Rechercher dans ce blog

Translate

Affichage des articles dont le libellé est ouaknin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ouaknin. Afficher tous les articles

jeudi 4 août 2022

Le messianisme, tel qu'il s'écrit… (1 / 2)

Le messianisme (1 / 2)

(ou la vraie grammaire du bon langage) par D. Blumenstihl-Roth


1. Les espiègleries du rabbin

Dans une de ses histoires drôles dont il a secret, le rabbin Marc-Alain Ouaknin (qui ne m'en voudra pas puisqu'il est un ami), en comique assermenté mais philosophe tourmenté, affirme tout en parlant de « la joie du Messie », que « le messie est fait pour ne pas venir » (cf son livre Concerto pour 4 consonnes sans voyelles, éd. Balland p. 124). Devant pareille contradiction, le lecteur reste en effet les bras ballants, car ce trait d'humour — si c'en est un — serait plaisant s'il n'engageait une responsabilité. Est-ce l'expression d'une conviction profonde ? Ou une provocation pour choquer tout exprès ? Une phrase destinée à faire réfléchir ?

En tout cas, la philosophie offre ici, sous trait d'une facétie, une occasion remarquable de faire commettre au rabbin une sacrée erreur. Il oublie en effet que le Yod est la lettre qui rend juif, pas philosophe. A moins que la philosophie juive se trouve dans le Yod ? Dans ce cas, la négation du messianisme disqualifierait l'auteur de la plaisanterie d'autant qu'il ne s'en est pas expliqué ultérieurement. La lettre Yod, marque de l'énergie évolutive, impose précisément la nécessité qu'a le messianisme de venir, dans sa phase résolutive et aboutie, exégétique et explicative : c'est un processus civilisateur auquel le judaïsme travaille sans relâche, au travers de la transmission de la Connaissance, assumée sous toutes ses formes Torah, Talmud, Michna, Kabbale. Rappelons également que la Shoah n'a eu d'autre objectif qu'anéantir la certitude de la venue messianique, et croire un seul instant qu'elle serait faite « pour ne pas venir » revient à créditer dangereusement l'option négationiste qui n'attendait pas tant de bons secours à ses thèses. Pour ce qui nous concerne, l'accomplissement messianique, sans aucun doute, ne peut que venir, il est déjà en cours, les termes de l'espérance, de l'attente s'étant transformés en effectuation dès lors que le peuple-témoin a opéré son retour. C'est là le signal des temps qui confirme le retour de la lumière, l'avancée sans rétrogradation sur les formes antiques de participation au sacré — tout en les respectant —, le passage des temps symbolistes aux temps exégétiques. Ce à quoi nous travaillons, ici même.


2. Les quatre lettres du mot Massiah, Mem, Schin, Yod, Het

ne sauraient être écrites en vain, en vue d'une non-réalité : est nommé ce qui doit advenir, le cycle messianique (Mem) affirme les valeurs du Verbe (Schin), et le Yod en transporte l'énergie pour la construction de l'édifice Het solidement planté sur ses deux piliers. Il est normatif que ce mot codé suscite de violentes inversions, y compris dans les rangs du judaïsme, et paradoxalement sous la plume d'auteurs dont l'expertise retournée se met à nier l'intensité de l'appel premier. Ce qui était à l'endroit informationnel une donnée positive devient, côté manifestant, une précision négative. Dès lors, là où était la négation, là se trouvait niée, la vérité. Le reniement du messianisme est donc un interprétat régulier, qu'ici même nous redressons afin qu'un « oui » se pose clairement sur la question messianique : il se situe du côté « Tov » de la Vie.

