Rechercher dans ce blog

Translate

samedi 10 juillet 2021

Féminicide. Violences conjugales. Comment en sortir ? 3/4 ok

L'univers est féminin

Dans son immensité infinie en expansion, l'univers est d'essence féminine : il est le Qui Fait, produit d'un Qui Sait invisible et inaccessible qui se situe hors de toute matérialité. Un Qui Sait qui n'est pas « antimatière » — ce serait faire de la matière la référence dénommant tout ce qui n'est pas elle. Le Qui Sait est pure information, sans support. L'énergie, projetée depuis ce non-lieu, suscite aussitôt existence en un site dévolu et symétrique, selon un processus que Louriah appelle le Tz(i)m Tzoum.  L'univers naît de ce processus. Cela a amené les kabbalistes à dire que l'univers est la part féminine de Dieu, qui a tiré de lui-même l'information expédiée donnant naissance à toute chose, selon l'équation de la formule dévoilée en Exode 3, 14, la fameuse parole « je suis qui je serai », dont le codage en hébreu retrace point par point le processus créatif. La formule, écrite dans ses lettres dont chacune explicite une étape de l'évolution, a fait l'objet d'un sondage que nous ne saurions reproduire ici, on le retrouvera, déployé, dans le livre L'Ordre cosmique.


אהיה אשר אהיה


Pour la Tradition, l'univers est féminin, étant le lieu créé où se déverse l'énergie suscitant existence. Par analogie, la femme est univers, lieu et puissance d'incarnation. Tuer la femme n'est, dès lors, rien moins que néantiser les forces mêmes de la vie.

 

Ils sont étranges, ces petits Césars (ou Jupiter)

… autoproclamés maîtres des femmes (des opprimés en général) qu'ils maltraitent et dont ils s'estiment les décideurs. Se croiraient-ils en analogie avec le Maître de l'Univers ? Si l'analogie se vérifiait, cela voudrait-il dire que le Dieu tout puissant serait à même de détruire sa propre création ? Il n'en est rien : Dieu n'exerce point un tel carnage, il est Dieu du Verbe, de la Parole, il est l'interlocuteur de sa Création. Le meurtre de la partenaire n'entre pas dans le projet divin ni dans sa méthode…

Le meurtre est prohibé — Tu ne tueras point. Injonction sinaïtique valant au présent et au futur, l'interdit du meurtre est écrite au futur indéterminé pour validité permanente. Sa transgression met le tueur en situation d'exclusion de l'humanité, ayant lui-même régressé dans l'antériorité. Le meurtre nie la Libération de la Sortie d'Egypte, il nie le commandement, et donc nie la parole divine. Le meurtre est l'expédiant du Négateur.

Négateur qui franchit le territoire de l'interdit, et qui dès lors se promulgue idole de sa propre autorité. Il nie la Parole, il nie l'Ecrit des paroles gravées. Les articles du contrat sont bafoués, pour lui, ils n'ont jamais existé, car seul prévaut son désir. Oserait-on le lui faire observer qu'il s'en indigne : Quel Autre ? Quel contrat ? Quel article ? L'écrit ne sert à rien, puisqu'il n'y a que moi, dans ma prise de pouvoir, et si cette condition ne vous convient pas, je fais tout exploser. Sous la menace, nous nous résignons alors sagement et demandons pardon d'avoir osé imaginé que nous avions droit à l'existence.


L'instauration idolâtrique, pour se survivre, ne peut que promulguer l'aliénation de l'Autre, sa disqualification comme sujet de droit. Dans le système de l'omnipotence que le tyran veut imposer, l'Autre — qu'il soit homme ou femme — se voit réduit au statut d'objet vivant, il ne s'appartient plus lui-même, mais se voit soumis au droit exclusif d'une sorte de propriétaire qui exerce sur lui son pouvoir… de jouissance et d'usage comme il le ferait d'un objet entrant dans son patrimoine. Privée du libre consentement, mineur ou incapable de fait, l'être est déclaré incapable de gérer sa vie : n'étant pas libre, dépossédé de droits, comment pourrait-il /elle subir quelque préjudice que ce soit… si elle est inexistante à elle-même ? Etrange législateur que ce super-dominant qui fonde son autorité sur l'admiration qu'il a de lui-même…


Le témoignage des téphilines

Les femmes ne peuvent-elles traverser le monde à leur manière ? Faut-il qu'elles soient la partie subrogée ou accompagnatrice de l'homme, ne peuvent-elles s'avancer sans être « la moitié de », selon l'expression consacrée ? Elles sont humaines autant, et n'ont à ce titre rien à démontrer.

La tradition hébraïque en apporte la preuve, où elles apparaissent dispensées de porter les téphilines (et non pas, comme on le croit souvent, interdites de s'en orner). Les téphilines symbolisent la descente et la distribution sur le corps de l'énergie, par la voie de l'Echange Latéral induit depuis la tête par le cubique, fixé sur le front contenant quatre compartiments (les quatre niveaux d'organisation du Pardès). Ils enroulent le bras gauche et signalent ainsi les cycles du « faire » devant se terminer au niveau des doigts marquant la terminaison nerveuse. Rappel de la loi du « Stop » intervenant sur la Gauche « Qui fait » enroulée par la droite « Qui Sait ». La description des téphilines et leur fonction symbolique est donnée dans le livre « La mission juive ». Les téphilines sont un rappel  mnémonique, comme un nœud que l'on ferait dans un mouchoir pour se souvenir de quelque chose d'important, destiné au secteur viril de l'humanité. Rappeler afin que l'on s'en souvienne, car les hommes seraient donc susceptibles d'oublier ? Obligation rituelle pour les hommes de cette tradition de se nouer tous les jours les téphilines, si bien que l'oubli ne peut survenir sur un acte qui finit par devenir un automatisme de l'esprit. L'ordonnateur du rituel — Moïse en personne, sur injonction divine — a-t-il établi ce symbolisme afin de protéger la leçon sinaïtique de l'inadvertance ? Qu'est-il besoin de redire aux hommes ce qu'il serait inutile de rappeler aux femmes ? Les téphilines sont un rappel du processus créationnel, la descente de l'énergie, l'inversion et l'échange latéral. Privilège des femmes d'être connectées directement sur ce processus et de pouvoir le gérer, par délégation même des forces de vie. Une femme enceinte finit (normalement) par savoir qu'elle l'est sans qu'il soit nécessaire qu'un intermédiaire mémoriel le lui rappelle. Quant aux hommes… les femmes savent bien qu'ils ont la mémoire courte quant à leurs actes dont ils sont comme déconnectés quand il s'agit d'en assumer la responsabilité jusqu'au bout. Aller jusqu'au bout ne leur est peut-être pas réservé ?

il est certain qu'après la copulation, la femme se retrouve rapidement seule face aux conséquences de l'acte commis à deux, étant seule porteuse de l'ovocite fécondé. Le mâle est détaché physiologiquement de la suite évolutive conséquente au transfert du spermatozoïde. Le secteur « Qui fait »… fait le nécessaire. Jalousie masculine d'être moins bien pourvu face au réel ? Les hommes seraient-ils plus démunis que les femmes, face au monde ? Réagissent-ils à cette faiblesse par un surcroît de volonté compensatrice et d'affirmation de puissance ? La psychanalyse y verrait-elle le complexe du tyran qui ne serait, somme toute, qu'un amoindri en quête du surmoi jupitérien ?

