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vendredi 9 mars 2018

Comprendre le Talmud. Comment ouvrir cette énigme ? Une histoire d'oiseaux (part 1)

Comprendre le Talmud.

Comment ouvrir cette énigme talmudique.

Par Dominique Blumenstihl-Roth

Dans le dernier Blog, je vous ai soumis une énigme talmudique. Vous avez été nombreux à y participer et à proposer vos lectures. Elles me semblent toutes intéressantes. Je vais tenter une approche par les archétypes et l'Alphabet hébreu. Mais tout d'abord, qu'est ce que le Talmud ? Mon article va se déployer en deux temps. Précisément parce que dans l'énigme, le Redoublement est au cœur de l'affaire. Vous pouvez bien sûr, continuer de commenter et apporter vos lumières…
Donc voici la première partie.

Les Talmud sont des commentaires de la Torah, composés sous forme de dialogues, d'aphorismes ou d'apologues, rédigés du IIème au IVème siècle. Ils sont composés de plusieurs livres, et traitent de toutes sortes de sujets, affairant aussi bien à la lecture de passages bibliques que de cas concrets de la vie quotidienne. Par exemple, que faire quand la chèvre du voisin a brouté vos rosiers ? Comment faire correctement une addition ? Le Talmud semble avoir exploré toutes les possibilités qu'offre le réel et ses réponses laissent perplexes devant l'originalité — le décalage — des réponses. Hautement considéré par la tradition hébraïque, il semble avoir réponse à tout, y compris aux questions que nous ne nous posons pas. Par exemple a-t-on le droit de prier en haut d'un arbre ?
Il s'occupe également des bonnes manières sociales, se mêlant d'une foule de détails ayant trait aussi bien à l'organisation des fêtes que la bonne composition des menus. Il se mêle également du droit matrimonial, des règles commerciales, de la bonne manière de se laver, de mettre ses chaussures…

C'est une immense œuvre dont il est difficile de saisir tous les raffinements, si bien que s'occupant de questions parfois inextricables — Kafka y a peut-être trouvé son modèle d'écriture —, il semble rempli, selon certains commentateurs, d'aphorismes incohérents destinés à nous montrer que nos existences en quête de vérité se heurteraient à un sens toujours fuyant et inaccessible. S'agirait-il en somme, de la « sagesse de l'incertitude », comme le dit Marc-Alain Ouaknin, dans son livre « Lire aux Eclats » (éditions Lieu Commun, p. 261) ?
Dans le Talmud, il n'y aurait, selon ces chercheurs, qu'infini dans l'infinitude, quête de l'incertain par la parole déconstruite, dire et dédire incessant, aléatoire approche et fuite devant la vérité. Vérité inadmissible, s'agissant d'être toujours « en marche » vers une « proposition du monde » nécessairement inaboutie.
A chacun sa définition du Talmud et de la vérité.

1. Cet ouvrage est sublime…

précisément en ce qu'il ne répond à aucun critère des référents culturels conditionnant nos catégories. Il a été traduit en français pour la première fois par Moïse Schwab. Une traduction exceptionnelle, publiée aux éditions Maisonneuve en 1932-1933 et réédité en 1960. C'est à cette édition que je me réfère.
Le Talmud ne cesse de « titiller » l'esprit de celui qui en a ouvert la première page. Il ne vous lâche plus, défiant nos logiques linéaires fondées sur le rationalisme. Nos habituelles catégories articulées autour de la croyance en la science sont mises à mal par les ressources intellectuelles — les folies  — talmudiques. Le Talmud procède en effet par la rupture discursive de la linéarité à l'occidentale. D'où son caractère incongru pour la critique littéraire. La psychologie y est mise en échec, de même que l'analyse formelle des arguments. Une autre logique s'impose… Une logique initiatique, reposant exclusivement sur la connaissance des archétypes, de leur stratégie propre et de leur déploiement dans le Principe d'Unité. A quoi s'ajoute, subliminalement ou explicitement, quantités de références à l'Alphabet hébreu.
A mes yeux, le Talmud réalise pleinement l'Écriture, parce que l'Écriture réalise le monde. Disant cela, je me trouve en délicatesse avec la pensée de mon ami le Rabbin Ouaknin qui écrit que « le monde ne réalise pas l'Écriture et l'Écriture ne réalise pas le monde ». Son point de vue paraît insolite car s'il était exact, à quoi servirait la Torah et à quoi servirait de vivre si le monde, donc ma vie ne réalise par le projet de l'Écriture qui est d'accomplir notre Liberté ?

Selon son livre (p. 40), pour le Talmud, « la vérité est l'a-vérité : toujours plurielle, multiple, complexe ; jamais unifiée, unique et simple ». Sans vouloir concurrencer cette philosophie, je n'ai pas compris cette pensée selon laquelle le Talmud serait l'expression d'une vérité jamais unifiée, jamais unique, alors que tout le Talmud n'est qu'affirmation du Principe d'Unité, de la cohérence d'un modèle d'Absolu. Ne pas connaître ce modèle permet-il de dire que ce dernier n'existe pas ?
Don Quichotte, dont la pensée et les actes semblent inspirés par une étrange folie dit à son Lecteur « ne crois pas que j'agis sans modèle ». Quand bien même ce modèle soit ignoré du Lecteur désoccupé, il n'en existe pas moins. Il ne reste dès lors qu'à le découvrir, le comprendre, et qui sait, s'en emparer et en user à notre tour.
L'incohérence apparente des récits talmudiques peut rebuter, amuser, distraire ou agacer. Il n'en est pas moins vrai que tout le Talmud est édifié sur une modélisation positive, qui pulvérise la pensée conventionnelle, sa référence étant tout autre : le Talmud comme le Quichotte, s'exprime selon une modélisation que nous sommes priés de découvrir sans a priori. Quel est ce modèle ? Quel est le référent ? Ce référent non pluriel mais unique ? 
C'est donc en toute amitié que je prie Marc-Alain Ouaknin de me permettre de retourner ses propos, tout en saluant l'intérêt de son œuvre et en le remerciant d'avoir ouvert le débat : pour ce qui me concerne, je me range résolument du côté de l'Écriture-vérité réalisant le monde. C'est la thèse biblique, celle du Quichotte pour qui n'existe aucun doute quant à l'existence d'un modèle de référence, d'une grille de Lecture de la vie, d'un plan selon lequel la Vie aurait été pensée.

A mon sens, nul hasard, oui la vie se manifeste et s'invente, à chaque seconde, selon une intention dont nous ignorons certes la finalité, et c'est ce futur qui nous tire vers lui, faisant de nous déjà les hommes du passé par rapport à ce point d'avenir nous tirant vers lui, vers sa certitude. Cette logique constitue un défi à l'esprit philosophique et sa croyance en l'épluchage éternel de l'oignon en attendant l'apparition du sens.

Le sens est là d'abord. Le réel s'organise autour de lui. Il est perceptible, identifiable, saisissable.

2. De l'oignon philosophique.
Pour illustrer la quête de vérité, on utilise souvent la métaphore de l'oignon : le chercheur serait comme le cuisinier enlevant une à une et à l'infini les peaux du légume sans jamais découvrir le noyau. La métaphore, hélas, est fausse, tout d'abord parce que l'oignon n'a pas de noyau. La première erreur réside donc dans le choix de l'objet de la métaphore. Car le sens existe. Le noyau existe et préside. Mais pas dans l'oignon. Et si le philosophe a choisi l'oignon pour décrire sa démarche, cela décrit surtout l'échec de sa propre quête, et non pas l'objet de la quête. Le philosophe épluche une pensée — qui le fait beaucoup pleurer — pour finir par ne jamais trouver le noyau, tout simplement parce que chercheur s'est trompé de légume et de méthode. Peut-être aurait-il dû cueillir une cerise, la mettre en bouche (organe de la parole), savourer le fruit et extraire le petit noyau, symbole d'unité d'où l'arbre futur sera issu ?
Et voici justement un oignon qui semble poser problème au penseur. Je reprends ici le texte que M. Ouaknin donne d'une énigme talmudique. Parviendrons-nous à résoudre la charade ?  


