Appel à la délivrance du Code
1. Appel à la fin des impostures
2. Appel à la délivrance du Code
Références :
— Le Code des Codes
Dans ce Blog, je présente les ouvrages et les études les plus pertinentes concernant la Connaissance initiatique et sa tradition. Avec un regard attentif pour la kabbale hébraïque… et Don Quichotte. "Le vrai savoir est une restauration du Monde" (Dominique Aubier)
La canicule et le danger du feu
Vers une reconnaissance de l'Etat de Palestine ?
Le Président Macron préconise de reconnaître l'existence de l'Etat de Palestine, afin, selon lui, « d'engager une dynamique de paix » pour la « solution à deux Etats ». En réalité, la paix ne
peut réussir qu'en remettant au centre de la « dynamique » la vocation
profonde d'Israël, sa raison d'être, qui dépasse la géostratégie.
— Quel est le projet palestinien ?
— Quelle est la vocation de Jérusalem ?
Autant de questions auxquelles j'ai tenté de répondre et auxquelles le Président Macron devrait réfléchir. Il pourrait réfléchir aussi à la vocation de la France et sa mission spirituelle.
Le Chabbat de la Vision
par D. Blumenstihl-Roth
Adapté des enseignements du Rabbi de Loubavitch, le magazine Chabbad.org aborde le dossier de la vision de la manière suivante, en s'appuyant sur les Textes, et en recourant à la métaphore. En seconde partie, j'apporte une mise au clair.
La première section du Deutéronome, la paracha de Devarim, qui est toujours lue le Chabbat qui précède le jeûne du 9 Av. Ce Chabbat est appelé « Chabbat 'Hazone », nom qu'il doit à la haftara qui commence par les mots : ' Hazone Yi chaya ho – « La vision d'Isaïe ».
Rabbi Lévi Its'hak de Berditchev (1740-1809) enseigne que chaque Juif reçoit en ce jour une vision, certes lointaine, mais bien réelle, du Troisième Temple.
Pourquoi une vision ? Pourquoi un Temple encore invisible, que l'on ne foule pas de nos pieds ? Le Rabbi répond par une parabole : un père confectionne à son fils un habit somptueux. Mais l'enfant, maladroit, le déchire. Le père lui en fait un second, qui connaît le même sort. Alors, le père en fabrique un troisième. Cette fois, il ne le remet pas à son fils. Il le lui montre à distance, à des moments choisis, en disant : « Lorsque tu seras prêt, il sera à toi. »
Cette vision est une promesse. Le vêtement aperçu de loin forme le regard, éduque le désir, élève la stature. Un habit épouse la personne qui le porte ; il en reflète la mesure. À l'inverse d'une maison, vaste et impersonnelle, le vêtement révèle l'être.
Le Temple est ainsi comparé à un vêtement, non pour souligner un caractère passager, mais parce qu'il épouse avec justesse la structure spirituelle du peuple d'Israël. Le sanctuaire est à l'image du lien que nous entretenons avec D.ieu : intime, fidèle, vivant.
Chaque Chabbat 'Hazone, nous recevons ainsi un aperçu du Temple futur. Et cette année, où le 9 Av suit immédiatement ce Chabbat, cette vision est plus proche encore. Elle ne se contente plus d'orner l'horizon : elle nous appelle à en devenir les récipients.
Car à force de contempler ce vêtement parfait, l'enfant développe l'intégrité qui est attendue de lui. Et quand sa droiture devient naturelle, il reçoit enfin l'habit promis.
Ainsi en est-il du Temple : lorsque nous cessons de « déchirer » notre lien avec D.ieu, lorsque chaque détail de notre vie s'accorde à Sa volonté, alors le « vêtement » devient nôtre, le Troisième Temple se révèle, non plus en vision, mais en réalité.
