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jeudi 23 juillet 2020

Le Secret de Cham, le fils maudit de Noah (Noé) (partie 2). Réparer, restaurer l'édifice humain.

Le Secret de Cham, fils maudit de Noah (Noé). Partie 2/3.
Par Dominique Blumenstihl-Roth
(La première partie de ce texte est ici)

Réparer, restaurer l'édifice humain. 

Cham a fermé le Livre avant qu'il soit écrit, il a asséché l'encre dans l'encrier, interdisant que la quatrième page du livre de l'humanité s'écrive en la personne du 4è enfant de Noah, cette quatrième page — féminine — devait générer la descendance ultra-initiée totalement unie au projet divin de l'Union entre l'Homme et son Créateur.

L'acte de Cham a produit une brèche altérant la conduction de l'Echange entre l'En-haut et l'En-bas. Les humains, à cause de cette violence, n'ont pu trouver la Jérusalem céleste, et son lieu d'insertion sur terre. Il aura fallu attendre qu'Abraham réalise son acte de sortie, découvre enfin le Lieu, que Jacob à son tour, pose la tête sur la pierre d'où il eut la vision de l'Echelle le long de laquelle les anges informateurs montaient et descendaient les échelons — image symbolique de l'Echange rétabli entre l'En-bas et l'En-haut, pour reprendre les expressions zohariques.

Cet échange entre l'En-Bas terrestre et l'En-Haut doit encore être consolidé, sans relâche car les efforts exceptionnels des initiés et des patriarches ont certes ouvert la voie, mais celle-ci ne se renforce que par l'actualisation de nos propres engagements. Elle peut, à tout moment, se rompre à nouveau si une génération abandonne ou renonce. Il est nécessaire de produire, à chaque génération, la réflexion et les actes apportant l'éclaircissement et prise de conscience de l'enjeu.

C'est la raison pour laquelle je soutiens l'actualisation de la Connaissance réalisée par Dominique Aubier qui, sans amoindrir l'enseignement des stades antérieurs de la Tradition, ajoute en précision par les apports et découvertes qu'elle a pu faire, grâce à l'intercession de Don Quichotte et la mise au clair actualisée du Code des archétypes.

Elle a donc pleinement agi sur le cycle civilisateur en le dotant d'un outil nouveau de compréhension grâce à quoi nous pouvons progresser vers une humanité plus complète, n'en déplaise à Cham et autres Amaleq.

Noé fut rendu impuissant par Cham : Noé s'écrit Noun / Het. Nous retrouvons dans son nom la lettre ayant pour valeur 8, rappelant qu'il n'y eut, au moment du crime, que 8 personnes survivantes au Déluge, et que Cham blessa son père détruisant en lui l'homme Noun, tenu sur ses deux piliers (Het) : le cerveau et ses deux hémisphères. Noah devait être l'homme complet, mais l'achèvement est altéré par l'exaction de son troisième fils qui s'est imposé en dernier, alors qu'un quatrième enfant, post-diluvien, était prévu.

Le Noun n'est pas parvenu à former l'homme entier et le Het demeure incertain. Cham a en quelque sorte rogné l'un des piliers du Het pour en refaire un , situé bien en-deçà dans l'édifice en position 5, renvoyant l'énergie en arrière, dans des phases d'antériorité dépassées par le temps mais dont il voulait maintenir la pré-éminence.

Il a fait de Noah (Noun Het 58) un Noah (Noun 55).

C'est une régression qui resurgira au moment du Veau d'or. Quand Moïse revint du Sinaï, il vit le peuple s'adonnant à la régression idolâtrique, niant tous les apports de la délivrance pourtant vécue. Moïse prit la décision immédiate d'écarter les coupables qui auraient renvoyé Israël vers l'esclavage.

La sortie d'Egypte est avant tout une sortie de l'humanité hors de l'obscurité esclavagiste, corrélée au projet divin d'élever l'Homme vers des sommets de conscience. La dégradation humaine du Veau d'Or est à mon sens liée à la résurgence mémorielle de l'acte de Cham : dans les deux cas, l'infraction surgit juste après la salvation, au tout début d'un nouveau cycle. Comme si, chaque fois qu'un cycle se renouvelle, le danger de la rechute se présente, prêt à engloutir qui se croyait sauvé.

De même Amaleq se présente après que les hébreux aient échappé à Pharaon et traversé la Mer, de même Cham se précipite sur Noé, inspiré de la même intention castratrice qu'Amaleq et usant des mêmes procédés sexuels. L'Eternel avait demandé l'extermination d'Amaleq… Moïse mène une lutte sans merci ; Noé, quant à lui, maudit les générations futures de Cham : il les condamne, la malédiction prononcée valant acte. 
La portée de l'acte de Cham :

— Il a blessé la Neschama humaine ;

— Il a bloqué le processus libératoire post-diluvien ;

— Il a empêché l'émergence du Sod en bloquant l'évolution sur un site inaccompli en Niveau3 ;

— Il a empêché l'accomplissement du projet de Noah qui concernait tout l'humanité.

— Il a entravé la transmission, la descente du cycle en Malkhout.


« C'est par la Parole divine que l'univers a émergé à l'existence et il semble légitime d'affirmer que la Création est en premier lieu un phénomène de caractère linguistique » écrit Benjamin Gross dans son introduction à L'âme de la vie, (Hayyim de Volozhyn, page LXVII). « Les lettres de l'Alphabet hébreu sont simultanément l'origine du langage et de l'être… C'est à partir de la lettre même que se dégage la signification des choses, sans que l'on doive recourir à la médiation de l'interprétation allégorique. » Or Cham, troisième fils, occupe, par analogie, la situation de l'allégorie dans le processus du Pardès. Son crime a donc figé le processus mental sur la phase symbolique-allégorique, en n'acceptant pas l'ouverture vers la 4è phase où le langage s'exprime en corrélation directe avec le signifié. En tant que troisième niveau de progression, incarné par les formes interprétatives allégoriques, le Dalet de la formule Pardès ne peut être autre chose qu'un lieu de passage, une porte donnant sur le niveau suivant. Hélas, une porte peut également rester fermée, clore l'espace sur l'acquis, interdire la transmission. Cham a claqué la porte, prétendant rester le dernier fils de la Connaissance, ne tolérant pas qu'il existe un lieu qui puisse le surplomber. La présence du niveau supérieur est confirmée par une autre Tradition prestigieuse : la Baghavad, grand texte de la tradition hindoue, dit au héros Arjuna qu'il existe « un lieu meilleur que le tien », c'est-à-dire qu'au-delà du texte littéral, de son symbolisme dont elle est un chef d'œuvre universel, il existe un lieu de lecture, un niveau « meilleur » qui permettrait de la comprendre du haut d'un belvédère qu'il convient de gravir.