3. Une énigme talmudique.
— « Un jour où il était en train d'étudier dans la vallée de Génazareth, il (Elicha) vit un homme grimper à un arbre et s'emparer des oiseaux. Emportant la mère avec les petits, il descendit sans encombre. Le lendemain, il y eut quelqu'un d'autre. Celui-là grimpa à l'arbre, prit les petits oiseaux après avoir, comme le prescrit la Torah, chassé la mère.
En redescendant de l'arbre, il fut mordu par un serpent et en mourut.
A cette vue, Elicha s'étonna et dit : "il est pourtant écrit : Tu renverras la mère et tu prendras les petits pour toi afin qu'il t'en arrive du bien et que tu vives longtemps". Or quel bien cet homme en a-t-il acquis ? Où est sa longue vie ?… »

L'auteur précise, au chapitre suivant de son ouvrage, que le récit talmudique est issue d'un passage de la Bible, Deutéronome, verset 22, 7 : « si par un hasard de rencontre, un nid d'oiseau, devant toi en chemin ; dans tout arbre ou sur la terre, des oisillons, ou des œufs et la mère sur les enfants.
Renvoie, tu renverras la mère, et les enfants tu les prendras.
Afin qu'il te soit fait du bien
Et tu prolongeras les jours.
 »
 

Je propose d'inverser l'ordre proposé par M. Ouaknin et de commencer par le texte biblique de Deutéronome pour passer ensuite au Talmud. Car c'est le Talmud qui est le commentaire de la Torah et non le contraire. Précisons que c'est dans un esprit positif que je souhaite progresser et améliorer, si tant est que cela soit possible, l'approche d'un texte. Peut-être une découverte nous attend-elle au bout du chemin si nous débroussaillons les passages et si nous avons l'audace de nous engager d'une manière originale, « disruptive » de tout ce qui a pu être pensé jusque là ? Trouverions-nous quelque éclaircissement nouveau quand, depuis plus de deux mille ans, des dizaines d'esprits brillants, autrement plus lettrés et instruits que nous se sont penchés sur ce texte ? Qui peut croire qu'une découverte serait encore possible ? La seule trouvaille réalisable, ce serait que nous (re)tombions sur le noyau du sens. Dans ce cas, le mérite serait tout entier à reverser sur le Maître nous ayant instruit de la bonne méthode. Encore que sa modestie écarterait cette reconnaissance.

4. Le texte biblique du Deutéronome verset 22, 7.

Ce verset se compose de deux parties aisément repérables. La première partie, sans aucun verbe, met en scène la circonstance de l'action : un hasard de rencontre, un nid d'oiseau, toi en chemin, un arbre ou sur terre, des oisillons ou des œufs, la mère sur les enfants. Six éléments narratifs, six images fixes.
Surgit le verbe «  Renvoie ». Verbe redoublé, d'abord à l'impératif, redoublé d'un futur « tu renverras ». « Et les enfants tu les prendras ». Verbe d'autorité. Les œufs ou les petits de l'oiselle (la mère) deviennent des enfants. Il faut les prendre avec soi après avoir chassé la mère.
Pourquoi ? Afin qu'il te soit fait du bien et tu prolongeras tes jours.
Comment le fait d'avoir enlever des petits d'oiseaux pourrait-il prolonger mes jours ?
Ces questions, des dizaines de talmudistes se les sont posées.

Les uns ont estimé qu'il fallait chasser la mère avant de prendre les oisillons, afin que la mère n'assiste pas à l'enlèvement. 
C'est un peu court, si nous en restons à cette lecture littérale. D'autant que c'est là l'opinion de Maïmonide, l'immense savant médiéval du judaïsme. Je suis persuadé qu'il en savait bien plus mais qu'il se tait. Sa réponse en dit beaucoup plus long. Car si la mère représente l'ancien entendement, l'ancienne approche de la Connaissance, alors il faut effectivement la chasser pour favoriser l'émergence de la génération nouvelle d'esprits : les oisillons représentent ici la mise à jour de la Connaissance dépassant les acceptions anciennes qu'il convient d'écarter au préalable. Maïmonide, parlant de la mère chassée pour lui éviter l'affliction, songeait-il à lui-même, dont il savait que ses propres travaux seraient un jour dépassés par une réactualisation des critères de la Connaissance ? En esprit lucide, il ne s'oppose pas à l'élargissement de la Connaissance par les générations nouvelles.


5. « Renvoie, tu renverras ».
A noter, dans le texte biblique, le verbe renvoyer, sous deux formes impératives répétées : « Renvoie, tu renverras ». Cette formule correspond à ce « dire deux fois » symptomatique de la Tora, où toujours Dieu parle une fois, mais deux fois nous l'entendons. Le Rabbin Ouaknin commente ce phénomène de la répétition : selon lui, il s'agirait de la pluralité de l'expression divine, où deux correspond au pluriel (cf. Lire aux Eclats, p. 267). Nous ne partageons pas ce point de vue étonnant, car le deux n'exprime pas la pluralité ou la multitude. Le deux exprime soit la dualité soit la répétition (redoublement). Deux concepts différent qui ne se superposent pas mais qui cohabitent. D'une part, « deux »  implique la structure duelle — structure d'Absolu en deux hémisphères disposés en Droite et Gauche. Il en découle le fonctionnement duel, donc la dualité fonctionnelle. L'autre concept-archétype s'exprimant par le deux, c'est le Redoublement. Les choses se font en deux temps. On se reportera au livre de référence La Face cachée du Cerveau pour distinguer au mieux ces deux archétypes.
Le texte biblique en appelle très clairement à l'archétype du Redoublement quand il interpelle le Lecteur : « Renvoie, tu renverras ». Agir en deux temps.
 

6. Renvoyer la mère. C'est « remercier » l'ancienne pensée. 

La Torah dit de renvoyer. Dans le sens de repartir, retourner et laisser les œufs à la portée du passant. Qu'en fera-t-il, de ces œufs ou oisillons qu'il a l'obligation de « prendre pour soi » ? Que signifie « prendre pour soi » ? Manger, ingurgiter ? Comme on ingurgite une pensée, un enseignement ?
S'agissant d'oiseaux, j'ai posé la question… à une vétérinaire de mes amis. Voici en substance sa réponse :
— Si on chasse la mère en train de couver et qu'on s'empare de sa progéniture, les petits sont pratiquement condamnés à mourir, à moins d'être soignés jour et nuit par des personnes qui leur donnent la chaleur et la becquée toutes les vingt minutes. Je ne voudrais pas contrarier la Bible, mais à mon sens, la meilleure chose qu'on puisse faire, quand on voit un nid, c'est de le laisser tranquille.
— Vous avez raison, lui-dis-je, c'est peut-être un apologue inversé… pour nous dire le contraire. Quand vous voyez un nid, ne touchez ni à la mère ni aux petits. Allez votre chemin, évitez leur les ennuis de votre intervention. Vous n'avez pas à vous mêler de leur vie. Fichez leur la paix. Et c'est pour cela que le texte dit « qu'il te soit fait du bien et tu prolongeras tes jours ». Vivre et laisser vivre.  Et laissant les oiseaux bien tranquilles, je prolonge mes jours ayant prolongé les leurs.

Il résulte de cette discussion d'ornithologues que cette affaire d'oiseau a besoin d'éclaircissement. Dans le Talmud, les discussions sont enchevêtrées, parfois inachevées, toujours ouvertes sur de multiples pistes parfois contradictoires. Mais elles renvoient toujours le Lecteur vers lui-même, vers sa question, au sein de laquelle se trouve souvent la réponse. Le Talmud défie la perspicacité des esprits les plus fins, 
exigeant une initiation au préalable dont il ne donne pas lui-même ouvertement la clé. Il met le lecteur au défi d'exercer cette Connaissance pour déjouer ses interrogations, énigmes et espiègleries. Les mystères talmudiques ne se résorbent pas au moyen de la pensée linéaire, ni de la réflexion philosophique, dût-on en faire quatre lectures. L'outil de la philosophie demeure impuissant devant l'épaisseur de la muraille. Il ne s'agit pas, en effet, d'attaquer la forteresse du Talmud en l'assiégeant par la réflexion ratiocination sans fin du scientisme prétendant être la seule puissance à même de diriger, comprendre, ordonner le monde. Il existe un autre ordre, un autre système : celui de la vie, le système du Réel dont le Talmud et la Torah justement rendent compte.

Je n'ai pas la capacité d'élaguer l'arbre du sens pour mettre à nu le tronc de vérité. Mais il me semble qu'en appliquant à la lecture talmudique certains critères initiatiques, plus d'une énigme s'ouvre donnant à voir son noyau conceptuel jusque là dissimulé sous le langage métaphorique. C'est donc en me dotant du Code des Archétypes et de la science des Lettres que j'ai pu au moins entrouvrir, entr'apercevoir certains éclats de sens.

7. Ouvrons le texte talmudiqueSeconde lecture…
« Un jour où il était en train d'étudier dans la vallée de 
Génazareth, il vit un homme grimper à un arbre et s'emparer des oiseaux. Emportant la mère avec les petits, il descendit sans encombre. Le lendemain, il y eut quelqu'un d'autre. Celui là grimpa à l'arbre, prit les petits oiseaux après avoir, comme le prescrit la Torah, chassé la mère.
En redescendant de l'arbre, il fut mordu par un 
serpent et en mourut.
A cette vue, Elicha s'étonna et dit : "il est 
pourtant écrit : Tu renverras la mère et tu prendras les petits pour toi afin qu'il t'en arrive du bien et que tu vives longtemps". Or quel bien cet homme en a-t-il acquis ? Où est sa longue vie ?… »

Le Talmud met en scène un homme qui observe le précepte biblique évoqué plus haut. 
L'observateur-narrateur est Rabbi Elicha. Il voit un homme grimper à un arbre. Tout va bien pour ce 
premier fidèle. Mais le lendemain, le même Rabbi Elicha voit un second passant désirant lui aussi respecter la prescription de la Torah. Lui aussi monte à l'arbre, prend les petits oiseaux, mais en redescendant, il se fait pincer par un serpent et en meurt.