Commentaire de D. Blumenstihl-Roth
Dans le texte de Rabbi Lévi Its'hak de Berditchev tout est exprimé dans un langage bien sympathique, mais j'aimerais que l'on s'aperçoive que ce langage est essentiellement métaphorique. Métaphores elles-mêmes adossées à la parabole, allégorie du vêtement renvoyant à une « structure spirituelle », appelée le Temple. Le Temple étant à son tour une métaphore pour désigner le Sanctuaire.
1. Une cascade de métaphores se renvoyant l'une l'autre par des images symboliques ne constitue pas une explication, mais une approche que la tradition connaît bien, s'agissant des niveaux d'organisation du Pardès. Ici, les métaphores, images, parabole atteignent aux niveaux 2 et 3, du Remez et du Drach. Cela était de rigueur à l'époque du Rabbi. Mais aujourd'hui, il s'impose de passer au niveau du Sod, celui du sens explicité, dépassant le recours à la métaphore appartenant au niveau d'expression antérieur. Le langage doit être actualisé, adapté au temps. Il est aujourd'hui impossible de rester sur le niveau 3 de l'allégorie et s'en contenter.
2. Dans le commentaire qui en est fait par les modernes, il se glisse une erreur. En effet, ils établissent une équivalence entre le Sanctuaire et « le lien que nous entretenons avec Dieu ». C'est là une confusion. En effet, Le Temple est un lieu. Nous pouvons donc l'appeler également Sanctuaire. Cependant le lieu n'est pas le lien. Le Temple-Sanctuaire est l'endroit où le lien peut se réaliser, il n'est pas le lien en lui-même. C'est là une précision indispensable, de ne pas confondre le lieu avec sa fonction et les événements qui s'y produisent.
3. Le Temple futur pressenti par le Rabbi est en conséquence un lieu visible, dès lors que l'observateur sera capable de le voir. Cela signifie que le Temple sera visible quand l'œil et l'esprit de l'observateur auront la capacité d'en voir le caractère objectif et réaliste : autrement dit, lorsque les sciences objectives auront atteint la capacité de l'observer, le décrire, d'en déterminer l'identité. Le futur, annoncé par le Rabbi, c'est notre aujourd'hui.
4. Ce Temple, nous en sommes effectivement « les récipients », puisque le Temple existe en nous. Le Temple, c'est l'organe par lequel la pensée peut se produire, c'est-à-dire la structure cérébrale unitaire, organisée en niveaux, en hémisphères, et visitée par l'énergie du Verbe lui insufflant la capacité réflexive. Ce Temple-là, que nous portons en nous, non pas comme un vêtement extérieur mais comme une citadelle intérieure, n'est pas visible par celui-là même qui le porte. Nul ne peut voir son propre cerveau. Mais le regard objectif de la science peut le regarder et le comprendre.
5. Le Chabbat de la Vision correspond à l'instant de la fin cyclique (Chabbat) où toutes les données objectives sont rassemblées afin de mener à la compréhension qui se produit en fin de Chabbat : par l'apport des lumières éclairantes, permettant de voir la véritable identité du motif. Le motif cortical se rend intelligible, bénéficiant de l'apport des sciences, en quoi se réalise un Qorban entre Connaissance et sciences.
6. L'identité du motif d'absolu se dévoile à cet instant, à tous, par le dévoilement de la structure et de son système. Il y a alors ouverture des temps messianiques d'universalité, par l'explicitation du motif dévoilé.
Lire à ce sujet :
— La Synthèse des sciences
La lettre est la demeure du cœur *
(ou la prophétie de Guillaume Apollinaire)
par Dominique Blumenstihl-Roth
1. Le moment viendra
Dans une lettre adressée à Jeanne-Yves Blanc le 30 octobre 1915, le poète Guillaume Apollinaire écrit : « Le moment de revenir aux principes du langage n'est pas encore venu, mais il viendra »**. Depuis les tranchées où il subit les bombardements ennemis, le célèbre « maréchal des logis du 38e régiment d'artillerie de campagne, 45e bataillon, du secteur 80 » griffonnait ces lignes sur « un chiffon de papier héroïque » ; rien ne le fera renoncer à l'Ecriture, ni le déluge du feu ennemi, ni sa grave blessure à la tête. Obstinément, il parie sur le grand retour des principes du Verbe exilé.