 

Les téphilines inscrivent sur le corps masculin un acte culturel renouvelé de jour en jour, afin que se transmette la mémoire des concepts qui ont présidé à leur élaboration. Redire sans cesse l'obligation de l'Alliance, des principes de Liberté qu'elle pose, et du Code des archétypes sur quoi elle est fondée, en même temps que le Code Alphabétique. Les téphilines sont eux-mêmes une visualisation d'archétypes serrés sur le corps, destinés à être vus et sentis, mettant en valeur le Cerveau, les niveaux d'organisation, la descente d'énergie sur le corps (la descente séphirotique), la notion des cycles enserrant le réel, l'enroulement sur le bras gauche évoquant le réalisme de la projection énergétique venant de L'en Face,  la ligature du doigt en terminaison cyclique sur un doigt de la main gauche dont la fibre nerveuse cependant appartient à la descente homolatérale de gauche rappelle la nécessité de contrôler le secteur Qui Fait. C'est la Droite qui enroule la Gauche, le Qui Sait qui maitrise le Qui Fait et non le contraire. Grande leçon que savoir lequel des deux secteurs dirige la marche de la civilisation. Il est clair qu'en ce moment, par la domination des technosciences et leur emprise sur toutes les décisions, c'est le Qui Fait qui a pris les rênes. Le Qui sait est écrasé, nié. C'est pour prévenir cette amnésie (l'homme sans mémoire) que fut mis au point ce rituel spécifique contraignant la gente virile.


Le patriarcat en cause

Ayant pris connaissance de mon texte sur les féminicides, dans un échange amical, la professeure Manon Garcia, Université de Harvard, m'a écrit pour me rappeler que « des gens sérieux écrivent sur ce sujet depuis environ quatre décennies », dont elle-même. Aussi, m'explique-t-elle, qu'avant d'avancer ce qu'elle appelle plaisamment mes « lumières », j'aurais été bien inspiré de m'instruire de ces écrits. C'était me renvoyer aimablement sur les bancs de son école, avec prière de prendre des notes, ce que je fais volontiers d'autant que sa thèse m'a intéressé. Elle est subtile et je la cite volontiers.

Son livre dont elle m'indique le titre en Anglais ne manque pas de conviction. Elle est convaincue que la soumission des femmes est la conséquence directe de la civilisation patriarcale. L'autorité virile construite en système recouvre alors l'être féminin au point d'en obtenir l'assentiment de son esclavage au service de l'homme surdimensionné en Père-Patriarche tout puissant, quasi divinité exigeant la prosternation féminine. Tout le système des hiérarchies conscientes ou non serait édifié sur cette donnée imposée… Par qui ? L'inventeur du Patriarcat serait-il un homme ? Dieu lui-même se serait délégué sur les hommes en leur conférant son autorité ? Dieu étant lui-même… un homme ? Autant de questions passionnantes… que la science ne résout pas.

Est-il possible de réfléchir autrement à ces questions qu'avec la méthodologie « pure » des sciences ? En effet, compte tenu de l'extension du phénomène des féminicides, de la cruauté et de la violence que subissent les victimes, il me semble que toute réflexion positive — et la mienne l'est assurément — mérite d'être considérée. La délivrance des victimes nous concerne tous, et si le moindre péquin ou extraterrestre pouvait apporter une solution heureuse, je la considérerais avec attention. Car sait-on jamais : j'ai observé bien souvent que la vie nous mettait en relation avec des personnes a priori fort éloignées de nos préoccupations mais dont l'avis inattendu, parfois surprenant ou « hors de clous » apportait une nouveauté propre à éclaircir la question que nous n'arrivions pas à résoudre. Aucune recherche n'est à écarter, d'autant qu'il existe des travaux exemplaires qui non seulement permettent de réfléchir sereinement à la question des féminicides, mais qui ont exploré, depuis 3000 ans, la réalité des relations homme/femme sous le regard inspiré de la tradition fondatrice de l'abrogation de l'esclavage. Le Zohar est à ce titre une référence incontournable dont tout chercheur prendra connaissance, en ce qu'il a travaillé puissamment sur la différenciation des genres, bien avant que la sociologie ne découvre — miracle des sciences ! — que les hommes ne pensaient pas comme les femmes et inversement.

 

Je ne crois pas que le patriarcat soit fondateur de l'oppression des femmes. Le système patriarcal pose l'autorité des pères, mais n'amenuise pas celui des mères, ni celui des femmes en général. La tradition abrahamique dont nous savons combien elle a fondé de rites et de cultures, n'affirme en rien la soumission féminine et m'amoindrit pas les femmes. Remontant plus loin — irons-nous jusqu'à Adam et Eve ? — on ne voit nullement Adam écraser Hava d'un quelconque machisme. Elle fait ce qu'elle veut, et même uniquement ce qu'elle veut — ce qui ne manque pas de poser quelques problèmes. Elle exprime les forces du « Qui fait » dont la vocation est… de faire et pour qui la notion de l'arrêt (Tzadé final) n'existe pas. Si elle ne l'a pas observé, cet arrêt, c'est qu'Adam ne lui a pas assez expliqué. Il dormait, le brave homme, tandis que le Serpent la manipulait. Hava, dès lors, s'écrit sans Yod et qu'elle n'est pas considérée comme la fondatrice d'une humanité révélée à elle-même. Elle est la mère biologique d'une humanité devant (encore) s'instruire de la loi qu'elle-même a ignorée. Cette loi ne s'est jamais perdue, n'en déplaise aux adeptes du « paradigme perdu ». Elle s'est transmise, redonnée à Seth le troisième fils d'Adam, puis confiée à la lignée menant à Abraham, prolongée par Isaac et Jacob… et se poursuivant de nos jours.


Dans la narration biblique, le patriarcat ne semble apparaître que tardivement comme institution sociale, avec la généalogie aboutissant à Abraham où les successions indiquent la transmission de la lignée paternelle. Le Patriarche ne semble pas exiger la soumission de sa jeune épouse. Est-il nécessaire de rappeler que Sarah était en fait sa nièce, fille du frère d'Abraham ? Le mariage interclanique n'avait rien d'exceptionnel et cette modalité se retrouve entre Isaac et Rebecca, entre Esaü et Mahalat (fille d'Ismaël), entre Jacob et ses cousines Léa et Rachel. Il n'apparaît, dans aucune de ces unions, que le patriarcat ait été l'instrument de la soumission des femmes.

Saraï devient Sarah, non par réverbération ou décalque de l'autorité d'Abram, elle gagne le de son nom par ses propres qualités, en égalité avec son époux quand il devient, lui aussi, dépositaire de cette lettre en s'appelant Abraham. C'est elle qui préserve l'unité clanique, quand elle exige que Agar, la servante, soit écartée. C'est elle qui exige le bannissement d'Ismaël, ce à quoi Abraham se résout. Qui peut croire que Sarah ait jamais été une soumise ?