Le Talmud donne encore une autre explication, indique Marc-Alain Ouaknin, citant une autre version de cette histoire : « Le 
second jour, il vit un homme et son fils qui passaient devant l'arbre et le nid. Le père dit au fils : monte, renvoie la mère et ramène les oiseaux. Le fils monta, renvoya la mère. Lorsqu'il voulut redescendre, la branche cassa, il tomba et mourut.  Elicha s'écrie : Est-ce là, la Torah, est-ce la sa récompense ? Il semble bien qu'il n'y ait ni rémunération ni résurrection ! »

Dans cette histoire, le Talmud projette des versions différentes du même scénario. On retrouve toujours Elicha comme observateur des drames frappant 
les seconds passants. C'est à cette constante-là qu'il faut réfléchir. A la « deuxième » occurrence. Réfléchir au second temps, comme cela est indiqué par la Torah  « Renvoie, tu renverras ». Relisons les textes en ayant bien en tête cette répétition du verbe et ouvrons grand nos yeux.

8. Acte I. Le premier passant.
« Un jour où il était en train d'étudier dans la vallée de Génazareth, il vit un homme grimper à un arbre et s'emparer des oiseaux. 
Emportant la mère avec les petits, il descendit sans encombres ».
Sans encombre : pourquoi, dès le début du récit, le Talmud parle-t-il d'encombres possibles ? Présuppose-t-il que ceux-ci ne vont pas tarder à surgir ? Pourquoi y en aurait-il ? Relisons encore une fois ce passage : Elicha voit un homme qui emporte la mère avec les petits. A y regarder de près, 
cet homme n'a pas observé le précepte biblique. Il n'a pas renvoyé la mère, il l'a emportée avec les petits. Le texte est clair : «  emportant la mère avec les petits, il descendit sans encombre ». Ayons à l'esprit un mot important non prononcé : « cependant ». C'est-à-dire : il a emporté la mère et les petits, et cependant il redescendit sans encombres. C'est là une technique classique du Talmud, que procéder par élision, d'accoler deux phrases laissant ouverte la qualité de la conjonction devant les lier. A nous de compléter et trouver le mot faisant lien.
L'attitude du passant est fautive : il a emmené la mère et les enfants. Il s'est emparé de la Connaissance ancienne et de la nouvelle, sans distinction, il en résulte un mélange des genres. Il parlera le langage ancien dans des temps nouveaux. Conséquence ? Elle sera subie par le second voyageur.

9. Acte II. Le lendemain, répétition.
Là où la première instance n'aura été qu'informative, sans conséquence effective, la seconde se verra confrontée à la réponse de la Vie. Le second voyageur suit scrupuleusement le texte du Déteuronome : celui là grimpe à l'arbre, prend les petits oiseaux après avoir, comme le prescrit la Torah, chassé la mère.
Mais en redescendant de l'arbre, il est mordu par un serpent et en meurt. Là aussi, insérons le mot essentiel à la compréhension : « pourtant ». Pourquoi est-il mordu par un serpent alors qu'il a fait ce qui est prescrit ? N'est-ce pas le premier qui aurait dû être mordu ?
Eh bien c'est en raison du Redoublement. Le premier a ouvert un cycle qui se déploie en deux temps. Il a introduit une erreur en ne chassant pas la mère. Cette information est prise en compte par le cycle qui en développe la thématique et qui conditionne le futur. La seconde instance subit le conditionnement de la première et l'erreur inoculée en « Bip » (l'expression est de Dominique Aubier) déclenche les conséquences en « BOP ». On ne peut rien modifier en BOP, dès lors que l'instance Bip est déterminante de l'avenir. Le livre-arbitre (pardon : le libre-arbitre) n'existe plus en seconde instance. La liberté a son lieu, son temps, et même son instant. C'est l'instant de la décision. C'est en première instance informative que l'Homme peut orienter l'avenir, le travailler, le modeler. Ainsi, quand le second voyageur, scrupuleux serviteur du texte s'empare des oisillons, il paie le fruit de l'erreur préparée par le premier. Le serpent n'est là que parce que le premier a commis l'erreur. Le serpent, alerté (informé de la Loi du Redoublement), attend tranquillement la seconde occurrence dont il sait qu'elle ne lui échappera pas. Il tire son droit de mordre depuis l'erreur commise en première instance.
Le véritable responsable de la mort du second voyageur n'est donc autre que le premier qui n'a pas respecté à la lettre la prescription de chasser la mère. Il a tout voulu garder pour lui, mère et petit, commettant là une grave erreur intellectuelle se répercutant sur le cycle suivant.


La suite de l'article dans le prochain Blog.

 

La Loi du Redoublement : explicitation dans ce livre : La Face cachée du Cerveau


mercredi 28 février 2018

Qui ouvrira cette énigme ? (décrypter un mystérieux passage du Talmud)

Qui ouvrira cette énigme ?
(décrypter un mystérieux passage du Talmud)

Par Dominique Blumenstihl-Roth

De nombreuses personnes se disent initiées. En effet, après avoir effleuré trois livres de kabbale, quantités se sentent pousser les ailes de la maîtrise et, saupoudrant leur nouvelle compétence d'un peu de psychologie basique, se prennent pour des aigles. Les voilà qui créent leur cours, leur institut, leur université même, délivrent des diplômes, rien moins que des doctorats es-Connaissance.
Plaisanterie mise à part, demandons-nous : à quoi reconnaît-on un initié ? Qu'est-ce qui le distingue, en quoi serait-il habilité à enseigner ?

J'en ai déjà parlé dans un blog précédent : 
« l'initié c'est celui qui n'ignore rien de ce que Dieu sait de lui. » C'est une phrase du célèbre soufi andalou Ibn' Arabî. Plus précisément, c'est une personne qui pense et agit au moyen des critères de la Connaissance et qui possède donc la maîtrise de la Table des critères initiatiques. Cette Table n'est pas secrète. Mais sans doute est-elle réservée à une élite. Il n'y a pas de ségrégation, car cette élite, tout le monde peut en faire partie. C'est affaire de volonté, de décision, de culture et d'effort. Je dirais que la Connaissance est la chose la mieux partagée au monde. Le vrai problème, c'est que personne n'en veut.

Est initié celui ou celle qui connaît le Principe d'origine, dans les termes précis les plus en phases avec les exigences de son temps. Est initiée la personne menant sa pensée et son action en s'accordant à ce Principe d'Unité et ses lois. Est initié celui qui, citant ses sources, habite pleinement la pensée initiatique sans dérivation ni diverticule. Quant aux différents degrés de compétence qu'il peut acquérir, ils sont bien connus dans la Kabbale hébraïque qui distingue le petit chevreau du jeune cheval blanc s'ébrouant dans la prairie. Certains accèdent à la compétence du Lion (Ari), tel Don Quichotte surnommé le Chevalier des Lions, d'autres passent — progression qu'observe Don Quichotte — au grade du Chêne (Alon). Une nomination rare, comme celle de «Tov », sans doute l'un des grades les plus élevés, s'agissant de la parole biblique approuvant les différentes étapes de la Création. 

Voyons-nous clair ? Dans nos vies, dans la réalité ? Tâtons-nous dans le vide, naviguons-nous à vue ? Possédons-nous une carte nous permettant de traverser les Océans ? Ou partons-nous dans l'inconnu ? Les initiés possèdent une grille : LA grille. Car « ne crois pas que j'agis sans modèle » confie Don Quichotte à son Lecteur. Cette grille de lecture devrait nous permettre d'ouvrir le sens des Textes, le sens des événements. Et justement, je suis récemment tombé sur un texte étrange, tiré des Talmud, cité par le Rabbin Marc-Alain Ouaknin dans son livre Lire aux Eclats. Je vous soumets ce texte et serais heureux de recevoir vos interprétations, sentiments, réflexions pour enrichir la recherche sur sujet. Dans un prochain Blog, si cela vous intéresse, pour le dialogue et l'échange, je vous en donnerai ma propre lecture, appuyée sur l'enseignement de mon Maître
Voici le texte de l'énigme :

« Un jour où il était en train d'étudier dans la vallée de Génazareth, il (Elicha) vit un homme grimper à un arbre et s'emparer des oiseaux. Emportant la mère avec les petits, il descendit sans encombre. Le lendemain, il y eut quelqu'un d'autre. Celui-là grimpa à l'arbre, prit les petits oiseaux après avoir, comme le prescrit la Torah, chassé la mère.
En redescendant de l'arbre, il fut mordu par un serpent et en mourut.
A cette vue, Elicha s'étonna et dit : "il est pourtant écrit : Tu renverras la mère et tu prendras les petits pour toi afin qu'il t'en arrive du bien et que tu vives longtemps". Or quel bien cet homme en a-t-il acquis ? Où est sa longue vie ?… »

