Oasis ne demeuraient intactes, nous ne saurions plus comment respirer… » Quelles oasis ? Où sont-elles ? 
Pour moi, les Îles-Oasis, ce sont les Lectrices (teurs) de ce Blog ; ce sont les livres et films de mon Maître. Les Oasis, ce sont les espaces, les êtres épris de liberté, capables de n'être pas inféodés au dogme des idées à la mode, des conventions institutionnelles, des appareils prétendant distiller leur autorité. Les Îles-Oasis, ce sont les déviances (non violentes) défiant l'Ordre et sa coercition, les insurrections de l'âme étouffée, les infatigables compagnons du Livre révélatoire. Les Îles-Oasis, ce sont les Amis de Don Quichotte, car ils ne renoncent pas à rendre fertile le monde de leur semence, à recevoir cette semence en leur terre généreuse.
Que faire ?
Un nouveau monde, doté d'une nouvelle politique, écrivait Tocqueville, sans préciser sur quoi cette nouvelle politique serait fondée. Il me semble qu'il est temps non pas d'inventer des philosophies, mais de fertiliser les terres de résurrection déjà existantes, recevant la génération qui se dotera de la « nouvelle pensée » : la pensée initiatique. Cette pensée initiatique, elle aussi, est tenue de se renouveler, d'intégrer les mises à jour et se départir des obsolescences où certaines institutions, voudraient la maintenir. J'en appelle, pour
Rebâtir le monde… à une politique (po-éthique), fondée sur la connaissance du Motif d'universalité.
 

4. D'un point de vue initiatique

La canicule exprime l'état maximal de l'entropie en Tzadé final. C'est la situation de la France dont la première lettre de son nom en hébreu est un Tzadé. 
צ
Les deux polarités, nettement dessinées sur le haut de la lettre, se font face. Le côté « Qui Fait » (à gauche) présente une ligne continue, linéaire. Elle est convaincue de la continuité permanente des choses. Et c'est là que la maison brûle. Du côté « Qui Sait » (à droite), surgit la possible alternative. De ce côté se situe la Connaissance, sous ses diverses formes apparues au cours de l'Histoire humaine. La difficulté, sur la branche droitière, c'est que la Connaissance qui présente l'alternative, est restée bloquée sur les approches archaïques, sans que nous ayons intégré les avancées et les mises à jour actualisantes. Nous avons donc d'une part, un système ultra-matérialiste qui s'effondre et qui veut à tout prix se survivre et d'autre part le secteur de la Connaissance sclérosé dans les acceptions passéistes.
Ces clés de la Connaissance rénovées sont dévoilées. C'est Le Code des Codes, à la portée de tous, et pour les générations futures.
 
Références :
 
La Face cachée du Cerveau (Le Code des codes)
 
Ces livres sont disponibles sur le site de Dominique Aubier

vendredi 12 juin 2026

Edgar Morin était-il vraiment génial ? par Dominique Blumenstihl-Roth

Edgar Morin était-il vraiment génial ?

par Dominique Blumenstihl-Roth
 
Edgar Morin nous a récemment quittés. Une fois les révérences tirées et toutes déférences rendues, est-il possible d'aborder son œuvre d'un œil critique ?

 
1. L'oubli des sources d'inspiration
Sommité intellectuelle, docteur honoris causa de nombreuses universités, on ne présente plus Edgar Morin à l’heure où la moindre de ses paroles était considérée comme un oracle des dieux. Son abondante œuvre (qui pose plus de problèmes qu’elle n’en résout) n’a pas fait l’objet d’enquêtes de vérification quant à la pertinence de ses théories et leur prétendue originalité. La classe intellectuelle criait au génie au moindre de ses propos, sans procéder à aucune tentative de validation, moins encore pour en déterminer les sources d’inspiration.

J’en veux pour preuve cette lumineuse « découverte » du chercheur : « Connaître c'est computer »(La Méthode, tome 3), une computation étant, selon lui « une opération sur/via signes/symboles/formes dont l'ensemble constitue traduction/construction/solution - qui prend la forme d'un "complexe organisateur/producteur de caractère cognitif comportant une instance informationnelle, une instance symbolique, une instance mémorielle et une instance logicielle" ». Voilà un langage fort embrouillé alors qu’en réalité, ces quatre instances de la Connaissance ne constituent aucune originalité, ayant été parfaitement identifiées par les traditions et notamment la tradition kabbalistique qui les a formalisées sous la formule du PARDES, dont il emprunte le schéma fondamental sans le nommer.