Isaac épouse Rebecca. C'est elle qui organise, à l'insu (réel ou feint) de son mari, la substitution de la bénédiction au bénéfice de Jacob alors qu'elle devait revenir, selon la loi patriarcale favorisant l'aîné, à Esaü. Elle bouleverse et transgresse la Loi patriarcale en modifiant la lignée héréditaire de la bénédiction. C'est elle qui fait partir Jacob afin qu'il rejoigne son oncle, Laban (frère de Rebecca) et y trouve femme. Isaac, aveugle, est appelé, lui aussi, Patriarche. On ne le voit pas contraindre son épouse tant elle décide, organise, prend en main la destinée non seulement du clan mais de la descendance…

Enfin, qui peut croire que Jacob — troisième Patriarche de la tradition — ait soumis les femmes qu'il épousa ? Il en eut plusieurs, Léa, Rachel et leurs servantes respectives, Zilpa et Bilha. On ne le voit jamais exercer de coercition sur aucune d'elles, même après son dépit d'avoir dû épouser Léa alors qu'il espérait Rachel. Son clan, quatre épouses, douze fils et une fille, n'est en rien un groupe soumis à quelque violence de sa part. L'amour qu'il a pour Rachel est absolu, soutenu par un respect profond, non moins partagé pour ses autres épouses. De ce petit clan naîtront les douze tribus d'Israël, sans que les Patriarches aient instauré un système opprimant les femmes.

On notera que dans la tradition hébraïque où le patriarcat est solidement établi, la transmission de l'identité, de l'appartenance au clan, à la tribu, à la communauté, se réalise par les femmes. On est juif par la mère. (Mais il existe certes d'autres voies d'accession à la tribu de Jacob, et l'engagement personnel au service de l'Esprit n'en est pas la moindre.) En tout état de cause, tout juif naît libre, homme ou femme, et ne peut être soumis à quiconque en vertu même de la sortie d'Egypte, ordonnée par le Dieu libérateur. Et comme « nous étions tous au Sinaï », les générations présentes et futures, cette liberté inaliénable s'étend à l'universalité… à tous les peuples, toutes le cultures.


La suite dans un prochain blog

Retrouver les articles précédents :

Féminicide, lecture initiatique 1/4

Féminicide, lecture initiatique 2/4


jeudi 1 juillet 2021

Féminicide. Lecture initiatique 2/4

Féminicide. Lecture initiatique (2/4)
Par Dominique Bumenstihl-Roth ©
Suite de la première partie 1/4

Fuir, disions-nous. C'est le protocole de la survie…
Aller de l'avant, et se rappeler qu'il reste un chemin à parcourir pour échapper au long bras du tyran. Tout attardement en route donne au poursuivant une opportunité de nous rattraper. Il s'agit en effet de gagner ce que la Tradition appelle « le second lieu ». Un lieu qui, de loin, nous appelle et nous tire vers lui à mesure que nous nous éloignons de l'oppression. A chacun(e) sa terre promise, de longtemps prévue, dans l'attente de notre arrivée. Mais le chemin d'accès est étroit et s'effectue selon la guidance des signes. C'est là qu'il est bon d'être quelque peu initié à la lecture des signes et symboles. C'est à cela que sert la Connaissance : nous aider à passer le cap et parvenir en lieu sûr.
 
Comment échapper aux « tentacules » du tyran qui pourraient à nouveau nous enlacer ? Tout d'abord ne pas se croire tiré(e) d'affaire parce qu'on a décidé de partir… Encore faut-il prendre le large, et vite. La vitesse de l'action est un élément déterminant. Ni se fier aux promesses ou invocations sentimentales que pourraient parfois nous donner nos meilleurs amis bien intentionnés qui s'imaginent qu'avec une attitude « bisounours » on viendrait à bout de l'adversité. Ces conseillers là, parfois des proches épris de sentimentalisme, n'entendent rien à la nécessité de survivre : ils vous disent « mais tout de même, après tout ce que vous avez vécu ensemble… Toutes les belles choses en commun… Tu dois lui donner une chance… Ce n'est pas ce qu'il a voulu… » A ceci près que les bleus sur le corps et les entailles, c'est vous seule qui les portez.
Ne croyez en rien les beaux serments et engagements que pourrait donner le tortionnaire. La main sur le cœur et même à genoux devant vous, cela est bien flatteur quand ce n'est que comédie qui ne lui coûte rien. C'est de manière résolue que le départ s'ordonne et s'organise, avec le moins de paroles possible, sans débat ni interminable discussion qui ne font qu'affaiblir la résolution et user les forces. On ne négocie pas la valeur d'une télé, d'un fauteuil ou d'un réfrigérateur avec qui vous tient un couteau sous la gorge. On part, on reste fidèle à son être. On agit vite.

Dans le labyrinthe…
On entend les murmures… La vie, enfin retrouvée hors les murs de l'oppression peut enfin parler. Tout renaît peu à peu, bien que tout ne soit pas encore gagné. Le réel, le monde, la nature… tout se met à parler, à indiquer la route à suivre. Et plus on se fie à ces indices, plus ils s'expriment en partenaires de dialogue. Le chemin s'écrit, les pas se posent dans la piste tracée. D'infimes indices se suivent, apparaissent sous formes de symboles, de plus en plus explicites… Une lumière, encore lointaine, frémit, elle est visible, on s'avance, elle nous tire. C'est l'appel du futur, déjà sensible dans le présent, qui lance de loin son invitation à rejoindre la nouvelle demeure. Des amis nouveaux se présentent… garder en tête l'idée de ne pas régresser, pour rien au monde. Toujours de l'avant, on se débarrasse des vieilles carcasses — la vieille voiture symbole du poids de l'antériorité et l'on ose se doter d'une nouvelle « monture ». De nouvelles lunettes, nouvelles chaussures… Autant d'actes symboliques porteurs de sens, que l'on enrichit de sens et de signifiants qui évoquent la renaissance. 

La pleine connaissance du Code des archétypes est d'une extrême utilité pemettant de comprendre et de votre propre situation dans le cycle.

On serait tenté de… renouer. 
Redonner une seconde chance… Allons donc ! Cessez de rêver, et ne devenez pas la future victime qui pourvoie le bourreau de l'arme dont il usera. Ne le reprenez pas avec vous, ne retournez pas chez lui… Devenez autre, devenez nouvelle, vous arrachant du statut qu'il vous a imposé. Facile, très facile d'écrire ces lignes… Mais l'avertissement pourrait servir : en aucun cas la « conciliation » après les coups ne fonctionne. Ce sont de fausses légendes, que ces histoires de couples heureux qui se retrouvent après tabassage… Légendes racontées par les victimes elles-mêmes qui augmentent leur malheur par le récit fantasmagorique d'une prétendue « réussite ». C'est le syndrome des « marmites d'Egypte ».
La délivrance ne fonctionne que sur la clause définitive du non-retour. La liberté humaine, féminine, est un fait. Elle n'a nul besoin d'être sans cesse rappelée, justifiée comme une revendication. Elle est, par essence, inaliénable. Et m'appuyant sur la Torah, je dirais qu'elle est très clairement de droit divin.
Aucune discussion amiable — qui ne restera amiable que le temps calculé du retour de l'emprise — ne peut s'engager dès lors que le stade du Tzadé final est atteint. En ce lieu, les échanges latéraux cessent. Il n'existe qu'un seul recours, c'est l'abandon de ce site et le transfert de l'énergie projetée sur l'avenir, sans la présence adverse qui n'est pas autorisée à accompagner l'énergie. Quitter l'épave sombrante car elle est irréparable et accepter de monter dans la modeste chaloupe qui se présente. Et ne pas prendre à bord celui qui a percé la coque. Galère ? Malgré les tumultes, le radeau reste à flots et l'on voit apparaître des alliés efficaces qui confirment et aident à tenir bon. On entend encore les cris, les vociférations — qui deviennent tantôt supplications — du tyran qui voudrait se racheter… qui même demande « pardon », s'engage, promet… On lui répondra : « J'ai déjà donné. Je ne donnerai plus. »

