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lundi 16 décembre 2024

La Face cachée du Cerveau. Compte-rendu de lecture

La Face cachée du Cerveau
Compte-rendu de lecture, par Dominique Blumenstihl-Roth
La Face cachée du Cerveau. En deux volumes.
 
1. Identifier le principe d'unité des traditions du monde
Chaque tradition dispose d'un lexique permettant de prendre langue avec l'invisible. Ce vocabulaire dépend de la région du monde où cette tradition est logée. Il est lié à la langue parlée de cette province de l'esprit. Il subit l'inflexion de ce filtre. D'où l'extrême diversité des rites, croyances, religions qui toutes célèbrent le même principe d'unité.
Ce principe, quel est-il ?
La Connaissance, l'Humanité la possède déjà. Dans la latence de la pensée imagée. Maintenant, face à la barbarie du monde moderne, il faut la redonner sous une forme indiscutable et universelle. Et identifier le Principe d'unité.
Dominique Aubier s'est appliquée à rendre intelligible chaque unité de signification de la Connaissance.
Chaque article de loi y est traité isolément, entouré d'une double haie de renseignements. Une ronde d'affirmations empruntées à diverses traditions forment le premier encerclement. Le second se compose de descriptions scientifiques visant le même point de vue. Le parallélisme entre les deux séries d'arguments est d'un effet singulier.

2. Les deux lectures du réel
Il apparaît que, point par point, la Connaissance traditionnelle et la Science ont découvert l'existence des mêmes faits, bien qu'elles ne les aient pas regardés du même observatoire ni dans la même perspective. Les références ne se superposent pas exactement, elles se complètent. La dualité des repères composent un jeu d'optique comparable à celui des lunettes dont un verre est rouge et l'autre vert et qui, en se combinant, mettent en relief une image à deux dimensions. Impossible de ne pas constater l'effet produit.
La documentation est riche. L'auteure a parcouru tous les sentiers traditionnels de la terre, elle a marché dans tous les chemins du savoir et de l'expérience. L'érudition dépasse en ampleur tout ce que je pensais qu'un être humain puisse accumuler. Et cette formidable masse de savoir a ici… la gentillesse de se discipliner, de se ranger au service d'une explication franche et directe. On ne peut guère résister à la cohérence des arguments. Cette technique d'enveloppement se maintient d'un principe sur l'autre. C'est vrai pour chaque article de loi, cette cohérence science-tradition. L'édifice logique est impressionnant. Pas une rupture. Pas une exception. Si la convergence des deux points de vue ne se manifestait qu'une fois, voire même plusieurs fois, sans s'étendre obstinément à tous les faits considérés, on aurait pu douter de la valeur de la thèse. Mais du haut en bas de l'échelle, tous les principes énumérés se laissent recouvrir par la même théorie. Déconcertante, cette nomenclature de règles dont chacune et toutes sans exception acceptent d'être incorruptiblement attestées par les deux lectures du réel. La constance du procédé explicatif n'a d'égale que la permanence de l'effet de conviction résultant de son emploi.

Il me semble que jamais personne n'a réalisé une synthèse de cette envergure, dans un langage aussi direct. C'est un véritable dictionnaire des principes jadis ésotériques de la Connaissance. Cette imperturbable logique garantit la réalité du modèle porteur : il semble — non : il est certain — qu'il existe une structure absolue (pressentie par Raymond Abellio, mais il ne l'a pas identifiée) guidant les opérations constructives, aussi bien dans le domaine de la matière que dans celui de la pensée et de la vie culturelle. « Structure absente » comme se plaisait à l'affirmer Umberto Eco, sous prétexte qu'il ne l'aurait pas observée ? Bien au contraire : structure hyper-présente affirme Dominique Aubier. Structure et lois systémiques identifiées et mises au clair dans cette Face cachée du Cerveau.

3. La recherche (et la découverte) du paradis perdu
J'ai trouvé dans ce livre ce que mon esprit, depuis longtemps, appelait intuitivement quand il partait à la recherche du paradis perdu, dans la forêt des traditions. Cela se trouve là, dans cet ouvrage exprimé dans le langage le plus précis que ma conscience puisse souhaiter. Ce livre — en deux volumes inséparables — dont c'est la quatrième édition donne à comprendre ce qui jusque-là constituait de vastes énigmes : les archétypes identifiés deviennent clairs, ces unités de signification sont cloués sur leur sens, et deviennent des figures de la vie vivante. Les informations scientifiques collectées suffisent à démontrer le bien fondé des découvertes, les références traditionnelles recueillies prouvent qu'en effet les critères de la pensée symbolique actifs dans la pensée d'un initié s'intègrent à sa pensée quotidienne et lui permettent d'agir.
Un livre éblouissant.
Dominique Blumenstihl-Roth



La Face cachée du Cerveau
Tome 1. Le Moteur Immobile
Tome 2. Le Bienfaiteur sublime
(en librairie) ou ici directement par Internet.
Ce livre existe également dans sa traduction allemande et anglaise.

vendredi 12 août 2022

Le symbole du Bélouga ou la mort d'un cœur incompris

Par Dominique Blumenstihl-Roth


1. Synchronicité ou plan de cohérence ?

Il y a quelques jours, suite à une discussion sur la Connaissance devant un cercle de participants intéressés par les choses de l'esprit, une voix d'insatisfaction s'est élevée alors que j'abordais la question de la « synchronicité » : « Ces choses n'ont aucun rapport entre elles, disait l'interlocuteur. Vous établissez des liens qui n'existent pas si bien que selon vous, tout est signifiant, tout est corrélé à tout. Si j'en crois votre thèse, tout serait expressif d'une pensée supérieure qui s'exprimerait au travers de la diversité de ses manifestations. C'est là un a priori imaginaire insupportable qui brise toutes les règles du bon sens et de la logique. »