Cham est le négateur de ce niveau : il sait qu'il existe, il en connaît la puissance. C'est pour en interdire l'émergence — l'érection — qu'il castre (ou viole) son père.

Volozhyn écrit : la Torah « constitue par elle-même le lieu privilégié de la signification », c'est-à-dire qu'elle est, à l'instar de la nature,  « la manifestation de Dieu en dehors de lui-même… »  Il a raison. La Torah est le lieu de la signification, à condition que je sache la lire au-delà de l'immédiateté littérale et que j'accepte que la réalité du monde suinte des Lettres données. C'est précisément ce que Cham a décidé de brimer. Mais il est à notre portée de réparer et d'inscrire des paroles nouvelles qui neutralisent les effets du viol et donnent la chance à Yesod de féconder Malkhout.


La psychanalyse a démontré les liens existant entre le sexe et la parole. Le beau film Indien Dil Se (de tout cœur), de Mani Ratnam met en scène cette dialectique où l'on voit un journaliste radio (la parole) tenter de sauver une jeune femme dont la parole et l'esprit ont été altérés par un viol. Cette œuvre cinématographique ne se contente pas de relater une pathologie, mais elle indique le remède pour en venir à bout. Le titre est évocateur, car on voit le héros s'engager de tout son cœur pour libérer la Parole. Ce film participe en ce sens au Tiqoun — à condition que l'on en fasse l'exégèse. Car le commentaire doit être libérateur de ce qui, sans lui, demeurerait figé dans l'image. 
Il convient d'anéantir le basalte dans lequel Cham a vitrifié le processus évolutif en le violant / castrant : l'exégèse est en toute chose obligatoire, le Sod (le secret) ne doit en aucun cas subir le frein qu'une puissance d'antériorité voudrait infliger à sa délivrance.

Ainsi, dans Don Quichotte, la lettre adressée à Dulcinée, certes retardée un instant car écrite provisoirement dans un carnet, sera connue d'elle, et nul ne pourra s'opposer à sa livraison. De même le culte du secret, longtemps pratiqué par les Traditions a-t-il touché à sa fin, et le secret des secrets se donne, n'étant plus assujetti à un ordre de rétention. Le secret ne s'appartient qu'à lui-même, et à nous dès lors que nous le connaissons. Je récuse les postures chamiques qui voudraient oblitérer la délivrance de la Connaissance sous prétexte de secret. Nous sommes en analogie avec la situation post-diluvienne, ou le renouveau est possible, obligatoire, par une nouvelle naissance de la pensée éclairée : le troisième fils appartient au cycle précédent et ne peut légiférer dans le domaine du Sod. Nous en sommes au Messianisme, que diable ! 
Pour ceux qui désirent plonger dans le Texte.

L'expression « Cham père de Canaan » est répétée : double indice (Genèse IX-18 et IX-22) le fait d'être père de Canaan en dit long sur Cham.

Noé, après le Déluge, est « d'abord cultivateur ». Serait-il comme Caïn ? J'entends le mot « D'abord » dans le sens « prioritairement ». Il commence par cultiver et plante une vigne. Il en boit le vin et s'adonne à la boisson. Il ne semble rien faire d'autre de bien intéressant, en tout cas, ce n'est pas indiqué.

«… Ce que son plus jeune fils avait fait… » J'ose risquer une lecture personnelle que je n'ai pas trouvée (pour l'instant) dans les commentaires traditionnels : on est surpris d'apprendre que Cham est le plus jeune fils, donc le troisième de Noé, car lors des énumérations, il est toujours présenté en deuxième position : « Les fils de Noé qui sortirent de l'Arche furent Sem, Cham et Japhet » (Genèse IX-18) ou « voici la descendance des fils de Noé, Sem, Cham et Japhet » (Genèse X-1). Cham est toujours au milieu, entouré de ses frères qui le cernent l'un par la droite, l'autre par la gauche. Il échappe une seule fois à leur surveillance, quand il se rend tout seul dans la tente où dort le père. Laissé à lui même, il commet son acte, ce dont il se vante ensuite auprès de ses frères. Se vante-t-il de leur avoir échappé et d'avoir profité de cet instant pour commettre l'exaction ? La psychiatrie reconnaîtrait sans doute en Cham un dangereux psychopathe ; son état mental n'aura pas été ignoré de Noé et de ses frères qui semblent l'encadrer. Ose-t-on imaginer l'ambiance à bord de l'Arche, sur quoi la Torah reste silencieuse, nous laissant y réfléchir par nous même ? La vie sur un esquif, en compagnie d'un détraqué…

Les frères Japhet et Sem, consternés d'avoir été bernés par Cham, recouvriront ensemble le corps de leur père — sans le regarder.

A son réveil, Noé maudira Cham et vouera sa 4è descendance sous l'autorité de ses frères : donc à la surveillance étroite des descendants de Sem et Japhet devant encadrer Canaan sans lui laisser le moindre espace ouvert afin d'empêcher la répétition du drame.

L'ordre normal du Texte aurait voulu que Cham soit cité en troisième position dans la mesure où il est le troisième fils, le plus jeune. Mais on s'aperçoit que si, au verset X-1 l'ordre indique Sem-Cham-Japhet, le déroulé de leurs générations commence par indiquer d'abord celle de Japhet, puis Cham (toujours au milieu) et enfin Sem. C'est-à-dire que la génération de Sem est considérée comme la dernière, donc la plus jeune, la plus apte à évoluer vers le niveau suivant. C'est donc à elle qu'il incombe de conduire le projet vers le 4è niveau. Tout reposera sur les efforts fournis par la génération de Sem (sémitique) qui devra suppléer à la carence du bourgeon castré.

De Sem descendent plusieurs personnages dont la Torah n'indique que les noms : simples transmetteurs biologiques, jusqu'à ce que survienne Abram dont l'épopée commence avec le chapitre III de Genèse, intitulé « Lekh Lekha ». La saga abrahamique intervient après la castration de Noé ; il recevra ce qui aurait sans doute dû revenir à la descendance quatrième anéantie par Cham. Abram découvre et comprend la révélation de la lettre Hé qui s'ajoute à son nom, lettre par laquelle il devient AbraHam. Ce , n'est à mon sens autre que le Het de Noé redescendu en . A partir de ce Hé, AbraHam reconstruit le projet de l'Alliance, avec son épouse Sarah, recevant elle aussi le dans son nom : leur couple, malgré leur âge avancé sera fertile et pourra engendrer la nouvelle génération, celle des prophètes d'Israël initiés par Isaac. Ils œuvreront à consolider la voie nouvelle, fondée sur le bourgeon sémitique de la Réception et de la Transmission devant être également donnée à la descendance de Japhet — la voix de l'Occident — car c'est ensemble et associés que Sem et Japhet recouvrirent Noé.