On rencontre également le mot Massiah avec une orthographe différente, qui a sa raison d'être. En effet, dans certains textes, il se termine par un Alef, et compte alors 5 lettres. Dans ce cas, c'est le mot araméen. La signature en 5 lettres évoque la terminaison cyclique symbolisée par la valeur 5 qui signale la phase d'aboutissement des 5 couches évolutives. On se reportera à la FCC*, volume II, p. 183 pour en avoir l'explication. L'Alef, ajouté à Massiah, signe l'aboutissement messianique par son retour à la première lettre d'ouverture. Il en découle que le Messie doit connaître le système Alef — système d'absolu — tandis que le mot écrit sans Alef désigne le stade de l'attente de « celui qui viendra ». Quant à savoir s'il n'est pas « déjà venu », comme le professe le christianisme, je ne doute pas que Jésus a marqué de son empreinte l'ouverture du cycle messianique en tant qu'informateur, mais qu'il n'en est pas pour autant celui qui le mène jusqu'au bout, étant très clairement acteur de prémisses symboliques et non l'explicateur de la mission qu'il professe : il est lui-même le symbole qu'il représente, annonciateur des temps messianiques, annonciateur du processus historique douloureux en ce que sa crucifixion organisée et exécutée par le bourreau occidental romain préfigure la Shoa, le sort négationiste infligé à la pureté sinaïtique quand elle pénètre en territoire d'Esaü. La Croix symbolise dramatiquement la séparation maximale Gauche et Droite entre qui Fait et Qui sait, écartèlement funeste sur la lettre Het, dont les forces entropiques ont coupé la barre transversale qui devait les unir, et empêché l'apparition de l'Aleph supplémentaire qui donnait au messianisme l'ampleur du retour. Retour qui s'opère tout de même, historiquement daté en 1948 par la proclamation officielle de l'Etat d'Israël et le retour du peuple sur la terre de Canaan.

Dès lors, en matière de messianisme, il reste encore du travail à faire : repérer les acteurs ayant agi pour son ouverture, relever les étapes progressives toujours assumées par un individu mandaté, ajouter sa propre participation à la propagation de l'explication, cela dût-il incommoder les partisans de la rigidité retranchés sur les confortables lignes arrières du front. Et cesser toute accusation antisémite, quelle qu'elle soit, singulièrement celles qui voudraient se construire une légitimité sur des fondements religieux.


3. L'araméen et l'hébreu

Ces deux langues forment ensemble une structure en dualité, la première étant l'extériorisation de la seconde, araméen en Qui Fait, l'hébreu en Qui Sait. L'un fait ce que l'autre sait. Dès lors l'expression « le roi messie » s'écrit-elle « Machikah » avec un Alef en terminaison. Ce qui signifie que le messianisme annoncé par l'hébreu sera métabolisé « en face », dans le secteur Qui Fait. Le messie trouve donc dans l'araméen une première « sortie » réaliste, mais toujours de type informatif, l'araméen se situant dans la sphère hébraïque générale, formant une unité de type Qui Sait. Le processus est cependant bien tracé : il y a échange latéral et passage à la métabolisation. C'est en conséquence dans une région évolutive en partenariat, analogue à l'araméen en Qui Fait, que le messianisme résolutif se produira. En plein territoire opposite au Qui Sait, donc face à Israël, là-même où règne la puissance fabriquante, lourdement matérialiste. Or analogiquement, l'Occident occupe structuralement ce lieu, que l'on identifie sous le nom du personnage biblique d'Esaü, le frère ennemi de Jacob. Dès lors c'est dans l'empire d'Edom — autre nom d'Esaü — que le messianisme est appelé à surgir.