Je parlais de ce phénomène bien connu des traditions que les sciences qualifient de « synchronicité ». Et je précisais, me référant aux travaux de Dominique Aubier, qu'il valait mieux parler de « plan de cohérence », car le mot « synchronicité » préconisé intuitivement par Jung ne fait que constater de façon neutre la simultanéité temporelle d'une ou plusieurs occurrences, tandis que « plan de cohérence » affirme positivement l'existence d'un plan structural du réel à l'intérieur duquel les choses se produisent selon une exactitude temporelle qui fait se rencontrer les événements de manière synchrone cohérente dans une unité. Le mot « synchronicité » se contente d'observer que deux choses se produisent « en même temps », sans que cela n'engage ni l'existence de l'unité préalable ni la présence de la cohérence intrinsèque. Y voir un sens relève donc de l'imaginaire. Or c'est précisément parce que le sens préside au réel que ces « synchronicités » existent, en raison même de la structure unitaire du réel, concentrée autour du sens. Il y n' a donc nul « imaginaire » mais sens, plan, et cohérence.

Je disais lors de ma conférence qu'il y avait certainement un lien entre les incendies qui ravagent le pays et la sécheresse d'esprit du matérialisme hyponeurien dominant. Relation où « le dehors » traduit l'état du « dedans », la sécheresse dont souffre la végétation témoignant de celle de la pensée actuelle, privée des pluies nourrissantes du symbolisme. Pour preuve, la sécheresse elle-même, les incendies, qui devraient être considérés comme autant de symboles dont le sens dépasse l'immédiateté perceptible, ne sont envisagés que comme des catastrophes auxquelles remédier par des moyens techniques. Aucune lecture de leur symbolisme n'est effectuée, ce qui appauvrit notre capacité d'anticipation, car les symboles avertissent.

J'allais jusqu'à affirmer que le problème climatique actuel était avant tout une question relative au « climat de la pensée » qui organise nos « catégories ». Nos manières de penser sont inféodées à un système qui suscite l'assèchement spirituel, en ce qu'il ne procède que par la linéarité des raisonnements et ne touche pas les cœurs. Dès lors, ai-je eu l'imp(r)udence d'ajouter, le véritable cataclysme que nous subissons, c'est bien l'aridité des cœurs, sous canicule provoquée par la doctrine du matérialisme qui entend « gérer la planète » par ses propres moyens, c'est-à-dire à l'exclusion de tout rapport au sacré : tout le monde veut sauver la planète, chacun au mieux de ses intérêts, et non pas en tant que fruit de la Création… à laquelle nous ne croyons pas.


2. L'aimable voyageur du Grand Nord

Canicule, incendies, et voilà qu'un autre événement touche les consciences, c'est l'affaire du gentil Bélouga qui, venant de l'Arctique, a traversé les océans jusqu'à remonter la Seine sur des centaines de kilomètres. Etrange comportement de ce mammifère marin — je pense qu'au lieu de l'appeler « l'animal » on aurait dû lui donner un nom, car enfin, en prenant la direction de Paris, ne s'est-il pas en quelque sorte naturalisé, rapproché des hommes, n'a-t-il pas acquis le droit au « nom » au titre même de son exploit ?

Que venait-il faire en France, cet aimable voyageur du Grand Nord ? S'était-il perdu, comme on le croit, ou au contraire, venait-il envoyer un signal au travers de son épopée ? Il y avait là, à coup sûr, un signe de la Nature, du Vivant. Le Bélouga,  nom scientifique « delphinaptérus », se rattache en effet à notre propre branche évolutive. Le Traité de Zoologie enseigne que les mammifères marins, Baleines, Dauphins, et donc Bélougas, sont des êtres qui, évolutivement sortis de l'élément aquatique, sont « retournés » à l'eau pour y développer toutes les capacités que nous leur connaissons, conservant toutefois leur nature de mammifères et ne devenant jamais des poissons. Ces mammifères marins vivent la phase du « retour évolutif » à l'élément aquatique d'origine. Liaison typique entre les couches VI et IV d'un cycle où s'opère la connexion provisoirement régressive vers les conditions du passé, les cétacés interprètent ce mouvement qui les a fait revenir vers le milieu aquatique dont les mammifères s'étaient extraits afin de gagner la terre ferme.

La proximité des cétacés avec les humains est légendaire, et nul ne s'étonne plus de voir les dauphins accompagner les navires ou s'approcher des plongeurs pour échanger avec eux des bulles. Pourquoi, dès lors, un Bélouga ne chercherait-il pas à se rapprocher des humains, moins pour jouer que pour leur communiquer quelque message dont il serait le porteur inspiré ?

— Un Bélouga ne peut rien vous dire, m'a-t-on répondu, tout simplement parce qu'il n'a pas accès à la parole. Vous lui prêtez des sentiments, des perceptions et une conscience qu'il ne peut pas avoir. C'est de l'anthropomorphisme.

A quoi j'ai répondu :

— C'est vrai, le Bélouga ne risque pas d'avoir la parole aussi longtemps que les doctrinalistes de la négation la lui confisquent. Le charmant visiteur a peut-être quitté la banquise pour nous « dire » quelque chose par le seul moyen dont il disposait, c'est-à-dire sa propre vie ? Pour ce qui est de la conscience, il est certain que les animaux sont « pensés » par les forces de la vie, auxquelles ils pleinement accrochés. Leur être n'est pas encombré par la psyché, comme nous. Ils sont eux-même, pleinement. Nous avons tous autour de nous des animaux qui ont, un jour ou l'autre, accompli quelque chose de surprenant, nous avertissant, nous informant : autant d'histoires que nous hésitons à raconter tant elles prennent parfois une dimension invraisemblable. (A ce titre, j'ai toujours pensé que mon chat en savait plus long sur le monde que moi et que s'il avait accepté d'être mon maître, c'était pour m'enseigner ses secrets.)

