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mardi 22 novembre 2022

Voir avec l'œil initiatique… La lecture du réel. Par Dominique Blumenstihl

 Lisons-nous ce qui s'écrit dans le réel ?

 

« Fais de tes yeux des lanternes » (Don Quichotte, chap. 23, tome I)

 L'œil est en relation directe avec la fonction mentale qui a pour mission de voir. De tout voir, c'est-à-dire le réel, y compris la représentation symbolique de ce dernier. Les yeux ne sont pas seulement les capteurs d'images projetant une impression sur le nerf optique, mais également les instruments par quoi s'induisent des opérations de l'esprit, de lecture, de compréhension, d'interprétation. « Les yeux sont des instruments de la pensée », précise Dominique Aubier, dans son étude sur l'Alzheimer, ouvrage qui devrait se trouver dans la bibliothèque de tout professionnel de la santé, tant il dessille le regard sur « l'appareil de voir » : elle y fait remarquer que les dépôts de peptides bêta-amyloïdes apparaissent dans le cristallin des patients atteints de la maladie d'Alzheimer, et qu'il existe une corrélation entre « une protéine responsable de cette maladie et l'un des mécanismes fondamentaux du glaucome », si bien que l'œil peut devenir le lieu des diagnostics précoces de cette maladie, et si elle touche l'œil, cela pourrait signifier que la fonction oculaire est en cause dans son apparition et évolution. L'Alzheimer serait-il lié à un mauvais usage de la capacité visuelle ?

 

 Nous voyons, certes. Mais voyons-nous au travers des choses ? Voyons-nous leur sens ? Lisons-nous ce qui s'écrit sur le réel ? Quelle est notre capacité de « voir », de lire les symboles, de redresser la perception littérale, de retourner la croyance que nous avons de ce que projette l'objectif inverseur ? Le cerveau unifie l'image issue des deux conduits nerveux distincts, tirés depuis des deux rétines, circuit croisé au niveau du chiasma, et retourne l'image à l'endroit, il réalise une invraisemblable opération dont les sciences ne s'expliquent pas comment il procède : activité hautement cognitive, le cerveau « sait » que l'information doit être interprétée, lue, explorée… il applique une « seconde vue » sur la chose vue. Lire le réel comme support d'une pensée appelée à le comprendre, au moyen d'une double vue semble être la mission des zones visuelles. Amoindrir cette capacité de lecture — la vision du monde au travers des symboles — revient à appauvrir la puissance cérébrale tout entière… et favoriser la dégénérescence du cerveau. « L'Alzheimer est dû à ce qu'une prise de sens symbolique n'a pas été opérée par l'être au sein de ses détermination personnelles… » 

 Diagnostic de démence qui s'applique aussi à notre société qui ne sait plus où elle est ni où elle va. Thèse à méditer. Ne pas craindre, comme dit Don Quichotte, de « clouer les yeux dans la porte », d'ouvrir « les yeux de l'intelligence » et de « faire de nos yeux des lanternes »… A cette fin, je reproduis ci-dessous un extrait du livre déjà cité, page 94 et suivantes, où Dominique Aubier présente…


La vue selon l'alphabet hébreu

 « Dans l'alphabet hébreu, la lettre Ayin précède le Pé qui nomme la bouche comme si la langue biblique estimait (ayant le coup d'œil très vif sur le réel) que la puissance de voir conditionne une fois pour toutes le droit de parler. Le cerveau est calqué sur la structure du Modèle Absolu. On peut en voir une reproduction miniature dans l'embryologie. Le même motif s'agrandit dans un cycle culturel ou une épopée historique. L'alphabet hébraïque en expose le processus. »

« La vision par les yeux est une donnée du système Alef, une propriété du système de vérité, efficace dès le démarrage d'une unité. Elle se démarque dans l'échelle des lettres. Son moment révélatoire est inscrit dans la séquence. On n'a aucune peine à l'identifier. Un glyphe la représente. C'est le Ayin. Son graphe fait la synthèse du cheminement anatomique des voies visuelles. Cela s'identifie par comparaison avec le relevé scientifique des mêmes trajectoires. »

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 « On y voit les deux yeux attachés à deux pédoncules qui se croisent au niveau du chiasma optique, puis se dirigent vers les bandelettes blanches, le corps genouillé pour arriver finalement au cerveau, séparés. Le corps calleux unit les deux perceptions. »

 

« Le Ayin, valeur 70, en est l'icône de génie. Et le génie de son icône commence au fait d'être binoculaire. Quand on le regarde à la loupe, on voit qu'il distingue sa gauche de sa droite et qu'il les représente après que le chiasma ait opéré, au niveau du tractus optique. À gauche le pédoncule qui mène du globe oculaire au cerveau présente une ligne tordue. À droite, le même nerf accomplit son trajet avec netteté d'un seul trait plein. Ce signe se place au seizième rang de la montée évolutive. Ne devrait-il pas être à son début, s'il est la clé du cerveau ? Il est vrai qu'il y est, présent dans l'Alef. La première lettre de l'alphabet détient toutes les puissances de l'unité. L'alphabet les déroule ensuite. Ce phénomène expliquerait que la lettre de la vision se spécifie tardivement sur un ordre qui n'en a pas moins été donné dès le commencement. Si ces évaluations sont exactes, des faits s'en portent garants. C'est à vérifier afin de pouvoir retenir l'instruction et l'engrammer en toute sécurité. »