— Les marmites d'Egypte
Une réitération momentanée se propose, à l'instant où l'on pense avoir franchi la Mer Rouge. Une tentation de régression… bien connue dans la Torah, c'est l'affaire des « marmites d'Egypte ». Les hébreux ont quitté le territoire de l'oppression, le passage du désert est difficile, et les récriminations prennent corps : le peuple se lamente, s'impatiente et invective Moïse lui reprochant de l'avoir arraché du pays dont ils se rappellent l'opulence. Le peuple regrette les bons repas, les marmites pleines de nourriture que lui prodiguait Pharaon… Fantasmagorie totale, hallucination collective, car jamais il n'y eut ces bons fumets de viandes qui viennent ennuager l'imaginaire des anciens esclaves. Ils étaient enchaînés, mais au moins avaient-ils assez à manger… tel est le grief que l'on porte à Moïse. « Retournons en Egypte, demandons pardon et nous aurons droit, à nouveau, à la bonne nourriture… » Ce phénomène de délirium chez un peuple traversant le désert peut survenir chez la femme s'arrachant de son Pharaon personnel (ou —pardon— de l'homme s'arrachant à sa Pharaonne !) Elle a pris la bonne décision, elle a tout mis en œuvre pour partir, elle est en route, ce n'est pas facile car le labyrinthe est un chemin caillouteux ; elle est courageuse et avance mais soudain, une sorte d'hallucination s'empare de son esprit qui lui fait oublier la réalité de ce qu'elle a quitté. Elle ne se souvient plus des coups, des insultes, des humiliations, elle oublie les mauvais traitements et transforme le vécu réel en une fausse légende constituée d'un faux bonheur auquel elle aurait, par sa propre faute, renoncé. Le monstre est idéalisé, la torture fantasmée en douceur, une terrible inversion se réalise dans l'esprit de la victime qui ne rêve plus que de revenir vers ce paradis perdu. « C'était l'homme idéal, c'était une vie merveilleuse, nous étions tellement heureux », tel est le chant qu'entonne la victime quand son esprit vacille dans cette construction délirante. Qui rapidement se complète par l'autoculpabilité : « si tout a échoué c'est à cause de moi, et si j'ai essuyé des coups, c'est parce que je le méritais… »
L'épisode des « marmites d'Egypte » est  jugulé dans l'histoire de la Sortie d'Egypte par une prompte reprise en main. Le délire cesse dès que la parole réaliste ramène le peuple à l'objectivation de la situation. Là encore, le soutien d'esprits lucides s'avère utile, indispensable, pour accompagner une femme qui veut se dégager de cette phase systémique du processus libératoire où elle risque la rechute. Cela est valable dans toutes les situations sociales où s'exerce l'emprise d'un être sur un autre, quelque soit le genre. Un homme peut tout aussi bien être réduit à la soumission par une femme ou par un autre homme…

— Amaleq
Le chapitre de la Sortie d'Egypte, dans Exode, apparaît comme un précieux guide. Ce n'est pas seulement la relation d'un événement historique ayant marqué la libération d'un peuple par son Dieu, mais un guide qui indique les étapes obligatoires et les obstacles que tout prétendant à la délivrance rencontre sur son chemin. On y repère l'emprise réitérée, le refus du « lâcher-prise » par le tyran, sa détermination d'aller jusqu'au bout, son propre vertige de pouvoir qui l'amène à commettre le crime. On y voit aussi la solution heureuse, la technique et l'exemplarité d'un sauvetage réussi sous la bonne guidance.
Tout semble aller pour le mieux, après la « sortie ». Les écueils ont été évités. On respire, une fois de « l'autre côté », ayant mis la distance avec le poursuivant. Le tyran lui-même semble se calmer. On peut se croire à l'abri… Or là, « vint Amaleq ». Non pas brusquement, par une attaque subreptice, mais par une subtile infiltration, il s'était déjà introduit. On se croit sauvé que l'on se retrouve face à une personne qui réitère la volonté pharaonique dont on se croyait à l'abri. Pharaon est derrière nous, mais Amaleq apparaît, qui nous suivait sans que l'on s'en aperçoive, qui savait notre histoire, qui attendait notre relâchement, qui attendait de nous frapper. Et c'est, à nouveau, une lutte, cette fois rapide et décisive, qui doit être menée de manière résolue. Amaleq doit être vaincu. Ne pas fuir devant lui mais rassemblant toute notre énergie, lui dire, lui montrer, lui imposer ces mots : « pas avec moi ».

Amaleq est le prince de l'obscur qui attend, à l'entrée de l'autre côté, que nous arrivions. Il nous voit venir, nous suit quelques temps, s'insinue puis passe à l'acte. Dans la Torah, il s'attaque aux Hébreux après qu'ils aient passé la Mer Rouge. Il détruit les retardataires et s'avance peu à peu jusqu'au cœur du peuple dont il ronge la conviction de se sauver avant de lui porter la mort. Amaleq est l'entité du mal absolu. Et il en existe, dans nos vies, des suppôts d'Amaleq ! Non pas ces « petits tyrans » qui nous harcèlent, mais ces monstres insidieux qui calculent notre perte et l'organisent.
Dans la vie sociale, Amaleq serait cette emprise politique du faux renouveau que l'on nous promet (« rien ne sera comme avant, il faut sauver la planète, nous allons vers la civilisation du bien-être… ») quand tout au contraire les mêmes imposteurs font en sorte que tout ce qui a conditionné le désastre soit nié… pour mieux le réitérer. La science même, avec ses indéniables réussites, semble être tombée dans l'escarcelle d'Amaleq, elle crée autant de monstruosités qu'elle prétend en résoudre… pour notre bien et au nom de grands principes.

Amaleq — dont le nom se termine par un Qof — connaît le projet de libération et d'élévation. Il connaît le Qof, le donne à voir, comme une montagne qui se dresse en bout de course. Amaleq tire à lui le chercheur de vérité, il lui propose un récit d'universalité par le Mem : un faux humanisme et il n'a que ce mot à la bouche comme élément de langage calculé. Il songe à l'enseigner (Lamed), mais à condition de n'atteindre jamais le Qof, rejeté indéfiniment en arrière de son nom. Du Qof il ne donne que l'ombre, la promesse, mais ne permet ni qu'on l'atteigne, ni que l'on en franchisse les pentes vers les trois lettres résolutoires Resch, Schin et Tav de l'Alphabet. Amaleq est l'obstacle. Il est capteur de l'énergie qu'il empêche de monter tout en laissant entrevoir cyniquement le Qof auquel il interdit l'accès. Il est l'anti-Moïse, exterminateur de la conscience dont il interdit l'éveil tout en promettant d'en être le guide. Nous pouvons, hélas, rencontrer de tels individus. Leur intelligence est remarquable, tout au service de la perversité amusée de nous voir tomber sous leur domination : leur processus intellectuel destructeur dépasse l'ordinaire de la méchanceté classique. Pour l'initié, Amaleq est identifiable à des caractéristiques précises qui ne sauraient se résumer à ce que les experts appellent des « pervers narcissiques ». Ils sont au-delà du narcissisme, leur but n'étant pas de se mirer dans une glace mais de détruire la montée en Qof par les moyens même qui permettraient d'y monter.
Amaleq s'instruit de la Connaissance, se forme à son école, connaît les stratégies de libération… pour mieux les anéantir et s'avancer en pseudo-libérateur. Il a même l'audace de parader, d'afficher la Connaissance comme étant le but de sa recherche… Il prône la « Connaissance de la Connaissance » s'empare de tout ce qu'il en a appris, se gausse d'un langage savant qui fait illusion : on l'admire, idole intellectuelle de notre temps. Son stratagème cependant perce : il rejette tout ce qui vient du secteur du Sacré mais s'en accapare le prestige en exploitant la connaissance qu'il en a, sans jamais reconnaître que c'est la source qu'il détourne. De là, l'éblouissement des esprits déroutés qui voient en lui un génie : bien que sanctifié par une élite bernée, ce n'est qu'imposture. Elle prendra fin.