PS :

La lecture que j'ai faite de la lettre Het altérée par Cham sur la personne (Noun) de Noé n'apparaît pas dans les textes talmudiques que j'ai consultés. Quelque kabbaliste en aurait traité ? Il est impossible que Rachi, le plus grand des commentaristes bibliques ne l'ai pas remarqué ni que le Maharal de Prague ne s'en soit pas aperçu. Simplement, tous deux étaient soumis à la règle du silence sur certains points, aussi longtemps que le partenaire d'en-face ne suscitait pas l'ouverture. Le temps des secrets est révolu, et n'étant point tenu comme le furent ces grands maîtres par la doctrine de la dissimulation, il m'est permis d'exposer ce qui jusque-là était recouvert du voile. Je ne brise en cela aucun interdit, bien au contraire, je participe en cela au « tiqoun » de la réparation en apportant ma contribution à l'exégèse nécessaire du monde. Ma démarche est clairement post-talmudique. Post-kabbalique. Quichottienne, certainement, ouvrant sur l'apport exégétique du Sod, en droite ligne de la démarche de mon Maître.

Qu'Abraham soit le grand héros du Hé est une chose bien connue de la tradition, mais il est moins connu (et admis) qu'il puisse s'agir du (5) issu de la rétrogradation imposée à Noé en qui le Het (8) fut castré-coupé pour redescendre en Hé. Le redépart abrahamique redonne vigueur — une sur-vigueur à la quatrième branche du Schin (le Schin des Téfilins à 4 branches) dont on voit, dans son graphisme, qu'elle est un surgeon issu de la troisième branche et non pas du socle commun (Noé). La 4è branche du Schin a été coupée de son socle, elle naît alors en suppléance greffée sur la troisième : Sem, dans ce cycle, est la troisième branche, et par substitution à l'enfant non-né, il accomplit aussi le travail de la quatrième branche. Cela se concrétise par l'engagement des générations issues d'Abraham et Sarah qui reconstruisent, à partir du Hé, l'édifice sur ses piliers gauche et droite (le Het de Noah restitué) dont naîtra Isaac. Son rire effacera le ricanement de Cham.

Etant un disciple du Maître-exégète qui a actualisé la Connaissance au maximum des possibilités actuelles, je me situe sur cette quatrième branche du Schin sur laquelle doit fleurir l'humanité conformément au plan initial. J'invite les Lecteurs à cette avancée en 4è niveau. On appelle cela « les temps messianiques »…

La suite de cette étude pour entrer au cœur du Texte :
3è partie de l'étude le Secret de Cham, le fils maudit de Noah.

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Tous les films 

dimanche 12 juillet 2020

Le Secret Cham, le fils maudit de Noah (Noé). (partie 1)

Le Secret de Cham, fils maudit de Noah (Noé). (partie 1/3)
Par Dominique Blumenstihl-Roth

Une amie lectrice m'a demandé comment je comprenais ce passage très troublant de Genèse : l'histoire de Noé et plus singulièrement l'épisode de son fils Cham (dans Genèse IX). A (re)lire avant d'aller plus loin.

Question :

En raison de l'acte commis par Cham, ne vivons-nous pas dans un cycle estropié, bien qu'il ait été réparé par Abraham, et Moïse ?

Réponse :

Cham a en effet imposé le refus de l'Histoire, la négation du Temps, le non-être du temps prévu. Je cite à ce propos la phrase de Franz Rosenzweig : « ce qui se produit ne se produit pas dans le temps, c'est le temps lui-même qui se produit ». C'est le sauvetage de l'humanité, l'espoir du quatrième fils — ou fille — issu(e) de Noé, conçue par le temps, que Cham a neutralisé.

Question : à cause de Cham, quelque chose s'est arrêté. Cela peut-il être réparé ?

Réponse :

Le crime de Cham a eu des répercutions sur le développement de l'humanité. Une blessure a été infligée et la perte qui en découle ne pourra jamais être entièrement compensée. Mais il y a eu, par la descendance de Sem, des êtres qui ont agit en suppléance du préjudice causé par Cham. Il y a eu Abraham, Moïse, Aqiba… Le quatrième enfant qui aurait dû naître après le déluge (car les trois fils de Noé sont nés avant) n'a pas vu le jour à cause du méfait de Cham sur son père. Le nouveau cycle partant d'une naissance dans le nouveau monde ne s'est pas fait. Il a fallu suppléer à cette absence, et cela s'est opéré par Sem, dont est issu Abraham.

Question :

Les initiés ont conçu un enseignement qui reste trop réservé à une élite alors qu'il être à la portée de tous. La vérité est-elle devenue inaccessible à cause du gouffre chamique ?

Réponse :

La Connaissance est là, comme outil d'intellection du monde. Elle est réservée à l'élite du cœur qui se donne les moyens de l'acquérir, c'est-à-dire qu'elle est disponible à tous.

Question :

En somme, il suffit de lire les textes, s'inscrire dans la tradition ?

Réponse :

J'ignore s'il suffit, aujourd'hui, de « caresser » un texte ou une situation, comme disait Emmanuel Lévinas, pour les faire parler. Le texte se dérobe ; il se réfugie dans ses secrets, dans son Sod, alors que nous l'approchons par les sentiers battus des niveaux antérieurs. C'est le piège dans lequel tombent d'honnêtes chercheurs qui, effleurant le symbolisme, sans en ouvrir les images par le code adéquat, s'illusionnent d'atteindre à l'explication quand il expose une image, une peinture, une représentation, une allégorie devant laquelle le public s'étreint d'émotion. C'est la mode de notre époque que produire des œuvres symboliques pseudo-explicatives, appelant à l'exégèse qui ne vient jamais. Ce sont symptomatiquement des blocages en Niveau 3 sur les 4 que compte la formule PaRDes. Ce blocage est dû à l'antécédent chamique ayant posé un obstacle puissant sur le passage naturel qui devait s'opérer vers le Sod. Cham a figé l'évolution sur le 3. L'absence du 4ème enfant reste un traumatisme. Je pense que cela aurait été une fille. Nous en sommes toujours à devoir surmonter l'obstruction.

Question : Pourquoi une fille ?

Réponse : Je pense que l'enfant naissant en 4è position n'aurait pas fait partie de la continuité antérieure faite uniquement des 3 garçons Sem, Cham et Japhet (Genèse X-1). Le 4è niveau est résolutif, il apporte l'explication et pose concrètement le sens. Le 4è niveau enfante le sens. Par analogie, c'est un travail de femme, au sens de la parturition. Tout comme le messianisme. C'est absolument une affaire féminine que mettre au monde la mise au clair et la grande explication. Le rejet de cette dimension féminine de l'avenir explique à mon sens l'extraordinaire violence faite au femmes et les féminicides. C'est devenu le symptôme d'un comportement typiquement chamique qu'interdire l'émergence de la Délivrance. 
 
