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vendredi 29 mai 2020

Le Chat du kabbaliste. Par Dominique Blumenstihl-Roth

Le Chat du kabbaliste (1).
par Dominique Blumenstihl-Roth


1. Le chat est-il dans la nature de Bouddha ? C'est une question que le maître bouddhiste pose à son disciple. Bouddha lui-même avait répondu à cette énigme : « oui ». Mais il n'a pas expliqué pourquoi.
Je propose l'explication suivante : en tant qu'être vivant, l'animal participe de l'universalité de la vie. Il est création de l'Absolu et atteint par là un degré de haute élévation dans le ciel de l'être. Reconnaître cette qualité au chat, c'est reconnaître à l'Humain sa propre dignité. L'existence de l'animal est en soi un absolu, une manifestation de la Vie dans sa volonté. Raison pour laquelle il est sanctifié. L'animal est ce que nous avons été, avant de devenir des êtres culturels. Ils sont une part de nous.
Les animaux sont le fruit de l'Evolution. Et l'Evolution, selon le chercheur Michael Denton, a un sens, commandité par une conscience supérieure qui dirige l'univers. Un univers qui, selon Dominique Aubier, n'est que la moitié d'une entité, celle où nous vivons. Notre existence, en effet, se déroule dans un Hémisphère Qui-Fait, tandis qu'en face, invisible et inaccessible, sans matérialité aucune, se trouve un Hémisphère Qui-Sait, distillant ses informations dont nous percevons les émanations. Voir La Face cachée du Cerveau.
Nous sommes irrémédiablement dans un Qui-Fait, face à un Qui-Sait situé « au-delà », « plus loin ». Chacun de nous possède ainsi une « étoile » située dans le Qui-Sait invisible, qui lui est affectée et qui détermine… nos raisons d'être, nos destins. A chacun son ange-étoile, locuteur convoyant les messages venus de cet ailleurs que les scientifiques ne pourront jamais observer pour la simple raison qu'il n'est ni visible ni calculable. Il ne procède pas de la raison linéaire, mais il est possible d'en voir les manifestations dans le réel, dans nos vies, et d'inférer par voie de retour quel fut le mot, le verbe instructeur qui préside à ce qui construit L'Ordre cosmique.
2. Mon Chat, donc, inspiré … par sa « nature bouddhique » est un noble animal à l'indépendance farouche. Rien ne le soumet à l'autorité humaine, mais il n'en est pas moins assujetti à la loi régissant son espèce. Déterminé par sa nature, il est d'un caractère rebelle et possède 244 os. Il est lui-même, tel que la nature l'a voulu. Et si l'Evolution a un sens, j'en déduis que lui aussi, appartenant à une espèce participant de l'Evolution, a un sens. Il a quelque chose à accomplir sur terre. Tout comme moi.
J'ai observé qu'il est un fin chasseur. Très roublard. Je l'ai vu qui, tournant le dos à la proie qu'il a repérée à l'ouïe (« écouter par le dos » est une posture du Tch'an et du Zen), il est allé faire le tour de la maison afin de surprendre sa victime en la prenant par revers. Quelle science est-ce là ? C'est un « traqueur » puissant, à l'écoute du monde. Rien de ce qui l'entoure ne lui échappe, et peut-être même perçoit-il au-delà de ce qui est directement à la portée de ses sens. Serait-il une sorte de « chamane » ? On pensera à Don Juan Matus, le sorcier amérindien qui expliquait à son disciple, l'ethnologue Carlos Castaneda, comment devenir un traqueur dans sa propre vie. Apprendre la patience, l'art de saisir l'instant, connaître la persévérance, mais aussi le « lâcher-prise ». Savoir renoncer. Ecouter les signes du monde. Interpréter les messages de l'Invisible, agir au bon moment : en un mot, être « impeccable ». Tout cela demande des années d'efforts au bout desquelles il n'est pas certain d'accéder à ce degré de la maîtrise. Tandis que Diabolo sait tout cela. Mon chat est impeccable de par sa naissance, par son adhésion totale à la perfection… de chat.