On se reportera également au livre Le Principe du Langage ou l'Alphabet hébraïque, au chapitre dédié à cette lettre (p. 224). « Ce glyphe représente la vision, le regard mental et dispose aussi d'un appareil stéréoscopique. Deux images le desservent, l'une correspondant à la rétine cérébrale gauche, l'autre venant de son homologue droite. Que discerner dans la gauche et la droite de la structure évolutive, à la hauteur où Ayin donne droit de regard ? Ayin vaut 70. Le chiffre 7 est efficient dans sa valeur numérique. Il signifie que toutes les connexions sont ouvertes dans la totalité de la sphère évoluée. Il désigne également la fin de l'évolution dans une forme qui vit son sabbat. Les deux références s'ajoutent, corollaire l'une de l'autre. Dès lors, Ayin indique fermement que le belvédère d'où il offre son panorama sur la structure est celui qui caractérise en général le cerveau réflexif. De la plus haute cime, Ayin plonge sur les espaces évolués et permet de les observer… L'inspection, par la double vue du Ayin, s'exerce autant de fois que des êtres humains ou cycliques accèdent à la position d'achèvement. »

En serions-nous là ? A un achèvement cyclique demandant à être vu ? Dès lors que les voiles tombent, Ayin cherche à concilier la vue des yeux, unifier le regard pour une compréhension redressant à l'endroit ce qui se propose à l'envers, de manière à unifier ce qui parvient le long de deux voies différentes et croisées. Sciences et Connaissance et appelées à se rejoindre, pour une plus haute vision du réel ?

 

 

— La maladie d'Alzheimer

— Le Principe du Langage ou l'Alphabet hébraïque

— PaRDèS sur Alzheimer (film) 


Pour les personnes concernées : Le livre « Inédits 1. » est en cours de réalisation chez l'imprimeur.

samedi 12 novembre 2022

Le secret du voile islamique.

Par Dominique Blumenstihl-Roth 

 Suite de la série consacrée au voile islamique.

1. Le voile islamique, sens du symbole 

2. la bourka, décryptage initiatique

 

Pourquoi le voile ?

Une certaine tradition tend à couvrir entièrement la tête des femmes, ne laissant apparaître que les yeux. Ce qui importe, est-ce ce qui est caché ? Ou ce qui reste apparent ? La lecture conventionnelle — et disons-le : paresseuse — laisse croire que la vocation du voile serait de dissimuler, ne pas laisser transparaître, cacher. C'est un point de vue, une interprétation : l'ange n'a jamais dit que les femmes devaient se cacher. « Qu'elles portent le voile » n'infère aucunement la conclusion que l'on en a tirée qu'elles devraient dissimuler quoi que ce soit. La chose peut être vue d'une tout autre manière : si le voile ne laisse apparaître que les yeux, c'est donc que la fonction du voile consiste à les mettre en évidence. On ne voit de la femme voilée que les yeux, et c'est bien cela qu'il fallait voir, ses yeux, puisque tout le reste de son être est caché. Le rôle du voile est donc, non de cacher, mais de faire voir. De faire voir les yeux, c'est-à-dire l'organe de la vue. « Dis à tes femmes de porter le voile » signifiait : fais en sorte que l'on ne voit d'elles que leurs yeux, afin que l'on voit ce par quoi nous voyons le réel, mais ce regard ne sera que celui de la moitié de l'humanité — les femmes — devant se compléter par le regard de l'En-face.

L'attention doit porter sur les yeux. Et les yeux doivent être vus au travers du tamis de la discipline scientifique qui les a étudiés, c'est-à-dire l'ophtalmologie. La première chose que l'on apprendra, dans tout traité consacré à la vue, c'est que l'œil n'est pas un organe. Je sais, cela surprend. Mais interrogez votre médecin ou ophtalmo, il confirmera : les yeux sont une extension du cerveau vers l'extérieur, au travers de deux ouvertures dans la boite crânienne, cela est observable lors de la formation du fœtus où l'on peut distinguer les étapes de la formation des yeux à partir de la pré-structure corticale en évolution. Voir par quoi l'on voit, voir clairement le monde mais aussi voir l'instrument de la vision. Nous savons, depuis que Saint-Exupéry l'a écrit dans le Petit Prince, que « l'essentiel est invisible pour les yeux », et cet essentiel ce sont peut-être les yeux eux-mêmes, invisibles à leur propre regard. Pablo Picasso, quoique grand artiste pictural, se méfiait du visible mais surtout de sa propre vue : « rien n'est plus vicieux que la vue » confie-t-il à son secrétaire Jaime Sabartès.

« Celui qui voit le monde par tes yeux, celui-là peut être heureux » chante l'artiste Gérard Manset dont la sensibilité porte vers le bouddhisme. Alors voyons… et  justement, j'ai prochainement rendez-vous avec le spécialiste : affaire de lunettes, et sans doute de lanternes afin que je puisse comme Sancho voir mieux, comme je peux « poco a poco, o como pudieres ». Ce qui me permettra peut-être de voir qui je suis : « has de poner los ojos en quien eres ». Il te faut mettre les yeux sur qui tu es, conseille le Quichotte à Sancho, devenu gouverneur de son île, « procurando conocerte a ti mismo que el mas difícil conocimiento que puede imaginarse » : de sorte que tu te connaisses toi-même, ce qui est la connaissance la plus ardue que l'on puisse imaginer.