Question :

L'épisode de Cham dans Genèse mérite une explication. Quelle en serait votre lecture ?

Réponse :

Mon Maître était une femme. Je reprends ici ce qu'elle m'a expliqué. Cham entrave la civilisation, il obère l'existence même du Livre puisqu'il écrase le potentiel existentiel du Sod en maintenant la génération en-deçà de toute libération. Cham est le troisième fils, en cela il est le symbole de l'acte qu'il commet : il est le symbolisme figé refusant la délivrance qui le surplombe. Figé dans l'autorité de sa situation de Niveau 3, il assassine le futur et s'impose en agent terminal d'une opération qu'il a lui-même interrompue. La manœuvre est abjecte, qui finit par l'imposture en lieu et place de l'exégèse : il gélifie la pensée en position 3 (Remez), prohibant la délivrance en Niveau 4 (Sod). Ce qui est criminel, c'est la stagnation qu'il impose.

En cela, l'obscénité chamique répond de celle des factions idolâtres ayant bloqué le temps et qui se réfugient dans les stations des entendements passés qu'elles croient définitives alors que le futur appelle à une délivrance complète du Secret.

Cham a très clairement interrompu l'influx en lui interdisant de se déverser sur la future génération. Vous m'avez demandé si cela était réparable. Hayyim Volozhyn enseigne que « L'espèce humaine, par son comportement, ouvre ou ferme, libère ou arrête l'influx spirituel qui circule à travers les mondes… Tout dépend du degré d'importance du monde supérieur touché » explique-t-il, parlant de la gravité des actes actes humains commis. Car nos actes produisent non seulement des effets ici-bas, mais touchent l'original dispensateur de l'influx divin.

Question :

Comment réunifier ce qui a été disloqué ? Comment éveiller l'épanchement de l'influx meurtri ? Comment renforcer l'association entre Dieu et le monde : quel acte produire afin de rétablir au mieux l'Alliance dans son intégrité ?

Réponse :

Dieu, rappelle Rabbi Volozhyn, a besoin de l'action humaine pour maintenir le monde. Il a besoin de nous. Il convient donc d'accomplir l'acte collectif — ou les actes individuels — par lesquels le char d'Ezékiel retrouve son intégrité. Par lesquels le flux séphirotique puisse arroser nos êtres. Ce fut, sans aucun doute, dans cette intention que Don Quichotte entreprit ses intrépides aventures dans le monde, exemplaires combats dans le but de réparer les outrages subis par Dulcinée, image de la Schékinah transposée sous forme romanesque par Cervantès. La kabbale estime qu'aucune faute ne peut détacher définitivement l'Homme de sa racine, et qu'il existe, même au comble de l'horreur commise, la possibilité de réparer ses fautes : si ce n'est le bourreau lui-même, englouti par son erreur comme le fut Korah dans Genèse, l'erreur peut être corrigée par d'autres hommes — et femmes — ayant saisi et compris la portée de l'effraction. L'une des vocations du judaïsme consiste dès lors à recouvrir l'outrage, reconstituer le corps blessé : mettre à l'abri le corps violé de Noé. C'est ce que fit Sem, au côté de Jephté, les deux fils du patriarche se rendirent dans la tente à reculons pour ne pas voir le corps meurtri du père et le recouvrirent d'une couverture sans se retourner (Genèse IX, 23).

« On ne saurait évoquer la pensée juive sans avoir à l'esprit cet engagement qui la motive de produire le rétablissement de l'intégrité séphirotique du corps humain si gravement déchiqueté par Cham » me disait Dominique Aubier. L'attaque a porté sur le corps de Noé, son corps physique représentant toute l'humanité dont il était le nouveau fondateur. Il fut blessé à l'endroit du sexe, c'est-à-dire la Séphira Yesod, « le Fondement » (Yod / Samekh / Vav / Dalet) la neuvième séphira, se situant dans la colonne centrale, liée à la couronne Kether, par l'intermédiaire de Tiphéret. Yesod draine directement à la résolution terminale de Malkhout. (Voir la série des films sur les séphirot).
Yesod, selon le Zohar, « amasse en elle toute la substance des séphiroth, elle ne la répand pas au dehors car elle est mère, c'est-à-dire principe passif. Pour réaliser toutes les Séphiroth, dans l'univers sensible, il faut une dernière Séphira, Malkhout, la "Royauté" . Par elle seule, le En Sof devient roi… »

Le Fondement (Yesod) est ce par quoi les Séphiroth agissent sur le monde. Cham a meurtri ce lieu et a fortement agi sur l'orientation du monde. C'est donc la descente vers Malkhout qui a été oblitérée par Cham. Un crime majeur qui interfère sur le fluidité de la circulation séphirotique dans le monde, dans tous les cycles humains.

Quels que soient les « correcteurs » qui sont intervenus après le forfait de Cham, il demeure une nodosité, une occlusion en sens médical du terme qui empêche le transit normal de l'énergie dans la descente séphirotique ; les thérapeutes le savent bien quand ils observent sur le corps les blocages de l'énergie, causes de tant de pathologies. C'est que nos unités corporelles, nos pensées, nos vies, la vérité du monde ont partie liée, étant dirigées par la même loi. Cham a porté une mortelle fêlure dans l'édifice de l'humanité, elle doit être identifiée, diagnostiquée, et réparée continuellement. La Torah indique comment recouvrer l'intégrité de la structure outragée, par la conduction rénovée de l'énergie sur une troisième voie suppléante qui fera office également de la quatrième. C'est la fonction de Sem, fondateur de la lignée… sémitique.
La suite sur le secret de Cham, fils maudit de Noah (partie 2/3) : Restaurer l'édifice de l'humanité…
3/3 : Noah et Cham : Au cœur des Lettres
(P.S. Cette étude sur le secret de Cham sera publiée dans un livre en cours de rédaction. Les textes édités sur ce blog sont soumis au ©. En cas de citation, il est juste, éthique et moral d'indiquer loyalement les sources.)

Le secret des Séphiroth.
Les livres de mon Maître.

lundi 29 juin 2020

La 23è Lettre de l'Alphabet hébreu.

La 23è Lettre de l'Alphabet hébreu.

Le grand savant Gershom Scholem (1897-1982), expert des textes hébreux, a exploré de très nombreux documents inédits. Tout au long de sa vie, il a favorisé l'émergence d'innombrables documents qui, sans lui, seraient restés à jamais perdus ou égarés, disséminés dans des bibliothèques sans que jamais personne ne les identifie.
 