L'auteur précise, au chapitre suivant de son ouvrage, que le récit talmudique est issue d'un passage de la Bible, Deutéronome, verset 22, 7 : « si par un hasard de rencontre, un nid d'oiseau, devant toi en chemin ; dans tout arbre ou sur la terre, des oisillons, ou des œufs et la mère sur les enfants.
Renvoie, tu renverras la mère, et les enfants tu les prendras.
Afin qu'il te soit fait du bien
Et tu prolongeras les jours.
Renvoie, tu renverras la mère, et les enfants tu les prendras.
Afin qu'il te soit fait du bien
Et tu prolongeras les jours.
Renvoie, tu renverras la mère, et les enfants tu les prendras.
Afin qu'il te soit fait du bien
Et tu prolongeras les jours. 
»

Le Talmud donne encore une version quasi-similaire : « Le second jour, il vit un homme et son fils qui passaient devant l'arbre et le nid. Le père dit au fils : monte, renvoie la mère et ramène les oiseaux. Le fils monta, renvoya la mère. Lorsqu'il voulut redescendre, la branche cassa, il tomba et mourut. Elicha s'écrie : Est-ce là, la Torah, est-ce là sa récompense ? Il semble bien qu'il n'y ait ni rémunération ni résurrection ! »

A vous de lire et relire ce texte. A vous de vous casser la tête. Quel est le symbolisme de l'oiseau ? Pourquoi certains réussissent et d'autres échouent ? Pourquoi la branche casse-t-elle ? Pourquoi un Serpent se trouve-t-il là ?

J'attends et espère votre participation… intellectuelle.

Suite de l'énigme ici

jeudi 22 février 2018

Le meurtre de Maëlys. Décryptage initiatique d'un crime.

Le meurtre de Maëlys. Un crime satanique.

« il suffit que le Rapprochement ait été opéré, pour qu'aussitôt le Serpent se dresse. »p. 230 vol II

Par respect du Droit, je prie les lecteurs d'ajouter par eux-mêmes l'expression « présumé innocent » chaque fois que cela serait nécessaire. J'ai utilisé à cette fin l'abréviation « p. i. ».

Notre sommes tous sidérés par l'effroyable meurtre de la petite Maëlys. J'ai évoqué le sujet dans un article précédent, mais sous le coup de l'émotion, je ne suis pas allé au bout de ma pensée. J'ai hésité, parce que la douleur que provoque un tel drame ne peut faire l'objet d'aucun commentaire. En effet, je crois à la force silencieuse de la compassion partagée. Je veux également éviter de donner relief à son tueur (p.i.) et je me refuse à jamais écrire son nom tant j'estime qu'il s'est retiré, par son acte, de la communauté des humains.


Être lucides face à l'acte commis.
Reste l'attitude que le présumé affiche, ses aveux, soigneusement calculés et dosés. Il est nécessaire, non pas de juger — un tribunal le fera — mais d'être lucides face à l'acte commis, face à celui (p. i.) qui l'a perpétré et ses manigances riches d'inventions.
Les psychologues ont fait un portrait. Ils disposent certes d'une méthodologie expérimentale pour décoder les comportements. Mais ne restent-ils pas démunis face à ce genre d'énergumènes dont l'intelligence déjoue leurs spéculations ? J'observe que même les spécialistes en criminologie paraissent désemparés dans cette affaire, du moins ceux que j'ai entendus s'exprimer sur le sujet, tant leur science, dépourvue de grille de lecture fiable, semble incertaine au regard de l'ontologie criminelle. Psychiatres, psychanalystes se sont succédé sur les ondes exprimant leurs opinions, toutes respectables, mais souvent désorientées, confrontées qu'elles sont là, à une puissance mentale résistant à ce qu'ils ont pu expérimenter au cours de leurs carrières : le rationalisme en effet a une immense difficulté à reconnaître qu'une entité puisse défier ses catégories. Sans vouloir minimiser leur science, fort utile pour comprendre les actions et réaction humaines, ce que certains professionnels ont qualifié de « perversion narcissique » me semble répondre plus d'une impuissance de leur expertise que d'un véritable diagnostic. Les descriptions psychologisantes aussi savantes soient-elles sous des dénominations somptueuses délivrent-elles l'identité de l'énergie en œuvre dans ces individus ? Les qualifier de pervers les amuse, les assortir de narcissisme les flatte. Associer les deux les fait exulter.

Qui est le tueur de Maëlys ?
J'ai eu le privilège d'avoir été formé par la kabbaliste Dominique Aubier, et l'une des choses qu'elle m'a enseignée, c'est que pour aborder la Connaissance du monde et de la réalité, il fallait s'extraire d'une certaine naïveté et savoir que les forces du mal existent
« L'ignorance du mal est une carence de notre culture » écrit-elle dans un livre où elle a démontré l'emprise satanique du nazisme.
Les forces du mal existent en tant que tel, et sont portées par certains êtres qui leur sont dévouées. Elles viennent habiter certains individus qui les accueillent avec joie et s'en portent, pour leur plus grand plaisir, les exécuteurs. Il n'est que notre candeur rationaliste pour croire en la « psychologisation » de ces énergumènes qui exploitent fort bien notre étonnante croyance en des schémas socioculturels, historiques ou familiaux prétendument responsables de leur comportement. Cette crédulité de la pensée rationaliste, typiquement occidentale à l'endroit du Mal, serait acceptable si elle n'aboutissait à justifier, excuser leurs actes, faisant des tueurs les victimes d'une société produisant, selon eux, parmi ses excès et déchets, des êtres comme eux. Pauvreté, illettrisme, misère sociale, chômage seraient alors responsables de la criminalité, nous disent les brillances naïves de l'érudition conventionnelle. 

Qui est il ?
Son État Civil m'importe peu.
Son passé m'est indifférent. — Et que l'on cesse de le désigner comme « l'ancien militaire ». C'est blesser tous ceux qui ont été militaires que d'établir un lien analogique entre le tueur-avoué (p. i.) et eux.
Je ne sais rien de sa condition sociale et ne désire pas la connaître, refusant d'entrer dans ce jeu où l'on cherche à cerner la personnalité de l'assassin (p. i.) par les prétendues conjectures psycho-analytique qui l'auraient potentiellement conduit un jour à « devenir hélas le malheureux tueur (p. i.) d'une victime… aussi innocente que lui ». J'entends déjà ce raisonnement que la Défense garde sous le coude. Et il se trouvera un expert puissamment diplômé pour soutenir cette thèse. Je rejette ce raisonnement en ce qu'il n'est qu'une fantaisie cherchant à embrouiller les esprits afin de cacher la véritable identité du « présumé innocent ».

Dans le meurtre de Maëlys, qui est à l'œuvre ?
Je suis très sérieux en posant cette question : qui est à la manœuvre dans cette affaire. Qui ? La Tradition connaît ses modalités de pensée, ses rituels, ses vices. La Tradition en a expérimenté la puissance, l'intelligence, la perversion et en a décrit les ressources. L'entité animant ces misérables porte un nom. Compte tenu du crime commis, du comportement de son présumé auteur (innocent présumé), de ses paroles, de ses modalités de pensée, nous aurons tôt fait de repérer qui, à travers ces typifications, agit. Puis-je le dire ? C'est SATAN. Lui aussi, bien sûr, innocent présumé.
Ayant dit cela, j'entends les ricanements de ceux qui croient qu' « il n'existe que des faiblesses humaines plus ou moins graves ». Il n'y aurait, selon eux,  « ni bien ni mal, mais juste des nuances de gris entre les deux » et dont il faudrait s'accommoder. Ce sont là d'immenses sottises d'esprits inconséquents n'ayant pas été confrontés à la réalité de ce sur quoi ils se permettent d'opiner. Leur point de vue est d'une indigence navrante, défiant la longue expérience que l'humanité a faite du mal, au cours des siècles. Le Mal, avec une majuscule, il existe. Autant s'en instruire afin de l'identifier, le reconnaître. Le démasquer. Si possible en venir à bout.

Satan, vous n'y croyez pas ? 
C'est votre liberté. Les Évangiles lui consacrent plus d'une page, Jésus lui-même l'aurait rencontré à trois reprises. « Les gens ne croient pas au mal. Même quand il les étrangle », écrit le grand écrivain allemand Goethe qui a parfaitement cerné la problématique dans Faust. Relisant son œuvre, on s'aperçoit que l'une des astuces de Satan consiste précisément à dérouter nos esprits de sorte que l'on ne croit pas en son existence, ce qui lui permet d'augmenter en puissance, au vu et au su de tous, sans se dissimuler, s'affichant de plus en plus,  jusqu'à ce qu'un éclair de lucidité nous amène soudain à nous dire, mais trop tard : « c'était donc Toi ? »
Selon ce que j'ai appris par Goethe, Satan est l'acteur du mal absolu, mais il ne peut agir par lui-même : il a besoin d'un bras humain pour perpétrer son projet, besoin d'un exécuteur accomplissant le forfait ; il lui faut devenir homme au motif d'un contrat passé avec lui. Satan et l'homme devenant alors indissociables, unis par un pacte monstrueux. Mais que ce soit clair, et Goethe le souligne : l'homme signataire du pacte satanique n'est pas victime, car c'est librement et en toute conscience qu'il en paraphe le parchemin. La responsabilité de l'individu est totale et il ne faudrait pas conclure, par l'existence de Satan, que le meurtrier ait été en quelque sorte conditionné par quelque engrammation lointaine dont il répéterait, à son insu, la gravité.