L'étude sur le voile islamique, voyez où cela mène : le visage féminin recouvert met en évidence les yeux, et ce sont les yeux qui deviennent l'objet de l'investigation. La science se voit désignée comme partenaire objectivant de l'enquête : voir les yeux, et comprendre leur fonctionnement nous éclairera sur le réel tel que nous le percevons.


Du côté des sciences

On sera peut-être surpris de « voir » que l'étude du voile islamique mette en cause la « vue », l'art de « voir » : voir le monde par les yeux, mais quels yeux ? A l'instant d'écrire la suite de ce texte, j'enlève mes lunettes pour me frotter les yeux. Et voilà qu'elles cassent. Je me retrouve avec, en mains, la monture tandis que la branche droite s'est brisée à l'endroit de sa fixation sur le cadre. Adieu, belles lunettes de lecture grises puissance 3. Fort heureusement il y a dans mon village un opticien qui les a de suite remplacées par un modèle identique, mais cette fois de couleur bleue, histoire de laisser entrer un peu de pigmentation dans mon écriture. Instant de grâce, la vie répond de mon écriture, confirmant que l'écriture crée le monde, et que le monde répond de ce qu'il reçoit en information dont il métabolise les éléments codés. Mieux voir, regard renouvelé, nouvelle monture, nouvelle couleur semble me dire le signe. Voir ce que voit l'œil sous la loupe des sciences.

Tout dépend de quel œil nous parlons. Celui du chat ou celui de l'écrevisse ? Distinguer l'œil de l'épineurien de celui de l'hyponeurien. Consulter « L'œil et la vision », du docteur Maurice Henri Pirenne dont un exemplaire se trouve dans la bibliothèque que m'a léguée mon maître. La science a libéré tout ce qu'il est possible de savoir sur la formation de l'image rétinienne, la structure de la rétine, les propriétés des cônes, des bâtonnets (cellules de la rétine). Me voilà devenu expert — le temps de la lecture de cet ouvrage — des quantas de lumière, des fluctuations quantiques de la vision humaine, de la vision prismatique des insectes, tout à l'opposé de celle des humains. Un chapitre passionnant décrit la vision de l'écrevisse et son œil composé (p. 137) qui fait penser à l'éclatement intellectuel des disciplines scientifiques incarcérées chacune dans son pré-carré et qui, malgré les immenses efforts d'interdisciplinarité ne parviennent pas à se doter d'une vision unitaire du réel. Vision diurne, nocturne vue insectoïde des drosophiles dont l'œil en éclatement se compose de centaines d'yeux qui ne communiquent pas entre eux… Je me suis inquiété de ma propre vision — rendez-vous enfin obtenu chez l'ophtalmologue — je fais partie de ce peuple porteur de lunettes appelé à corriger sa vue pour mieux voir le réel.

Voir comme mon chat : la sensibilité de son œil est à peu près 6 ou 7 fois supérieure à celle de l'humain. Voir comme un hibou : leur rétine est essentiellement composée de bâtonnets si bien que le seuil de leur vision se contente environ d'un dixième de la luminosité dont ont besoin les humain pour voir. Une nuit très sombre pourra être, pour un hibou, l'équivalent d'une nuit dix fois plus claire pour nous (p. 63). Ou voir comme un serpent ? Leur œil n'a que des cônes, ils ne sont donc très peu sensibles aux contrastes, au blanc, au noir, et aux contours. Tout au contraire de la chauve-souris dont l'œil n'a que des bâtonnets… Nous apprenons que le nombre total de bâtonnets dans l'œil humain est de 110 à 125 millions pour environ 6,6 millions de cônes desservant en gros un million de fibres optiques. Et, chose que nous savons tous, que notre œil produit dans sa rétine une image inversée du réel : le monde à l'envers, si bien que « l'œil est le seul instrument d'optique fournissant des images qui ne sont pas destinées à être regardées » (p. 14).

L'œil est trompé par sa propre physiologie produisant l'inversion, de sorte que l'information transitant par le chiasma optique bénéficie d'un « redressement » s'opérant au niveau des zones corticales visuelles : constat de fait, nous croyons voir le monde à l'endroit par nos yeux alors que ce qui se projette est à l'envers. Le cerveau inverse l'inversion, si bien que notre vue est en réalité le résultat d'un exercice mental et non une perception directe des choses telles qu'elle sont. La vision résulte d'une activité cognitive complexe : elle fonctionne sur fond de structuration cérébrale et selon des schémas systémiques. Pour en savoir plus sur la physiologie de l'œil, on consultera les encyclopédies scientifiques traitant de la vue, sachant toutefois qu'elles n'expliquent pas la « puissance de voir » propre aux initiés…

 

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A lire : La Puissance de voir

 

Le livre « Inédits 1. », de Dominique Aubier.

 

vendredi 4 novembre 2022

Nouveau livre de Dominique Aubier. Inédits 1.


DOMINIQUE AUBIER


Inédits 1.