La Délivrance, obligation envers soi-même
Il existe heureusement de précieuses gemmes œuvrant à la conscience de la Liberté, des auteurs dont l'œuvre restera. Parmi ces perles rares, les ouvrages de mon Maître, que j'ai déjà cités, où l'on trouve un enseignement éclairé, stable et sûr. Je n'hésite pas non plus à mentionner le livre de Raphaël Draï, La Traversée du Désert qui rappelle qu' « accéder à la liberté, c'est aussi assumer sa responsabilité ». En effet, la liberté fut inventée, non par les humains mais par Anokhi, — c'est le nom de Dieu se présentant comme Je suis celui qui.  Cette liberté repose, selon la Torah, sur l'interlocution entre ce Dieu et l'homme donnant lieu à un « contrat », appelé « Alliance » (Berit) construit sur la libre acceptation. Ce premier « contrat » passé avec le Locuteur sinaïtique ne se réalise qu'après que le peuple soit « sorti ». La liberté est la condition sine qua non de la révélation. Dieu ne se dévoile que face à un peuple libre et non à un peuple soumis. La Délivrance fut ordonnée, et prise ; c'est un acte essentiel de l'émancipation de l'être dans son rapport à l'Autre. La Délivrance comme obligation que l'être a envers lui-même. La Révélation, vécue au Sinaï, n'a jamais écarté les femmes de son projet. C'est à égalité qu'elles furent libérées.
Le féminicide est synonyme de liberticide. Il est réitération pharaonique cherchant à entraver l'émancipation humaine. Une émancipation qui a besoin d'être constamment arrachée de l'oppression. La liberté engage également la responsabilité et l'autonomie. Insupportable élargissement de la moitié de l'humanité ? La liberté au féminin doit se prendre, comme révélation à elle-même au travers d'une parole que la femme doit se dire : l'esclavage est aboli depuis des millénaires, et interdiction est faite, par la Loi même qui a ordonné la liberté, de perpétuer la soumission d'un être à un autre. La coercition ne peut prospérer dans une société où chaque femme, pour elle-même et pour toutes ses semblables, marque le territoire de sa liberté reçue… de droit divin et conquise de lutte humaine.
 
La suite dans un prochain Blog 
 

lundi 21 juin 2021

Féminicide. Lecture initiatique.

Fémicicide. Lecture Initiatique. Partie 1/4

Par Dominique Blumenstihl-Roth ©

 

Féminicide. Pas un jour sans qu'un crime perpétré contre une femme ne soit mentionné dans les médias… Qu'est-ce donc que ce « phénomène » social qui semble s'étendre ? Le meurtre des femmes résulte-t-il d'une maladie de l'homme ?

Le meurtre est-il l'acte suprême d'un tortionnaire exerçant son emprise psychique et physique ? L'expression du pouvoir absolu d'un être sur un autre, qui s'estime maître du droit de vie et de mort sur autrui tout en baignant dans le narcissisme le plus épais ? Et qu'en est-il de la victime, nécessairement choisie ? La femme est-elle… l'adversaire mise à mort, sublimée puis exécutée, selon une fantasmagorie où l'objet de désir surinvesti doit être sacrifié ?

A moins que la mort de la femme ne soit la suprême démonstration de la domination virile ? La mise à mort du féminin devenant alors procédure régulière d'investissement du monde par la seule force admissible, homo erectus érige son autocontemplation, au travers du corps de la victime gisant à ses pieds. Ces lectures psychologiques expliquent-elles réellement les féminicides ? La femme sujet de mépris : déjà tuée avant sa mort physiologique. Le « prince régnant » exerce son droit de possession qui s'étend jusqu'à légiférer le droit à l'existence de l'être féminin… complexité de l'identité féminine du moins au regard des hommes à qui l'identification de la femme échappe. Elles sont amies, sœurs, amantes, maîtresses, épouses, mères, grand-mères, classées selon leurs fonctions sociales et familiales, mères vénérées, Mater dolorosa, ou Marie-Madeleine lapidée… mais quand sont-elles femmes pour elles-mêmes ? Que tue donc le l'assassin dans la femme ? L'image de sa propre mère car n'est-il pas fils de femme ? Ou l'expiation de la pécheresse originelle, le lointain fantôme de Hava dont il se pense le correcteur légitime ?


L'extermination de l'Autre

Le meurtre de l'Autre, de l'altérité que représente la féminité dans l'esprit du tueur, réaffirme l'orgueil dans la formidable puissance du droit autoconféré à l'anéantissement. Anéantir — vernichten — un des mots préférés d'Adolf Hitler qui l'accompagnait systématiquement dans ses discours de l'expression mit größter Gewalt : avec la plus grande violence. Les tueurs de femmes entrent dans cet idéologie d'extermination de ce qui leur paraît l'insupportable Autre que soi. Le disparition du non-moi leur apparaît comme une question de survie, dans une hiérarchie où ne peut dominer que le prétendu fort investi de la puissance létale. Le crime, dès lors, devient un rituel : Carmen doit être tuée, car pour eux, les femmes ne sont-elles pas des objets de désir devant être possédées, prises, soumises à la bandérille puis mises à mort afin que seul demeure qui de droit… divin ?

 

La tyrannie des petits chefs

Interdiction est faite à la femme de mener son existence autonome, elle se doit de réserver sa vie à l'univers domestique. Tout autre prétention est considérée comme un péché, faute méritant châtiment administré par le maître souverain.  Cette autorité des caïds sur les femmes impose la tyrannie des petits chefs ; ils sévissent sur le corps et l'esprit féminin, s'installent en persécuteurs et contrôleurs du droit de vivre. L'autorité des minables s'accroît, jusqu'au paroxysme qui se concrétise par le meurtre. Le moi s'en trouve vénéré, assouvi, en extase. L'être féminin n'est pas seulement soumis, mais anéanti : les coups, insultes, tabassages ne sont que les expédiants préparatifs comme des accessoires à la célébration sacrificielle.

Les violences verbales participent de ces préliminaires, en ce qu'il détruisent l'estime de soi et abattent la conscience de l'être mené à l'échafaud. Grande satisfaction du bourreau quand enfin réduite à n'être plus rien, à n'oser même plus regarder ou penser, sa victime paradoxalement sollicite la présence de l'anéantisseur, ce dernier ayant ainsi parachevé son processus d'emprise.