Dans l'expression araméenne « Hilkta le Machikha », le mot « hilkta » s'écrit avec un Tav, duquel sort l'Alef terminal. Il émerge à la fin d'un cycle, d'un parcours historique nommé la « halaka », c'est-à-dire la démarche, l'avancée. « Dans cette expression, les deux mots se suivent et se terminent chacun par un Alef. Le premier marque la démarche menant à la sortie messianique, le second porte sur le résultat de cette démarche. »

 On en peut déduire, au risque de déplaire, d'offusquer ou d'insurger que si l'hébreu ne met pas d'Alef à la fin du mot qui désigne le messie, cela signifie que le messie de la résolution explicative n'est pas juif et que si l'hébreu, langue de vérité cependant grave un Yod dans ce mot, c'est pour inscrire la participation éminente du judaïsme dans le processus y conduisant. Le Yod induit le Het, lettre de structuration édifiée sur deux pylônes en Gauche et Droite reliés l'un à l'autre en hauteur par l'échange latéral : passage de Qui Sait vers le Qui Fait et de la colonne gauche du Het émerge l'Alef terminal devant s'y ajouter. L'Alef s'inscrit alors dans l'espace du Qui Fait où le messianisme passe à l'acte — au cœur de l'enfer d'Esaü.


4. Le partenariat de l'adversité

Le partenariat obligatoire avec l'adversité du Qui Fait fut toujours présent à l'esprit des initiés. Le Maharal de Prague avait compris que les forces du mal participaient à la prise en charge du messianisme, et symboliquement plus d'un personnage biblique a commis cette « coupable » union des contraires que l'orthodoxie des rigoureuses lois de séparation condamne dans le cadre général de la vie sociale hébraïque. C'est précisément par souci pédagogique d'instruction pour l'avenir et comme marquage symbolique des archétypes à observer que Moïse épousa Tsiporah qui n'est pour le moins pas exactement issue de la Communauté. C'est elle qui sauvera Moïse lorsqu'il tomba gravement malade pour avoir oublié de pratiquer la circoncision à leur fils. Sans Tsiporah, pas de sortie d'Egypte… C'est grâce à son mariage quelque peu scabreux avec Ahashveroch qu'Esther, devenue reine par cette union, parvient à inverser le cours de l'histoire et empêcher le génocide. C'est par son action en plein territoire adverse qu'elle sauve non seulement le peuple, mais le message sinaïtique qui, grâce à elle, poursuit sa transmission… jusqu'à résolution messianique totale.

Le messianisme en tant que mouvement civilisateur devant opérer en Occident rencontre l'adversaire irréductible qu'est Amaleq. Exacerbant tous les traits de caractères négatifs d'Esaü sans en garder aucune des atténuations qui adoucissent quelque peu la rigueur du frère de Jacob, Amaleq s'en prend au judaïsme, en fait sa proie, vise à l'exterminer. La Shoa en sera la méthode, instrument négateur du messianisme. C'est par la férocité de la Shoa que l'on peut — par inversion — déduire l'irrévocable avènement messianique : objectif satanique du nazisme, détruire le peuple porteur de l'information Yod afin d'interdire l'écriture du Het, et plus encore celle de l'Alef de Massiah. Crime de longtemps annoncé symboliquement par la crucifixion, dont le pape Benoît XVI, en subtil théologien avait écrit qu'elle préfigurait le supplice qu'infligerait la descendance d'Amaleq — l'Occident au travers des légions romaines —à l'espérance messianique.

Il n'en reste pas moins qu'à l'issue du désastre l'incroyable s'est produit ; cela même que les tenants de la négation voulaient interdire s'est réalisé : le retour historique d'Israël sur les terres abrahamiques d'origine, la reconduction de « l'éternel retour » sur les lieux de la généalogie d'Isaac et d'AbraHam. Signe que le message a été délivré en Occident, signe également que le mode inversé de la négation s'est retourné : il est désormais possible d'atteindre le sens, de comprendre, de toucher directement la « Bathcol », la voix du Verbe, possibilité donnée à tous, universellement, suite au dégagement des lois de l'herméneutique libérée de la stricte enclave hébraïque qui n'en perd pas pour autant ni sa compétence ni son prestige. Eclaircissements permettant de percer la brume des symbolismes religieux, certes flamboyants, (somptueux dans le catholicisme), mais jamais explicatifs de leur propre raison d'être : seul l'accès au Code des archétypes calqué sur l'édifice des Lettres hébraïques donne la vision aboutie du Système et sa structure, libérant l'esprit des couches corticales premières, passant à la seconde instance du cycle civilisateur post-symboliste.