Edgar Morin reprend ce schéma conceptuel de la tradition hébraïque, la formule Pardès qui conceptualise l’organisation du Réel — de toute réalité — sur quatre niveaux d’organisation symbolisés chacun par une lettre de l’alphabet hébreu. Les quatre phases discernées par le savant ne sont qu’une redite, en un langage pseudo-scientifisé, des quatre seuils identifiés par une longue tradition de penseurs que cet auteur ne peut tout à fait ignorer quand bien même il en oublie-renie les origines et l’extraordinaire héritage.
PaRDeS est une formule en acronymes, dont chaque lettre (Pé, Rech, Dalet, Samer) désigne une étape spécifique de la pensée s'organisant dans un cortex parfait où l'énergie traverse toutes les couches cérébrales. La formule a été mise au point par Rabbi Aqiba (Ier-IIe siècle à Césarée). Le terme est tiré du Talmud, expliqué dans le Pardes Rimonim de Moïse Cordovero (1522-1570). Explication complétée par le Talmud (Haguiga 14b) le Zohar (I, 26b) et le Tikounei Zohar (Tikun 40).

La technique d’Edgar Morin consiste visiblement à oublier, tout en les exploitant, sans jamais les citer, les trésors d’une tradition dont il pense que personne ne la connaît et de développer des concepts dont il feint d’être l'inventeur sous couvert de pompeuses formules empruntes de néologismes et de redondances qui épatent des lecteurs peu au fait de ces sources. On s'aperçoit ainsi de l’extraordinaire effort du chercheur partant en quête d’une « connaissance de la connaissance de la connaissance… » C'est un effort louable. Si ce n'est qu'il résorbe la question en désignant l'objet de la quête sans nous dire jamais où la trouver, cette connaissance au troisième degré, et de postuler… qu’elle reste inaccessible. Du haut de quelle autorité émet-il ce dictat ? Le fait que lui-même ne l'a jamais trouvée, empêcherait-il quiconque de le faire, ou de l'avoir fait ?
Il faut rénover la pensée, dit-il : que ne le fait-il lui-même ?
 
2. La quête paradoxale de l'objet nié
D'ouvrage en ouvrage, Edgar Morin semblait rechercher ce « code d’universalité », cette « grille d’absolu » (cette terminologie n’est pas de lui mais de l'autrice Dominique Aubier qu'il connaissait fort bien depuis leur engagement dans la Résistance). Il en rejetait cependant toute possibilité de son existence, tout en prônant paradoxalement la poursuite de la quête… pour mieux nier le travail de qui l'aurait trouvé ?
Une attitude pathétique d'autant qu'il avait entre les mains ce livre qui réalise la performance à laquelle il appelait : La Face cachée du Cerveau. Publié la première fois en 1989 et réédité et mis à jour en 2012, cet ouvrage présente le Code des archétypes du réel. Il identifie le principe d’unité auquel se réfèrent les cultures et les traditions. C’est de cet ouvrage que le savant a puisé son expression fétiche de « politique des civilisations ».
Plutôt qu'appuyer sur l'aspect initiatique qui constituait le cœur doctrinal de ce concept, il en a exploité l'opportunité en forgeant une série de platitudes dans l'air du temps comme : « remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être ». Qui ne serait d'accord avec ce tout-venant de la pensée ? Cette notion s'inspire, nous signale-t-on, de l'économiste Henri Bartoli, qui appelait à replacer l’homme au centre de l'économie (l'économie doit être au service de la vie et non l'inverse). Le sociologue propose de « régénérer les cités, à réanimer les solidarités, à susciter ou ressusciter des convivialités, à régénérer l'éducation ». Voilà bien une banalité de banalité de chez banalité : un discours inerte, sans effets sur le réel tant qu'il ne s'appuie pas sur une carte qui trace les modalités fonctionnelles archétypales et systémiques fondant la réalité.