 

3. Le message du Bélouga

Qui sait si ce joli Bélouga ne nous aurait-il pas « dit » quelque chose ? Avec lui, cependant, le message est collectif. Destiné à être vu et entendu largement. Cela est signifié par la taille physique du messager, par le caractère anormal de sa présence dans un fleuve — qui draine les eaux directement depuis Paris. Par la médiatisation de l'événement. L'importance du signal est indiquée par l'aberration même de son épopée : « la plus subtile manière qu'a la vérité de se faire comprendre est d'atteindre le niveau quasiment contradictoire de l'aberration. L'anomalie est considérée comme l'indicatif majeur de la signification ontologique » écrit Dominique Aubier. La présence pour le moins insolite du Bélouga dans la Seine est donc ultra-significative par là où elle se produit en pleine canicule, alors que lui-même arrive du grand froid ; qu'il habite les eaux, alors qu'on en manque, et qu'il a été capturé dans une écluse au grand dam de sa liberté.

Messager que l'on a voulu « sauver » (de quoi ?), remettre à l'Océan, alors qu'il n'était peut-être aucunement perdu ? Du haut de quelle certitude avons-nous décrété qu'il s'était « égaré » dans le fleuve ? Un animal sauvage s'égare-t-il jamais ? La notion d'égarement est un critère exclusivement humain : on se sent perdu dès que nos critères habituels font défaut… Mais… ai-je demandé à mon chat, es-tu jamais « égaré » ? D'aucune manière, m'a-t-il répondu, je sais toujours qui je suis, où je suis, où je vais : car je n'ai nulle volonté et me laisse guider par la voix de l'absolu qui me conditionne. J'en ai déduit que le Bélouga ne pouvait pas, par erreur, s'être engouffré dans l'estuaire de la Seine : guidé par son instinct et donc sa propre connexion à l'esprit qui gère ce monde, il a fait ce pourquoi il a été mandaté. Jusqu'où serait-il allé si l'écluse (humaine) ne s'était refermée sur lui ?

Il n'était plus qu'à 70 kilomètres de Paris.

Sous prétexte de le « sauver » on l'aura empêché d'accomplir jusqu'au bout sa mission : alerter médiatiquement, au travers de sa propre image d'être en souffrance, notre pays de sa situation et de l'indigence spirituelle qui le frappe. Alerter — jusqu'à en mourir — et relayer par son symbole l'appel que lance la vie. Il a rencontré l'obstacle, l'écluse : fallait-il l'empêcher de remonter plus haut et atteindre Paris, d'où il aurait lancé son message planétaire : non pas un compte-rendu de quelque commission d'experts alertant de l'urgence, mais un message qui aurait ému les cœurs, devant le spectacle tragique de son agonie sur les berges de la capitale. Ces images-là auraient soulevé une énorme émotion : il fallait laisser le Bélouga, fût-il épuisé, remonter la Seine jusqu'à ses extrêmes limites, et recueillir tout le sens de ce sacrifice : donner toute l'ampleur au message que cet ambassadeur du Vivant venait nous délivrer. Il venait nous saluer, nous supplier non pas de sauver sa propre vie, mais celle de la planète dont il était le noble émissaire délégué.

Il est mort, euthanasié, « pour abréger ses souffrances » — souffrances paradoxalement infligées par ceux-là même qui voulaient le sauver, par l'intubation pulmonaire qu'on lui a imposée lors d'un transport improbable en camion. Souffrance également d'avoir été bloqué, capturé en écluse : (écluser la pensée, sélectionner l'admissible, grande spécialité de la pensée unique qui sait toujours mieux ce qui est bon pour vous…). 


4. La bonne conscience a ses raisons

Je l'imagine, l'hôte des hautes latitudes, évoluant le long des berges, s'approchant de la Tour Eiffel, la Maison de la Radio ; des milliers de Parisiens et visiteurs venus du monde entier sont là pour le voir, l'encouragent, et surtout… comprennent son message. Quitte à en mourir, il aurait vécu là son instant de grâce, celui de la mission accomplie. Au lieu de cela, la bonne conscience toujours prompte à intervenir pour « sauver » — pourvu que cela satisfasse l'idée du sauveur que nous avons de nous-mêmes.

Le symbole a été entravé par le désir de « bien faire », une partie essentielle du signifié a été perdue, au bénéfice du narratif médiatique conçu autour du sauvetage (raté) du Bélouga, précisément là où l'information « capitale » se trouvait dans le symbole qu'il convoyait. Le symbole incomplètement réalisé, non par incompétence du messager qui est allé au bout de lui-même, mais du récipiendaire visé qui n'en veut pas. D'où sa capture, l'encagement, le pseudo-sauvetage réalisé la main sur le cœur, très satisfaisant à l'égo de tous ceux qui y ont participé et que l'on ne saurait critiquer, tant il est vrai que les bonnes intentions ne le supporteraient pas. Cependant, l'échec est total : le Bélouga n'est pas sauvé, et sa mort par euthanasie anéantit la portée du message qu'il convoyait, n'ayant pu aller jusqu'au bout de son périple qui devait le mener jusqu'à Paris.

Passait-il son « labyrinthe », quittant le lieu désormais difficile qu'est pour lui le Grand Nord en réchauffement, partait-il vers son « second lieu », où il ne survivrait pas, mais où il déposerait la carcasse de son corps, dépouille d'un drame et porteur de son propre symbole ? 


5. Le symbole demande a être compris…

Comment ne pas penser à Don Quichotte, chapitre 23, tome II. Sortant de la caverne, il donne la parole à Montesinos qui arracha le cœur de son ami Durandart pour le convoyer en France… 

« Je vous ai arraché le cœur du mieux que j'ai pu, sans vous en laisser la moindre parcelle dans la poitrine ; je l'ai essuyé avec un mouchoir de dentelle ; j'ai pris en toute hâte le chemin de la France, après vous avoir déposé dans le sein de la terre, en versant tant de larmes qu'elles ont suffi pour me laver les mains et étancher le sang que j'avais pris en vous fouillant dans les entrailles ; à telles enseignes, cousin de mon âme, qu'au premier village où je passai, en sortant des gorges de Roncevaux, je jetai un peu de sel sur votre cœur pour qu'il ne sentît pas mauvais, et qu'il arrivât, sinon frais, au moins enfumé, en la présence de votre dame Bélerme. » Montesinos, selon la légende, a extrait le cœur de son ami et l'a transporté en France. Allégorie littéraire qu'il est aisé de décrypter : il s'agit d'élever et enlever la pensée symbolique (représentée par l'image du cœur) pour la présenter à la nation où elle serait reçue par l'intelligence (Bélerme) capable d'en concevoir le décryptage au moyen des clés adéquates.