Le messianisme est en ce sens un état de la révélation. La révélation des lettres sinaïtiques se voit offerte à tous et les « Klalims », les « armes », c'est-à-dire les conseils et les lois, les règles de pensée, le Code des Lettres sont à la portée de tout esprit désirant les connaître. Ce que le sage taoïste appelait « les détails de la Grande Norme » constitue ce Code, « la vraie grammaire du bon langage » dira Cervantès, « quand l'usage les accompagne ». Cette « vraie grammaire » chère à Don Quichotte, ce sont les normes du modèle absolu, les critères de ce que l'on appelle l' « herméneutique hébraïque ».

 

(la suite dans un prochain Blog)

N.B. Les textes publiés sur ce blog sont soumis au ©

 

Références :

— Le Principe du langage ou l'Alphabet hébraïque

— Les secrets de l'Alphabet hébreu

— Exégèse de Don Quichotte

— *FCC : La Face cachée du Cerveau 

lundi 9 août 2021

Faut-il débattre à l'infini pour trouver la vérité ? (Ou Dieu ne parle qu'une fois…)

Faut-il débattre à l'infini pour trouver la vérité ?

par Dominique Blumenstihl-Roth


Je suis, comme Sancho Panza, très « docile » aux idées — sans être « fossile »…(cf. Don Quichotte, chapitre 7 vol. II), aussi je ne cherche pas à convaincre mais à maintenir ouverte la possibilité de dire. Et cela ne me dérange pas d'être contredit. J'apprécie l'argument contradictoire s'il est étayé, documenté, fondé en raison et en courtoisie.

J'estime, comme Marc-Alain Ouaknin dans un de ses livres, que l'unilatéralité ne peut être vraie. Mais j'ajoute, au risque de le contredire, que le débat d'opinion n'est pas éternel et que la vérité une et unique finit par s'imposer. Les bifurcations ne sont pas éternelles et dans l'arbre évolutif, il existe une conduction qui mène le projet à son aboutissement unique.

De même je crois avec lui que « l'unanimité des opinions ne peut exprimer la vérité ». Mais j'ajoute la raison pour laquelle c'est là une vérité : c'est en vertu du principe de la dialectique structurelle en Gauche et Droite. Une décision emportée à l'unanimité présuppose en effet que la dialectique structurelle n'a pas été respectée, et que l'avis contradictoire a été soit écarté, soit écrasé. L'unanimité est toujours suspecte de ce que le partenaire contradictoire ait été, de quelque manière, réduit au silence.

Le philosphe écrit également que « Le Talmud ne conçoit pas une parole de Dieu qui serait entendue d'une manière unique… » Il reprend en cela une pensée que j'avais trouvée dans un texte d'Edmond Fleg publié en 1966. Il se réfère au verset Psaume 62/12 : « une fois Dieu a parlé, deux fois j'ai entendu » pour soutenir que l'interprétation des Textes serait multiple, ouverte à l'infini des commentaires, une vérité toujours inaboutie, discutée, incertaine, éclatée au gré du dialogue. Je ne partage pas ce point de vue qui résulte, à mon sens d'une interprétation erronée et je m'en explique.