Le concept de « politique des Civilisations » est explicité dans le livre Le Réel au Pouvoir. A l’origine, cette notion reposait sur une claire identification du modèle cortical comme référent d’universalité, dont la formule Berechit, premier mot de la Torah, restitue le codage au travers d'une lecture lettrique du mot. Cela insupportait le savant de se voir doublé par une pensée qui n'était pas la sienne et non issue de ses catégories. Autant la nier ou mieux : feindre qu'elle n'existe pas.
 
Dans son livre Le Paradigme perdu, Edgar Morin développe une étude qui nous impressionnerait, si ce n'est qu'elle ne permet en rien de retrouver ce que l'auteur déclare perdu. Pour déclarer la perte d'une chose, il faut l'avoir jadis possédée. Alors où est-il ce paradigme égaré ? En réalité, écrit Dominique Aubier, « ce paradigme n'est perdu de vue que par l'Occident rationnel, perdu pour la science prise au bouillonnement de l'objectivation, mais non pour la Connaissance — à laquelle la science justement refuse de recourir. »

3. Le grand prestidigitateur
Edgar Morin avait, à mon sens, quelque chose du grand prestidigitateur. Et nous sommes tous ainsi faits que nous avons du mal à l'admettre quand nous sommes abusés par un subtil magicien. Bon public, nous finissons par applaudir à notre propre naïveté. Il est temps de se réveiller et se frotter les paupières.
A y regarder de près, il apparaît en effet que l'artiste ait, soit exploité des œuvres sans en citer la source, soit qu’il n’ait fait que resservir, froids et aplatis, des concepts connus dont il n’a aucunement percé les secrets. Sa phraséologie creuse mitonnée dans une sémantique redondante du style « je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité » est faite de poncifs. Car enfin, tout initié de quelque tradition que ce soit, en tout endroit du monde, que ce soit le chamane Sioux, le moine de Tchao Lin ou le sorcier philippin de l'île de Cebu, interroge à tout instant les signes que lui envoie la nature pour déterminer sa conduite. Le moindre aborigène d’Australie, en toute modestie et sans prétendre à aucun doctorat, construit au quotidien son monde en fonction du monde extérieur selon une communication intime entre lui et la nature.
Il ne s’agit, en résumé,  rien moins que « lire les signes ». Et justement, comment faire ? Quelle est LA méthode pour lire les signes ? Edgar Morin n'en a pas indiqué la moindre piste.
 
Mais cessons de parler de lui.
Plus important et essentiel, voici l'ouvrage qui présente le Code des codes (le paradigme retrouvé).


Et pour la lecture des symboles et des signes :

dimanche 24 mai 2026

Don Quichotte, ou la vérité de celui qui dit vrai, par Dominique Blumenstihl-Roth

 Don Quichotte, ou la vérité de celui qui dit vrai

par Dominique Blumenstihl-Roth


1. L'offrande de l'action 

Les expériences que mène Don Quichotte ne sont pas souvent couronnées de succès. Son initiative ne procède jamais de la perspective d'un gain matériel. Son rapport à l'argent est pratique, sans attachement. Son rapport au « faire » est dégagé du bénéfice qu'il pourrait en tirer à titre personnel. « C'est l'action seule qui te concerne, jamais ses fruits. Que le fruit de l'action ne soit donc jamais ton motif, et qu'à l'inaction non plus tu ne sois jamais attaché. » Cette parole de Krishna, tirée de la Bhagavad Gîtâ, chap. 2, verset 47, destinée à sceller l'initiation d'Arjuna, Don Quichotte la fait sienne en offrant ses actes à la Chékinah. Par ce renoncement à la volonté propre, ses actions deviennent des oblations qui compensent l’absence de profit matériel — auquel il ne pense jamais. Dès lors, affronter les moulins à vent ou les moulins à foulons, libérer des galériens ingrats, ou délier le jeune Andrès sous le fouet d'un laboureur : ces actes s’imposent comme de pures nécessités éthiques. Cela devait être accompli précisément parce qu’un être libre ne pouvait s’y soustraire.