Le poète, convalescent, a pesé les mots avant de les adresser à celle qui fut, pendant la Première guerre mondiale, sa correspondante et confidente. Il lui parle de « revenir » aux principes du langage, signalant par là que ces principes existent, que nous avons pris nos distances avec eux, mais ce n'est qu'une affaire de temps : ils viendront, et donc reviendront. Mission du poète d'y travailler ! Et d'affirmer que le langage existe non seulement comme une technique de communication, mais surtout en tant que principe existentiel. Nous parlons, nous « causons », mais le principal « Principe » — au sens de prince ! — s'est absenté. Ou plus exactement, nous nous en sommes éloignés, préférant d'autres valeurs. Cependant, le Verbe, en tant que puissance cosmique, demeure.
2. La prophétie de Guillaume Apollinaire
Répétons ces mots lumineux afin que nous les entendions deux fois : « Le moment de revenir aux principes du langage n'est pas encore venu, mais il viendra ». La prophétie — et c'en est une, puissante et significative, car venant d'un grand poète — a été discrètement glissée dans une correspondance privée pour n'apparaître au grand jour… qu'en 2023. Elle était restée confinée dans les archives familiales de la jeune femme d'alors, — décédée en 1970. Les échanges entre les deux amis sont connus, ils ont été publiés dès 1948, mais de nombreux courriers avaient été soit « arrangés », soit écartés, « caviardés » par pudeur, bien que Jeanne-Yves Blanc*** — ait toujours accepté, s'en amusant dans ses réponses enfin publiées, les assauts de virilité (épistolaire) du canonnier. Et voilà que le promeneur du Pont Mirabeau, un siècle après sa disparition, remonte sur le ring**** où la poésie livre son combat contre l'ignorance d'une humanité qui trop aisément jette l'éponge face aux forces entropiques de la négation. Une humanité qui gesticule, déblatère, fulmine, bombarde, nie, et surtout, rejette ce qui forme sa singularité : le Principe du langage. Le poète, heureusement, s'en souvient, l'appelle, le convoque.
La publication des textes intégraux de cette correspondance est un événement non seulement littéraire (enfin nous pouvons lire les réponses de Jeanne-Yves à l'audacieux marivaudage d'Apollinaire !) mais également de portée initiatique : cette seule phrase, touchant à la question des principes du langage situe le livret recueillant ces confidences dans une perspective transhistorique : annonce d'un événement touchant à la civilisation qui assistera au grand retour du Verbe, ses lois, sa grammaire, son Code. Et cela, au cœur d'échanges qui pourraient passer pour un badinage d'amants ! Le plus grand trésor se dissimule dans l'apparente banalité.