Le Bélouga demandait exactement cela : prendre en toute hâte « le chemin de la France », y être reçu comme un visiteur de marque, compris en tant que symbole, afin que prennent sens les efforts qu'il a fournis pour venir jusqu'à nous. Le symbolisme de son action demeurant non lu, non décrypté, il en résulte une banale anecdote pour le journal télévisé. Cependant, le symbole a plus d'ampleur que la pensée objective : il voit loin, il prophétise, il guide. Il a le sens du destin. Parce qu'il porte en lui l'image du Modèle d'Absolu dont il est une expression vivante. 

Les symboles, nous les croyons inertes, alors que ce sont des êtres véritables. « Ils sont les sentinelles vivantes de la Connaissance passée, ils surveillent notre avenir. Fâcher les symboles, les ignorer, les mépriser peut causer des désastres. Les comprendre et les servir peut occasionner des bienfaits. Ils cautionnent l'évolution désirable, désirée par l'évolution du monde. Minimiser cette puissance revient à fauter contre la vérité et le réel. Les symboles ont les moyens de manifester leur présence et leur force. » (cf : La Face cachée du Cerveau)

Nous avons empêché le symbole vivant du Bélouga de « dire » . Nous avons affaibli son message et la percutante dramatisation que son décès aurait suscité dans les consciences si nous l'avions laissé gagner Paris. Là, son symbole agissant par lui-même aurait commotionné les sensibilités. En lieu et place, la médiatisation des techniciens et spécialistes tirant à eux la vedette… La situation a été « gérée » au mieux pour le « bien-être » de l'animal, et surtout pour la tranquillité d'âme qui se satisfait toujours de ce qui va dans le sens de son apaisement.


6. Bien sûr, « il fallait le sauver », qui s'y refuserait ?

Nous avons tout essayé, disent les responsables de l'opération… Bonne conscience préservée, « tout » a été fait, sauf peut-être l'essentiel qui était de le laisser, par lui-même, aller au-devant de son propre destin dont il ne pouvait être ignorant. Cette tranquillité d'âme satisfaite des sauveteurs a laissé comme une insatisfaction, car elle se nourrit de la certitude que toute l'affaire était entre leurs mains, alors qu'en toute objectivité, l'extraction hors de l'eau des mammifères marins est extrêmement périlleuse… pour le premier concerné. Il a été exposé à un danger mortel afin de le tirer d'un autre dont nous n'avons pas mesuré tous les aspects. Seule a compté la « practicité » technique, la mise en œuvre spectaculaire, le déploiement hors norme de la générosité des sauveurs… Tout cela est formidable, merveilleux… Et si justement, le « diable » n'était pas de la partie ? Il emprunte l'allure et les arguments de la bonne conscience pour interdire le vrai sens d'émerger. Oui, il fallait extraire le sens, libérer le symbole hors de son milieu d'origine, l'exposer en plein air : encore faut-il se rendre capable de le lire et concevoir que tout cela était Symbole.

Attitude subtile que « sauver » le messager en détresse, le remettre à l'Océan, alors qu'il venait se donner, s'échouer sans doute sur les rives de Paris… Que savons-nous de lui, à part qu'il est un Cétacé de peau blanche — innocent voyageur qui nous dit qu'effectivement c'est assez de ces mises en scène d'autosatisfaction médiatisée sur sa mort. La bonne conscience impose ses décisions, dans un contentement de soi irréprochable… c'est là le grand refuge du « diable » que « contrefaire le bien », car la conscience humaine n'a pas de réaction de défense face au bien, quand il est mis en évidence.

Qui n'a entendu, dans sa vie, et subi, cette péremptoire « je sais ce qui est bon pour toi » où l'être se voit impliqué, orienté dans un projet qu'il voulait justement éviter ? Tu feras un grand avocat — tandis que son âme le faisait rêver d'être un pêcheur au grand large sur des chalutiers ? Tu seras un grand homme d'affaire, alors qu'il sentait vibrer en lui les harmoniques de Bach et Haendel ? Tu retourneras à l'Océan, avons-nous intimé au Bélouga, alors qu'il rêvait de voir la Tour Eiffel et nous dire le sens et la vocation universelle de notre pays qui est de s'ouvrir au sens des choses, et de produire la grande exégèse explicative du réel. Tout cela sera-t-il nié par l'impérialisme de l'ignorance ? Elle se charme et se pavane de son autorité… tandis que le message du symbole est euthanasié.

Ce à quoi je me refuse. D'où ce texte donné en partage aux consciences qui accepteront d'en valider le sens.