Extase caïnique renouvelée, au travers du féminicide, perpétuation du premier crime dont il est bon de rappeler que son inventeur portait un nom biblique assez évocateur signifiant en hébreu l'homme aux gros testicules.


Comment agir ? Que faire ?

L'approche psychologique des féminicides reste assez démunie, et la lecture psychanalytique — réalisée après le passage à l'acte — ne l'empêche pas. S'y risquent les professionnels de l'art dont je ne suis pas certain que leur science cerne pleinement la spécificité de ces crimes. Ces techniciens de la conscience possèdent-ils la connaissance des lois structurelles, le code des archétypes qui sous-tendent la plupart de nos actes ? Les féminicides en tant que phénomène social qui semble se répandre — non par mimétisme mais par une tension archétypale peu comprise, et surtout non anticipée par les forces sociales qui pourraient les prévenir — méritent une étude initiatique qui pourrait éclairer les personnes appelées à en connaître. L'approche que je suggère ne vise nullement à excuser ces crimes ou justifier les exactions mais à comprendre ce qui se passe, afin de mieux les empêcher.


Le féminicide est anéantissement du non moi

Il est affirmation de surpuissance égotique. Elimination de l'interlocuteur et de la parole, substituées par l'acte criminel. Il est régression vers l'idolâtrie du « moi barbare » : le tueur du féminin se prosterne devant sa propre idole despotique. Il rejette le principe d'unité et de dualité structurelle pour n'imposer que la coupe de son désir de puissance. Il impose l'unilatéral au mépris de la réalité duelle des structures vivantes.

 

Le meurtre de l'être féminin est l'acte irréversible au terme d'un processus qui peut se lire sur l'arbre évolutif de la relation, en phase terminale que l'alphabet hébreu situe en Tzadé final 900. Là, l'énergie quitte les entropies maximalisées en couche Vc pour gagner la rive opposite du Tzadé 90 avant de monter en Qof. L'assassin interdit ce passage, par la rétention qu'il impose — possession de sa victime, soumission, mise à mort. Le meurtre est l'acte de l'impuissant qui ne peut accepter le transfert de l'énergie. Pour lui seul l'élimination du féminin peut lui garantir la main mise sur l'esclave qu'il exécute. C'est l'expédiant le plus absurde qui se puisse penser. Une pensée qui s'élabore sur des erreurs conceptuelles fondamentales qu'il devrait être possible de prévenir si la parole des victimes était mieux entendue. 

En aucun cas, l'assassinat ne peut résorber une situation.

La tension qui s'installe dans les situations de Tzadé final résulte de l'incapacité à accepter la notion d'arrêt, du « stop » que la branche évolutive de gauche ne parvient pas à se dire pour elle-même. « Les choses doivent cesser ». Le stop impose sa propre dynamique de cessation, sur un être qui n'envisage pas qu'il est lui-même l'objet de cet arrêt. Il en décide qu'il est mandaté d'infliger l'arrêt à son en-face. L'inversion agit, le voilà qui tue son épouse. L'arrêt concerne la relation, non pas l'existence de la personne. Il concerne le cycle de la relation, parvenue à un stade repérable sur la grille évolutive. En Tzadé final, les échanges latéraux entre gauche et droite structurelles cessent. Ce qui ne signifie d'aucune manière qu'il faille poignarder l'Autre.


La stratégie du transfert

Future victime, potentiellement en danger, celle qui ignore la stratégie du transfert d'énergie, avec projection résolue sur l'avenir, sans retour en arrière. La délivrance s'opère par une décision, une scission suivie d'une montée libératrice. Le criminel ne l'entend pas ainsi, il se confère l'autorité sur le temps de sa domination qu'il entend prolonger indéfiniment. Le recours au crime entre dans une logique d'extermination visant à éteindre, dans la victime, la possibilité qu'a l'être de gagner sa liberté dans le « lieu protégé ». Les féminicides se produisent dès lors que la limite du Tzadé final a été dépassée, que la relation, au lieu de dégager une dynamique libératoire demeure captive de l'enclos tyrannique qui étend sa durée, sa puissance, et aggrave son joug. Le meurtre se réalise, soit dans la sur-extension du Tzadé final. Soit lors du transfert de l'énergie, dans le labyrinthe, dans la partie qui reste sous l'influence des forces entropiques.

 

Les deux parties du Labyrinthe

Le « tunnel », passage qui mène du Tzadé 900 au Tzadé 90, se compose de deux parties, dont chacune subit la pression de la zone d'influence la plus proche. La partie gauche du labyrinthe, malgré la décision de cessation et de départ, reste sous la menace des injonctions du Tzadé final qui continue d'exercer son ascendant visant à retenir l'énergie, l'empêcher d'avancer. On y reconnaît l'attitude de Pharaon qui, après le départ des Hébreux, leur donne la chasse et jusqu'au bout de son territoire, tente de les exterminer. La partie droite du labyrinthe, quant à elle, ne s'ouvre qu'après le franchissement d'une limite, une frontière, que l'on pourrait appeler le lieu de vérité. Là se dresse le Minotaure, qui empêche le passage. Mais c'est là aussi qu'au moyen des critères de la Connaissance, l'obstacle peut être franchi. Déployer la stratégie de l'évitement et — sans tuer réellement le tortionnaire car aucun meurtre n'est acceptable — se libérer de son emprise. Cette épreuve, sur le « pont », est décisive. Elle consiste tout d'abord à avancer, sans regrets et sans jamais revenir en arrière dans le lieu du passé où s'exerçait la vindicte. On ne revient pas. Le retour en arrière est prohibé. Combien de fois faudra-t-il dire cela aux femmes qui, par nécessité économique, par bons sentiments ou absurde affaiblissement de la décision, reviennent sur le territoire, dans le lit même du bourreau auquel elles se sont attachées selon un syndrome bien connu. Les soignants, thérapeutes, policiers, amis et proches doivent alors entourer la personne pour empêcher la régression dont la tentation est forte, pour la victime, de renouer avec son dictateur. Monstre qui doit être écarté, mis à distance, surveillé… J'allais dire banni.

Le Minotaure doit être vaincu. Le Monstre tueur doit être cerné. Un saisissant chapitre y est consacré dans l'ouvrage La Face cachée du Cerveau, (p. 264 volume II).


Quitter le Tzadé final

Tant que le lieu du Tzadé final n'a pas été abandonné, les forces qui y résident exercent leurs prérogatives de captation. La lecture psychologisante du féminicide ne conçoit pas suffisamment la topologie : la possession du territoire — au sens physiologique premier — par le dominant conditionne l'état de la relation et marque de son empreinte le conjoint jusqu'au plus profond de son âme. Peut-être même de ses cellules, de ses neurones qui en reçoivent, à tout instant, la vision, le ressenti au travers des sens constamment mis en éveil. Il est indispensable que les conseillers en vie familiale ou intervenants sociaux soient eux-même instruits de ces réalités structurelles. Nul dialogue ne peut se concevoir sur le territoire où s'exerce l'oppression, d'autant que l'oppresseur vise l'anéantissement de la parole et de l'interlocution pour leur substituer le monologue de sa propre loi. Mettre de la distance physique, sortir de la zone de pouvoir, quitter le lieu, sans délai, quoi qu'il en coûte. Le prix à payer sera toujours moins cher que la destruction totale que devra régler la retardataire. Agir vite, sortir, et sans retour.