3. En quête du Principe du Langage
C'est au subtil poète et chercheur Pierre Caizergues que nous devons la (re)découverte et la publication de ces lettres mises au jour, parmi lesquelles cette magnifique promesse écrite un 30 octobre (anniversaire de Paul Valéry). Les éditions Fata Morgana ont tiré 700 exemplaires de ce précieux ouvrage : chiffre significatif, évoquant la lettre Noun dans sa forme finale, qui signale l'humanité parvenue à un stade évolutif non achevé, car il reste encore, au-delà du Noun, un large espace à découvrir. Un espace « deux doigts au-dessus de la poésie », celui de la Connaissance initiatique que Don Quichotte, au chapitre 18, volume I, propose au jeune poète don Lorenzo d'explorer : « laissez le sentier de la poésie, quelque peu étroit, et prenez le très étroit sentier de la chevalerie errante » conseille-t-il au chercheur de vérité. La poésie ouvre le chemin, mais elle n'est pas l'aboutissement ; elle pressent toutes les nécessités, lance ses appels de loin, et cependant demeure, dans sa modestie, sur le pas de la porte, sachant que la grande élucidation n'est pas de son ressort. Le poète allemand Christian Morgenstern (1871-1914), contemporain d'Apollinaire, cherchait, lui aussi ces « principes du langage » : trouver la langue du vrai, « sachant toutefois que le lieu poétique n'est qu'une escale. » Selon lui, l'étape du « cristal translucide doit être dépassée. Elle n'est pas la dernière pensée du Moi. Et sa lumière n'est pas ultime. Malheur à qui voudrait la considérer comme un temple accompli… »*****
Espace que l'humanité — nous-même, assoiffés de vérité ! — doit conquérir en s'appuyant sur les forces du Verbe faisant retour, nous propulsant vers l'exsudation du sens, la libération du Principe et son explication. « Le temps n'est pas encore venu, mais il viendra » dit le poète au début de la conflagration mondiale : un siècle plus tard, nous pouvons affirmer que ce temps est désormais advenu, il est là, nous y sommes. Preuve en est le « retour » de la phrase prophétique écrite en 1915, son édition par les soins d'un autre poète, et ici même, sa mise en perspective et explication au regard du Principe dont il parle, explication se trouvant dans un ouvrage qui ouvre sur l'accomplissement du Temple du Langage.
4. Principe, Alphabet et Langage
Les lecteurs de Dominique Aubier auront remarqué que les termes composant le titre de son ouvrage, publié en 1966, « Le Principe du Langage ou l'Alphabet hébraïque »****** se retrouvent, pour leur première moitié, dans la lettre prémonitoire d'Apollinaire. Les mots du poète furent adressés à une femme, elle-même autrice, ils ne pouvaient être repris que par une femme dont l'amie d'Apollinaire était la préfiguration symbolique. Cette « autre femme », correspondante, à l'image de Jeanne-Yves Blanc, répondrait, le moment venu, à l'appel lancé en 1915, et en compléterait le propos par une précision : si le poète parle de ces principes, au pluriel — les lois du langage — dont il attend le retour, Dominique Aubier en conçoit la synthèse unitaire conduisant au retour du grand principe universel au singulier : Principe du Verbe par quoi l'humanité Une et rassemblée se reconnaît, tout en respectant la fantastique diversité de ses adaptations locales. Pressenti par le poète, ce Principe se soutient, en tant que Code écrivant l'essence des Lettres, du langage, de la Parole, donc de l'Humain.
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Notes :
* Guillaume Apollinaire, lettre à sa marraine, Correspondance avec Jeanne-Yves Blanc, établie par Pierre Caizergues, lettre du 19 novembre 1915. Ligne écrite en « calligramme », construite autour d'un « X », éd. Fata Morgana, 2023, p. 56.
** Idem, lettre de Guillaume Apollinaire, datée du 30 octobre 1915, p. 41.
*** Jeanne Brun, née à Cognac en 1886, morte à Paris en 1970, professeure de lettres, signe Yves Blanc son premier roman Histoire de la maison de l'Espine.
****Allusion au recueil de Pierre Caizergues, Des ombres blanches et Un boxeur noir, éd. Pomarède et Richemont, 2022.
*****Christian Morgenstern, (qui mérite assurément ces cinq étoiles) : Toi et Moi, suivi de Nous trouvâmes un Sentier, trad. et préface D. Blumenstihl-Roth, p. 14, éd. Delarosa /DBR 2018.