 

Une fois Dieu a parlé, deux fois j'ai entendu

Le verset « une fois Dieu a parlé, deux fois j'ai entendu » mérite un éclaircissement sérieux. Il ne répond pas de la théorie de la multiplicité des écoutes et de la « lecture infinie ». Il est clair, dans l'expression deux fois, que nous sommes en présence d'une perception répétée et non d'une interprétation multiple. Deux fois mentionne une répétition en deux temps, non pas trois ou quatre ou davantage. Ce verset a trait à l'archétype du Redoublement. Dominique Aubier est très claire à ce sujet : « La Parole initiale est unique au moment de sa diction (une fois Dieu a parlé) mais lors de sa tombée dans la matérialité, elle se déploie en deux temps, le premier assurant la réception de l'information inoculée, le second métabolisant l'information ». Le verset biblique signifie qu'un événement se coagule toujours sur une donnée verbale initiale, l'incarnation substantielle s'opérant toujours en mode de double détente. Dieu parle une fois signifie l'unicité originelle du décret, c'est la force éloquente du mandat verbal. L'existentiation deux fois je l'ai entendu confirme le double traitement dont la seconde phase incarne puissamment ce qui fut instillé en amont. Deux fois je l'ai entendu évoque non pas l'infinité des interprétations possibles, mais la mécanique du double barattage cyclique.

 

Du dialogue à la vérité unique

Dans mon livre sur le théâtre de Jean Racine, j'écrivais ces lignes : « il n'existe que quatre niveaux de lecture (PaRDèS) et non cinq ou six, le sens apparaissant en quatrième position, après qu'aient été exploitées les approches littéraires, symboliques et allégoriques.  Seuls les Niv 2 et Niv 3 offrent l'espace de propagation propice à l'interprétation multiple, s'agissant des zones où le symbolisme profuse. Encore que le symbole lui-même ne tolère pas la dilatation infinie. Il se range obligatoirement sous l'ordre structurel dont il est une émanation. » En effet, après le passage au Niveau 3 du Dalet, la montée au sens (Sod) s'opère sans plus aucune possibilité de régression ou d'interférence. Le débat cesse et la vérité émerge dans son unité et unicité.

Certes, nous convenons avec le philosophe que « l'étude et la pensée ne sont possibles qu'à partir d'une exigence dialogale, et le dialogue n'est pas simple échange d'idées, mais questions-réponses ». A mon sens, cependant, l'étude et la pensée sont essentiellement possibles grâce à l'inspiration de la vérité issue des émanations divines et l'enseignement des maîtres compétents.

 Certes, le rapport dialogal est indispensable. Cependant, la parole émise est Une, et aussi nombreux que soient les débats, le dialogue n'est qu'un instrument au service de la montée de la vérité première, unique, qui cherche à se faire connaître dans son exactitude : l'interrogation n'est pas le but, mais l'outil pour le renouveau. L'échange est la méthode permettant la distillation dont la quintessence est l'expression du vrai. Vérité émergeant après libre parole donnée aux opinions, y compris les plus mal fondées. Le dialogue talmudique, tout en étant ouvert à la diversité des intelligences, des humeurs, est résolument tourné vers l'expression de l'Unité en phase Sod du PaRdès, vers la vérité Une qu'il recherche et dont il présuppose l'existence. Les kabbalistes et d'une manière générale, les initiés le savent : le débat dialogal a son utilité, mais aussi son terme, et tout attardement dans « l'éternité du débat » revient à empêcher la libération et la montée en Sod de la Vérité.

 

Esther, la réussite d'une politique de la Connaissance

Il existe, dans les Ecritures, un chapitre où le Redoublement est singulièrement mis en œuvre, de manière délibérée, par une personne qui en maîtrise toute la science. C'est Esther, dans la Méguilah. Esther fait tout deux fois. Les commentateurs que j'ai lus ne semblent pas l'avoir remarqué. Du moins ils n'en disent rien. Esther a pleinement intégré le Psaume 62/12. A-t-elle, dans son oreille, un appareil à redondance générant des échos ? On s'aperçoit, au cours de la narration littérale du Livre d'Esther, qu'elle se répète en toutes choses. Est-ce le comportement d'un esprit incertain, bégayant, doutant de lui et revenant chaque fois sur ses actes une seconde fois dans l'inquiétude de n'avoir pas fait ce qu'il fallait ? Non qu'elle se dédise de ce qu'elle a dit, bien au contraire, elle répète et réitère ses actes en mode « double détente ».