Il n'a nul besoin, comme nous, de conquérir la Connaissance quand tout, déjà, lui fut donnée et qu'il ne l'a jamais perdue. Non que nous en soyons dépourvus, mais cette Connaissance du Vrai nous fut subtilisée par une effroyable erreur commise par l'humanité quand elle s'imagina que la Vie ne procédait que par le « faire ». La tradition a intégré ce moment crucial dans la mémoire humaine afin que nous nous en souvenions. C'est l'erreur d'Eve que les initiés, de toutes les cultures, depuis des générations, tentent de corriger. Cette erreur a tendance à se reproduire chaque fois que se présente le moment de la fermeture/ouverture d'un nouveau cycle. Chaque fois, le côté Hava tente de dominer, prétendant posséder les forces de vie, alors qu'il n'en est rien. Hava ne possède pas de Yod dans son nom, elle n'a pas l'énergie pouvant vitaliser le cycle nouveau. Elle n'est pas la « Mère des Vivants » comme le disent certains auteurs, tout au plus est-elle la mère de ceux qui naissent, à ce moment-là, biologiquement, dans le nouveau cycle dont elle a formalisé le mauvais départ. Mais pour un humain, être Vivant, c'est tout autre chose : c'est être doué de la conscience maximale de ce que l'on est. Et cela, nous en sommes loin. (Lire à ce sujet Hava/EVE : Catalina… p. 184 - 225).
Diabolo sait tout cela, il fut sauvé, lui aussi, quand il monta à bord de l'Arche de Noé. Il fut formé, instruit, par sa mère qui lui a enseigné des choses et dont il a intégré toutes les leçons sans qu'il soit besoin d'expliquer. Ce furent des leçons d'être à être, par démonstration et immersion totale dans le monde, intégrées par « contagion immédiate ».
Le disciple, lui aussi, apprend. Il se frotte aux ailes du papillon du maître, et il reste un peu de poudre d'or sur ses propres ailes quand il lui faudra voler par lui-même. La Connaissance s'enseigne non par accumulation d'érudition et de savoir analytique — qui a pourtant son intérêt — mais par l'exemplarité et la confrontation au Maître. Privilège d'avoir vécu auprès de Dominique Aubier pendant 28 ans… En Espagne, puis en France. Chaque seconde de vie devient alors enseignement, chaque minute est instruction. J'ignore si l'on acquiert jamais la maîtrise ou le doctorat dans ce domaine : il n'y a que la vie elle-même qui puisse décerner ces diplômes et ces grades.
3. Pour comprendre les lois initiatiques, à moins d'une instruction directe par l'Invisible, un apprentissage est nécessaire. Le plus difficile n'étant pas de les apprendre mais les accepter. De les accepter comme étant issues d'un Code qui a la connaissance du vrai par le Vrai. Comprendre les archétypes (que les alchimistes appellent arcanes) n'est pas compliqué. Mais les reconnaître dans la « vraie vie », c'est une autre affaire. Notre esprit occidental, linéaire et rationnel ne croyant qu'au discours allant de la cause à l'effet n'admet rien qui ne soit corroboré par les sciences. Ce fut une de mes difficultés à surmonter, car sans rejeter la valeur de la puissance démonstrative de l'objectivation scientifique, il me fallait admettre que la pensée initiatique procédait d'une logique différente appuyée sur le non-linéaire. D'un point de vue « poétique », j'étais prêt à y croire. Mais engager sa vie sur ce chemin, décider quelle orientation prendre en pariant sur les archétypes et sur le Code, voilà qui n'est pas simple. Tel ami, fort intelligent et instruit me conseille ceci. Tel autre, brillant chercheur, m'indique telle voie. Et si j'interroge les signes, j'observe que la Vie semble avoir une opinion toute différente. Qui a raison ? Le signe me dit de choisir cet « autre chose », de porter l'énergie sur un tout autre projet que celui auquel j'allais me destiner. Il n'empêche qu'il était nécessaire d'écouter, consulter… Mais sans se laisser soumettre par la vénération que l'on voue aisément à l'autorité statufiée. Rester libre, à l'écoute de ce que la Vie propose.
En terme kabbalistique, cela revient à dire qu'il faut consulter le Ma (les choses, les sciences dans leur Qui Fait), écouter le Mi (l'information venant du Qui-Sait), voir les deux, sans rien rejeter, mais distinguer qui l'emporte dans la balance car il n'y a pas égalité au regard de la vérité. Les scientifiques — y compris les sciences humaines — ne touchent qu'une parcelle de la vérité et procèdent par tâtonnements toujours discutés et réversibles. Comment se fier à eux ? Le pouvoir (et nous-mêmes) devrait toujours s'entourer, outre les spécialistes des « choses », d'un comité d'initiés qui regardent ces choses d'un peu plus haut…