Affranchi de la petitesse du raisonnement objectivant, Don Quichotte exige des marchands de soie la reconnaissance de Dulcinée du Toboso. Il affirme l'intransigeance de sa « raison » face aux extravagances du Chevalier des Miroirs. Chez Don Quichotte, la dualité entre action bonne ou mauvaise s’efface au profit de l’action pure, réalisée dans « l'union avec le divin ». Il dédie chaque geste à l’impératrice de son âme et proclame : « jamais je n'abandonnerai celle qui me voit partout et voit tout en moi »*. En réciprocité, Dulcinée ne rompra jamais le lien qui l’unit à lui.

 Don Quichotte s’échappe de la loi ordinaire. Il endosse une armure, un statut mystique. Cela lui confère une immunité diplomatique : il brave l'Inquisition, malmène les ordres religieux — les moines de l'ordre de Saint Benoît passent un mauvais moment avec lui au chapitre 8, vol. I. Il traverse les châteaux de la haute noblesse et n’apprécie les fastes du duc et de la duchesse que dans la mesure du temps imparti à sa mission. Sa véritable demeure ? Elle réside dans ce que Dulcinée lui accorde : lui ayant tout donné, il reçoit en retour la plénitude de la Grâce et son accompagnement.  Il nous paraît fou ? C'est parce qu'il est cet « errant » qui a déchiré le « filet de l'illusion » où nous nous débattons encore, nous, les entravés des jurisprudences fondées sur la rentabilité sacralisée du « faire ».

 

2. Don Quichotte est indestructible…

car il est réfugié en Elle. Il accomplit ce prodige que les traditions initiatiques du monde connaissent : « Fixe ta pensée sur Moi, laisse ta raison entrer en Moi, alors, sans aucune doute, tu feras demeure en Moi. » (Bhagavad, chap 12, v. 4) Dès lors, aucune crainte ne peut l’atteindre. « Ces guerriers sont déjà vaincus par Moi. Sois la cause extérieure de leur défaite, sois Mon instrument. » (Bhabavad chap. 11, v. 33) 

La Chékinah-Dulcinée lui garantit une victoire. À Samson Carrasco, déguisé en Chevalier de la Blanche Lune qui tente de le briser, il inflige un échec cuisant par sa seule persévérance. Même jeté à terre, même sous la pointe de l'épée, Don Quichotte refuse de nier son absolu. À l’instant du suprême abandon, au chapitre 64, vol. II, gisant dans la poussière, il magnifie Dulcinée. Il en obtient un retournement complet de la situation : l’étudiant de Salamanque finit par abdiquer et déclame, à son tour, son allégeance à la Dame**.

 

3. Don Quichotte agent du dévoilement 

Instrument de la Présence, Don Quichotte, s’augmente page après page, d'une tension vers l’avenir qui l’appelle. C’est pourquoi il est dit « andando ». Il appelle sans cesse à… sa propre relecture et à l'exégèse de son langage et de ses actes symboliques. Envers et contre tout, il persiste dans le portage de l’Arche. Fidèle aux normes de conduite (la Halaka) imposées par le Texte, il consolide cette marche par la révélation dont il bénéficie par son pouvoir de voyance et son commentaire. Il est le pédagogue par l’action qui, elle-même, en appelle au décryptage. Il en devient agent de messianisme démonstratif. Balayant les pétrifications des timorés ou la négation de ses adversaires, il les propulse tous vers une raison autre, plus haute, venue de « plus loin ». Dissolution des crispations dogmatique. Ouverture d’un nouveau cycle : celui du dévoilement. Fin de l’ésotérisme et dégagement de l’identité du modèle — mise au clair de la « carte de d’Inconnu » : Don Quichotte la donne à voir. En tant que guide de ce voyage spirituel, il conduit son lecteur au comble de la liberté : il est « la vérité de celui qui dit vrai. »

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*  La citation concernant Don Quichotte est adaptée de Bhagavad, chap. 5, verset 10 : « jamais je n'abandonnerai celui qui me voit partout et voit tout en moi ; et lui, non plus, ne perdra jamais plus le lien avec moi.».  