Elle agit avec une grande certitude, non encombrée de la curieuse méthode que prône M.A. Ouaknin qui en appelle, dans son ouvrage Le Livre brûlé, à l' « exigence de la simultanéité du dire et du dédire (ou du moins si la simultanéité est une trop grande exigence, la nécessité d'envisager ce dédire ». Esther, quant à elle, a d'autres exigences vitales : elle pense et agit en accord avec les directives émanant du « Lieu ». Stratégie efficace menant à la résolution de la difficulté puisqu'il s'agit, dans son histoire, de résoudre rien moins qu'un complot qui visait au génocide. Esther est l'exemple magistral d'une « réussite de la transcendance », que j'ose opposer en dialogue amical au concept de la « faillite de la transcendance » conçu par Emmanuel Lévinas. Esther retourne une délicate situation politique en activant les critères de la Connaissance, elle présente une objectivation canonisée de l'efficience des archétypes et des Lois sinaïtiques dont elle assume une mise en application pratique. Il y a, chez elle, un dire et redire, un dire et faire ce qui a été dit, et le faire deux fois, en conformité exacte avec le verset des Psaumes. Verset lui aussi répété, comme il se doit, selon sa propre instruction qu'il s'applique lui-même puisqu'il réapparaît, à peine modifié en Job 33, 14. « Dieu ne parle qu'une fois, mais deux nous l'entendons ».

Esther, sans aucun doute, entendait fort bien.

 

Don Quichotte n'ignore pas cette règle, d'entendre deux fois. D'agir en conséquence selon la modalité du faire et refaire. A moins qu'un signe l'en dispense ou déconseille. Le Redoublement est chez lui un style d'action instamment inspiré par l'exemplarité biblique dont il est imprégné. Les kabbalistes l'appellent Davar Schanoui, le dire deux fois. Dans la Méguilah, Esther ne se contente pas de « dire deux fois », elle fait deux fois. Et en cela, elle pose l'intervalle de temps entre les deux instances. Un temps pour dire, établit en redoublement. Un temps pour faire, lui aussi conçu en deux mouvements. Et chaque fois, instauration du temps délimité : tout d'abord entre les deux « dire », suivi du temps entre les deux « faire ». Nous ne sommes dès lors aucunement en présence de la fuite perpétuelle du temps s'échappant, comme le croit le philosophe, à mesure que la vérité s'éloignerait, éternellement dédite. Le temps, au contraire, est là, non-différé, mesuré entre les instances : les invitations à dîner répétées que lance Esther à son mari sont calculées en temps réel, et la durée qui les sépare l'une de l'autre crée un espace ouvert où l'énergie non-humaine peut intervenir : l'espace se remplit par le retrait de « faire » entre les deux instances. A la manœuvre, les forces de vie agissant par elles-mêmes parce que convoquées dans les règles.

L'action inspirée et guidée selon les règles de la Connaissance initiatique mène à la réussite. Nous y travaillons, avec vous. Selon une table de critères stables.



Références :

— La Face cachée du Cerveau, Dominique Aubier ;

— Jean Racine, Kabbaliste au service du Roi ;

— Esther, la Délivrance d'Israël ;

— CinéCode, série de films initiatiques de Dominique Aubier.

vendredi 27 novembre 2020

L'exégèse de Don Quichotte. Une œuvre magistrale de Dominique Aubier

Don Quichotte - Don Quijote - Don Quixote

 


Pour les Amis de Don Quichotte
 

 
L'exégèse de Don Quichotte conçue 

par Dominique Aubier

paraît en cinq volumes.
 
Une œuvre magistrale.