Les stratégies sataniques sont nombreuses. L'une de ses manigances, outre le meurtre, consiste à augmenter de la douleur qu'il inflige à la victime et aux proches par toutes sortes de procédés se rajoutant à l'acte même. Il n'est pas « juste » le tueur occasionnel (p. i.) d'une enfant. Ce serait se contenter de trop peu. Satan veut plus. Toujours plus de plaisir, jouissance qu'il s'accorde également sur le dos de la collectivité, de la société dont il sait combien elle est démunie de tout outil de compréhension qui permettrait de le démasquer. Cet agissement secret, — le mot « pervers » consacré par les professionnels est bien trop faible pour en décrire l'extraordinaire corruption — est au cœur de son avilissement. Dès lors lui conférer un « portrait psychologique » peut sembler intéressant pour la biographie, à ceci près que Satan ne fait qu'une bouchée de tous les experts venant l'interroger, en ce qu'il domine leur science, étant mieux instruit qu'eux, par une inspiration non livresque mais ontologique : autrement dit, c'est le Mal lui-même qui est son instructeur et guide. Il n'entre dans aucune des catégories pré-établies par l'Université, ou au contraire, il les remplit toutes, s'amusant une nouvelle fois de l'étroitesse des grilles de classification qui prétendent l' « expliquer ».

Satan est hors norme.
Dès lors la « normalité » de l'entendement ne le cerne pas. Il appartient à un autre « registre » que celui du « mal ordinaire ». Pour appréhender son « registre » il faut nous départir de notre mode de raisonnement causal fondé sur les « sciences cognitives » : en effet, Satan est un fin connaisseur de ces sciences-mêmes qui prétendraient le déjouer. Ainsi, l'interprétation neuro / psycho / génético / logique… devient l'instrument même de Satan en ce qu'il se réfugie derrière cette vanité que nous aurions de vouloir le « guérir ». Satan s'amuse de notre crédulité — et c'est la maladie de notre siècle —  quand nous estimons que seule l'exégèse scientifique serait authentique et recevable face au mal auquel la science justement ne croit pas : Satan nous invite à croire au diagnostic rationnel de sa prétendue maladie, précisément afin d'échapper une fois de plus à son identification réelle.

La mise en scène démoniaque.
Acte premier, Satan fomente, prépare son forfait. Il n'est pas simplement opportuniste. Il est certes toujours aux aguets : « le diable ne dort jamais », c'est bien connu. Mais il est surtout calculateur, planificateur. Et longtemps à l'avance, il se raconte le plan qu'il prépare, détermine le calendrier de son projet et aime le récit qu'il s'en fait : première jubilation.
Acte 2 : c'est le passage à l'acte, et c'est une nouvelle jouissance lorsque la perversion lui réussit : il (p.i.)  a choisi, pour frapper son coup, un jour de mariage, union sacrée de deux personnes décidées de lier leurs vies. Il parvient à se faire inviter à ce mariage. Ce jour là, célébration d'union, promesse de vie, il choisit de porter la mort. La satisfaction qu'il en a tirée, outre l'acte même d'assassiner, a dû être intense. Nos âmes normalement équilibrées ont du mal à imaginer la possibilité d'une telle dépravation.
Acte 3 : il se retire, demeure silencieux, observe le malheur qu'il a provoqué, retourne au mariage et se réjouit du spectacle de la détresse d'autrui. Nouveau contentement. Dissimulation, maquillage de la voiture dont la mise en vente était, elle aussi, prévue de longue date.
Acte 4 : plus ou moins suspect, l'exercice en devient plus intellectuel, confronté qu'il est à des interrogatoires. Sûr de dominer ce qu'il considère comme un jeu, il s'amuse de la justice, se moque des policiers. Défie les juges de ne jamais le coincer, allant même demander sa remise en liberté. 
Au fond, le vrai désir de Satan, outre le plaisir qu'il éprouve à tuer, c'est paradoxalement… de se faire prendre, afin que son acte soit connu, qu'on le lui attribue et qu'il puisse démonter sa supériorité à tous.
A l'acte 5 : mis en difficulté par la science, il avoue son forfait, comme si ses aveux étaient encore nécessaires… Ses aveux méritent un commentaire : ils interviennent après que la science ait démontré sa culpabilité. Ils ne servent donc plus de rien. Si ce n'est qu'il montre par là combien il reste le maître du jeu ayant réservé ses aveux en lieu, date et place que lui seul décide. C'est en effet lui qui a convoqué le juge pour étaler son aveu, c'est lui qui a imposé à la justice le calendrier de son programme.
Ses aveux n'ont émergé qu'une fois que la science a parlé : acculé, il veut immédiatement reprendre la main, cherchant à diminuer la pertinence de la vérité objective, amoindrir ainsi le poids de la preuve en théâtralisant la séance de sa pseudo-rédemption. Nous faire croire, en « avouant », qu'il lui resterait une molécule d'humanité… tout en dosant très subtilement le poids de chaque mot composant ces « aveux »… La science, en effet, a prouvé la présence de la victime dans le coffre de sa voiture mais le raisonnement scientifique, fondé sur l'objectivité rationnelle de l'observation ne peut évidemment pas visionner la scène du crime et en produire le film. Jouant sur cette faiblesse, et en tirant même les avantages, il avoue et pose simultanément la théorie de l' « accident » faisant de lui l'innocent que nous sommes obligés de présumer.

On se souviendra du Tartuffe de Molière, exultant à la joie de s'avouer coupable de ses perversités. Aveux prévus, dans des termes choisis et pesés. Car Satan a besoin d'être reconnu, d'être vu : raison pour laquelle il revendique son acte tout en se laissant des possibilités d'échappatoire. Chez Satan, l'aveu n'est point regret. Bien au contraire, c'est pour lui une occasion nouvelle de pavoiser dans l'affirmation orgueilleuse de ce qu'il considère comme une performance. Il tire à lui les projecteurs médiatiques, affiche même une mine désolée, présente des excuses à sa victime et sa famille : nouveau maléfice que rechercher la rédemption quand il ne s'agit que de la sordide satisfaction simulée dans une mise en scène configurée dans son esprit, et de longue date, depuis l'acte 1.

Il est difficile de deviner ce que Satan mijote dans les dédales obscurs de sa pensée. La première difficulté, pour nous, est de nous libérer du « narcotique de la naïveté intellectuelle face au Mal » (l'expression est de F. Nietzsche). Il est donc quasi certain que dans un acte 6 à venir, il déroulera la suite d'une machination dont il écrit les rouages : c'était un « accident » a-t-il prévenu. Je le vois venir, dans le non-dit de ce qu'il nous prie de penser à sa place : c'est un accident et… c'est tout juste si la victime n'était pas elle-même responsable de sa propre mort prétendument « accidentelle ». Et donc c'est lui, le tueur (p. i.) qui serait injustement accusé. Et il pense cela, parce qu'il sait qu'il trouvera, dans l'opinion, telle âme compatissante, compréhensive, admettant qu'après tout, « il est un homme comme les autres » et que certes « il n'y a pas de bien ou de mal, mais justes des nuances entre le bien et le mal. » 
Ne sont-ce pas là ces « naïvetés thérapeutiques », ajoutant à l'euphorie de Satan qui tire de ces innocences une force inouïe : il en tire le sentiment d'une victoire sur la vérité, chaque fois que l'un de ses stratagèmes réussit. Ainsi, il ne manquera pas de simuler telle faiblesse — demander son hospitalisation pour « dépression », exiger qu'on le soigne, et qui sait, qu'on lui apporte des chocolats — au plus grand mépris des parents de la victime qui sont, eux, dans la souffrance totale.
Feindre une faiblesse — avec talent —, est-ce une nouvelle manœuvre destinée à nous faire croire chez lui en une possible fragilité humaine ? Qui peut se laisser prendre à telle duperie dont on voit bien ce qu'elle appelle : nous faire admettre qu'il serait, lui aussi, une victime alors qu'il est l'instigateur (p. i.) de la machination au sein de laquelle il tient le rôle principal…

La pensée de Satan.
Il m'est difficile d'accepter la gentille mansuétude que son avocat ne manquera pas d'appeler à la rescousse, selon laquelle il serait « un homme comme vous et moi ». Nouveau stratagème qu'établir une relation « entre nous et lui » car cela revient justement, sur ce plan d'égalité, à faire de vous et moi l'égal du monstre (p.i.). Donc de nous rendre solidaire de sa déchéance, et qu'en conséquence, nous serions appelés à le sauver afin de nous sauver nous-même, étant, comme lui, des misérables.
Eh oui. La pensée de Satan va jusque-là, et bien plus loin encore. Et si j'en ai compris les mécanismes, c'est parce que mon Maître, initiée et ennemi du mal, m'a enseigné certaines choses sur la puissance du mal, sa force psychique, son extraordinaire propension à ne jamais renoncer à sa superbe. Ce sont des choses qu'aucune école, hélas, ne nous enseigne… Le Mal ne vit que pour cela : d'une part, être le mal, le perpétrer et le célébrer ; et d'autre part, détruire, briser, tuer la Vie. Tout en troublant nos vues et nos esprits de sorte que nous ne nous apercevions de rien.