** Don Quichotte, chap. 64, vol. II, p. 1020. « Pousse, chevalier, pousse ta lance, et ôte-moi la vie, puisque tu m'as ôté l'honneur/ Oh ! non, certes je n'en ferai rien, s'écria le chevalier de la Blanche-Lune, Vive, vive en sa plénitude la renommée de Madame Dulcinée du Toboso. »  

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Exégèse de Don Quichotte (en 5 volumes par Dominique Aubier)

Don Quichotte et Dulcinée

 

mardi 5 mai 2026

Réponse à Hitler. La Mission juive. Un livre de Dominique Aubier. Contre l'antisémitisme

Réponse à Hitler
La Mission juive

Un livre exceptionnel de Dominique Aubier

(éditions Qorban)


Ce livre est une vraie réponse à Hitler, en ce sens qu'il montre en quoi le nazisme a échoué et ne saurait jamais réussir. Car tout à l'opposé de la tentative d'extermination et de l’antisémitisme se dresse l'Alliance, le contrat intime et privilégié que le Créateur a établi avec l'Humanité tout entière. Le peuple hébreu dont « l'élection » est bien plus une responsabilité qu'un privilège, porte en lui et sur lui la marque symbolique culturelle de cet attachement : la circoncision à huit jours.

Dominique Aubier explique ce rituel en corrélation avec les sciences. Elle en explicite la symbolique et dégage la signification. La performance est belle que découvrir la valeur et la portée exacte de cet acte par lequel l’individu se voit accorder sa première noblesse au sein d’une tradition. L'éveil à l'esprit s’inscrit symboliquement dans son corps, comme acte mémoriel ineffaçable.

Ouvrir l’énigme de ce rite conduit à libérer d’autres secrets, dont celui des sephiroth. L’auteure nous en livre les clés : cernant avec efficience le milieu où le symbole trouve sa place, dans les zones cérébrales significatives de la pensée. ce livre s’appuie sur une lecture étayée du Sepher ha Bahir et du Sepher Ha Zoharet du Sepher Yetsira. Il en résulte un décryptage magistral de la formule du Pardès, chère à Rabi Aquiba. Ce livre présente une mise au clair exceptionnelle du sens de l’Alliance avec le principe de Création. Antidote aux idées nauséabondes du nazisme, ce livre est une réponse puissante et définitive à l’antisémitisme.


Réponse à Hitler
La Mission juive


Par Dominique Aubier, éditions du Qorban, édition originale 322 pages,
16 x 24 cm, livre cousu, typographié par Arte Graficas Solers sur papier de luxe.

samedi 18 avril 2026

La Lune s'est levée. Lecture initiatique du film japonais de Kunuyo Tanaka

La lune s'est levée

Lecture initiatique du film, par Dominique Blumenstihl-Roth


Le film japonais « la lune s'est levée », réalisé en 1955, a été tourné dans la ville historique de Nara. Noir et blanc soigné, jeu de contrastes entre ombres et lumières, son esthétique visuelle est remarquable. Les analyses formelles rangent cette œuvre dans la catégorie assez banale des aimables et distrayantes comédies et la critique, au mieux, y voit une « intéressante déclinaison féministe d’un microcosme familial », une description de la sociologie traditionnelle nippone face à la modernité d'une jeunesse aspirant à la liberté.

Pour ce qui me concerne, je considère ce film comme une œuvre initiatique de premier plan.

 


 

La cinéaste Kunyo Tanaka met en scène un père et ses trois filles dont chacune rencontre son âme-sœur. Aucun obstacle ne semble s'opposer à la réussite des unions si ce n'est la difficulté qu'éprouvent les amoureux à se dire leurs sentiments. Le film relate la problématique du « dire » : comment reconnaître, en soi, le sentiment qui nous habite ? Comment l'exprimer, comment le dire à l'autre ? Comment le recevoir ? Difficulté accrue dans une société traditionnelle où les rapports humains sont strictement conditionnés par des codes dont la sévérité peut étouffer la respiration vitale de la jeunesse.