 

 


En résumé :

Le Bélouga est venu vers les hommes et a opéré symboliquement la remontée cyclique de la couche IV vers la couche VI, marquant ainsi l'ouverture évolutive en couche VI enrichie des apports de son « retour archigénique ». De même le symbolisme, expressivité active en couche IV, laisse remonter son énergie vers les couches supérieures où s'exprime la lucidité explicative et demande à y être exégétisée. Le Bélouga, par sa nature d'animal emblématique d'être formé en couche IV de l'Evolution, a réalisé cette odyssée individuelle qui implique celle de tout le cycle évolutif. Il a fait sa part, elle est symbolique : il est le « symbole du symbolisme » remontant en surface et demandant à être compris. A nous de compléter le rébus par notre prise de conscience : à nous de lire ce qui se donne à lire et d'en admettre la validité. Toute notre relation au monde, au réel, au vivant, s'en trouve changée dès lors que nous admettons que sur cette terre nous ne sommes pas seuls… 



P.S. : A ceux qui affirment que le Bélouga ne peut rien dire, je les renvoie au Traité de Zoologie, (volume 17, sous la direction de Pierre Paul Grassé, éd. Masson, 1955 p. 386) qui précise qu'il est au contraire un grand parleur, c'est pourquoi il est surnommé « le canari des mers », en raison de la variété des cris et des sons qu'il émet sous l'eau, « les uns sont aigus comme des sifflets, les autres rappellent un tictac, certains une sonnerie de cloche ou les sonorités d'instruments à cordes… ou encore des miaulements de chats ou des gazouillis… »
 
 
Réf :
La Face cachée du cerveau
Le Traité de Zoologie
 
 

samedi 7 mai 2022

le Secret de la Tête. Un texte inédit de Dominique Aubier

Mai 2022. Dominique Aubier (1922-2014) aurait eu 100 ans le 7 mai. Pour célébrer ce centenaire, je publie une série de ses textes inédits, traitant de la Connaissance à son degré d'élucidation et d'actualisation le plus précis. 
 
 
Le secret de la Tête


Miguel de Cervantès utilise le mot Tête (cabeza en espagnol) pour désigner le Modèle Absolu et j'ai consciencieusement repris le terme et l'idée qu'il renferme, selon laquelle la Création aurait été accomplie par le jeu d'un logiciel comportant tous les faits imputables à  la Tête. 
La Tête parlante, la Tête qui sait tout et répond de tout. La Tête vénérable qui se confond au grand concept biblique frappé de la consigne du silence, la Tête dont on ne doit pas dire ce qu'elle est,  même quand on a compris ce qu'elle fait, la Tête, clé de toute compréhension et de toute connaissance. Tout un livre a justifié l'audace d'en dévoiler la nature en un moment de confusion extrême où l'information absente se retournait dans sa tombe, voulant en surgir d'urgence. Le Secret des secrets a d'abord été le sous-titre d'un ouvrage paru aux éditions universitaires La Kabbale retrouvée. Sous cette forme, il n'a pas ému grand monde. Sans doute le sujet était-il comme ce pingouin de l'île Crozet qui pond deux œufs mais ne couve que le second. Réédité par nos soins, doté du sous-titre explicite qui  le rend à sa fonction d'Introduction à La Face cachée du Cerveau, le livre du grand dévoilement prend son petit essor. Nous vivons en une époque de si fort brouillage spirituel et intellectuel que la vérité ne peut pas se faire entendre. 
Quand je dis Tête en français, j'emprunte et adopte volontairement l'information que Miguel de Cervantès a piégée sous l'incantatoire expression de Cabeza blanca. Comme l'auteur du Quichotte, à son exemple, j'utilise, dans ma langue, le mot le plus apte à évoquer la notion de Modèle Absolu, nommée Rosch en hébreu. En agissant ainsi, j'ai conscience de continuer l'effort de dévoilement que « le Prince des génies » a inauguré, en projetant tous les faits de révélation, objets de transmission sacrée, dans la symbolique de l'Histoire Prodigieuse de l'Hidalgo.  Apportant ma part de précision, je relie l'expression Cabeza blanca au vocable hébreu que Cervantès ne pouvait pas employer à cause de l'Inquisition. Cet acte qui n'a l'air de rien restitue cependant sa mesure métaphysique à la pensée du Grand Manchot. Il la replace à l'endroit et au moment de son efficacité révélatoire, commandée par l'onde de transmission qui traverse le Temps. Par là, et j'en ai pleinement l'intention,  je donne un coup de pouce à une notion qui avance depuis des millénaires en direction de la conscience humaine, devant la rejoindre à point nommé, quand le besoin de saisir l'unité se ferait ressentir comme une trouvaille indispensable au sein de la recherche objective, son absence, au centre de la culture générale, motivant la dispersion orageuse des idées et des croyances sur tous les fronts de l'intolérance et de la guerre. Je n'apprendrai rien à personne en disant que l'état des mœurs dans le monde actuel présente bien le caractère chaotique profondément alarmant de décomposition et de violence atteignant le point de non-retour. 
En revanche, il se pourrait que j'en étonne plus d'un en rappelant que la Rationalité depuis un demi siècle au moins cherche à se doter du principe d'unité. Dans le cadre de la pensée occidentale, mille et une tentatives ont essayé d'arrondir le savoir dans une vision ou un précepte de synthèse. Cinquante ans d'impuissance caractérisée n'ont convaincu aucun chercheur  d'avoir à arrêter les frais. L'échec n'a pas été enregistré, comme s'il était normal, pour l'intellect en action, d'être bloqué par ce qu'il  désire, pareil à un amant qui en pleine érection ne trouverait plus sa maîtresse au lit où il l'a couchée, se maintenant des années et des décades dans la position éruptive sans aboutir jamais à la jouissance prévue. On rira peut être à l'idée que je me sois empressée de le secourir, mais c'est vrai, j'ai eu pitié de l'endurance avec laquelle les scientifiques ont suivi l'allumeuse, sans se décourager de la voir s'échapper toujours au bon moment.
 