Le voici sur scène, ce Satan auquel personne ne croira. C'est là qu'il veut paraître. Le crime commis (pardon : l' « accident ») n'est au fond pour lui que l'expédiant lui permettant de monter sur les planches du théâtre judiciaire. Il tue (p.i.)… afin d'être la vedette de son procès qui lui donnera l'occasion de jouer le grand rôle dont il prévoit les répliques, les épisodes, les ponctuations. Son défenseur « qui ne fait que son métier » a laissé entendre plus de choses qu'il ne dit réellement. 

Mon Maître, avec qui j'ai vécu pendant plusieurs années en Espagne, m'avait enseigné une grande leçon : nous habitions alors dans un village en Andalousie où personne n'exprimait jamais explicitement sa pensée, ni en bien, ni en mal. Si je voulais m'intégrer, me disait-elle, alors il me faudrait toujours écouter les niveaux de langage, restituer systématiquement le non-dit, attraper au vol l'allusion subtile. Cela s'appelle « cojer al vuelo » disait-elle. Même la pensée la plus positive, ou le plus beau compliment, rien ne se disait explicitement. Il fallait comprendre les métaphores, décoder les allusions, n'en rien dire et à l'occasion, renvoyer la balle en usant de la même technique. Tout le village communiquait sur ce mode. Ce fut un apprentissage difficile que pénétrer la pensée impliquée mais dissimulée, laissant toutefois percer suffisamment d'éléments de surface pour que l'on puisse sonder les eaux profondes de l'indicible. Cette école — pur pragmatisme social — me fut profitable à plus d'une occasion lorsque, revenant en France, je pus, grâce à mon Maître, parfaire ma formation en lecture de signes et décryptages de textes.
Dans le cas présent, j'ai remarqué la technique de l'Avocat. Dès avant le procès qui ne se tiendra que dans quelques années, il inocule dans l'esprit de l'opinion des idées dont il sait qu'elles porteront leur fruit le moment venu. Travail sur le Temps, sur la puissance qu'a le Verbe de créer la pensée, d'orienter l'opinion, de percer et s'imposer le moment venu.

Questions : vous est-il déjà arrivé de subir les implications d'une pensée que quelqu'un vous a plantée dans l'esprit ? Un individu instille dans votre conscience sa volonté, et amène votre pensée à compléter le non-dit selon des termes qu'il a parfaitement calculés… et voici que vous vous comportez exactement comme il le voulait…

C'est exactement ce que fait avec nous l'Avocat du tueur (p. i.). Et moi, ici, dans ce Blog, je veux d'emblée, immédiatement, détruire l'idée qu'il tente de faire passer, selon laquelle cet individu serait « un homme comme vous et moi ».
Je veux m'interdire que ces quelques mots puissent, par leur propre puissance, croître en mon esprit jusqu'à ce que, pris par la niaiserie du « sentiment d'humanité partagée » j'admette leur validité et me range à la suite de l'argumentation déjà préparée. Homme de justice respectable, l'Avocat fait son métier… Mais n'est-il pas manipulé par celui qu'il défend et dont la puissance intellectuelle le domine ? Ayant pour client Satan (p. i.) en personne, il en deviendra le plus génial des Avocats, décuplant ses capacités imaginatives au delà de ce qu'il pourrait jamais concevoir par lui-même. Ses capacités de persuasion, de conviction se verront démultipliées par l'inspiration au service de laquelle il se met. Dès maintenant, on entend ces surprenantes affirmations destinées à flécher l'argumentaire à venir, au soutien du tueur-avoué (p. i.).

Alors, que penser de sa demande d'hospitalisation ? Encore une entaille portée dans le corps d'un enfant qu'il ne cesse de meurtrir, d'une vie qu'il ne cesse de dérober et de détruire ?
Dès maintenant, monsieur l'Avocat, je récuse l'autorité de cette idée fallacieuse selon laquelle l'assassin (p. i.) de Maëlys serait « un homme comme vous et moi ». Non, monsieur l'Avocat, votre Client n'est pas « un homme comme vous et moi ». En tout cas, pas comme moi. Et je ne suis pas comme lui et ne le serai jamais. Car je n'ai rien en partage avec lui, dès lors que par son (ses ?) actes (p. i.) il s'est lui-même séparé de l'humanité que j'aurais pu partager avec lui.

En hébreu, Satan c'est Schaitan
 שטן
 C'est le nom biblique de l'Adversaire. Qui est-il, que veut-il ?
Voici quelques précisions tirées de mes lectures :
 —  « Satan est d’abord une information. Trois lettres construisent son unité informationnelle. Schin, Teit et Noun. Le Schin symbolise le Verbe et ses étapes de dévoilement. C'est une lettre magnifique, mais ici, dans le mot Satan, il est en initiale, pointé du côté gauche, non précédé d'Aleph ou de Yod. C'est donc un verbe n'acceptant rien avant lui, qui se pose en instructeur du cycle qu'il prétend gouverner de sa propre puissance. Il en crée le symbolisme (Teit) et en conditionne l'humanité (Noun). Pour comprendre la dynamique de la lettre Schin et ses deux formes, se reporter à ce livre, Le Principe du Langage ou l'Alphabet hébraïque. 
— « Dans la symbolique hébraïque, Satan, en sa forme active est appelé Samaël… Son envergure psychologique fait son génie… et le rationalisme n'y croit pas. »
—  « Il s’oppose au dynamisme normal de la vie. Il est donc par définition celui qui se met en travers. » Il est la volonté qui se retourne contre la Vie.
— « Satan déteste la vie, hait l’intelligence, sauf la sienne. » Mais un rien de méditation fondé sur l’Absolu l’anéantit.
— « Satan essaie de retenir l’énergie humaine, il veut empêcher la conscience de passer le pont… Il veut tout immobiliser… D'où son désir de tuer et mettre fin à toute évolution. Il ne craint qu’une chose : la vérité et le déplacement de l’énergie. La spécialité de Satan, c’est de détourner l'énergie à son profit. Il édifie son action sur ce capital de vie volée. »

A-t-il commis d'autres crimes ?
L'enquête le déterminera. Je n'ose publier ce que j'en pense, étant donné que je n'ai aucune preuve de quoi que ce soit. Et si je parle de « tueur » il faut bien évidemment faire suivre ce mot de toutes les modérations indispensables afin que soit préservée la présomption de l'innocence. Mais une chose est certaine, c'est que sa victime était innocente et que Satan (p.i.), n'est pas un débutant en matière de crime. Il est perfectionniste, appliqué, tout impliqué dans son projet. Semble même parfois animé d'une sorte de zèle tout particulier, afin que son forfait éclate au grand jour. Il trouve là l'opportunité de nous défier dans notre humanité. Vouloir faire de nous ses égaux, nous rabaisser à son niveau.

Le déni de sépulture.
J'ai été frappé — écœuré — d'apprendre que le tueur (p. i. involontaire selon lui), non content d'avoir mis fin aux jours de la fillette, a « déposé » son corps dans un ravin inaccessible de la montagne. Le mot « déposé » a été repris en boucle sur les ondes de France-Info. J'ignore qui est l'initiateur de ce terme, répété à l'infini dans les journaux radiophoniques en continu. Ce mot pudique de « déposé »  pour désigner l'acte de l'agresseur (p. i.) se débarrassant du corps de sa victime m'a semblé un euphémisme cachant une réalité autrement plus sordide.
Je n'ai entendu personne commenter cet acte-là. Il revêt pourtant un caractère très significatif quant à la volonté animant l'auteur de ce geste. Cela fait partie de son scénario dont l'intention s'écrit de plus en plus précisément. Je tiens à démasquer cette intention, la rendre publique, afin de neutraliser l'emprise qu'il a imposée à sa Victime, après la mort.
Car enfin, abandonnant le corps à la surface des pierres d'un ravin, en pleine nature, il a refusé à sa victime toute forme de sépulture humaine, la laissant en proie aux bêtes sauvages et à la décomposition à ciel ouvert. Cet acte de refus, décidé, prévu, calculé s'ajoute au meurtre. Une manière de tuer une seconde fois l'enfant à laquelle il dénie le droit à l'inhumation : a-t-il voulu par là enlever à Maëlys son appartenance à l'espèce humaine, réduire son corps à la dimension d'un objet méprisable ? L'humanité primitive honorait ses morts, l'Homme de Néandertal même fleurissait ses sépultures, et c'est par cet acte culturel, social, entouré de respect que l'humanité s'est extraite de l'obscurité pour devenir pleinement consciente de sa propre vie. Le présumé innocent n'a pas « déposé » le corps, comme l'ont gentiment dit les médias, mais abandonné. Lui refusant la sépulture — ne serait-ce qu'un sommaire monticule de pierre protégeant la dépouille —, ne s'est-il pas lui-même retiré de la Civilisation ? Ne s'est-il pas rangé du côté de la bestialité, la barbarie, le monde des Négateurs, des Monstres avec lesquels nous n'avons rien en partage ?
Comment vaincre Satan ?
Il s'agit en effet de l'empêcher de triompher. De supprimer ses pouvoirs, le démasquer jusque dans ses ultimes replis. D'abord, se mettre soi-même à l'abri, raison pour laquelle j'ai veillé à respecter le Droit et sa présomption d'innocence (p.i.).