Ce film montre qu'il existe, dans le respect de l'antique tradition, de grandes souplesses par quoi la vivacité toujours renouvelée de la jeunesse traverse l'immuable. Tout peut et doit se dire, dès lors que la forme respectueuse du code est adoptée. D'inventifs subterfuges piègent les pudeurs dont l'excès risquerait de compromettre les retrouvailles des amants. Des voies métaphoriques raffinées ouvrent les chemins et permettent aux cœurs de s'exprimer : modernité absolue de la communication amoureuse par un code qui, sans attenter à la tradition, la transgresse sans la blesser. 

 

I. Les retrouvailles

L'élégante Ayako et son fiancé Amamiya — ingénieur des télécommunications — se retrouvent. Ils se connaissent de longue date et ont gardé l'un de l'autre un intense souvenir… qu'ils se refusent de formuler. Formeront-ils un couple à l'occasion de leurs retrouvailles ? Ils n'osent s'avouer l'affection qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Setsuko, la jeune sœur d'Ayako, démasque les sentiments réprimés :  en habile Célestine, elle dissout les cristallisations des timorés et compose, à leur insu, les conditions favorables à leur union. Elle recourt à d'imaginatives espiègleries, mensonges et substitutions non seulement pardonnables mais indispensables pour déjouer les conformismes que les amoureux dressent, par eux-mêmes, à l'encontre de leurs sentiments.

Le rapprochement ayant eu lieu, les amants renforcent leurs échanges à distance et communiquent entre eux au moyen d'un code chiffré. Leurs énigmatiques rébus intriguent la famille de la jeune femme. Que signifient les chiffres 3755 — « ha nana gogo » — qu'Amamiya envoie par télégramme à sa promise ? Serait-ce une adresse, un numéro d'appel ? Chizuru, l'autre sœur d'Ayako, émet une suggestion qui se rapproche de la vérité : si c'était le numéro 3746, cela serait l'adresse de la librairie. Est-ce du côté de la littérature qu'il faut chercher la réponse ? Très vite Ayako saisit le sens du message. Lui étant destiné, son esprit en reçoit l'intention subliminale pudiquement cachée sous le voile numérique. Elle répond à l'expéditeur resté anonyme en code chiffré : 666. Nouveau mystère ! Les trois chiffres alignés signifient-ils trois fois « non » comme se l'imaginent certains ?

La clé de lecture est éminemment poétique, et il fallait être de subtils lettrés, comme les deux amants, pour songer à s'envoyer, sous ce chiffrage, des versets numérotés, tirés, les premiers, d'un poème du recueil « Man' Yoshu » classique de la littérature nippone : « Sa beauté rayonne au-dessus des montagnes et des rivières qui séparent et entravent » ; à quoi Ayako avoue, sous le codage, par les délicates lignes du poète Otomo No Sakanoue : « Peu de temps s'est écoulé depuis notre rencontre, pourtant vous occupez constamment mon esprit. »

 

« Qui donc connaît le chiffre de cette histoire, hormis les Fidèles d'amour ? » Rûzbehân (1128-1209) 


II. Le code secret

L'usage d'un code pour dire le vrai dans un contexte qui ne le permet guère est le procédé initiatique qu'emploie Cervantès quand il rédige Don Quichotte, vaste traité kabbalistique sous l'apparence anodine d'un roman picaresque. Qui soupçonnerait que sous ce masque se dissimule l'œuvre magistrale par quoi l'écrivain espagnol — qui passe pour un inculte aux yeux de certains milieux universitaires — transmet non seulement l'enseignement de l'antique tradition hébraïque, mais ouvre la porte à une mise au clair explicative des symboles et des archétypes actifs dans le référentiel biblique ? Tout peut se dire dès lors que la muraille prudentielle est assez solide. Respect de l'ordre établi contre quoi il est vain de se dresser frontalement sans risquer d'en subir la férocité du contrecoup, présentation des garanties et certificats de conformité : habillage en règle sous vêture traditionnelle et cependant, « sous le manteau je tue le roi », écrit Cervantès dans sa préface en guise d'avertissement au lecteur invité à aiguiser sa vue pour lire entre les lignes.