Cet ouvrage, le premier d'une série, rassemble des textes originaux et inédits de Dominique Aubier. l'Auteure y livre des éléments biographiques non pas en narration épique de sa vie, mais en support des concepts initiatiques tels qu'ils se sont manifestés et rendus intelligibles par les événements. L'épopée, tout en symboles, est décryptée, rendue à son sens, toujours tenue par la même ligne de destin.

Des pages savoureuses racontent son expérience de la dualité, sa rencontre avec Don Quichotte et les jalousies qu'elle suscite, ses voyages en Espagne, en pleine époque franquiste, sous couvert de « mission secrète » au pays de Dulcinée… On trouvera dans ce livre, retranscrites, les conversations enregistrées avec son thérapeute, portant sur des sujets passionnants : connaissance et symbolisme au service des thérapies, activation des données verbales et leurs effets dans les processus de guérison, puissance de la grille de l'Alphabet hébreu et des Séphiroths dans l'établissement des diagnostics.

Interrogée également au sujet de l'Allié (alliado), Dominique Aubier apporte des explications exceptionnelles, autant de mises au clair de ce concept initiatique permettant à chacun de « trouver son Allié », dont la trace est détectable dans le destin de tout être, remontant sans doute jusqu'au codage chromosomique.

Dans ce livre chaleureux, Dominique Aubier montre qu'avoir du cœur est affaire d'intelligence, et qu'être intelligent, c'est avoir du cœur…


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Souscription pour l'édition du livre

Inédits 1.

Dominique Aubier

240 pages, format A5, 47 euros

ISBN : 9782916619569 

expédition incluse pour la France,  + 8 euros C.E.E. / Suisse

Souscription par Internet — paypal — ou virement bancaire

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mercredi 26 octobre 2022

Décryptage du voile et de la burka 2. / Grand est le Voir

Grand est le voir

(décryptage du voile 2.)

par Dominique Blumenstihl-Roth

la première partie de cet article est ici.



Les femmes iraniennes enlèvent leur voile, me dit une de mes jeunes élèves, mais qu'en est-il des femmes en Afghanistan qui ne portent pas de voiles, mais une bourka couvrant tout leur corps et cachant leur visage ? 

— Voyons, lui dis-je, il suffit de voir. Suivre le conseil de Don Quichotte qui donne la bonne technique : observer le réel, le percer du regard instrumenté de la connaissance par ce qu'il appelle « le tamis ». Voir au travers du tamis, de sorte que le réel devient intelligible au-delà de la perception plate de l'évidence.

— Et ce tamis, où est-il ?

— Les femmes afghanes portent une grille sur les yeux dont la fonction est double. Tout d'abord cette « grille » symbolise la vision que le « Qui-Fait » a sur le monde. Je dis bien symbolise, et en cela je ne justifie pas l'obligation et la coercition à l'endroit des femmes que cette tradition leur impose. Il s'agit d'expliquer pourquoi la bourka est pourvue de ce grillage au niveau des yeux qui conditionne la vue des femmes. Dans cette affaire, tout est traité de manière symbolique. Non seulement le vêtement, mais également les personnes en cause.

— En tant que femme, je n'ai aucune envie d'être symbole de quoi que ce soit… Je suis juste moi-même…

— La femme, dans le couple formé en dualité avec l'homme, représente analogiquement l'hémisphère « Qui-Fait » — c'est elle qui porte et « fait » l'enfant. 

— Je n'ai nulle envie d'être en analogie avec quelque notion métaphysique que ce soit… Le respect de l'être commence par l'individu…

Quand il est question des grands symboles mettant en cause ce que Descartes appelle les « universaux », les femmes et les hommes ne sont plus des êtres individués, mais des porteurs de symboles devenant à leur tour des entités symboliques. C'est à cette hauteur qu'il faut aborder le dossier de la bourka, et non pas au plan de la perception voltairienne prompte à émettre des jugements de valeur : on ne critique pas un symbole, on l'explique. Et par l'explication, on le libère. Dans la dialectique et l'échange latéral avec l'hémisphère-partenaire, la femme assume le réalisme, le rapport au choses : elle est en quelque sorte le partenaire objectivant. Le regard objectif sur les choses est conditionné, et les sciences en témoignent qui s'en font fait la spécialité. Les sciences observent le réel, l'étudient, l'analysent, elles sont en quelque sorte le partenaire féminin de la Connaissance… Et en ce sens, le symbolisme de la bourka, qui est une extension spécialisée du voile, témoigne depuis des siècles et annonce l'existence d'une certaine manière de voir le monde, touchant le domaine du « Qui-Fait ».

— N'est-ce pas plutôt une coercition infligée par une société patriarcale qui trouve là le moyen de soumettre les femmes à sa férule…

— Les femmes, en tant qu'humaines strictement égales aux hommes, ne sont pas en cause, seul le rapport analogique du raisonnement qui désigne en elles le « Qui-Fait » est expressif du sens de ce symbole. Par ce symbole, porté par « l'entité féminine Qui-Fait » est désignée la science objective. Dès lors le « port du voile » n'est aucunement une prescription liée au « paternalisme » ou « patriarcat » dont l'autorité viserait à soumettre les femmes. Il est du strict ressort du symbolisme représentatif. La bourka, comme le voile, est symbole, porté par les femmes, en cette occurrence mandatées comme porteuse du symbole. Mais le symbole n'est en aucun cas éternel. Il a son temps. Il vise à sa propre explication, afin de se dissoudre. Nous vivons le temps de l'explication, donc de la résorption de ce symbole. C'est le sens même de l'explication que je donne ici.