Dans un de ses écrits, il cite le Sefer Ha Témounah, superbe grimoire kabbalistique du XIIè siècle dont il a pu reconstituer des extraits et pratiquement recomposer l'intégralité. Dans un passage passionnant et énigmatique, il parle de la 23è Lettre de l'Alphabet hébreu, que l'auteur du Séfer Ha Témounah a évoquée : « il est écrit que la Torah sera une (et renfermera) une lettre actuellement manquante. Il se peut (poursuit le chercheur) que la lettre manquante soit le Schin déficient par rapport au Schin à quatre branches. Mais on peut aussi penser que la Torah renferme une lettre supplémentaire… »
Se pose alors la question : où se trouverait cette lettre ? Si la Torah la contient, pourquoi Scholem ne l'a-t-il pas cherchée ? A moins qu'il l'ait trouvée et préfère rester silencieux à son sujet ?
« En tant que dévoilement des formes extérieures et des principes de création, l'Alphabet comporterait en réalité 23 lettres. L'accès à l'une d'elles demeure obstrué. La lettre reste inaccessible dans notre cycle qui ne connaît que les 22 lettres de la Torah, mais elle se dévoilera dans le cycle de Rahamim. C'est ainsi qu'est expliqué le verset "Dévoile mes yeux et je contemplerai les merveilles de la Torah" (Psaumes 119-18) ».

Cette précision de Scholem renvoie à la notion de cycle : ce qui empêche le dévoilement de la lettre inconnue, c'est le cycle lui-même qui n'y est pas favorable. Et cependant, la libération de la lettre est prévue qui consiste en un dévoilement des yeux. Un dessillement du regard. Qui réalisera cette performance de voir cette lettre, de l'identifier ? D'en expliquer le rôle et la fonction ? D'en partager la trouvaille ?
« Car en effet, s'il manque réellement une lettre dans la Torah que nous lisons — lettre qui ne nous a été révélée qu'en partie — alors tout peut changer. Il est très audacieux de supposer que la Torah, telle qu'elle se dévoilera dans les cycles suivants sera totalement différente de celle que nous connaissons. L'hypothèse de l'occultation de la 23è lettre milite en faveur d'une conception relativiste de la Torah poussée à l'extrême… » poursuit Gershom Scholem.
L'approche de cette 23è lettre que propose Scholem tient en une seule page,
tirée d'une polycopie d'un cours qu'il donna à l'université hébraïque de Jérusalem en 1964. Elle figure dans un livre de récapitulation publié en 2019 (La cabale du Livre de l'image et d'Abraham Abulafia, éd. de l'Eclat p. 67). On s'étonne que ces leçons sur l'histoire de la kabbale n'aient été portées au public français qu'après 55 ans d'occultation ou d'inhibition éditoriale…

Pour ce qui me concerne, je ne conçois pas une vision relativiste de la Torah mais évolutive, c'est-à-dire qu'elle est à mon sens pleinement écrite dans sa perfection et confie à notre intelligence la capacité de déceler de nouveaux secrets. A nous d'être évolutifs devant les énigmes de la Torah qu'il nous appartient d'ouvrir. Car cette 23è lettre est bien une énigme. Elle n'est point absente de la Torah, elle s'y trouve, mais elle exige qu'un œil particulièrement attentif la remarque et la fasse parler. Scholem l'a-t-il vue ? Il en parle en terme d'espoir des temps futurs qui en verraient le dévoilement sans pour autant s'en charger lui-même. Cette 23è lettre, le savant en signale l'énigme sans la résoudre et sans y engager sa puissance intellectuelle. Il reste sur le seuil de l'aventure, n'osant ou ne pouvant y pénétrer.
Peu (ou pas) informée de l'existence de cette lettre, la communauté juive est restée comme interdite devant cette mise au clair demandée par Scholem. Son espérance avait des accents douloureux : « Ce qui se trouve dans les blancs du manuscrit de la Torah se révélera, dans le "futur-à-venir", des lettres encore non dévoilée apparaîtront au grand jour. » Cette attente allait-elle demeurer sans réponse, perpétuellement renvoyée à un temps futur qui ne cesse de se repousser dans le temps ?

L'espérance du grand chercheur a fort heureusement obtenu satisfaction. En effet, s'appuyant sur le Séfer HaTémouna et Don Quichotte qui mentionne cette lettre formellement, la kabbaliste Dominique Aubier a conçu, en 2005, une étude considérable touchant au secret de la 23è lettre de l'Alphabet hébreu. Elle situe cette lettre au cœur d'un verset de la Torah, au chapitre des Juges où elle se cache, tout en se faisant voir ostensiblement depuis des millénaires. Elle se situe au cœur d'une phrase sur laquelle l'œil glisse sans jamais la relever.

Le titre de son ouvrage est sans ambiguïté : « La 23è Lettre de l'Alphabet hébreu ». La mise au clair, l'identification de cette lettre, la publication de son nom, l'explication de son sens forment l'essentiel de cette magnifique étude s'imposant aussi bien par sa rigueur intellectuelle que par la générosité du propos. Assurément, ce dévoilement ouvre un cycle nouveau, et le futur-à-venir, marqué par l'ouverture de cette lettre, est déjà là.

Cet ouvrage compose à mon sens, d'une part un tikoun (réparation) puissant, s'agissant d'œuvrer à la délivrance de la lettre occultée, et d'autre part un superbe hidouch par la force que dégage la découverte ouvrant ainsi la porte du Temps.

Un ouvrage superbe, ardu et brillant. La haute classe d'une pensée exégétique. Un ouvrage attendu.

La 23è Lettre de l'Alphabet hébreu
Par Dominique Aubier

417 pages.

dimanche 28 juin 2020

Jacob et Esaü. Les frères ennemis. Etude de la dualité structurelle.

Par Dominique Blumenstihl-Roth

J'ai reçu beaucoup de courriers sur le sujet « Esav et Jacob ». La question a été très bien étudiée par Dominique Aubier, dans son livre "La 23ième Lettre de l'Alphabet hébreu." En voici un extrait.

Les jumeaux Jacob et Esaü représentent la formation d'une structure en deux hémisphères. Deux forces contraires. Ils se battaient dans le ventre de leur mère. Cette gémellité combative correspond-elle au stade du deuxième jour de la fécondation, quand l'ovocyte se complexifie en deux cellules et deux globules polaires diamétralement opposés ? Situation présomptive de la dualité cérébrale qui sera le propre plus tard de l'individu. Est-ce pour ne pas contrarier le savoir objectif que l'Eternel (YHVH) se hâte de lire l'avenir dans l'instinct qui fait les deux fœtus s'entre-pousser dans le sein de Rebecca? Un avertissement divin spécifie que deux nations se préparent à naître, dont le peuple de l'un sera plus puissant que celui de l'autre. L'aîné obéirait au plus jeune.