 

III. Lire entre les lignes 

C'est précisément ce que fait la jeune Setsuko quand elle découvre le codage qu'utilise sa sœur. Il fallait ouvrir le livre qui servait de support au cryptage pour voir clair dans leurs échanges. Reste qu'elle aussi, effervescente jeunesse, connaît l'appel du sentiment. Qu'elle s'habille en jupe ou qu'elle enfile le pantalon — nous sommes en 1955 et ce n'était, même en Europe, guère admis par l'inquisition masculine — cette marque extérieure de modernité ne la préserve pas du poids des règles ancestrales dont elle a intériorisé l'autorité. Sa volonté d'être est vibrante, s'active quand il s'agit de favoriser le mariage de sa sœur, mais se contracte dès lors que sa propre féminité est en cause. Elle claironne fièrement qu'elle aurait tous les courages pour déclarer ses sentiments et d'aller au-devant de son bonheur, si ce n'est qu'au moment de devoir reconnaître qu'elle est amoureuse de son ami Shoji, elle opère un retournement colérique contre elle-même. D'avoir découvert qu'elle aimait, cette soudaine prise de conscience la plonge dans une absurde contraction égotiste d'isolement, l'incitant à rejeter la réalité du sentiment qui la submerge. Son ami, quant à lui, traducteur, homme de lettres, ne craint pas de dire les mots simples et justes. Il est homme de cœur, il connaît la nécessité d'accorder la parole au sentiment. Il met Setsuko face au réel. Il est temps que cessent les enfantillages : le temps est de la partie (plans insistés sur la montre-bracelet du jeune homme), temps qu'elle accepte la réalité de leur union de longue date décidée par le destin, qu'elle reconnaisse l'existence entre eux de l'amour et qu'elle le dise. Une seule fois suffira, qui vaudra pour toute leur vie. Noble exigence qui libère la jeune fille de l'emprise d'une adolescence prolongée et projette le couple dans l'existence de deux adultes responsables.

 

IV. Trois niveaux d'organisation 

Reste la troisième fille, Chizuru, l'aînée de la famille. Restera-t-elle seule à la maison au côté de son vieux père ? Elle est veuve depuis deux ans, cependant jeune encore. Son père estime qu'elle aurait tort de se sacrifier à une tradition qui voudrait qu'elle demeurât fidèle à jamais d'un défunt. Il lui conseille de ne pas se contenter de regarder les autres, mais de se regarder courageusement elle-même : n'a-t-elle pas de l'affection pour son ami Takasu que l’on ne voit apparaître discrètement que trois fois ? Le film ne racontera pas l'histoire de cette troisième union que le spectateur déduira par lui-même : le non-dit en dit bien assez à qui sait observer le jeu des regards et des paroles — dites ou silenciées — touchant l’âme des concernés.

Trois destins de trois jeunes femmes s’écrivent là en parallèles. Le traitement narratif est serré au plus près des concepts archétypaux : redoublements (les re-trouvailles), échanges latéraux entre les polarités, négations, inversions, intervention du « tenon », retournements, isolement du partenaire dans l'impasse, passage au labyrinthe, union des opposites. L'usage des symboles est omniprésent dans cette œuvre, suivre par exemple le jeu de portes ouvertes ou fermées, les tasses de thé fumantes n'attendant que d'être bues, les postures physiques et les orientations des regards…

Ce film active singulièrement nos neurones-miroirs qui apprécieront l’effet qu’opère en nous ce magistral déroulé d’archétypes, endossé par d’excellents comédiens dont la sincérité traverse l’écran.

C’est un grand film, à voir au moins deux fois, les yeux d'abord émerveillés, ensuite écarquillés pour en repérer la grammaire initiatique. Celle-ci ne saurait échapper aux lecteurs de La Face cachée du Cerveau qui en délivre… le Code.

 

Réf : La Lune s'est levée, film japonais de Kunyo Tanaka, sur un scénario de Ryosuke Saito et Yasujiro Ozu, 1955, avec : Yoko Sugi, Hisako Yamane, Mie Kitahara, Ko Mishima. A voir sur Youtube.

Le Code des archétypes, ces deux livres essentiels de Dominique Aubier :

—  La Face cachée du Cerveau,  (The Hidden Face of the Brain).

La Puissance de Voir, selon le Tch'an et le Zen.