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lundi 22 juin 2026

La canicule est à l'image de notre pensée: prête à dévaster le monde par Dominique Blumenstihl-Roth

La canicule est à l'image de notre pensée:

prête à dévaster le monde 


par Dominique Blumenstihl-Roth

La canicule (été 2013, été 2019, été 2025, été 2026) est un indice révélant l'état de notre civilisation. Nous sommes la planète et elle nous ressemble. Nous faisons corps avec elle et elle avec nous. Savons-nous l'aimer, l'habiter respectueusement ? Et elle, de son côté, continuera-t-elle de nous laisser vivre en elle ? Le  feu, lié à l'état caniculaire, non seulement nous guette ou nous menace, mais il s'exprime.
 
Il y a plusieurs années, j'ai alerté à ce sujet sur le blog : quel est le sens des cataclysmes.
 
1. La canicule entraîne la sécheresse
Elle est à l'image de notre pensée : prête à dévaster le monde pourvu que notre petit intérêt soit sauvegardé, à ceci prêt que nous ne sauverons rien si le monde est anéanti. Où commence la dévastation ? Je ne parle pas ici des forêts amazoniennes dont on s'émeut beaucoup d'autant qu'elles sont loin de chez nous, mais de nos critères de pensée, ce que Nietzsche appelait Verwüstung. Il entendait par là la désolation au-delà de la simple destruction : l' anéantissement de l'être.
Nous étions persuadés que nos systèmes allaient se survivre pour l'éternité. Nous étions si bien installés dans notre croyance en l'éternelle productivité et expansion infinies. Un coup de sécheresse caniculaire et tout s'arrête, y compris nos centrales nucléaires, nos TGV dont on avait tant prisé la haute valeur technologique. La canicule devrait nous donner un coup de modestie sur la tête…

2. Canicule
sécheresse, et désolation
Hannah Arendt écrit, dans son essai Qu'est-ce que la politique, que le désert abolit, tandis que la désolation cultive précisément et étend tout ce qui garrote et tout ce qui empêche.
Serions-nous entrés en période de désolation dont la canicule serait le signe ?
La sécheresse des esprits est-elle responsable de la sécheresse qui s'étend sur le pays ? La pensée courte, essentiellement matérialiste, axée sur la rentabilité financière… la sécheresse des âmes, la pauvreté des cœurs, la violence exercée contre toutes les formes d'espérances et d'élévation, le rabaissement général du rapport à la Vie et la négation du Principe de Création au profit du Principe de dévastation. Quelques séances de coaching (sur quels modules efficaces éprouvés ?) suffiraient-elles à remettre l'humanité sur les rails ? Quels rails ? La canicule les a sévèrement déformés. Preuve que les anciennes structures ne peuvent plus accueillir les nouvelles énergies exigeant de toutes nouvelles voies.

« La désolation de la terre peut s'accompagner d'un haut standing de vie, écrit encore Hannah Arendt… et tout hanter de la façon la plus sinistre, à savoir, en se cachant… » Une désolation organisée donc, qui prévoit, dans sa mise en œuvre, la dissimulation de son véritable projet qui est d'anéantir.
Vivons-nous une telle période ?
Notre capacité d'accoutumance est telle que nous risquons de ne pas nous en apercevoir, confortés que nous sommes de rêver des alternatives possibles : un peu d'écologie raisonnable remettrait les choses en ordre, sans rien changer au fond de notre conception de la vie sur terre. Un peu de saupoudrage social suffirait à calmer les angoisses et le « système » se sauverait lui-même, tout en interdisant le véritable transfert de l'énergie. On améliore en quelque sorte le sort de l'esclave en lui enlevant la chaîne, tout en lui interdisant de jamais quitter la plantation. S'accoutumant à ce nouveau confort, il sera reconnaissant à l'égard de la férule cachée ne s'abattant pas moins le moment venu. 
Nous nous habituons à l'intolérable, poursuit Hannah Arendt en des termes très sévères qui pourraient surprendre (ou insurger) les spécialistes : « grâce aux moyens d'adaptation que nous fournissent la psychologie et la psychanalyse, dans son uniformité monstrueuse et la fadeur des catégories qu'elle invente, agent de désertification en ce qu'elle efface les richesses de l'amour, du cœur, réduisant tout à la petitesse des pulsions sexuelles… » A noter que la philosophie non plus, n'a en rien résolu la question de la désertification des esprits : autant de philosophies qu'il y a de philosophes, autant de modèles et d'anti-modèles qu'il existe de penseurs.
 