Dès 1974 j'ai déroulé un raisonnement d'allure scientifique pour montrer où se trouvait la solution. La Synthèse des Sciences ou l'hébreu en gloire n'a  pas  calmé les ardeurs de la Recherche en désir d'Unité. Le calmant n'a pas été considéré. Il ne venait pas de la pharmacopée agréée.
Pourtant, dans les années 80, une effervescence s'est marquée dans la psyché française et même aux Amériques, laissant entrevoir une confiance accrue dans les ressources inexplorées du Sacré. J'ai été toute heureuse, en lisant l'Introduction d'Erik Pigani au testament spirituel de Jean Charon, de voir que nous avions lu les mêmes livres et constaté avec la même sérénité la naissance d'une inclination nouvelle, aisément partagée entre public et  chercheurs,  une tendance à faire confiance au Sacré comme possible donneur de satisfaction culturelle.  D'où venait ce penchant qui semblait une déviation pour l'impérialisme rigoriste du scientisme pur et dur ? On ne s'est guère posé la question. Il a suffi que quelques ouvrages dûment signés de respectables noms scientifiques posent des jalons permettant de conclure à la réalité d'une mouvance  spiritualiste. L'objectivité ne peut pas nier ce qui se cristallise dans la substance psychosociale. Etonnante  complaisance d'esprit : elle accepte ce qui vient à l'éclaircie parce que l'émergence s'est produite, sans se demander d'où vient le changement ni pourquoi il s'impose d'autorité, alors qu'il contrarie ou même récuse ceux qui antérieurement détenaient le pouvoir. Les mœurs ont une docilité surprenante pour se couler dans ce qui survient.
Erik Pigani décrit cette transformation aussi inattendue qu'inexplicable en faveur du retour à l'Esprit. Les manifestations ne trompaient pas : multiplication des groupes de prière, apparition régulière de nouvelles collections de spiritualité chez la majorité des éditeurs, reportages de plus en plus fréquents dans la presse et les médias audiovisuels, succès croissant du bouddhisme... Et parallèlement, de l'antisémitisme. Une vague importante de juifs français migrent vers Israël, rendus inquiets par la montée de la violence orientée sur leurs écoles et synagogues, dans l'Hexagone. Irritant parti-pris qui favorise les religions extrême-orientales alors que la réponse qui leur est demandée ne peut pas venir de leur tribune, l'ordre des choses voulant qu'elle soit donnée par la sagacité traditionnelle des Hébreux, à l'endroit de son actualisation. Evidences qui apparaissent clairement lorsqu'on interroge la Tête, la Tête qui Sait, la Tête qui figure le Modèle Absolu et ouvre toutes les énigmes parce qu'elle maîtrise le système de sa structure  et qu'en cela consiste l'unité.
  
Les lecteurs de mes livres ont déjà quelque vue sur la question. Ceux qui ont découvert La Face cachée du Cerveau connaissent les critères qui fondent le Code du langage sacré. Ceux qui ont visité L'Ordre cosmique ont assisté à la régularité fonctionnelle avec laquelle ce Code répond de la Création et rend intelligibles les grands phénomènes universels. Ils savent que le temps est une énergie qui transporte une information initiale dont la logique corticale fournit la référence et la justification, onde de base dont nous recevons les émanations. Ils auront compris que les idées nous viennent de là, du codon fondamental que le temps véhicule, curseur dont le protocole d'ouverture progressive inspire l'Histoire. Ceux qui ont suivi Catalina dans ses pérégrinations de diseuse de Bonaventure disposent d'un indicatif essentiel, expliquant la manière insuffisante et parfois fautive dont sont réceptionnés les épanchements qui s'écoulent du triplet Acher. Nous vivons dans un cycle  gauchi, dont le pouvoir assimilateur et mémoriel a été biaisé lors d'une première vérification d'usage. Ce dysfonctionnement acquis dirige nos comportements, imprimé dans nos démarches comme le serait l'allure d'une voiture dont un accident aurait enfoncé le volant et qui roulerait néanmoins, conduite par un chauffeur bigle. Ces désastres qu'on nous fabrique ont stigmatisé quelques-uns des effets que ce dévoiement finit par produire, allant jusqu'à lancer l'évolution dans l'impasse mortelle. La clairvoyance peut remédier au désordre qui entraîne la vie et l'humanité, la planète tout entière vers leur destruction. Seule la Connaissance du système fonctionnel qui est celui d'une évolution en cycle a le pouvoir de  redresser  la situation. Il y faut la compétence d'un(e) initié(e)  agréé(e), d'un(e) expert(e) reconnu(e) par le système de vérité lui-même, l'autorité d'un être mandaté pour parler au nom de l'Absolu. Qui, en cette époque où chacun s'arroge le droit d'enseigner dès lors qu'il a une petite idée sur quelque chose ? 

Le secret de Rosch
Le mot « tête » en hébreu Rosch a l'avantage de s'écrire Reisch, Alef, Schin, orthographe déterminante qui désigne sans erreur possible l'organe cérébral Reisch, régi par le système Alef qui est celui du Verbe Schin. Si l'on connaît la symbolique des lettres de l'alphabet, on ne peut s'y tromper. Le Modèle Absolu appelé Rosch est d'essence cérébrale et se trouve représenté par ce qui, dans le cerveau, assure le pouvoir de parler : le cortex avec son aire du langage et son organisation complexe. Il y a plusieurs manières d'accéder à cette définition. Durant des millénaires, les initiés en ont été informés par l'enseignement oral, lequel comportait une difficulté : le mot-clé n'était jamais prononcé. Il fallait le deviner. Une consigne de silence savamment calculée sur l'état du savoir objectif interdisait d'en livrer le secret. Impossible d'en rien dire tant que les sciences n'en livreraient pas la description. La précaution était admirable. D'une part, elle empêchait les rieurs de railler une référence qui semblait se moquer de Dieu. D'autre part, elle protégeait la notion sacrée des attaques qui auraient voulu la détruire, faute de ne pouvoir prouver son bien-fondé. Il a fallu attendre que les neurosciences décrivent le cerveau, anatomie et physiologie, pour établir, comme l'a tenté La Face cachée du Cerveau, la légitimité des critères initiatiques, tous également fondés sur le comportement cortical.
 