Ouverture 1
Don Quichotte Prophète d'Israel
Le codage hébreu et araméen de Don Quichotte
Éd. Ivréa (Gallimard) / Ed. M.L.L., 296 pages, 14 x 21,5cm, 34 € 
Traduit en espagnol sous le titre Don Quijote Profeta y Cabalista, ediciones Obelisco, 34 €

Ouverture 2
Victoire pour Don Quichotte
Les sources hébraïques et araméennes de Don Quichotte. Décryptage du texte original de Cervantès
Éd. M.L.L., 346 pages, 15 x 21 cm, 34 €

Volume 1.
Don Quichotte, le prodigieux secours du messie-qui-meurt
La dimension messianique de Don Quichotte, décryptage du texte original de Cervantès, exégèse du symbolisme.
Éd. M.L.L., 464 pages, 18 x 24 cm; lettrines et gravures extraites de l'édition de 1608 : 47 €

Volume 2.
Don Quichotte, la révélation messianique du Code de la Bible et de la Vie
Le message du Quichotte traversant les siècles, au service de la Vie.
Éd. M.L.L.  Livre cousu, 445 pages, 18 x 24 cm, lettrines et gravures extraites de l'original de 1608, : 47 €

Volume 3.
Don Quichotte, La Réaffirmation messianique du Coran
Don Quichotte et le soufisme d'Ibn' Arabî et Mansur Al Hallaj  403 pages, éd. M.L.L. : 47 €

Film
El Secreto de Don Quijote
Film espagnol de Raùl Rincon, RTVE, prix du meilleur documentaire au festival Las Duñas avec Dominique Aubier, en DVD, sous-titré en anglais, Luca-films, 32 €

------------ 

Série Nouvelles exégèses de Don Quichotte :

Vol. I :  Don Quichotte, la Barque enchantée

Vol. II: Don Quichotte et Dulcinée (DulZinea)

 

Disponible :
M.L.L. - La Bouche du Pel - BP 16 - 27 240 DAMVILLE - France
www.dominique-aubier.com






lundi 30 mai 2016

Conférence du rabbin Marc-Alain Ouaknin sur Don Quichotte et le Zohar

Conférence "Don Quichotte et le Zohar", par le rabbin Marc-Alain Ouaknin.

En hommage à Cervantès, le rabbin Marc-Alain Ouaknin donne des conférences sur le thème « Don Quichotte et la kabbale ». S'inspirant des ouvrages de Dominique Aubier (1922-2014) — dont il reste le fidèle lecteur —, notamment de son très remarquable essai Don Quichotte prophète d'Israel (éditions Ivréa-Gallimard), il reprend les pistes tracées par cette Initiée et Kabbaliste qui, la première, a identifié la présence du Zohar dans l'œuvre de Cervantès et réalisé le décryptage des sources hébraïques et araméennes de don Quichotte.

Est-il nécessaire de rappeler que le cryptage hébreu de Don Quichotte est une découverte réalisée par Dominique Aubier en 1967 ? Vivant en Espagne, Andalousie, où elle résida pendant près de 30 ans, elle a en effet, la première, identifié la présence, dans le Quichotte, de la référence d'Ezekiel, du Zohar, de Rabi Aqiba et de toute la leçon kabbalistique de Bar Yohai. Encouragée très tôt dans ses recherches par Alexandre Derczansky et Abraham Epstein à qui elle présenta ses premières découvertes, elle a reçu l'appui inconditionnel du cinéaste italien Roberto Rossillini et du professeur David Gonzalo Maese, spécialiste de l'araméen à l'Université de Grenade, traducteur du Meam Loez et expert mondial de la littérature séfarade. « Le discours de Cervantès est placé dans l'aura d'une incessante résonnance hébraïque » écrit D. Aubier dont le livre, traduit en espagnol sous le titre Don Quijote profeta y cabalista, est à l'origine de l'abrogation officielle du décret d'Alhambra qui, depuis 1492, oublié par l'Histoire, était resté en vigueur. Une belle victoire de Don Quichotte sur l'Inquisition.