****** Dominique Aubier, Le Principe du Langage ou l'Alphabet hébraïque, éd. Mont-Blanc, 1966, rééd. M.L.L. 2002. Ce livre établit l'équivalence fondamentale entre les deux données ontologiques, Principe et Alphabet, où l'écriture gravée (Harout) des Lettres données au Sinaï, Exode 32, 16, proclame le premier principe de l'humanité : la liberté (Hirout). Les deux termes hébreux s'écrivent au moyen des mêmes lettres, et peuvent se prononcer des deux manières, n'étant pas figés par la contrainte fixatrice qu'imposeraient des voyelles, dont tout le monde sait que cet alphabet n'en contient pas. C'est un des principes du langage de permettre au mot une libre polyvalence de sens allant vers une maximalisation de son intelligibilité. Principe d'ultra-poésie !
Appel au Principe du langage
(réponse à Jacques Derrida)
par Dominique Blumenstihl-Roth
« Je n'ai qu'une langue, et ce n'est pas la mienne » écrivait le philosophe Jacques Derrida. Fine perception du penseur de sentir vibrer en soi une parole, une langue à laquelle il n'accéderait pas, qui ne serait pas la sienne, et dont il ressent l'exil.
Quelle est cette langue, qui lui est unique et cependant ne lui appartient pas ? Langue de synthèse de toutes les langues, qui ne serait à personne, précisément parce qu'elle est à tous, une langue disant le vrai par le vrai, non seulement au moyen de sa parole énoncée, mais également de son écriture, de ses mots, et donc de ses lettres.
1. Une langue de l'exil
Quelle langue, parmi toutes celles qui sont parlées, satisferait à cette exigence par quoi tout serait dit au travers de son énoncé et de sa représentation sonore et physique par l'écrit ? Non qu'il y ait concurrence entre les langues — chacune s'exprime par ses propres moyens — et nul besoin de les critiquer ni les comparer l'une à l'autre, car comme l'écrit Cervantès dans Don Quichotte (chap. 1, tome II) : « les comparaisons de noblesse à noblesse sont toujours odieuses et mal reçues ». Il n'en est pas moins nécessaire de rechercher cette « métalangue » qui fut celle, secrète, inconnue peut-être par lui-même, que Jacques Derrida, ressentit en lui, comme une habitante son esprit, au point qu'il avait le sentiment de son étrangeté. Une langue en exil qui cependant ne cesse d'envoyer ses messages au récipiendaire qui en reçoit les impulsions, selon la finesse de ses propres capacités perceptionnelles.
2. Neurologie et langage
La neurologie, dans cette enquête, a son mot à dire, science qui explore physiologiquement le domaine cortical où s'inscrit la capacité langagière de l'humanité. Il existe au moins deux « aires du langage », identifiées depuis plus d'un siècle et demi par les scientifiques, qui leur ont donné leurs noms. L'aire de Broca (Paul Broca l'identifia le 18 avril 1861) et l'aire de Wernicke sont connues de tous les physiologistes. A chacune sa particularité : l'aire de Broca est propre à l'humanité : « elle n'existe pas dans la série animale. A peine en trouve-t-on, quelques indications dans le cerveau jeune de l'orang-outang », précise l'expert Constantin Von Economo (L'architecture cellulaire normale, éd. Masson et Cie, Paris 1927, p. 64, cité in La Face cachée du Cerveau, D. Aubier vol. I, p. 130, éd. M.L.L. 2011). Elle permet l'articulation et la prononciation des mots, tandis que l'aire de Wernicke autorise l'accès au sens. Les travaux du prof. Sperry sont formels à ce sujet, la personne dont l'aire de Broca est détruite (notamment suite à un traumatisme brutal) n'accède plus à la parole et celle dont l'aire de Wernicke est atteinte peut certes parler mais ne tiendra qu'un discours incohérent, insensé. (cf : Dr. John C. Eccles, Evolution du cerveau et création de la conscience, éd. Fayard Paris 1992.)