Ecouter le mot Béreschit
Comment les initiés s'y prenaient-ils pour comprendre à coup sûr que le Modèle Absolu était d'essence corticale et que Rosch n'était pas un vain mot quand il désignait la Tête au regard de la doctrine sacrée nommant son concept-clé ? En hébreu, le mystère était décelable. Il suffisait d'écouter le mot Béreschit, le premier de Genèse, dans sa résonance de conque marine faisant entendre le bruit du sens fondateur. Le radical Rosch s'y trouvait porté par la vague d'un préfixe, s'écumant à la fin en principe évident. Sur le modèle de la Tête, critère créateur lancé énergiquement sur le temps, l'Univers a été mis en place par la puissance invisible d'une entité que l'on appelle...  disons... Dieu.
Je me souviens de l'époque où le mot Béreschit, suivi du verset su par cœur qu'il présidait, ne soulevait pas les esprits avec les trois lettres Reisch Alef et Schin de son bijou conceptuel mis en écrin. J'ai déjà raconté quelque part comment mon fils qui avait alors treize ans et qui apprenait l'hébreu en seconde langue sortit un jour de sa chambre en hurlant :
 —  Mais maman !  Béreschit cela veut dire  « sur la Tête ! », l'air d'estimer que la Bible marchait sur la sienne en proclamant à son premier mot que tel était le motif architectural sur lequel l'Univers était construit.  La surprise intellectuelle qui fut la sienne me rendit sensible l'étrangeté de l'image cérébrale comme principe promoteur de la Création au regard des créatures que nous sommes, qui portons en quelque sorte le grand secret du réel dans notre coffret crânien. Cependant, l'enjeu majeur du contrat unissant l'Homme au Ciel se laisse deviner dans cette liaison. On y voit tout de suite la conscience tenir le bout d'une chaîne de faits voulus pour conduire à cette dénivellation. Le rapport entre le Créateur et l'être humain s'y fait percevoir dans la simplicité de son principe : s'entendre sur la bonne manière d'aller de l'avant en associés disposant du brevet d'invention. 
 
A la suite de cet incident qui fit de mon fils un mécréant résolu, je mis un certain plaisir, en plusieurs occasions, à sonder quelques psychés  israélites de grande envergure religieuse,  dans l'intention de mesurer le degré de crédibilité qu'elles accordaient à l'idée que l'Eternel ait pu fonder la Création et l'homme sur le même modèle.  Je me suis aperçue que la croyance était parfaite dans le principe selon lequel le microcosme est analogue au macrocosme et que les animaux que nous sommes soient à l'image et ressemblance de... Dieu, ainsi que le déclare en français le verset 1, 27 de Genèse. Elohim, précise le texte en hébreu. Un rabbin ne confond pas une appellation avec l'autre. Il sait aussi que le monde a été créé par un Solitaire qui voulait se doter d'un interlocuteur. De là, qu'il y ait ressemblance entre les partenaires, cette communauté d'élément contractuel étant nécessaire pour qu'il y ait possibilité de communication.  Mais j'ai  pu et dû constater aussi que rien n'était plus éloigné de l'intellect en action dans la foi que la notion faisant de Rosch la clé de cette construction mimétique. L'Absolu n'était aucunement pensé en termes de description corticale. Et je suis en droit d'affirmer que cette attitude reste fortement ancrée dans le cercle de la religiosité puisque les éclaircissements apportés par La Face cachée du Cerveau n'y ont produit aucun effet, alors que ce livre est connu de bien des autorités. Peu importe, du reste. Il suffit de retenir que le concept Tête est fondamental pour comprendre la logique du Sacré telle qu'elle agit dans la Bible.
 
Je viens de préciser l'acception sous laquelle la métaphysique active dans la tradition hébraïque enregistre la notion de Tête. Dans quelle signification le même mot se verse-t-il lorsqu'il apparaît  sous la plume d'un scientifique soucieux de véracité physicienne alors qu'il développe sa vison cosmologique de l'Univers ?
D'une Tête à l'autre, quelle différence ou quelle parenté ? 
Jean Charon conçoit un modèle de particule dont une partie serait, dit-il, l'équivalent d'une tête dans ce qu'il appelle l'Imaginaire. Et de préciser que l'Imaginaire est pour lui l'espace inobservable et qu'il utilise ce terme dans le sens mathématique c'est-à-dire à l'image d'un nombre de forme a + b, ce qui autorise le scientifique à ajouter à la physique ce qu'il perçoit comme probable lorsqu'il « démontre qu'il y a non seulement un espace réel, mais aussi un espace imaginaire — que les physiciens appellent également l'espace cachédans lequel je décris des choses supplémentaires. »  (p. 30).   
Mais halte-là ! Le Modèle Absolu, Rosch pour l'appeler par son nom, parce qu'il est d'essence corticale, donne bien passage à l'idée qu'il existe une entité en face de l'Univers où nous vivons. L'écorce cérébrale se replie en deux hémisphères, celui de gauche, celui de droite.  
J'assigne à l'Invisible la fonction corticale de l'hémisphère « qui Sait »  par rapport au  « qui Fait »  de l'Univers. On veut bien que l'un soit l'Imaginaire de l'autre, au sens où les neurosciences distinguent le « qui Sait » du « qui Fait »  dans la dualité synergique de l'activité cérébrale observée chez les humains.  Cette terminologie a été proposée par le biologiste russe Deglin, à l'époque où les fameuses expériences du canadien Sperry  prouvaient qu'il y avait lieu d'assigner deux fonctions complémentaires mais différentes aux deux hémisphères placés en miroir dans l'assise symétrique qui les caractérise. 
Il faut donc s'entendre sur le sens du mot imaginaire : le chevauchement des concepts ferait que l'on ne comprenne plus rien à rien, si l'on ne veille à leur façon.
Le physicien de La Relativité complexe  appelle Imaginaire ce que j'appelle l'Invisible. Distinction qui ne nous sépare guère, tenant au vocable plus qu'au concept. Il assigne le rôle de l'Imaginaire à la partie non observable de l'Univers : Depuis quelques années j'ai soutenu très énergiquement que l'Univers avait une partie réelle observable, bien sûr, et, comme je viens de vous l'expliquer, une partie imaginaire, mais néanmoins existante. Si l'on s'embarque sans précaution sur les petits bateaux en papier que sont les mots, nous serons vite noyés dans l'absurde. L'existence est un vocable inquiétant. Que désigne-t-il avec son préfixe ex et son radical istence tout proche de estance, du verbe estar, qui indique une position dans l'espace et le temps ?
 