— Et que voit la femme sous la bourka ?

— La bourka est une interprétation du voile islamique reçu dans la rigueur d'une lecture extrêmement locale. Vêtement couvrant entièrement le corps, elle représente l'unité : ce n'est pas un vêtement assemblé de différentes pièces cousues ensemble. La bourka désigne l'unité systémique du symbole couvrant le corps du réel. Nous ne voyons pas la femme recouverte de ce vêtement, de même ne voyons-nous du réel qu'une apparence extérieure. Nous n'en perçons-devinons que parcimonieusement les secrets. Cependant, la femme, sous la bourka nous regarde : l'univers nous regarde et nous ne le savons pas.

— Justement, que voit la femme depuis la bourka sous laquelle elle devient… invisible ? Et même inexistante ?

— Au titre de la liberté individuelle, il est bien évidemment insupportable d'imposer à une personne de conditionner à ce point son rapport au monde et restreindre son regard à n'apercevoir que ce qui entre dans le cadre de l'ouverture découpée dans le vêtement. Là encore, c'est affaire de symbolisme. Le regard objectif — celui du « Qui-fait / sciences » — est conditionné par ses capacités analytiques : le regard de la porteuse de bourka ne voit le monde qu'au travers du piqueté des petites ouvertures perçant le tamis cousu à la hauteur des yeux. Autant de prismes qui, mis bout à bout, restituent une vision du tout, cependant imparfaitement et d'une luminosité atténuée : la juxtaposition des carrés de la grille ne compose pas une unité claire, d'autant qu'elle est délimitée par le cadre du treillis. 

Par analogie, cela décrit le regard des sciences sur le monde : elles ne voient précisément qu'au travers de chaque petite ouverture isolée, mais n'accèdent pas à la vision globale synthétique. La vue du « Qui-Fait », analogique à ce que les kabbalistes appellent le « Ma », aperçoit le détail des choses — autant de disciplines scientifiques qu'il y a de choses à voir — et cependant subit la coercition du conditionnement ontologique de ne voir qu'au travers du prisme de cette grille spécifique. Le regard du « Qui-Fait » est analytique, parcellaire, agglutinatif mais non synthétique.

— Si j'ai bien compris, la grille de vision taillée dans la bourka symbolise une certaine manière de voir le monde, celle des sciences… Par analogie, bien sûr.

— Il est remarquable qu'une tradition ait su représenter cet état de fait par un symbole précurseur bien longtemps avant que la réalité représentée n'existe. Les sciences aujourd'hui ont a peine quatre siècles d'existence, mais elles sont bien là. Leur existence était de loin annoncée par les traditions. Les modes de pensée ont eux-même fait l'objet de symboles dans les traditions, ainsi l'une d'elle a mis au point le symbole de la bourka, non pour opprimer les femmes, mais afin de « montrer » aux temps futurs un signe visible signalant l'existence d'une modalité de « voir », spécifique et singulière, celle du « Qui-Fait ». Le symbole en ce sens précède l'événement, et demande que son sens soit élucidé. La bourka, tout comme le voile, appelle à son propre dévoilement. Et le dévoilement, c'est l'explicitation du sens. Il s'agit, aujourd'hui, de retirer le voile qui couvrait les choses : ainsi le sens explicité agit sur le symbole dont l'autorité se dissout à mesure qu'il est dévoilé.

— Et ce serait la mission de l'Occident d'expliquer, d'ouvrir ?

— Libérer le sens de la bourka, … c'est libérer les femmes qui la portent, c'est aussi nous aider, en Occident, dont la vocation est de « dire », expliquer, exégétiser par la parole et l'écrit, par la raison, ce que d'autres donnent à voir au travers de leurs rites et coutumes. Elles deviennent intelligibles à l'instant où une parole libératrice du sens intervient qui retourne le symbole sur sa raison d'être et sur la modélisation lui ayant servi de trame conceptuelle. On en peut déduire que la bourka peut être retirée dès l'instant où son sens est donné. Elle peut tout aussi bien être gardée et portée, par qui le veut : il ne peut y avoir d'obligation, celle-ci se dissolvant dès lors qu'il y a passage en Sod : libération du sens, libération du symbole, libération de celles qui le portent.

— Je serais étonnée que cette délivrance exégétique soit produite par les Ayatolah d'Iran, les imams d'Arabie ou même de France…

— Ils n'ont aucune idée de ce qui surplombe le littéralisme ou le symbolisme de leur religion. La plupart d'ailleurs n'admettent pas qu'il existe un lieu de l'entendement supérieur à celui de leur culte, tant ils ont cristallisé l'état de leur foi, oubliant que les religions sont vouées à se dissoudre au bénéfice de ce qu'elles veulent défendre : la vérité… dont ils veulent qu'elle se conforme à leur autorité. La mise en cause actuelle du port du hijab, voile, ou quel que soit le nom par lequel on désigne le tissu couvrant partiellement ou totalement la femme, signe un moment évolutif important : la fin des temps symboliques. C'est un appel clair à la mise en évidence de ce qui jusqu'alors était caché : le réel devenant entièrement visible et intelligible par la double vue, à la fois celle des sciences et celle de la Connaissance.