Il faut dépouiller Satan de sa prérogative, de son pouvoir. 
Il existe, indique le dictionnaire du prof. Abraham Elmaleh (éd. Yavneh, Tel Aviv 1957), en hébreu cette expression : « ouvrir la bouche à Satan ». Elle signifie, dit-il, qu'il ne faut pas fournir à Satan l'occasion de sévir contre nous et ne pas lui donner d'argument contre nous. Raison pour laquelle, dans le cas présent, le Satan reste silencieux, car il attend qu'on lui fournisse les arguments qu'il puisse réfuter. Il me semble donc qu'il faudrait non plus chercher ses aveux, mais l'isoler totalement, ne plus lui parler, ne plus l'interroger. Car quoiqu'il dise, tout est faux et mensonge.
Je veille, dans ma réflexion, à lui retirer la possibilité de recourir à la Science, dont il accepterait volontiers les secours, s'il elle venait, du haut de sa brillante technicité, trouver en lui quelque défaillance motivée par la prétendue « raison pure » de la philosophie ou quelque « complexe d'Œdipe » tout aussi insaisissable. Satan étant lui-même docteur honoris causa de sa propre cause, il déjoue toute forme de raisonnement scientifique, le retournant en sa faveur, parvenant même à faire de la science son alliée en ce qu'elle démontrerait… quelque pseudo-pathologie existante ou qu'un savant épris de scientisme inventera tout spécialement pour l'occasion.
Ôter les pouvoirs au tueur (p.i.) revient à diminuer les forces sataniques tout entière. Pour cela, il faut agir. Comment ? D'abord avoir le courage de le nommer, afin de lui opposer les forces qu'il déteste. Or la seule manière de dominer Satan est de recourir à ce qu’il interdit : la Vie. Satan n’a qu’un seul ennemi : l’Absolu. C'est donc l'Absolu, la Vérité qui en viendront à bout. 
Le Zohar, grand livre de la Tradition hébraïque, dit que « la délivrance ne dépend que de l'anéantissement des âmes de la catégorie d'Amaleq ». Pour cela, mettre en œuvre toutes les forces d'Amour, véritable fondement du Monde.
Contre Satan, l'usurpateur, se dressent les puissances de la Vie. Les puissances du Cœur.
Satan est celui qui se prétend maître du monde, issu de l'Inversion qu'il voudrait édicter en origine. Je le dénie cette puissance.

Ce sont donc les forces de l'Amour, puissamment réaffirmées, qui portent la jeune Victime vers sa victoire et qui anéantiront le Prince des Ténèbres.
Je souhaite que ce Blog y contribue.

mardi 13 février 2018

Black. Un film indien de Sanjay Leela Bhansali, construit sur les critères de la Connaissance. Remarquable.

Black. Film indien de Sanjai Leela Bhansali.
par Dominique Blumenstihl-Roth


Je vous propose de découvrir ce film indien : Black, de Sanjay Leela Bhansali.


Black

Film de Sanjay Leela Bhansali, 2005. Avec Amithab Bachchan, Rani Mukherji, Ayesha Kapur (Michelle petite), Shernaz Patel, Dhritiman Chaterji.

Scénario
Michelle Mac Nally est une fillette aveugle, sourde et muette. Son existence est plongée dans l’obscurité et le silence. Elle vit comme un enfant loup au cœur d’une famille de la haute bourgeoisie. Certes, une rage de vivre, une féroce volonté d’être habitent l’enfant mais ne disposant d’autre faculté communicative qu’un rapport instinctif et animal au monde, comment pourrait-elle jamais rejoindre la communauté des hommes ?
Désespérés, ses parents font appel au professeur Debraj Sahai qui accepte de prendre en charge son éducation. Sa première mission consiste à apprivoiser le fauve, lui restituer sa dignité humaine. Mais l’enseignant se heurte au cercle des mauvaises habitudes entourant son élève dont la plus tenace réside dans l’apitoiement de la mère et l’intransigeance d’un père qui n’entend rien à la pédagogie. Sahai n’accepte aucune interférence psychoaffective ; c’est avec rigueur qu’il entend former l’esprit de Michelle.
Un autre obstacle entrave les efforts de l’enseignant. En effet, comment peut-il arracher Michelle de sa condition d’acculturée, comment faire entrer la lumière dans la caverne ? Quel média serait assez puissant pour contacter l’aire cérébrale du langage et activer en elle ce qui distingue l’homme de l’animal ? Comment transmettre un message à un esprit si les mots, vecteurs de communication, ne peuvent être ni vus ni entendus ? La fillette, heureusement, dispose d’une extraordinaire perception sensorielle qui lui permet de sentir le moindre flocon de neige avant même qu’il n’effleure sa peau.
L’enseignant opte ainsi pour l’apprentissage par la méthode sensitive. Il rédige un véritable lexique qu’il communique à son élève par un langage de signes dont elle prend connaissance en touchant les doigts de son maître. Hélas, elle ne parvient pas à établir le lien unissant le signifiant au signifié. Les réalités qu’elle découvre restent détachées de toute intelligibilité. Le vocabulaire qu’elle intègre ne recoupe pas la perception qu’elle a du monde. Souffre-t-elle d’une aphasie, d’une lésion cérébrale ? Son aire du langage serait-elle altérée ?
Sahai, en dernier recours, lui impose un choc émotionnel. Michelle s’éveille de sa nuit. Une foudroyante décharge énergétique éclaire subitement son univers. Tout prend sens. Tout se met à vivre. Le langage des signes touche sa cible : l’aire cérébrale spécifique à l’espèce humaine qui fait de nous des êtres de culture frémit à l’appel du sens.
Prenant à cœur sa mission, Sahai accompagne son élève tout au long de sa scolarité. Il lui apprend à lire et à écrire le Braille. Il la fait admettre à l’université où il lui sert de traducteur. L’étudiante, cependant, échoue régulièrement aux examens de passage. C’est avec obstination que le professeur la pousse à ne jamais renoncer, à se relever après chaque défaite. Michelle s’accroche ; les lentes maturations de son esprit se résolvent par de prompts franchissements de seuils évolutifs. Elle passe un à un les obstacles et réussit à s’émanciper de sa nuit.
Le professeur Sahai, vieillissant, s’inquiète. Son élève, devenue une ravissante jeune femme, parviendra-t-elle jamais à vivre de manière indépendante ? La séparation se profile, d’autant que le vieux maître perçoit les premiers symptômes d’un Alzheimer. Sa mémoire s’amenuise. Ses facultés intellectuelles faiblissent. Le diagnostique de la médecine est sans appel, le vieil homme sombre dans une nuit irréversible. Michelle n’accepte pas cette revanche des ténèbres. Elle retourne auprès de son maître et, par le langage des signes qu’elle a appris de lui, tente de contourner les effets dévastateurs de la maladie. Elle rétablit un dialogue silencieux avec son professeur. Ensemble, ils ouvrent une fenêtre donnant sur la lumière du monde, chassant à jamais les forces obscures.

Analyse
L’Univers froid, sourd, sans lumière, patiente dans le vide intersidéral. Quel vecteur a bien pu pénétrer cette incommensurable masse inerte et lui donner vie? Quelle force a bien pu injecter son énergie dans la vacuité des ténèbres ? Qu’en disent les sciences ? Les astrophysiciens nous parlent d’un Big Bang, mais n’expliquent guère son origine. Touchent-ils à l'instant zéro de la création quand les conditions initiales leur restent cachées ? Avant 10-32 que se passait-il ? L’énigme reste totale et les approximations des astronomes ne résolvent aucun mystère. Mais que dirions-nous si la Bible avait raison quand elle affirme que le Verbe est à l’origine de la Création ? Que l’alphabet a la puissance de retracer les lois du Réel qui ont présidé à la Genèse du monde ? Et que nous, humains, sommes les partenaires d’un dialogue vivant avec cette réalité ?