 

Plus facile à dire qu'à faire…

Et pourtant… Je garde en mémoire ce récit universellement connu, dont on n'a pas assez tiré la leçon telle qu'elle s'adresse à nous en exemplarité, à titre collectif et individuel, chaque fois qu'un cycle parvient au stade du Tzadé final. Ce lieu est l'endroit du « complot », l'endroit où se prépare le scénario de la mise à mort (réelle ou symbolique), l'endroit où le « Serpent » archétypal apparaît en avertisseur. Là se fomente le projet de l'élimination. La prise de conscience doit en être rapide, et la décision d'en quitter le territoire ne doit pas tarder.

 

Penser à Pharaon et Moïse

Nous avons tous, dans nos vies (que nous soyons homme ou femme), un Pharaon suprême qui entend nous « lessiver »… Le départ d'Egypte se fera rapidement, après que les négociations aient échoué, et cela sans régression et sans interférences nourries de regrets ou d'auto-culpabilité. Moïse s'arrache de la rétention du pouvoir en place, non par décision personnelle mais parce que l'ordre lui en est donné. La liberté est conquise parce que le Dieu d'Abraham ordonne à Moïse d'imposer cet acte libératoire. On en peut déduire que la liberté, inventée ce jour-là, fut donnée par un Dieu de liberté qui décida d'abattre l'idole pharaonique.

Raphaël Draï a écrit de magnifiques pages sur le sujet dans son livre La Sortie d'Egypte, où il rappelle que le Dieu de liberté agissant pour l'abolition de l'esclavage obtint gain de cause. Ce Dieu se présente comme Anokhi, dieu du dialogue et de la relation personnalisée, interlocuteur dont la parole est sûre. Tout au revers du « je » omnipotent égotiste de l'obscur exterminateur qui récuse la liberté. Les féminicides sont liberticides par principe. Ce même Dieu libérateur se présente ainsi : « je suis le Dieu qui t'ai fait sortir de l'esclavage… » tandis que le tortionnaire ne cesse de réaffirmer « je suis celui qui te maintiendra sous le gourdin ». La liberté cependant se conquiert, elle se prend, précisément parce qu'elle est donnée par Dieu comme la condition première de l'humanité. La liberté est de droit divin. Qui me semble dépasser ce que conçoit timidement la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, document respectable, mais dont l'application dépend du bon vouloir de ses (rares) signataires. La liberté ordonnée par Anokhi est un a priori non discutable, posé en principe non négociable par le Dieu libérateur.

D'où la gravité du féminicide, non seulement en ce qu'il s'agit d'un crime sanglant, mais de la négation totale de la vocation humaine du droit d'être libre…


La suite dans le prochain Blog 


----------

Sur le sujet :

Jehanne la Délivrance, épopée d'une femme exceptionnelle…

Esther, la DélivranceAutre femme remarquable

lundi 14 juin 2021

La Lecture des Symboles. Livre de Dominique Aubier. Vient de paraître.

Vient de paraître

La Lecture des Symboles

par Dominique Aubier


Dans ce livre exceptionnel, Dominique Aubier explique ce qu'est un symbole, en quoi il est opératif et lisible, annonciateur d'avenir. Sur quel code se fonde le symbole, dans la progression vers le sens. Comment lire, décoder les symboles ? Mieux les comprendre et les intégrer pour en comprendre les messages…

 


 


Les événements que la vie invente sans relâche sont des symboles. Ils se présentent par leur face imagée, car les événements sont figuratifs et on sent bien qu'ils ont un sens. Qui souvent nous échappe… Et que nous recherchons.

Dans ce livre, Dominique Aubier part de Don Quichotte, grand héros symbolique, et propose une lecture du monde qui dépasse les réductions conventionnelles du symbole : la démarche de l'auteure tend à prouver que tout est symbole, que le symbole, c'est le langage même de la vie, telle qu'elle s'exprime dans notre quotidien.

Encore faut-il savoir les lire, les décoder, voir au travers du tamis et accéder au sens. « Le but de cet ouvrage est d'établir une méthode qui permette de décrypter les symboles à quelque hauteur qu'ils apparaissent, qu'ils intéressent l'ensemble de la vie sur terre. Qu'ils en forment les événements, la nouveauté dans la brève vibration du présent, qu'ils soient enfermés dans des rituels religieux, traditionnels ou tribaux, qu'ils surgissent dans les songes ou les incidents du vivre au quotidien, qu'ils soient de dimension générale, nationale, sociale, individuelle, psychique ou littéraire, poétique… voire politique ». Lire nos symboles pour mieux vivre…

-----------

 

La Lecture des Symboles

232 pages, format A5, 53 euros TTC

Expédition incluse pour la France (+ 6€ CEE/Suisse)


Sur le site internet par paypal ou virement bancaire

ou en utilisant le bon ci-dessous par courrier postal


Nom , Prénom :

Adresse complète / Email –courriel 

Nombre d'exemplaires :


Retourner ce bon accompagné du règlement par chèque à l'ordre de :
M.L.L. / La Bouche du Pel
BP 16 — F. 27 240 DAMVILLE (Mesnils-sur-Iton) France

mardi 8 juin 2021

Une porte se ferme, une autre s'ouvre…Texte de Dominique Aubier

Quand on connaît l'esprit de la couche I, dans une structure, on peut surprendre son passage dans les cycles qui animent notre vie. Rien n'est plus simple qu'en repérer l'émergence ; elle succède aux manifestations de fin cyclique. Les actes d'achèvement structural sont si violents qu'ils ne peuvent passer inaperçus. La doctrine initiatique les décrit avec soins. Connus, ils deviennent des repères énormes pour situer le passage d'un cycle à un autre

1. Une structure s'éteint, une autre se met en place. 

Une porte se ferme, une autre s'ouvre, dit un dicton. Les phénomènes qui accompagnent la fin d'un cycle exercent une forte pression sur la conscience. Les bouleversements qu'ils entraînent sont tels que l'état d'alarme est forcément ressenti. Il est dangereux d' ignorer la cause des troubles qui sévissent dans la réalité. A les dramatiser, à s'enfoncer dans leur concrétisation, on accentue leur gravité et leur durée. Mais si l'on reconnaît en eux le dispositif de terminaison, l'espérance, aussitôt succède au désespoir. L'on sait qu'après le grand mélange et la dislocation de tout qui caractérise de l'achèvement viendra le retour cyclique. Il présentera d'abord sa couche I, porteuse de renouveau. Cette épaisseur évolutive sera le siège des informations déterminantes pour le style du cycle à venir. L'élément de variation dont il sera l'alambic dépendent d'elles. Commodité que savoir à l'avance quels pouvoirs attendent et guettent, dans cet avenir. L'être conscient du changement à venir surveille les éléments de nouveauté qui se présentent sous une forme verbale. 