 

 

Lire à ce sujet :

La Lecture des Symboles

La Face cachée du Cerveau (le code des archétypes)

 

A paraître bientôt :

Le livre « Inédits 1. », de Dominique Aubier 

Prix indicatif : 47 euros expédition incluse en France)
(expédition CEE/CH : + 8 euros)
248 pages. 
 
MLL / La Bouche du Pel
BP 16
27 240 DAMVILLE
 
Par chèque à l'ordre de MLL

samedi 15 octobre 2022

Décryptage initiatique du voile islamique… Le sens du voile 1/2

L'affaire du voile islamique 1/ 2

ou : « Fais de tes yeux des lanternes… » 

par Dominique Blumenstihl-Roth



Comment ouvrir lucidement le dossier du voile islamique ? Un dossier « empoisonnant » la République qui prône, avec raison, la laïcité et la neutralité au regard des religions. La laïcité est sans doute le meilleur terrain pour réaliser l'explication. « Objet d'embellissement des femmes », disait en France récemment une militante féministe controversée, tandis qu'en Iran où le régime des ayatollahs l'impose en tenue vestimentaire obligatoire, les femmes — et désormais les hommes — protestent et exigent qu'il tombe. Qu'a donc de tellement significatif ce morceau de tissu capable de faire trembler les régimes politiques ?

Le voile islamique cache les cheveux. Parfois le visage. Les maniaques iraniens de la brigade des mœurs les prennent en chasse et gare à la moindre mèche dépassant de sous le voile… Dès lors, qu'est ce que les cheveux féminins et qu'ont-ils de tellement outrageant qu'il faille les dissimuler ? Et qu'est-ce que le voile ? Ce qui était légitime il y a 14 siècles l'est-il encore aujourd'hui ? Il ne s'agit pas ici de critiquer une tradition — le port du voile — mais de l'expliquer, de trouver sa raison d'être, en son temps, et sa raison de n'être plus, de notre temps.


Les cheveux ? C'est un dépôt de kératine en fibre poussant sur la tête dira le scientifique… Ornement de la tête, et pas seulement féminine : le sociologue précisera que les cheveux longs — ou leur absence — peuvent être tout autant signe de virilité selon la culture considérée. Du point de vue initiatique, les cheveux représentent l'émanation du « Qui Fait » organique. Une excroissance du « Qui Fait » subissant dans les traditions le traitement symbolique auquel est assujetti ce secteur de l'évolution, selon le cycle en cause. Ornement que les femmes soignent avec une légitime attention, les cheveux représentent symboliquement les lois du réel dont l'humanité a fait l'expérience. Chaque cheveux témoigne d'une expérience vécue dont l'enseignement a été tiré. La coiffure d'ensemble en est la validation, entourant la tête, comme réceptacle de l'intelligibilité de toutes ces expériences.

L'obligation du voile, dans la tradition musulmane, repose sur la sourate 33, verset 59. Elle consiste, pour la femme, de se recouvrir : symboliquement, cela signifie recouvrir l'exposition des lois d'un tissu, d'un cache, de sorte que la connaissance conceptuelle de ces lois demeure communiquée sous couvert d'un voilement : c'est le rôle même du symbolisme qu'être ce voile sous lequel s'exprime le message qui ne peut se donner en direct. Il se donne par métaphores. Or la pression du temps, l'avancée inéluctable de l'intelligence humaine acquérant des savoirs font que les « choses » ne restent pas immuables et qu'elles en appellent à plus de clarté, plus de lumière. Plus d'explication, et moins de représentation symbolique.


Le haut Moyen-Age percevait toute connaissance en terme de symboles et la restituait en langage métaphorique. Le voile est métaphore. Il suffit de lire les écrits de ce temps pour s'en apercevoir ; tout le Coran est symbole. Tout ce qui s'y écrit, n'en déplaise aux cimenteries du sens littéral, demande son émancipation exégétique dont il faut reconnaître, hélas, qu'elle n'a pas été réalisée à ce jour. Les images symboliques actives dans le Coran restent captives depuis 14 siècles de la perception littérale et selon la tradition wahhabite faisant autorité en Arabie saoudite, « gardienne des lieux sacrés », l'interprétation symbolique en est interdite. Le soufisme a certes tenté une percée pour en délier le codage, s'inspirant très largement des travaux des kabbalistes, cependant ce mouvement, extrêmement généreux qui prospéra en Espagne sous la plume d'Ibn' Arabî (Murcia, Purchena, Alméria) est aujourd'hui encore opprimé et peu connu des communautés contrôlées par des imams essentiellement littéralistes. Des « Révélations de La Mecque » du grand soufi andalou nous ne savons pas grand chose si ce n'est que selon lui, nous vivons dans « le Théâtre de Sa révélation » et qu'il discutait âprement, déjà en son son temps — XIIe siècle — avec les docteurs de la loi, Ulémas, les points de la doctrine si bien qu'un jour l'Ange lui apparut qui lui reprocha de polémiquer avec les imams : « surtout quand ils ont tort », avait précisé l'apparition céleste.