 L'hébreu circule de droite à gauche tandis que le français voyage en sens inverse. Au point que la Tête que nomme l'hébreu serait étêtée pour ne pas dire décapitée si la notion qu'elle a dans la langue biblique venait à s'égarer… En tout cas, je notifie le sens que peut avoir le mot Tête sous la plume d'un être de connaissance. Ce vocable intérimaire est branché sur le triplet Rosch qui, en hébreu, définit la complexion du Modèle Absolu au regard d'un alphabet qui décalque les complexités du même Modèle Absolu. Dire Tête, en langage de connaissance initiatique, c'est dire Rosch. Une fois cette évidence bien cadrée dans son viseur, le lecteur qui me suit comprendra que j'ai été frappée par l'usage qu'a fait de ce même mot le physicien Jean Charon. Il l'emploie dans une sphère de représentation qui pourrait laisser croire à une remarquable identité de concept. Le  mot Tête est employé par le physicien dans une acception qui pourrait  sembler voisine de celle issue de Rosch. Hiatus en même temps que relative similitude, la confusion peut être lourde de conséquences, laissant croire soit à une différence incommensurable, soit au contraire à une communauté de perception, les deux possibilités pouvant happer l'esprit selon qu'il céderait volontiers à l'une ou l'autre  tentation…


Nota Bene :
La manière dont je manipule la symbolique des lettres étonne. Mais je ne vois pas comment on peut pratiquer l'hébreu et lire les textes bibliques en évitant de faire jouer la symbolique de l'alphabet. Pour peu qu'on y mette ce prix, le justificatif cortical apparaît. S'il ne se révèle pas, c'est que la symbolique n'est pas perçue dans son droit fil. L'alphabet offre lui-même la possibilité de comprendre que le modèle cortical est son affaire principale. Cela se révèle pratiquement tout seul à simplement regarder les ligatures numériques qui unissent certaines lettres entre elles. Par exemple Beit, maison qui vaut 2 est reliée au Caf qui vaut 20 par le chiffre 2 et par le même médiateur au Reisch qui vaut 200. 2-20-200  = 222 et 2+2+2 = 6. Un mot répond droitement de cette numération : Rakhab, être assis, le cavalier, celui qui monte à cheval ou conduit un char. Il peut être dit assis puisqu'il chevauche la structure à six couches, caractéristique primordiale du cortex. Les trois lettres qui l'assoient sur cette base fondamentale se disent l'une à l'autre de quoi il retourne : Beit, 2, c'est la maison. Caf, 20, c'est la seconde instance évolutive qui se dessine dans un cortex formé de deux fois trois couches. Et Reisch, 200, (Reisch, Yod, Schin) désigne l'organe cérébral qu'anime l'énergie Yod conformément aux lois du Verbe (Schin). Normalement, pour le dictionnaire, Reisch nomme la pauvreté. Cet effet misérable se produit si vous n'avez pas situé le Reisch dans la structure corticale où il apparaît. Si vous vous contentez de le voir en tant que vingtième lettre de la séquence, vous perdez ce qui fait sa valeur : le fait de surgir à l'endroit structurel consacré à l'élévation des choses vers le sens systémique. Normalement, Caf, qui vaut 20, par là où il désigne la seconde instance d'un cycle, conduit obligatoirement à supputer la présence du Reisch comme l'effet de synthèse se produisant strictement en couche VIa, dans la première strate de la dernière épaisseur corticale, celle où la gauche matérialisante n'agit plus, la motorité fonctionnelle appartenant alors à la droite, au « qui Sait ».  Ces raisons-là ont été explicitées par Ces désastres qu'on nous fabrique. Elles ne changent pas d'un sujet à l'autre. Ce sont toujours les mêmes règles systémiques qui conduisent les opérations de fait et les expertises qui  portent sur elles. La lecture même de l'alphabet repose sur la structure corticale régie par le système Alef. On ne détecte rien de la symbolique des lettres si l'on ne pose pas a priori le canevas fondamental que constitue la structure à six couches régie par la règle qui impose au manifeste, branche « qui Fait »,  de ne pas dépasser la couche Vc.
 
Impossible de maîtriser la symbolique de l'alphabet si on ne connaît pas les adhérences de chaque lettre aux déterminations structurelles et fonctionnelles qu'édicte le lieu cortical où elle s'implante. C'est en s'appuyant sur un tel savoir qu'il est loisible de suivre la montée évolutive  allant du Beit au Reisch en passant par le Caf, sur les indications numériques que sont l'unité pour le Beit, la dizaine pour le Caf et la centaine pour le Reisch. Rabbi Aqiba serait l'inventeur de la valeur numérique accompagnant comme son ombre chacune des  vingt-deux lettres. Il est aisé de comprendre la technique ayant permis à ce grand maître de procéder à pareille fixation. Il a suivi les indications structurelles et fonctionnelles du plérôme ou Modèle Absolu. Certes, cela n'était pas facile à l'époque  où  un être de connaissance ne disposait pas d'un savoir objectif suffisant pour se représenter l'organe cortical. La conscience la plus habile ne pouvait que se fier à l'induction intimement autorisée par une large et puissante connaissance de la langue. De toutes manières, nul ne saurait rien du Modèle Absolu si les secrets de ce grand secret n'avaient été délivrés par celui qui les avait inventés.
Pour comprendre qu'une telle sapience ait pu être communiquée aux hommes, il faut  contrôler les phénomènes cosmiques et planétaires, psychiques et intellectuels mis en jeu dans cette exercice à partir de la nature corticale de la Création. La capacité de réception doit exister dans l'organicité du cerveau humain, tout comme la nature doit être dotée de la puissance d'en délivrer les éléments communicatifs…