Le film de Bhansali appuie cette thèse. Il démontre que c’est toujours par des mots que le réel commence. Que par la force d’une parole, l’existant surgit du néant. Dès lors Black apparaît comme une métaphore du processus créateur ayant initié le réel. Ce qui se passe dans un cerveau serait-il à l’image de ce processus ?
Tout au long de ce film, je n’ai pu m’empêcher de penser à deux ouvrages de Dominique Aubier. Le Principe du Langage ou l'Alphabet hébraïque et l’Ordre Cosmique. C’est à la lumière de ces deux livres que le film de Bhansali quitte l’orbite d’une dramaturgie cinématographique et devient intelligible au sens où l’histoire de Michelle reproduit celle de l’Univers surgissant du néant, celle de l’humanité s’extrayant de sa nuit.

Dans le film Black, bien qu’elle ne dispose ni du langage parlé, ni de la vue, ni de l’ouïe, Michelle n’en est pas moins membre à part entière de l’espèce humaine : elle appartient, comme tout un chacun, à la longue lignée phylogénétique des homo-sapiens qui réussit, il y a quelques centaines de milliers d’années, à s’arracher de l’opacité des temps sans parole. Ce qu’il lui manque, ce n’est pas le potentiel, mais l’accès au Principe du langage. Son maître commence par lui faire vivre l’expérience du réel par le toucher. En un second temps, et toujours par la ductilité des palpations, il lui inocule des mots qui, bien que non parlés, partent à la quête de la réalité qui leur est associée. Il s’appuie sur la certitude qu’il existe, comme le dit Dominique Aubier, un locuteur général qui justifie l’existence de nos facultés communicatives. Une langue universelle qui serait donnée d’emblée, localisée dans un lieu propice de l’anatomie cérébrale, une troisième zone du langage responsable du sens.[1]

Dans Le Principe du Langage, Dominique Aubier situe les lettres hébraïques dans la systémique du fonctionnement cérébral et procède à l’exploration de l’édifice conceptuel que compose l’Alphabet. Elle accède ainsi à l’essence de la parole, au Principe du Langage, fondateur d’humanité et de civilisation. Chaque lettre endosse une série d’archétypes, de lois universelles actives dans la réalité et participant à l’édification du réel.  
Le monde s’est-il crée sur ce schéma verbal ? Dans L’Ordre Cosmique, l’écrivain explique qu’un logiciel Universel, habité d’un système, est à la base de tout le Réel. Ce logiciel, traversé par l’énergie du langage, reproduit son principe d’origine : un cerveau parlant. L’Homme, créature terminale sur l’arbre phylogénétique, porte dans sa boîte crânienne l’organe qui restitue les données premières. L'Univers s’est donc développé selon des lois visibles dans le fonctionnement et l’anatomie cérébrale. Tout le secret se trouve dans notre petit encéphale humain doté de parole. Avec ses deux hémisphères spécialisés, son développement embryogénique en deux temps, sa formation et son fonctionnement, il restitue la donnée initiale. Sa structure duelle en gauche et droite est analogue au principe créateur. Partant de ces données, l’Ordre cosmique développe la thèse suivante : l'Univers où nous vivons n’est que l'hémisphère Qui Fait d’un méga-cerveau. Notre Univers, notre hémisphère, reçoit ses instructions de l'autre hémisphère, celui Qui Sait, qui parle mais ne fait pas. Selon la thèse biblique, le Cosmos est l’hémisphère Qui Fait d’un cerveau primordial dont le système actif reste sous la gouverne de son Créateur, donneur d’énergie. Et la Terre ?
La Terre est habitée par l’Homme, créature parlante surgie au terme d’une évolution qui avait pour but de constituer un être capable de nommer et de retrouver ce qui est à son origine. La présence de la parole caractérise la Terre. Elle est, pour le Cosmos, l’équivalent de la zone de phonation dans un cerveau… Elle est le point unique qui a été visé par l’énergie évolutive, l’aboutissement du Premier Echange Latéral entre le Qui Sait et le Qui Fait cosmiques. Elle est comme le premier neurone dans un cerveau touché par la fonction énergisante du Verbe. L’Homme doit comprendre de quoi est fait l’Univers, écrit Dominique Aubier. Il doit se comprendre lui-même, découvrir le sens de son existence, par une réflexion qui intègre la connaissance des lois du Réel. Et nous en sommes, aujourd’hui, à vivre cette sommation. L’Humanité doit assurer la captation du message dont elle est elle-même le produit. Elle possède le cerveau capable de parole et de conscience qui lui permet de récupérer la donnée initiale.

Un jour où il y avait de la neige
J’en étais là de mon analyse de ce film et je venais tout juste d’écrire cette phrase : elle possède le cerveau capable de parole et de conscience qui lui permet de récupérer la donnée initiale… quand, regardant par la fenêtre je m'aperçus qu' il s’était mis à neiger. Bah, me suis-je dit, qu’il neige dans le film et qu’il neige maintenant sur la Normandie à l’instant où je termine ce texte est une simple coïncidence. Un peu plus tard, je me suis rendu au village. Et voici que j’aperçois, à proximité de la Poste, — sous la neige — une femme qui marchait en tâtant avec une canne blanche. Sans doute mal ou non-voyante. Je ne sais pas trop quelle est la meilleure formule. Dire qu'elle était « non-voyante » suppose un a priori, car nous ne savons rien de ce que les gens voient ou ne voient pas, ni de quel organe ils usent pour « voir » le réel et ce qui se cache derrière le masque de ses apparences. Cette femme, je l’ai regardée un bon moment. Elle était plutôt habile avec sa canne et s'avançait sans hésitation. Elle venait vers moi. J’ai eu l’impression… qu'elle me voyait, ou du moins qu'elle avait détecté ma présence. Encore une coïncidence ? Hasard ? Je laisse aux naïfs cette croyance au hasard, alors que nous vivons dans un univers méticuleusement pensé. Pensé pour nous, par un Invisible qui fait de nous ses partenaires. C'est pourquoi je récuse la fameuse formule philosophique, fondatrice de la pensée linéaire rationaliste, qui prétend orgueilleusement par l'affirmation ostentatoire de l'ego « je pense donc je suis », alors que tout autour de nous prouve qu'au contraire nous n'existons que parce que nous sommes pensés par une puissance… qui nous pense. Et qui nous pense peut-être bien plus grands que nous ne le sommes. Je préfère donc dire : « Je suis pensé, donc je suis… en mesure de penser »… Reste qu'il me faut apprendre à recevoir cette pensée afin de m'approcher le plus possible du vrai. Qui m'apprendra à recevoir cette Parole ?

La neige, l'apparition de la « canne blanche » dans ma réalité alors que je venais de voir ce film… C'était de toute évidence un plan de cohérence dont il faut tirer la leçon.
Il m’a semblé indispensable de revenir sur le film et de préciser que l’œuvre de Leela Bhansali donne à voir cette prise de conscience de la donnée initiale. Il met en scène l’insufflation de l’énergie verbale par l’incessant échange latéral entre le maître et son élève qui, sans l’enseignement dispensé, sombrerait dans le néant. Ce film confirme et nomme ce qui est à l’origine du monde : une énergie qui lacère le néant de son vecteur verbal. Il démontre l’existence du locuteur général, la langue universelle donnée d’emblée, localisée dans un lieu propice de l’anatomie cérébrale : et si c’était la mission même du cinéma qu’ouvrir la salle obscure de nos esprits pour y projeter la révélation… du langage ?

Sanjay Bhansali est le réalisateur de l'admirable film Devdas et du non moins éblouissant Saawariya. Avec Black il hisse le cinéma indien au sommet du 7ième art. Le comédien Amithab Bacchan, dans le rôle du professeur Sanhai, maîtrise son jeu au point d’atteindre à l’interprétation fusionnelle. Rani Mukherji, dans le rôle de Michelle, bouleversante de sincérité, se glisse dans la peau d’un être dont elle explore l’univers intérieur. Pour en interpréter le rôle, elle a appris le langage des signes pendant de longues semaines. Elle fait sienne l’obscurité de sa nuit, mais également l’éclat de son jour recouvré. Quant au public, c'est-à-dire nous : saurons-nous voir l’interrogation métaphysique qui se pose dans la transparence de la métaphore : ne sommes-nous pas priés de renouer, comme Michelle, avec l’essence de l’humanité, d'intégrer l’alphabet nous liant avec l’absolu, afin de recevoir son message d'Amour ?


Exégèse initiatique du cinéma indien dans ces deux livres de Dominique Aubier : 

Dans quel univers vivons-nous : un univers où le Verbe est aux commandes ?
 
Film à voir (DVD) :


« La vie, qu’elle commence de l’utérus ou de la terre, commence son voyage avec l’obscurité et se termine dans l’obscurité. Un jour nous devons tous passer par cette obscurité et entrer dans la lumière. Un jour, il nous faut tous aller à travers l’obscurité vers… la lumière. »
  






[1] Dominique Aubier, la 23ième lettre de l’Alphabet hébreu.