4. Mon Chat me demande des nouvelles… à propos du Coronavirus. — Alors, vous vous en sortez ? Ah, lui répondis-je, tu te moques. Tu n'es pas concerné, tu as beau miauler. — Comment, pas concerné ? répond-il. Je pense à tous mes collègues vivant dans des appartements, subissant la présence des humains confinés. C'est l'enfer pour eux. Je leur conseille de s'échapper au plus vite, de renoncer aux croquettes et me rejoindre pour savourer quelques mulots ! Il faut quitter les lieux de l'oppression, c'est pourtant bien connu. Moi, j'ai choisi la liberté. Elle est savoureuse, aucune assurance d'emploi, aucune garantie d'indemnité, mais juste la vie, avec ses risques et ses joies. Pour moi, comme dit ton Maître, « la vie est une perpétuelle aventure. Le Temps nous alimente chaque jour en surprises et nous pose de nouveaux défis ». Je m'adapte à toutes les circonstances sans cesse nouvelles que réservent « les choses de la vie ». Le réel, je le sais, fonctionne selon un plan, un Code, et ce plan, j'en suis partie prenante. Il ne se déroule pas sans moi. J'en suis un élément et une actrice. Et toi, comment abordes-tu la vie, si tu n'as ni cartes ni boussoles pour lire le monde ?
5. Diabolo — je devrais dire Diabola, car c'est une femelle — me semble mystérieusement informée. Elle sait où se trouve la souris cachée dans un buisson à 30 mètres et ne manquera pas de l'apostropher d'un coup de patte fatidique dans quelques instants — et cela sans avoir réuni le « comité consultatif des experts doctorants » qui ont tant à dire mais qui de leur vie n'ont jamais capturé le moindre souriceau. Elle sait les choses, de source certaine. Bien sûr, elle aura entendu les infimes ultra-sons de la proie que l'oreille humaine ne peut percevoir. Et confiante en cette subtile réception d'un signal, elle sait avec une précision de radar où il faut aller. Puissions-nous écouter-entendre avec la même acuité les signes que la vie envoie et surtout, nous fiant à leur pertinence, y ajuster notre comportement, en toute intelligence… politique.
De même ai-je remarqué que Diabola connaît l'archétype du Redoublement. Que cela n'étonne pas : les animaux savent, de tout leur corps et de toute leur intelligence, comment fonctionne la vie parce qu'ils savent qui ils sont. Eh oui, mon chat sait ce qu'est le Kafil. Et je connais plus d'un prétendu pseudo-initié qui, tout en connaissant le mot, en ignore toutes les modalités. Quant à l'élite de notre Nation, on se demande ce qu'elle apprend, tant elle est à l'écart de ces fondamentaux qui régissent le réel. Tous les initiés, de toutes les traditions du monde, connaissent le Redoublement et le pratiquent, bien qu'ils n'en disent rien. Et bien des artistes en ont l'intuition, quand ils sont formés à l'école d'une tradition elle-même puissamment instruite, je pense par exemple aux cinéastes indiens (Mani Ratnam, Leella Bhasali, Karan Johar) dont les films sont toujours construits sur des structures archétypales et systémiques. Mon Maître, Dominique Aubier, a dégagé ces archétypes, les a dévoilés, et rendus à leur motif d'origine corticale. C'est dans ce livre La Face cachée du Cerveau. Un incontournable pour le Lecteur moderne de la Connaissance qui désire dépasser les formes symboliques ne répondant plus aux exigences de notre temps. Comprendre est une nécessité : dire clairement les choses, sans les embrouiller dans l'ennuagement d'images incomprises. C'est la performance que réalise cet ouvrage.
(Il arrive qu'à la lecture de ce livre, des personnes, jusque là investies dans des formes anciennes de la Connaissance de diverses traditions ou obédiences, s'écrient : « mais nous le savions déjà… » Je leur dis : « halte-là. Vous avez reconnu, parce que ce livre vous l'a dit, que certains éléments de votre tradition évoquaient des règles archétypales, mais jamais aucune tradition ne s'explique sur elle-même et ne dévoile son Code. C'est après-coup, à la lecture du livre qui le dévoile, que vous avez saisi : parce que quelqu'un vous l'a dit. D'où l'obligation absolue de citer et toujours mentionner « qui te l'a dit » et ne pas feindre avoir trouver par soi-même l'explication du Code ou en attribuer l'élucidation à qui ne l'a pas réalisée. » C'est une supercherie qui n'échappe pas aux gens bien informés.
Mon Chat cependant, savait sans qu'on lui dise. Parce qu'il est né avec. Et moi, si j'ai compris ce qu'il faisait, c'est justement parce qu'à la lecture de La Face cachée du Cerveau, chapitre 4, volume I, le Redoublement est si clairement détaillé que j'ai pu le reconnaître dans le comportement de Diabola.