3. Restent les Îles, les Oasis
« Si les Oasis ne demeuraient intactes, nous ne saurions plus comment respirer… » Quelles oasis ? Où sont-elles ? 
Pour moi, les Îles-Oasis, ce sont les Lectrices (teurs) de ce Blog ; ce sont les livres et films de mon Maître. Les Oasis, ce sont les espaces, les êtres épris de liberté, capables de n'être pas inféodés au dogme des idées à la mode, des conventions institutionnelles, des appareils prétendant distiller leur autorité. Les Îles-Oasis, ce sont les déviances (non violentes) défiant l'Ordre et sa coercition, les insurrections de l'âme étouffée, les infatigables compagnons du Livre révélatoire. Les Îles-Oasis, ce sont les Amis de Don Quichotte, car ils ne renoncent pas à rendre fertile le monde de leur semence, à recevoir cette semence en leur terre généreuse.
Que faire ?
Un nouveau monde, doté d'une nouvelle politique, écrivait Tocqueville, sans préciser sur quoi cette nouvelle politique serait fondée. Il me semble qu'il est temps non pas d'inventer des philosophies, mais de fertiliser les terres de résurrection déjà existantes, recevant la génération qui se dotera de la « nouvelle pensée » : la pensée initiatique. Cette pensée initiatique, elle aussi, est tenue de se renouveler, d'intégrer les mises à jour et se départir des obsolescences où certaines institutions, voudraient la maintenir. J'en appelle, pour
Rebâtir le monde… à une politique (po-éthique), fondée sur la connaissance du Motif d'universalité.
 

4. D'un point de vue initiatique

La canicule exprime l'état maximal de l'entropie en Tzadé final. C'est la situation de la France dont la première lettre de son nom en hébreu est un Tzadé. 
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Les deux polarités, nettement dessinées sur le haut de la lettre, se font face. Le côté « Qui Fait » (à gauche) présente une ligne continue, linéaire. Elle est convaincue de la continuité permanente des choses. Et c'est là que la maison brûle. Du côté « Qui Sait » (à droite), surgit la possible alternative. De ce côté se situe la Connaissance, sous ses diverses formes apparues au cours de l'Histoire humaine. La difficulté, sur la branche droitière, c'est que la Connaissance qui présente l'alternative, est restée bloquée sur les approches archaïques, sans que nous ayons intégré les avancées et les mises à jour actualisantes. Nous avons donc d'une part, un système ultra-matérialiste qui s'effondre et qui veut à tout prix se survivre et d'autre part le secteur de la Connaissance sclérosé dans les acceptions passéistes.
Ces clés de la Connaissance rénovées sont dévoilées. C'est Le Code des Codes, à la portée de tous, et pour les générations futures.
 
Références :
 
La Face cachée du Cerveau (Le Code des codes)
 
Ces livres sont disponibles sur le site de Dominique Aubier

vendredi 12 juin 2026

Edgar Morin était-il vraiment génial ? par Dominique Blumenstihl-Roth

Edgar Morin était-il vraiment génial ?

par Dominique Blumenstihl-Roth
 
Edgar Morin nous a récemment quittés. Une fois les révérences tirées et toutes déférences rendues, est-il possible d'aborder son œuvre d'un œil critique ?