Une troisième aire du langage a été repérée par les chercheurs, (Prof. Antonio Damasio) dans une sorte de « cerveau caché » dans l'aire somatosensorielle qui recevrait les impulsions d'un verbe « venant de plus loin » et que nos langues vernaculaires retraduiraient pour l'usage pratique. Nous serions tous au moins bilingues, dotés d'une langue qui est nôtre, que nous apprenons, qui nous lie socialement à nos cultures locales, tandis qu'une métalangue universelle instille dans nos appareils cérébraux une pensée profonde, qui n'est pas la nôtre, qui nous traverse, nous fait penser, et que la folie humaine tantôt accepte, rejette, voire inverse. La langue dont le philosophe sait la présence, et dont il ressent l'absence est cette lingua en exil après laquelle soupirent les mystiques. Les écrivains ne sont pas en reste, percevant l'appel de ce « verbe », le poète Arthur Rimbaud (1854-1891) en a décrit la subtile perception — « Je est un Autre » — dans sa « Saison en Enfer ».
3. Ressource poétique du langage
Célèbres lignes du Poète : « il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant ! — Car il arrive à l'inconnu ! Puisqu'il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu'aucun ! Il arrive à l'inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l'intelligence de ses visions, il les a vues… »
Le poète est donc spécialement investi pour voir la trame secrète des choses. C'est sa fonction même, en tant qu'expert du langage, que donner à voir tout ce que lui-même a pu voir. Rimbaud précise la responsabilité poétique d'assumer cette vision et pose l'existence d'un « là-bas », source non seulement de l'inspiration mais dispensateur du Verbe avec qui le poète passe contrat. Comment restituer ce qu'il ramène de « là-bas » ? En quels termes témoigner de ce qu'il a vu, lors de son voyage dans les profondeurs de l'être ? En quelle langue s'exprimer ? « Trouver une langue… » menant l'humain à une haute civilisation. Il écrit une Alchimie du Verbe où les lettres racontent l'histoire du monde : « Je croyais à tous les enchantements. J'inventais la couleur des voyelles ! — A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. — Je réglais la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattais d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction. »
L'appel — le défi — a été lancé, appel à cette langue qui sera « l'âme pour l'âme, le poète définirait la quantité d'inconnu s'éveillant en son temps dans l'âme universelle : il ne donnera plus — que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Enormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès ! » Tragique destin d'être celui qui sait déjà tout, mais qui ne dispose pas du langage explicatif mais seulement métaphorique pour le dire… à un peuple — son élite — qui ne veut rien entendre. Le progrès auquel appelle le poète, c'est celui de la montée en esprit, tout à l'opposé de cette macération dans la concrétude propre à notre siècle de fer. Le poète la rejette. Il est tenu de fuir le lieu de l'oppression, partir, « devenir féroce » pour venger la poésie trahie. Cette langue que « l'homme aux semelles de vent » a entendue a fait de lui un rebelle, un exilé en Aden. Il en a vécu jusque dans sa chair l'ablation, par une société qui refuse de l'entendre. Il a métabolisé, en développant une gangrène fatale, le bannissement de ce verbe inconnu mais si bien ressenti par le philosophe. Destin du Poète, non seulement de déplorer avec le philosophe l'absence d'une langue — « et ce n'est pas la mienne » —, mais de faire en sorte qu'elle le devienne. Rimbaud en a payé le prix. Il avait compris combien le Temps exige la poussée en avant vers plus de lumière : « La Poésie ne rythmera plus l'action ; elle sera en avant… » Magnifique pressentiment. La poésie s'avançant vers son propre sacrifice, se donnant à ce qui la surplombe : la Connaissance de cette langue parlée par la Nature, par le Réel dont le poète, de longtemps avait l'intuition. C'est cela, « la pensée accrochant la pensée et tirant ».
4. Appel au vrai langage du vrai
Le poète a fait son travail, mais combien de temps encore l'humanité persévérera-t-elle dans ses étroitesses intellectuelles, à l'écart de la grande communion universelle par l'intelligence ? La science, par sa méthode analytique, parviendra-t-elle jamais à expliquer cette grammaire du réel, que le poète, déjà, avait attrapée au vol ?