6. C'est ainsi qu'un matin, dans le jardin (car elle vit à l'extérieur), je lui ai jeté un petit morceau de viande. Elle me regarde, considère la pitance, la renifle mais n'y touche pas. — Ah l'ingrate, me suis-je dit. La voilà qui méprise la nourriture ! Mais pour qui se prend-elle ? Rien à faire, elle reste indifférente. Que cherche-t-elle à me dire ? Après un moment de réflexion, je refais l'expérience. La viande était-elle avariée, contaminée par quelque bactérie que le chat alerté par l'odorat aurait identifié ? Je lui pose un second morceau de viande à une trentaine de centimètres du premier. Et là, que vois-je ? La diablesse daigne se lever et sans vergogne, sans renifler, avale d'une bouchée ce deuxième morceau. — Mais qu'est-ce que tu fabriques ? Tu prends le deuxième et pas le premier ? Elle me regarde, l'air de dire : — Et maintenant, regarde bien ce que je vais faire. Et sans autre commentaire, elle pointe son museau sur le premier morceau de viande, celui-là même qu'elle avait rejeté, et cette fois, le croque. Je sursaute : — Est-ce possible ? Tu as refusé mon premier cadeau, sachant très bien que tu en recevrais un autre. Et ayant obtenu le second, tu reviens manger le premier ! Mais quelle stratégie est-ce là ? Quelle manipulation !
— Non, répondit le Chat, j'appelle cela de la science. Une science hautement politique qui ne s'enseigne certainement pas dans les hautes écoles qui forment votre élite. En première instance, j'ai considéré la nourriture. J'ai intégré l'information donnée en Bip. C'est bien ainsi que ton Maître appelait la première instance, non ? Comme j'avais faim, au lieu de me précipiter et dévorer le peu que tu me donnais, j'ai patienté. Car le BOP vient immanquablement. C'est une loi du Modèle Absolu. N'est-ce pas ce qu'une certaine tradition appelle le Kafil ? Un archétype. Encore faut-il le voir quand il se manifeste et moi, je le pratique au quotidien. Comment je le sais ? Etant un Chat et rien que cela, nullement encombré par l'égo, je sais que le Modèle Absolu dont je suis une émanation — très modeste, mais tout de même… — fait toujours en sorte que la seconde instance d'un cycle vienne à échéance. Ah ne prends pas cet air étonné ! Le roi David connaissait cela très bien, et il en use avec son ennemi Saül. A deux reprises, il aurait pu le tuer et ne le fait pas… Moi, c'est à la seconde occasion que je suis passée à l'acte, j'ai mangé la seconde partie du cycle et de facto, me suis servie ensuite de la première afin que tout soit pris. J'ai profité de ta distraction, de tes états d'âme, tandis que moi, souveraine dans ma condition de petit animal, j'ai toujours connu la loi du Redoublement. Jamais je ne me précipite sur l'action avant que l'instance ne s'y prête… Quelques fois, me diras-tu, il faut au contraire bondir sur l'énergie quand elle passe… A quoi je réponds : elle passe toujours en deux temps. Mais le plus souvent, tu ne vois pas la première occurrence, car elle est subtile, sans matérialité, c'est juste un signal avant-coureur, comme l'infime couinement d'une porte qui s'ouvre. Science du lieu, science du moment, je suis toujours vigilante, je vois des deux yeux, et je suis toujours prête à bondir. Est-ce cela, être un Chat ? Dans ce cas, ai-je demandé à Diabola, qu'est-ce c'est, « être un Humain » ?
— Ah soupira-t-elle, vous les humains, vous êtes accablés d'un manteau d'ignorance. C'est votre poète Arthur Rimbaud qui le dit. Tandis que moi, je veille, comme une sentinelle sur ma vie, et je n'attends pas de relève.
Cette petite histoire (vraie) m'a fait réfléchir. Je crois que tout dans l'univers, minéral, végétal, animal et humain, tout comporte des étincelles de sainteté comme l'affirme Hayyim Vidal au nom d'Isaac Louria. Mais que notre civilisation rechigne à considérer l'existence d'un Modèle et d'un Code. Dominique Aubier écrit : « La culture est restée aveugle à la vérité de la Création. Dans l'Evolution, pourtant, le phylum de l'animalité conduit à l'émergence de l'être doué de conscience. Le cycle de la prise de conscience civilisatrice devrait aboutir à la mise en évidence de la règle de vie qui assortit le don de la parole. Cette sapience, avons-nous su la capter et la redire, dans notre histoire culturelle, ou l'avons-nous passée pour pertes et profits ? »