 
1. L'oubli des sources d'inspiration
Sommité intellectuelle, docteur honoris causa de nombreuses universités, on ne présente plus Edgar Morin à l’heure où la moindre de ses paroles était considérée comme un oracle des dieux. Son abondante œuvre (qui pose plus de problèmes qu’elle n’en résout) n’a pas fait l’objet d’enquêtes de vérification quant à la pertinence de ses théories et leur prétendue originalité. La classe intellectuelle criait au génie au moindre de ses propos, sans procéder à aucune tentative de validation, moins encore pour en déterminer les sources d’inspiration.

J’en veux pour preuve cette lumineuse « découverte » du chercheur : « Connaître c'est computer »(La Méthode, tome 3), une computation étant, selon lui « une opération sur/via signes/symboles/formes dont l'ensemble constitue traduction/construction/solution - qui prend la forme d'un "complexe organisateur/producteur de caractère cognitif comportant une instance informationnelle, une instance symbolique, une instance mémorielle et une instance logicielle" ». Voilà un langage fort embrouillé alors qu’en réalité, ces quatre instances de la Connaissance ne constituent aucune originalité, ayant été parfaitement identifiées par les traditions et notamment la tradition kabbalistique qui les a formalisées sous la formule du PARDES, dont il emprunte le schéma fondamental sans le nommer.

Edgar Morin reprend ce schéma conceptuel de la tradition hébraïque, la formule Pardès qui conceptualise l’organisation du Réel — de toute réalité — sur quatre niveaux d’organisation symbolisés chacun par une lettre de l’alphabet hébreu. Les quatre phases discernées par le savant ne sont qu’une redite, en un langage pseudo-scientifisé, des quatre seuils identifiés par une longue tradition de penseurs que cet auteur ne peut tout à fait ignorer quand bien même il en oublie-renie les origines et l’extraordinaire héritage.
PaRDeS est une formule en acronymes, dont chaque lettre (Pé, Rech, Dalet, Samer) désigne une étape spécifique de la pensée s'organisant dans un cortex parfait où l'énergie traverse toutes les couches cérébrales. La formule a été mise au point par Rabbi Aqiba (Ier-IIe siècle à Césarée). Le terme est tiré du Talmud, expliqué dans le Pardes Rimonim de Moïse Cordovero (1522-1570). Explication complétée par le Talmud (Haguiga 14b) le Zohar (I, 26b) et le Tikounei Zohar (Tikun 40).

La technique d’Edgar Morin consiste visiblement à oublier, tout en les exploitant, sans jamais les citer, les trésors d’une tradition dont il pense que personne ne la connaît et de développer des concepts dont il feint d’être l'inventeur sous couvert de pompeuses formules empruntes de néologismes et de redondances qui épatent des lecteurs peu au fait de ces sources. On s'aperçoit ainsi de l’extraordinaire effort du chercheur partant en quête d’une « connaissance de la connaissance de la connaissance… » C'est un effort louable. Si ce n'est qu'il résorbe la question en désignant l'objet de la quête sans nous dire jamais où la trouver, cette connaissance au troisième degré, et de postuler… qu’elle reste inaccessible. Du haut de quelle autorité émet-il ce dictat ? Le fait que lui-même ne l'a jamais trouvée, empêcherait-il quiconque de le faire, ou de l'avoir fait ?
Il faut rénover la pensée, dit-il : que ne le fait-il lui-même ?
 