L'initié contrôle toujours les projets parlés qui s'introduisent dans l'espace de la couche I d'un cycle quelconque marquant sa vie. Cela revient, pour lui, à repérer l'idée qui va opérer par la suite, au sein de ses événements. L'accoutumance à la petite voyance, à l'entretien intime avec l'invisible, permet de distinguer l'information lorsqu'elle surgit. Elle possède toujours un caractère verbal auquel la reconnaître. Très souvent, cette verbalité insistée, puissante et libre, passe par les noms de lieu, de personnes, par les conversations en jeu, par les réflexions ou les dires des enfants. A partir de ces étincelles, un projet se dessine. Il est toujours en cohérence marquée avec la continuité des événements de l'être qui interroge, avec sa forme particulière. Cependant, par rapport à cette continuité, la nouveauté, l'invention est sensible. Quelque chose d'inédit se propose. Cette "idée" appréhendée, en couche I, intégrée là, à la façon dont la langue maternelle l'est dans un cortex d'enfant, va être gérée par tout un cycle d'évolution. Elle se retrouvera tout au long des circonstances suscitées par l'ascension évolutive. Si le projet qu'elle introduit est favorable, on en facilite l'exploitation. S'il est mauvais, on en élude la réalisation.

L'intime connaissance de la constante couche I rend un grand service à la petite voyance. Elle l'aide à se transformer en Grande Voyance. L'on peut même dire que la couche I, par son intervention en tant que lieu typifié, inaugure la transformation du petit ta'wil en grand ta'wil. Pour la première fois, — dans le cours de l'explication — l'archétype local interfère sur le mécanisme Dedans-Dehors. L' Echange latéral compose, négocie avec l'esprit du site. Par là, on assiste à ce qui se passe dans un cycle. L'Echange latéral à l'état pur, séparé de tout support cellulaire, n'existe pas. Il a été isolé comme concept pour la compréhension de ce qui, maintenant, apparaît dans la vérité exécutoire. L'on découvre ainsi la différence qui va se poursuivre entre la petite et la grande Voyance. L'Echange latéral ne cessera pas d'apporter sa moisson signalétique. Mais il s'exécutera sur un plan en coupe réel, mettant en jeu la totalité des neurones "de surface". Dans une structure qui enregistre son passé et l'assimile, poussant les acquis vers son avenir, plus le plan en coupe s'ouvre, haut dans l'échelle, plus il contient d'éléments appartenant à l'étiage où il se situe. La grande Voyance consiste à reconnaître dans les signes de surface, tandis qu'ils s'élèvent, la participation des zones archétypales traversées. Ces régions seront celles de la grille à six couches. D'un côté comme de l'autre les effets Dedans Dehors, en s'accumulant, susciteront des seuils d'expression qui seront autant d'unités de signification repérables. La Grande Voyance saura les voir passer et les situer en fonction des paramètres verticaux.
 

2. Utilité de l'archétype couche I pour la reconstitution du passé
Dans ce dernier paragraphe, l'on a assisté à une procédure analogique ayant la valeur d'une règle de raisonnement. Extrapolation, diront certains. Dans le cadre de la pensée scientifique, rationnelle ou simplement analytique, une telle appréciation est péjorative. Et l'on admettra aisément qu'elle puisse l'être. Comment une pensée linéaire pourrait-elle permettre le déplacement brutal de sa séquence logique vers un point imprévu ? C'est alors qu'il y aurait extrapolation et péril en la demeure. Mais le substrat dans lequel se localise la pensée initiatique n'a rien de longitudinal. Le support général n'est pas la ligne et moins encore la direction séquentielle d'un point vers un autre. Une structure pleine et complexe soutient les références. Dans cette manière de comprendre les choses, l'analogie de motif unique à motif unique permet de repérer des similitudes. Les signatures jouent, certes, entre les unités observables. Elles sont également applicables au plan conceptuel.

Et que l'on n'aille pas croire que j'en découvre la mécanique. Elle a toujours été utilisée par les initiés. Tenant compte des effets surgis en couche I, au sein des unités observables dans leur environnement, les êtres de Connaissance en infèrent ce qui se passait dans des structures dont ils ne pouvaient pas avoir le contrôle. Ils se fiaient à l'esprit de la couche I pour concevoir, par exemple, le style des capacités mentales ayant agi aux premiers âges de l'humanité. La notion de Paradis terrestre en est l'illustration. La Bible conçoit l'existence, en couche I de l'ère humaine, d'un couple primordial, Adam et Eve. Ces êtres étaient doués d'un système de perception si fin qu'ils pouvaient entendre la voix d'Elohim courant à la surface des choses de leur vie. Cette conception est étonnante pour qui juge de l'aventure humaine en termes de progression continue et accumulatrice. Elle ne l'est pas pour les Fidjiens, par exemple. Ces peuplades primitives, comme il est convenu de dire, demandent au retour cyclique de la couche I de ramener l'état salutaire des beaux et idylliques commencements. Ils conçoivent l'historicité humaine comme enfermée dans des enclos cycliques, lesquels s'enfilent sur la ligne de temps comme les perles d'un collier. Chaque perle, bien qu'elle prenne sa place dans la durée, a la vertu de ramener les conditions intérieures qui façonnent l'unité. Il y aura donc autant de couches I qu'il y aura de cycles se succédant. Chaque nouvelle unité prend sa place dans le collier en cours de formation et y reste, historiquement, chronologiquement suspendue.
Ce qui ne l'empêche pas de ranimer, en son intériorité, les invariances rituelles (habituelles) du modèle absolu. La première de ces constantes consiste à ramener la période unitaire où la couche I abrite les opérations de solidarité Droite-Gauche. Sur quelque plan qu'ait lieu sa relance, la structure absolue entraîne la remise en émergence d'une période de renaissance, dès lors abrite elle-même une ère cyclique nouvelle. La résurrection sera immédiatement ressentie en fonction de la loi qui gouverne les conditions de vie, en couche I. Certaines valeurs y éclateront par force, dans la tenue unitaire du système local. 

Nous verrons plus tard qu'un élément essentiel de restauration et de régénérescence s'y introduit toujours, profitant des faveurs que lui consent à l'avance cette région évolutive. En l'ignorance de la cause structurale sur laquelle se fondent et s'appuient les croyances dites archaïques, pour décider qu'il y aura régénération périodique de la vie, les ethnologues s'imaginent que les peuples ritualistes n'ont ni la notion de temps ni celle de l'histoire. C'est ainsi qu'un Mircea Eliade en vient à faire tenir l'esprit de tous les rites en seul concept : la dévalorisation du temps. « Si on la regarde dans sa vraie perspective, la vie de l'homme archaïque (réduite à la répétition d'actes archétypaux, c'est-à-dire aux catégories et non aux événements, à l'incessante reprise des mêmes mythes primordiaux, etc...), bien qu'elle se déroule dans le temps, n'en porte pas le fardeau, n'en enregistre pas l'irréversibilité, en d'autres termes ne tient aucun compte de ce qui est précisément caractéristique et décisif dans la conscience du temps » (Mircea Eliade, Le Mythe de l'éternel retour).
Conclusion qui ne correspond aucunement à la pensée fondée sur la notion de cycle. La mentalité archaïque, par là où elle s'insère dans la première instance de l'histoire de la Connaissance, fait primer sur toute autre préoccupation le souci de sauver l'image du modèle absolu. Cette responsabilité est toujours et partout profondément ressentie par la mentalité initiatique. Elle ne doit pas être confondue avec l'incapacité de surveiller la durée, moins encore comme la preuve d'une volonté de vivre sans mémoire…
Bien des interprétations qui, actuellement, font loi dans les sciences humaines demandent à être reconsidérées à la lumière du Code de la Connaissance…

 

— En cours : l'édition du livre La Lecture des Symboles.
Vous pouvez réserver votre exemplaire.