La quête philosophique, quant à elle, avec le soutien de la science neurologique, et sans se séparer de la richesse des perceptions artistiques — écrivains, poètes — et du savoir inestimable de la pensée non linéaire et non inféodée au cartésianisme, réussira-t-elle à identifier cette « autre langue » que nul ne veut entendre ? Cette langue par quoi la raison se donne et offre l'intelligibilité du monde, y accéderons-nous ? Le célèbre Caballero — Don Quichotte, chapitre 2, tome II, qui ne doute jamais de lui — en appelle aux « ponctuelles exigences de la vérité » et précise (chapitre 19, tome II) que « les lumières sont la vraie grammaire du bon langage ». Etait-il tellement fou de croire que « Le temps viendra où nous pourrons peser la chose et la mettre à son vrai point » ? Peut-être la vérité s'écrit-elle justement là, dans la narration traduite dans toutes les langues du monde, d'un « fou » (qui ne l'est pas tant que cela) dont le vrai langage nous échappe ?
Ce texte sera publié dans un prochain ouvrage en cours de préparation.
Bibliographie
Constantin Von Economo (L'architecture cellulaire normale, éd. Masson et Cie, 1927.
Dominique Aubier, — La Face cachée du Cerveau, éd. Jean Séveyrat 1989, Dervy, 1992, M.L.L. 2011. — L'Ordre cosmique, éd. M.L.L. — Le Principe du Langage, ou l'Alphabet hébraïque, éd. Mont-Blanc /M.L.L. 2012.
Dr. John C. Eccles, Evolution du cerveau et création de la conscience, éd. Fayard Paris 1992.
Antonio Damasio, Spinoza avait raison, éd. Odile Jacob, 2003 ; L'erreur de Descartes, éd. Odile Jacob, 1995.
Claude Edmonde-Magny, Arthur Rimbaud, Collection Poètes d'aujourd'hui, éd. Seghers,1949.
Pour les vrais amis de Don Quichotte
Nouvelles exégèses de Don Quichotte
vol II : DulZinea
ISBN : 9782916619194
vol I : La Barque enchantée
ISBN : 9782916619187
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Nouvelles exégèses de Don Quichotte
par Dominique Blumenstihl-Roth
Tome II
En hommage à Dominique Aubier
Volume 2 des Nouvelles Exégèses |
DulZinea del Toboso — « en beauté nulle ne l'égale » — incarne la figure de la Grâce accompagnant Don Quichotte tout au long de ses aventures. Ne tolérant aucune mise en cause de sa lumière, il voit en elle l'image de la Chékinah, abstraction métaphysique non moins réaliste quand elle revêt la forme de cette modeste fermière pour qui le Caballero engagera tous ses combats : elle est la garante de sa généreuse implication dans le monde et de son intransigeante éthique. A travers Dulcinée, Don Quichotte pose une parole d'amour puissante et de justice dont la prophétie s'épand sur chaque lectrice et lecteur qui, à son tour, par son acte de lecture, intègre et relance l'engagement quichottien.
DulZinea est le deuxième volume de la série des Nouvelles exégèses de Don Quichotte. Cette série en six volumes, appuyés sur les originaux de 1605, 1608, 1615, explore le symbolisme et le codage hébreu et araméen du grand chef-d'œuvre cervantien. Un voyage au cœur du secret dulcinéen de Don Quichotte.
Nouvelles exégèses de Don Quichotte
par Dominique Blumenstihl-Roth, éditions M.L.L. La Bouche du Pel
« Dans les pas du Maître »
Nouvelles exégèses de Don Quichotte, éditions M.L.L. La Bouche du Pel
— Vol I : Dulzinea, 352 pages, format 14,8x21cm
— Vol 2 : La Barque enchantée, 408 pages, format 14,8x21cm