— Pourquoi les femmes doivent-elles porter le voile ? demanda un élève à Ibn' Arabî.
La réponse humoristique du maître est devenue légendaire : « Les femmes musulmanes doivent porter le voile, de sorte que chaque homme ne voyant jamais l'épouse des autres est convaincu d'avoir épousé la plus belle. » Intéressante diplomatie pour la paix des ménages qui semble conforme au texte de la sourate : « dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants de ramener sur elles de grands voiles, elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées… »   

Reste à savoir la raison profonde de cette prescription. « Pour éviter la concupiscence des hommes » m'a-t-on répondu quand j'ai interrogé tel imam ayant influence sur la république des âmes musulmanes. Si cela était vrai, ai-je répondu, ce serait tenir en piètre estime les hommes musulmans : sont-ils si faibles qu'il faille demander aux femmes qu'elles protègent les hommes de leur propre concupiscence qui s'enflammerait à la seule vue d'une mèche de cheveux féminins ? En réalité les prescriptions coraniques ne sont jamais fondées en banalités sociales. Il y a toujours un fondement archétypal qui préside à leur édition.


Ce n'est certainement pas pour préserver les hommes de leurs désirs charnels que les femmes musulmanes étaient appelées à porter le voile. Le voile étant par lui-même un symbole, il ne pouvait se porter que pour se faire observer… par les hommes. Les hommes sont priés de « voir » le voile, symbole porté par les femmes. Dès lors l'injonction « que tes épouses portent le voile » doit s'entendre dans une acception conceptuelle. C'est un symbole qui demande à être porté, remarqué, vu et compris. Ce qui importe dès lors dans l'affaire du voile, ce n'est pas de « cacher » quelque chose, mais de montrer l'objet qui cache. Montrer le voile en tant que tel. Porter le voile revient tout d'abord à le montrer : il demande à être mis en évidence, par l'acte même de s'en couvrir. Si bien qu'un jour — et c'est la fonction de tout symbole — il s'agira de s'en dé-couvrir, le montrer, et en dévoiler… le sens.

Ibn 'Arabî ne s'y est pas trompé, pour qui le voile revêt une fonction symbolique. Il s'en exprime dans son étonnant ouvrage « L'Interprète des ardents désirs », traité initiatique sous forme de poésie, donc sous le voile des métaphores où il glisse un enseignement quasi inaccessible aux esprit de notre temps : O lune dans le rose du crépuscule / colorant ta joue / sous l'effet de la timidité / tu luis en te voilant à nous. Chaque terme revêt un concept, la lune, hémisphère indirect, émet sa lumière crépusculaire (en fin de journée, donc en fin de cycle) sous l'effet de la timidité (le symbole demeure discret et ne se dévoile pas), et pourtant émet sa lumière (mais délivre son message) en se voilant à nous (sous le masque de l'apparence).

 

La résorption des voiles est prévue par le soufisme et cette opération porte un nom : ihtirâq al hujub. C'est exactement ce qu'accomplissent en ce moment les femmes iraniennes, à la fois pour leur liberté personnelle et dans la perspective d'une opération révélatrice plus large qui marque la fin du recouvrement de la vérité par le symbolisme : «  Si de sa face, elle écarte le voile / elle laisse pour toi apparaître une lumière / pareille au soleil levant / qui brille d'un éclat inaltérable… » De sorte que la science des symboles, nommée dans le soufisme ulum al ramz conduit à considérer la fin du symbolisme et donc l'éclat non voilé du vrai. Nous voilà dans « la clarté du jour / et en plein midi, dans la nuit de ta chevelure… » Dévoilement prévu, souhaité, dès le XIIe siècle par l'extraordinaire initié et dont nous voyons se réaliser sous nos yeux la mise en œuvre : « Qu'elle retire son voile ou se découvre le visage / elle fait pâlir les lumières de l'aube la plus éclatante ». La vérité sans voile, directement exprimée surmonte la lumière du début cyclique (l'aube) par son augmentation explicative. Le soufi vit lui-même encore dans l'espace du symbolisme : « Je suis dans un domaine protégé, sous un voile noir qui me cache », mais ce voile ne saurait persister : « Laisse-le donc tomber devant eux ! » Le temps qui fera son œuvre le fera effectivement tomber, et nous comprenons la difficulté des âmes repliées dans le symbolisme face à cette soudaine mise en lumière, réaction que le poète a anticipée.

La réaction des autorités iraniennes à l'endroit des femmes, au lieu d'accompagner le phénomène du dévoilement, répriment ce progrès. Le pouvoir est en panique, incapable de comprendre l'événement. Désarroi que ces lignes écrites il y a 8 siècles décrivent parfaitement : « Elle qui a relevé son voile / dans l'embarras m'a jeté / Beauté et splendeur émanant d'elle / dès ce moment m'ont effrayé… » 

Il aurait fallu que cette révolution du dévoilement s'accompagne d'une explication de son symbolisme, qu'une élite musulmane en éclaircisse le propos. Nous observons certes les indignations des mouvements humanitaires, des responsables politiques sensibles à la cause des femmes. Mais nulle clarification exégétique ne pointe qui donnerait sens à la résorption des voiles.