1. Selon quel critère déterminer le fait d'être l'aîné ou le puîné ?
Par rapport à la conception ou la naissance ? S'agissant de jumeaux qui ne sont pas monozygotes, l'appréciation n'est pas la même selon que l'on se fie à l'ordre de leur engendrement ou celui de leur venue au monde. Selon les apparences, le plus jeune — de quelques minutes — était Jacob dont la main tenait le talon de son frère. De ce point de vue, Esaü étant sorti le premier, c'est le peuple issu de Jacob qui dominera sur celui né d'Esaü. Sous ce rapport, le droit d'aînesse est à l'un — Esaü — et l'autorité à l'autre : Jacob. Faudrait-il que les deux soient réunis dans la même personne ? Et considérer que, du point de vue de l'ovulation, la cellule appelée à devenir l'embryon Jacob a été pénétrée la première par le spermatozoïde paternel ? Une autre cellule germinale effectuera sa nidation séparée, dans son propre placenta, à moins qu'il y ait nidation commune pour les dizygotes dans la fusion des placentas. Pour se combattre, il fallait que les deux fœtus soient en vis-à-vis assez proche, ce qui est probable du strict point de vue de la représentation cérébrale où les deux hémisphères sont l'un contre l'autre, séparés par la ligne médiane. Le sens de l'unité était un critère suffisant pour que les initiés misent sur la nidation commune de deux boutons embryonnaires différents. Le premier-né peut n'être que le second du point de vue de l'engendrement. Comment en décider ? Pour le raisonnement initiatique, c'est assez simple. L'élan constructeur du cycle étant motivé par une finalité spirituelle, c'est forcément celui qui a le sens de l'esprit plus que de la matière qui devra être considéré comme l'aîné. Selon cette option, l'aîné c'est Jacob. Il semble bien qu'un débat de ce genre ait été tenu par les initiés au fil du temps, car c'est opinion admise par la tradition. Quant au fait d'avoir à obtenir la bénédiction qui en sanctifierait le signe, c'aurait été un souci pour Jacob comme pour sa mère Rebecca. Isaac n'était pas prédisposé à favoriser Jacob contre son préféré Esaü.

2. Le droit d'aînesse contre un plat de lentilles.
Genèse 25, versets 29 à 34, raconte en vingt-deux lignes en hébreu, trente-deux en français, comment Esaü revient des champs, fatigué et affamé, un jour que Jacob faisait cuire un potage. Il dit à son frère jumeau, « laisse-moi avaler, je te prie, de ce rouge, de ce met rouge ». Avaler est une fonction de la bouche et indique la chute ressentie sur la gauche du corps quand on boit ou mange. C'est l'endroit de la bonne descente chez un buveur invétéré. Pressé par la faim, Esaü mentionne la couleur du plat qu'il a envie de manger, sans y regarder de près. Rouge. Adom en hébreu. Cette référence visuelle à la couleur a beaucoup de sens. Elle dénonce le génie personnel d'Esaü puisque c'est de là qu'il a été surnommé Edom (Alef, Dalet, Vav, Mem). Toutefois, le mot rouge quand il désigne la couleur ne comporte pas de Vav. Il en obtient un quand il devient le surnom d'Esaü. On peut comprendre qu'une mesure évolutive complète s'adresse à l'icône de celui qui a faim et veut rapidement avaler. Le nom de Jacob ne comporte pas de Vav dans la même circonstance. L'épisode est remarquable en ce qu'au désir de manger d'Esaü, une fonction de la bouche étant de déglutir, Jacob met une condition qui relève du second pouvoir de la bouche, celui de parler : «Vends-moi d'abord ton droit d'aînesse ». Un marché de dupes, pense aussitôt le rouquin, le velu. Il consent sous serment à vendre son droit d'aînesse contre un plat cuisiné. L'alternative est claire : manger, parler. Les deux fonctions de la cavité buccale sont évoquées dans le jumelage qu'elles représentent aussi dans les tendances des deux jumeaux. L'affaire relative à cette double fonction se corse et prend une consistance supérieure à cause du droit d'aînesse qui, en l'occurrence, concerne le pouvoir de parler, attribut patriarcal d'Isaac. Aspect des choses auquel Esaü ne prête aucune attention. En revanche, c'est tout ce qui intéresse Jacob. Pour lui, les lentilles ont un sens. Adachim. Ayin, Dalet, Schin, Yod, Mem final. Il a pris note de l'information et cuisait le potage avec des nobles pensées en tête. Il observe qu'Esaü ne prononce pas le mot de lentilles mais celui de rouge. Il n'a donc pas évalué le sens de la circonstance. Jacob en déduit que son frère n'est pas au fait du symbole qu'ils sont en train de vivre. Or, le sens en est magistral. La vue mentale (Ayin) distingue la porte (Dalet) par laquelle le Verbe (Schin) va opérer sa sortie et devenir (Yod) l'énergie de l'universalisation (Mem final). Jacob, lui, connaît cette signification. Il était précisément en train d'y réfléchir tout en tournant ses lentilles dans leur jus de cuisson. Il sait donc que le sort, en cet instant, va choisir celui qui sera la porte. Son frère ou lui. Cette hypothèse lui insuffle l'idée d'acheter le droit d'aînesse en contrepartie du rouge qui n'est pas le nom du plat de lentilles dont la formule est souveraine au regard du projet divin.
Faut-il songer à la double fonction de la bouche : manger, parler ? Elle serait le lieu épigénétique d'un tout ou rien. Lorsque les hominidés sont devenus bipèdes, des modifications morphologiques sont intervenues. Le tractus supra-laryngé s'est formé, une des principales bases anatomiques de la parole. Pour que les gourmands ou gourmets que nous sommes ne s'étouffent pas en mangeant, il faut que leur épiglotte se ferme au moment de la déglutition : nous ne pouvons pas articuler des sons tout en avalant sans risquer la mort. Le mentor qui a dicté l'histoire biblique des Patriarches a-t-il estimé nécessaire de le faire savoir ? Le fait qu'Esaü le chasseur cuise de bons ragoûts pour son père n'est pas étranger aux joies de la bouche. Il n'y a rien d'impertinent en soi pour un homme qu'être sensible à tout ce qui passe par son palais. Au contraire. Il est attentif au goût des choses. Est-ce le thème du tractus ou chambre supra-laryngée qui descend avec le larynx, parallèlement au développement des cordes vocales qui demande ici à être considéré ? La dialectique manger-parler, sous l'aspect que lui confère son positionnement physiologique dans l'élaboration du corps humain, est-elle mise en évidence?