2. La quête paradoxale de l'objet nié
D'ouvrage en ouvrage, Edgar Morin semblait rechercher ce « code d’universalité », cette « grille d’absolu » (cette terminologie n’est pas de lui mais de l'autrice Dominique Aubier qu'il connaissait fort bien depuis leur engagement dans la Résistance). Il en rejetait cependant toute possibilité de son existence, tout en prônant paradoxalement la poursuite de la quête… pour mieux nier le travail de qui l'aurait trouvé ?
Une attitude pathétique d'autant qu'il avait entre les mains ce livre qui réalise la performance à laquelle il appelait : La Face cachée du Cerveau. Publié la première fois en 1989 et réédité et mis à jour en 2012, cet ouvrage présente le Code des archétypes du réel. Il identifie le principe d’unité auquel se réfèrent les cultures et les traditions. C’est de cet ouvrage que le savant a puisé son expression fétiche de « politique des civilisations ».
Plutôt qu'appuyer sur l'aspect initiatique qui constituait le cœur doctrinal de ce concept, il en a exploité l'opportunité en forgeant une série de platitudes dans l'air du temps comme : « remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être ». Qui ne serait d'accord avec ce tout-venant de la pensée ? Cette notion s'inspire, nous signale-t-on, de l'économiste Henri Bartoli, qui appelait à replacer l’homme au centre de l'économie (l'économie doit être au service de la vie et non l'inverse). Le sociologue propose de « régénérer les cités, à réanimer les solidarités, à susciter ou ressusciter des convivialités, à régénérer l'éducation ». Voilà bien une banalité de banalité de chez banalité : un discours inerte, sans effets sur le réel tant qu'il ne s'appuie pas sur une carte qui trace les modalités fonctionnelles archétypales et systémiques fondant la réalité.

Le concept de « politique des Civilisations » est explicité dans le livre Le Réel au Pouvoir. A l’origine, cette notion reposait sur une claire identification du modèle cortical comme référent d’universalité, dont la formule Berechit, premier mot de la Torah, restitue le codage au travers d'une lecture lettrique du mot. Cela insupportait le savant de se voir doublé par une pensée qui n'était pas la sienne et non issue de ses catégories. Autant la nier ou mieux : feindre qu'elle n'existe pas.
 
Dans son livre Le Paradigme perdu, Edgar Morin développe une étude qui nous impressionnerait, si ce n'est qu'elle ne permet en rien de retrouver ce que l'auteur déclare perdu. Pour déclarer la perte d'une chose, il faut l'avoir jadis possédée. Alors où est-il ce paradigme égaré ? En réalité, écrit Dominique Aubier, « ce paradigme n'est perdu de vue que par l'Occident rationnel, perdu pour la science prise au bouillonnement de l'objectivation, mais non pour la Connaissance — à laquelle la science justement refuse de recourir. »

3. Le grand prestidigitateur
Edgar Morin avait, à mon sens, quelque chose du grand prestidigitateur. Et nous sommes tous ainsi faits que nous avons du mal à l'admettre quand nous sommes abusés par un subtil magicien. Bon public, nous finissons par applaudir à notre propre naïveté. Il est temps de se réveiller et se frotter les paupières.
A y regarder de près, il apparaît en effet que l'artiste ait, soit exploité des œuvres sans en citer la source, soit qu’il n’ait fait que resservir, froids et aplatis, des concepts connus dont il n’a aucunement percé les secrets. Sa phraséologie creuse mitonnée dans une sémantique redondante du style « je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité » est faite de poncifs. Car enfin, tout initié de quelque tradition que ce soit, en tout endroit du monde, que ce soit le chamane Sioux, le moine de Tchao Lin ou le sorcier philippin de l'île de Cebu, interroge à tout instant les signes que lui envoie la nature pour déterminer sa conduite. Le moindre aborigène d’Australie, en toute modestie et sans prétendre à aucun doctorat, construit au quotidien son monde en fonction du monde extérieur selon une communication intime entre lui et la nature.
Il ne s’agit, en résumé,  rien moins que « lire les signes ». Et justement, comment faire ? Quelle est LA méthode pour lire les signes ? Edgar Morin n'en a pas indiqué la moindre piste.
 
Mais cessons de parler de lui.
Plus important et essentiel, voici l'ouvrage qui présente le Code des codes (le paradigme retrouvé).


Et pour la lecture des symboles et des signes :