 

Il n'y a pas qu'en Islam que le voile est symbole. Le rôle du voilement est très nettement mis en scène dans le temple de Jérusalem, tel qu'il est décrit dans la Torah. Le tabernacle sacré conçu selon le plan de Moïse, se situe derrière un rideau qui en interdit l'accès. Le voile existe également dans la religion chrétienne. Lors des messes de Pâques, se réalise l'opération du « dévoilement de la Croix » : le crucifié recouvert du symbole se voit mis à découvert : promesse, par cet acte symbolique du dévoilement, qu'un jour l'exégèse totale et résolutive du mystère sera « exposée » dans sa charnelle nudité au regard de tous. La vérité avance voilée, et l'on en observe les effets sur l'écran où elle projette ses ombres. Nous ne voyons les choses qu'exprimées sous formes de symboles, tout le réel n'est que l'écran sur lequel se déroule un film conçu depuis l'autre côté du réel… Le cinéma en est la métaphore artistique, le voile représente l'écran couvrant le corps du réel… qui demande, plus que jamais, à être vu. Ce voile, une fois expliqué et compris, peut en toute légitimité être enlevé. L'Ange Gabriel le souffle à l'oreille de toutes les femmes d'Iran.

 

Pour enlever ce voile couvrant la réalité, il n'est nul besoin pour cela d'attendre l'acquiescement des officiels de la religiosité. Leur esprit a cimenté une muraille qui se croit éternelle. Chargées de transmettre un message symbolique, les religions se sont coulées sur leur propre autorité, interdisant toute évolution vers les phases plus hautes de l'entendement. Elles en deviennent les geôliers de ce qu'elles croient préserver : c'est elles que Don Quichotte affronte au chapitre de la Barque enchantée, les accusant de détenir dans leur forteresse un chevalier — la Connaissance elle-même — qu'il se fait fort de libérer. Mais ne critiquons pas ces institutions : elles sont ce qu'elles sont et nous ne pouvons leur demander d'être autre chose. Les religions ne peuvent accomplir par elles-mêmes le dévoilement de leurs propres Textes. Il leur faudrait pour cela sortir du territoire symbolique qui est leur fief. Comment pourraient-elle monter sur un promontoire observationnel du haut duquel elles se regarderaient elles-mêmes, s'expliqueraient leur propre existence, si bien que se livrant leur propre raison d'être, elles changeraient de vocation ? Devenant post-symboliques, elles renonceraient à elles-mêmes pour se dissoudre dans ce qu'elles annonçaient. Fin des religions, ouverture des temps messianiques !

 

Inexorable puissance du Temps qui exige le dévoilement des choses, le « dire » devant quitter le territoire de ses premières occurrences. « Le poète doit mourir », disait Shelley, le héros des métaphores doit céder sa place à la moins séductrice mais plus éclairante élucidation. Après le temps réservé à la phase Drach, dirais-je en termes kabbalistiques de la formule PaRDèS, vient l'époque du Sod, la délivrance du secret. Le voile islamique participe de l'épopée en deuxième et troisième niveau d'organisation, appelées Remez et Drash. Il ne peut se survivre à lui-même dès lors que l'énergie abandonne ces niveaux d'entendement pour pénétrer dans la zone réservée au Sod. Après la longue et riche époque des symbolismes qui ont évolué jusqu'à leur maximum de puissance en créant les rituels allégoriques, la tension évolutive culturelle pousse la porte vers l'extérieur : j'allais dire vers l'exhibition du sens. Cela peut en effet choquer la sensibilité attardée dans le maintien des secrets « sous le voile ». L'ex-humation des images et leur ex-position à la lumière ex-plicative peut être ressentie comme une violence, ou une extravagance — voire un délit — par les « fidèles » dévots du littéralisme qui voudraient maintenir la forteresse dans l'épaisseur de leurs murs au mépris des lois évolutives. Il en résulte les attitudes passionnelles et pathétiques de rétrogradation, d'intégrisme — inadmissibles par leur violence, compréhensibles (ce qui ne signifie pas excusables) au titre du retour archigénique, et ne pouvant persister au-delà de la durée du « retour », prévu par le motif d'universalité. Rien ne peut entraver la montée de l'énergie vers le Sod — le secret dévoilé — où s'accomplit la plénitude cyclique.

Le soufi andalou, de loin, annonçait cette victoire du dévoilement : « l'amour l'emporte au point d'ôter tout voile sans vergogne et de divulguer tout secret ». C'est tout le sens que donne à voir le geste des femmes iraniennes qui d'un admirable courage dégagent leur tête, leurs cheveux, montrant leur beauté : c'est celle des femmes — beauté du réel — qui n'a rien à cacher, car le temps du voile est passé. Nous entrons dans les temps de la démonstration libre et ouverte des critères fondant la réalité, destinée à être vus et comprise de tous. Ce sont les temps de l'amour.

 

Suite de cet article : 2eme partie

 

Lire à ce sujet :

Fatimah, la délivrance de l'Islam

La Face cachée du Cerveau (le code des archétypes dévoilé)

Le Secret des secrets (le principe d'universalité dévoilé)

 

+++  Le livre « Inédits 1. » de Dominique Aubier paraîtra bientôt.