3. Rebecca préfère Jacob.
… tandis que le père a une prédilection pour Esaü qui lui met du gibier dans la bouche. Les deux fonctions de la bouche se trouvent donc évoquées au plan des préférences parentales. On ne saurait douter qu'il s'agisse de la bouche en tant qu'organe physique car l'hébreu du texte est formel : Ci-tzahid be-Pif. Le chasseur met du bon gibier dans les papilles du vieux papa. C'est donc à la maman en ce qu'elle est nouricière de se gourmander contre une inversion qui s'est produite dans le couple : le père cède à l'importance du gustatif, la mère se voit alors investie de l'obligation de réparer l'équilibre. Comme si, à ce moment-là de leur vie à quatre, se posait le problème de respecter les deux fonctions de la bouche, tandis que leur projection symbolique se croisent, n'étant pas équilibrées de la même façon pour les deux générations.
Rebecca a-t-elle consulté son nom ? Sait-elle comment il s'écrirait en hébreu ? Ou sa phonétique suffit-elle à l'alerter ? Son nom dit qu'elle est celle qui attache. Comprend-elle qu'il est de sa mission d'attacher la connaissance du Verbe au droit d'aînesse, de le lier à celui des jumeaux qui a le sens de la parole et qui est réellement l'aîné au plan conceptuel ? Reisch, Beth, Qof, Hé. L'orthographe de son nom indique le type de pensée qui l'anime. Elle est en face d'une situation — la sienne, celle de sa personne, destin collé à son nom — où le Reisch précède le Beth, où le Qof se plante avant le Hé. Dans l'ordre de la conception créatrice, si le Beth, cerveau caché, mou du monde, précède le Reisch, c'est fautivement. En outre, dans l'ordre alphabétique, la dualité déclarée par le Hé s'arrête avant que surgisse le Qof. Eth-Ribquah se rend-elle compte qu'elle est une entité où les prééminences naturelles s'entrecroisent ? Voit-elle l'image de sa mission prédestinée dans ce qui se passe dans sa famille ? C'est là que les valeurs de la bouche se croisent à l'envers.

4. Où l'on retrouve Don Quichotte
Cervantès a dû réfléchir à cette situation. Si l'on parle en mangeant, on s'étouffe, à moins que la bonne éducation ait enseigné à mastiquer avec la gauche de la bouche de manière à laisser sa droite libre pour la parole. Sancho, lui, mâchait avec les deux côtés. Don Quichotte voyait là un signe de sa rusticité. La courtoisie commence à table et la connaissance aussi. Une métaphore consacrée dit que la table c'est l'autel ! Il faut donc considérer ce que l'organisme humain présente de singulier par sa manière d'utiliser la bouche. Séparer la droite de la gauche.
Vieille consigne si l'on se fie à Genèse 25. Rebecca a-t-elle pris sur elle le droit d'aider Jacob à s'emparer non pas du droit d'aînesse — il l'a acheté — , mais de la bénédiction qui l'octroie ? Le conseil qu'elle lui donne n'est pas correct du point de vue de l'éthique familiale. La mère inspire à son fils une action qui consiste à berner son mari. Isaac en l'occurrence, étant ce qu'il est, signe de l'insertion de l'aire du langage dans le cycle en formation, la conduite de Rebecca équivaudrait à défier les forces du Verbe, si elles ne s'étaient pas inversées. Elle ne commet aucune faute contre l'ordre systémique en voulant déjouer une prise de parti infondée. Mais abuser d'un vieillard devenu aveugle ! Isaac avait soixante ans quand les jumeaux sont nés. Durant des décades son épouse est restée inféconde. Il a vingt ans de plus quand Jacob, sur les directives de sa mère, lui arrache sa bénédiction… Une bénédiction dont Esaü recevra, lui aussi, sa part.


Explications plus complètes dans ces livres :
La 23ième Lettre de l'Alphabet hébreu
Don Quichotte prophète d'Israël
Le Pouvoir de la Rose (explication de Rouah, Nefesch, Neshama).

 

 

 

 

 

 

Dil Se. Un grand film initiatique, de Mani Ratnam.


Plusieurs Lecteurs de ce Blog se sont demandé pourquoi soudain je parlais du Cinéma Indien, alors que mes articles touchaient normalement les thèmes initiatiques, ciblés sur la tradition biblique.
Tout simplement parce que le Cinéma Indien a produit une série d'œuvres remarquables où les critères les plus subtils de la Connaissance sont magistralement mis en scène. Ces films sont les supports de messages initiatiques codés. Le cinéma indien des grands réalisateurs ne laisse rien au hasard : tout comme dans la vie, une logique se met en œuvre, qui ne demande qu'à être comprise afin de nous enseigner pour que nous puissions nous-mêmes agir au mieux dans nos propres existences. Ces films exposent les lois archétypales régissant le réel, nos vies. Aujourd'hui, je présente le film Dil Se. Il pose la cruciale notion des âmes-soeurs, un concept métaphysique que la kabbale hébraïque connaît. Performance magnifique que mettre en scène l'amour absolu, jusqu'à l'Union apothéotique où les âmes se rendent à l'absolu. Un grand film.
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Dil Se (de tout cœur)

Film de Mani Ratnam, avec Sha Rukh Khan, Manisha Koïrala, Preity Zinta. Musique de A.R. Rahman, lyrics de Gulzar.


Résumé :

À l’occasion du 50ième anniversaire de l’Indépendance de l’Inde, la radio nationale indienne charge le journaliste Amarkant Varma de produire une série de reportages dans le Nord du pays. Pendant son voyage, sous la tempête, sur un quai de gare, il rencontre Megha. Sur la seule rencontre des regards, le coup de foudre est immédiat. Mais chacun emprunte un train différent.

Hasard ou ordonnance de la vie, les deux jeunes gens se retrouvent dans une ville près de la frontière népalaise. Megha feint d’ignorer le journaliste qui cherche à s’immiscer dans sa vie. Qui est Megha ? Une jeune femme en apparence sans histoire, vivant avec sa famille dans un modeste village de montage. Amar persiste : il cherche à revoir celle dont il pressent qu’elle est son âme-sœur. Il retrouve sa trace et se rend dans le village de la jeune fille. Un lourd secret pèse sur sa vie : son village est le centre opérationnel d’un groupe d’indépendantistes résolus à perpétrer des attentats terroristes. Elle-même participe à la mouvance et s’implique dans un groupe d’actions. Sans rien dévoiler de ses compromissions, elle rejette l’amour que lui voue le journaliste et disparaît.