Ce livre, dont la thèse a été reprise en 1994 par la professeure Ruth Reichelberg de l'université Bar Ilan, a fait l'objet d'un film tourné pour la télévision espagnole sous l'œil du cinéaste Raùl Rincon, El Secreto de Don Quijote, prix du meilleur documentaire au festival international Las Duñas. Un film en diffusion mondiale par la RTVE (TV Sat - et en DVD).

La participation de Marc-Alain Ouaknin au projet universalisant de Don Quichotte est importante, car il était nécessaire que la découverte du cryptage hébreu soit officiellement relayée par un représentant de la Communauté hébraïque qui reconnaît par là l'extraordinaire portée de cette trouvaille de Dominique Aubier. Tout kabbaliste doit en effet augmenter la Connaissance par une trouvaille qui lui soit propre. Ainsi, Dominique Aubier réalisé là un véritable «hidouch» : autrement dit, une découverte dont elle a fait une exégèse sur plusieurs volumes, explorant toutes ses implications hébreues et araméennes. En ce sens, elle a répondu à l'attente de Cervantès qui demandait qu'un jour son œuvre fasse l'objet d'un commentaire explicatif. Elle a également répondu à l'appel évolutif de la Connaissance qui demande inexorablement la sortie exégétique et la mise au clair du motif d'absolu. Il est nettement exposé dans Don Quichotte…
Il était dès lors normal et juste qu'un enfant d'Israël, comme le Rabbin Ouaknin (mais il n'est pas le premier car André Chouraqui, le Rabbin Hazan et d'autres avaient déjà puissamment soutenu les recherches de Dominique Aubier) tienne compte de cette avancée exceptionnelle, et s'avance avec humilité dans le sillage d'un champ déjà profondément labouré.

« Don Quichotte, héros universel, écrit Dominique Aubier, a pour objectif déclaré de faire connaître à tous les secrets de la connaissance dans et par-delà les strictes limites de la communauté hébraïque. C'est la fonction même du roman. Avec Don Quichotte, guidée par Dulcinée du Toboso, figure de la Shékina, la frontière des Nations est franchie. » Don Quichotte, en effet, réalise des « sorties » ; il s'en va de par le monde, accomplir sa mission de délivrance. Pour Dominique Aubier il ne fait pas doute que Cervantès, à travers son personnage, se situe dans une démarche… messianique, de « sortie » et procède à une union, entre Israël et les Nations, impliquant l'Espagne et la France conformément à la prophétie Obadia. 
Le rabbin Ouaknin accompagne la sortie exégétique conçue par Dominique Aubier dont la série d'ouvrages consacrés à Don Quichotte entre non seulement dans le patrimoine de la culture hébraïque mais dans le patrimoine mondial de l'humanité en progrès vers plus de lumière.




- וְגָלֻת הַחֵל-הַזֶּה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר-כְּנַעֲנִים, עַד-צָרְפַת, וְגָלֻת יְרוּשָׁלִַם, אֲשֶׁר בִּסְפָרַד--יִרְשׁוּ, אֵת עָרֵי הַנֶּגֶב
(la prophétie Obadia implique l'Espagne et La France dans le processus du dévoilement… C'est le sens même de l'action menée par Don Quichotte et Dominique Aubier.
-------------

L'exégèse de Don Quichotte par Dominique Aubier se déploie sur plusieurs volumes :

— Don Quichotte Prophète d'Israel éd. Ivréa (Gallimard) / Ed. M.L.L.
Traduit en espagnol sous le titre : Don Quijote Profeta y Cabalista, ediciones Obelisco
— Victoire pour Don Quichotte (les sources hébraïques et araméennes de Don Quichotte)
Film :
— El Secreto de Don Quijote (the Secret of Don Quixote) DVD - en espagnol et anglais.

-------------

Conférence de Dominique Blumenstihl-Roth (audio) : Don Quichotte parmi nous