Tout en demeurant lié à cet amour perdu, Amar retourne à Delhi et se résout à épouser Zinta. Le jour de leur mariage approche quand soudain Megha resurgit. Conditionnée par le chef du groupe terroriste, elle est chargée de commettre un attentat-suicide au cœur de la capitale. Elle utilise Amar comme couverture, obtient de lui une carte de presse lui permettant de s’approcher des tribunes officielles lors de la grande parade de l’indépendance. Le voile tombe. Megha se révèle être une kamikaze prête à mourir en martyr pour la cause révolutionnaire. Cependant, l’amour que lui voue Amar s’interpose.

Le journaliste luttera seul contre le clan terroriste, puis, se tournant vers celle qu’il aime, obtient d’elle des aveux. Elle lui dévoile sa véritable identité, son passé, son inextricable douleur de femme violée. Amar, en homme de parole, réaffirme la puissance de son amour, et par la seule pureté de ses sentiments, parvient à neutraliser la haine qui habite le cœur de la jeune femme. La violence, la rancœur cèdent devant la ténacité du sentiment. L’amour non seulement résout le problème personnel de la jeune femme, mais vainc et soumet la terroriste. La bombe qu’elle devait faire exploser est détournée de son objectif assassin. L’union des deux cœurs est enfin possible après l’acte de reddition. La sublimation du sentiment amoureux provoque la fusion des deux êtres dans un anéantissement du moi et dans l’abandon à l’absolu.



Analyse

C’est avec courage que le cinéma indien aborde ici l’histoire récente de son indépendance. À quel prix se réalise l’unité d’un pays ? Combien de souffrances versées, combien de vies sacrifiées sur l’autel de cet objectif politique ? C’est sur l’arrière-plan des luttes d’indépendance des tribus du Nord de l’Inde que se déroule cette magnifique histoire d’amour de deux êtres, deux âmes-sœurs unies dans l’absolu, mais déchirées par les contextes sociaux – culturels et politiques.

Le terrorisme est en toile de fond de l’intrigue. Qui est Megha ? Une dangereuse activiste, résolue à commettre les crimes les plus sordides pour venger son peuple et sa famille. Embrigadée par des doctrinalistes de la violence, des rhétoriciens de la révolution sanguinaire, elle s’offre en martyr pour une cause qu’elle croit noble. Mais comment un attentat peut-il servir quelque idéal si des innocents doivent périr ? Peut-on lutter contre un mal par un mal supérieur ? Existe-t-il une légitimité au terrorisme ? Les douleurs engrangées, les humiliations, les tortures subies, justifient-elles la réplique d’une vengeance ?

La jeune terroriste, animée par la fougue d’un idéal désespéré, s’apprête à sacrifier sa vie au nom d’une cause aussi virtuelle qu’absurde. D’où tire-t-elle son courage ? D’une blessure ancienne. La douleur qu’elle éprouve est engrammée sur le souvenir d’un viol dont elle fut victime dans son enfance. C’est dans cette purulence qu’elle puisse sa détermination. En nous référant aux travaux de Dominique Aubier sur le fonctionnement cortical, on pourrait diagnostiquer chez la jeune femme une rupture névralgique affectant sa capacité perceptionnelle. Le viol a provoqué chez elle une ablation de son aire somatosensorielle perturbant son accès au langage articulé, voire à la pensée.

Le personnage est admirablement interprété par la comédienne Manisha Koïrala qui restitue avec intensité le désespoir d’un être privé du recours de sa moitié existentielle. Bien qu’elle dispose du langage ordinaire, elle endure une forme d’aphasie : le viol a tué en elle l’accès au langage aimant, la respiration profonde de l’être.

Est-il possible de rétablir la liaison entre les deux hémisphères, entre l’aire somatosensorielle et son En face ? Comment rétablir l’unité de l’être ? Telle est la question centrale du film dont le propos dépasse le cadre politique de l’unité indienne. Il est non seulement question ici de l’intégrité physiologique de l’individu mais également du concept métaphysique de l’Unité.

Les innombrables séquences tournées sur des ponts, passerelles et tunnels sont autant de métaphores de l’opération de passage qu’il s’impose de réussir pour parachever l’unité. Espérons que les ponts sont assez solides est l’une des toutes premières répliques d’Amar.

Par quelle méthode franchira-t-on le pont qui rétablira l’harmonie ?

Dans un monde en proie à la violence, comment peut-on sauver l’aimée, sauver la planète, préserver l’unité ?

Réponse : Dil se, de tout cœur. Avec sincérité et réalisme, le cinéaste Mani Ratnam propose la thérapie de la parole vraie. Elle seule dispose de la force nécessaire pour désamorcer la puissance du mal.

Devant la muraille qui se dresse devant lui, Amar provoque une thérapie de choc. Il exige que sur la souffrance dont elle se nourrit, l’aimée pose une parole, une explication. Partant, un dialogue qui rende la rencontre possible. Pour dégager la jeune femme de son affliction, il fallait nécessairement qu’un homme de parole instille dans son esprit, des mots, une pensée faite de beauté, de poésie, d’amour, qui réponde à la barbarie qu’elle a subie. Il fallait qu’une voix efface la chanson du passé, émette un message nouveau sur l’infime fréquence encore disponible. Il subsiste en elle une longueur d’onde réduite depuis qu’un traumatisme a brisé sa proprioception. Le fil de la parole amoureuse se propage et touche ce qu’il reste d’activable dans l’aire cérébrale lésée. L’amour trouve, par la parole, le chemin à l’aire somatosensorielle. La parole aimante met le mal en échec et déclenche une véritable théophanie par le dévoilement de la vérité. Aussitôt, le courant est rétabli. L’unité se restaure dans son intégralité. Une superbe séquence intitulée Ae Ajnabi met en scène ce transfert par les ondes de la parole franchissant les obstacles.

Il fallait un immense talent pour assumer ce rôle de messager de l’amour absolu. Le comédien Sha Rukh Khan a relevé ce défi. S’agit-il encore d’un jeu d’acteur quand son interprétation projette avec tant de puissance le don total de soi ? Le film, extrêmement éprouvant, alterne un réalisme sévère avec l’onirisme des élégantes séquences musicales dont la beauté s’accorde avec les grandioses décors naturels de l’Himalaya. Il se termine sur une admirable vision métaphorique de l’Union des contraires : l’extinction du moi dans l’apothéotique déflagration de l’union amoureuse.

Mani Ratnam,  réalisateur de Dil Se, a également tourné l’extraordinaire  Raavan, dont il a fait deux versions, l’une en Hindi, l’autre en Tamoul. Là aussi, l’amour absolu jusqu’à l’apothéotique déflagration…
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La Connaissance initiatique, au cœur du cinéma Indien. 
Dominique Aubier a consacré trois livres à ce sujet :