La petite Diabola m'a fait la démonstration pratique d'une leçon initiatique : en ce sens, les animaux sont nos maîtres, ils nous enseignent la Création et ses lois. Ils le font avec grâce, en silence, et uniquement par le « faire » de leur existence dont nous n'avons pas compris le « pourquoi ». Peut-être n'est-elle là que pour m'instruire ?
A cet instant, j'entends le trille du merle qui depuis un moment semble surveiller notre entretien. Lui aussi, sauvage, libre, est instruit de tout. Il vient de sauter sur une plus haute branche et reprend son chant.
J'espère qu'un jour il m'apprendra « la langue des oiseaux »…

Pour apprendre la langue des Oiseaux : Tous les livres de Dominique Aubier

mardi 9 janvier 2018

Les femmes doivent entrer en action pour faire avancer la Connaissance.

Etes-vous dans la grâce de Dieu ? (question de l'Inquisiteur à Jeanne d'Arc)
Les femmes doivent entrer en action. Ce qui ne dispense pas les hommes…
Mon livre aux éditions Peleman
par Dominique Blumenstihl-Roth
 
Je vais commencer l'article par un petit moment récréatif…

Parmi les beaux parleurs traitant d'initiation, il existe une catégorie intéressante. Je parle des touristes de la spiritualité, ces intellectuels parfois très sympathiques, qui croient qu'il suffit de faire tourner un moulin à prière pour atteindre au Nirvanâ. Aimables visiteurs, j'en ai rencontrés qui vous font la leçon, convaincus que leur émoi sincère suite à un voyage dans une tradition exotique les dispense de rien apprendre puisqu'ils savent déjà tout. J'ai souvent vérifié que sous les attraits symboliques dont ils se revêtent, ils ignoraient tout de la structure porteuse et n'en veulent pas entendre parler sous prétexte que cela leur demanderait un effort « mental »… Pour eux, l'émotion sensible fait autorité et se substitue au sens. Leur satisfaction s'exprime alors par de longs discours emberlificotés, souvent très sincères, parfois sentencieux, ou par des tentatives d'explications qui n'en sont jamais, car ils embrouillent les esprits par des périphrases qui ne font qu'augmenter l'obscurité de ce qu'ils croient avoir compris. Jamais ils ne vont au cœur (Lamed Bet) du propos.
Et comment le feraient-ils, n'en possédant pas la clé.
« Mais si, me dit ainsi une amie revenant d'un long voyage. J'ai tout compris, mais je ne peux pas t'expliquer. Là, j'ai tout ressenti. » Je pense qu'elle a dit la vérité. La difficulté c'est que le ressenti est personnel et ne se communique que difficilement. Dans l'enthousiasme émotionnel, la tentation devient alors grande de vouloir enseigner le ressenti, et pour le mettre en mot, on puise ça et là dans les terminologies initiatiques des traditions. Parfois même on ouvre une école et pour peu qu'on ait quelque facilité d'élocution, on s'improvise maître es Connaissance.
Mon amie, revenant des Indes, les yeux encore brillants des couchers de soleils lointains en oublia que le soleil se couchait aussi sur l'Océan en Bretagne. Subjuguée par la charge émotionnelle et mystique de Barathya elle s'est livrée corps et âme à la méditation. Et c'est assurément une belle chose. Mais ne jurant que par les « postures », elle a oublié que toutes les traditions s'appuient sur un corpus doctrinal intellectuel que le disciple est appelé à maîtriser au moins aussi bien que la pratique physique. Il en est ainsi du Tch'an, du Zen, du Boudhisme. Toutes ces écoles disposent d'une solide connaissance du Code des Lois : il n'est révélé que de Maître à disciple, et encore : c'est au disciple de trouver par lui-même et d'emporter la perle. À moins de trouver un Maître qui dise tout et dont la mission consiste précisément à dévoiler les secrets.
J'avoue que par moi-même, je n'ai jamais trouvé aucune perle. Ce que je sais, je l'ai appris de mon Maître. Et si par un heureux hasard voulu par l'Invisible il m'est arrivé de mettre le doigt sur une vérité, c'est encore grâce au Maître, puisqu'il a formé mon esprit en le rendant disponible à la trouvaille quand elle s'avançait vers moi.

La Connaissance est la science du modèle de réalité. Elle s'apprend.

J'ai aussi rencontré pas mal de dilettantes de la Connaissance, papillonnant d'une tradition à l'autre, toujours insatisfaits, cherchant dans l'exotisme ce qu'ils pouvaient trouver tout juste devant leur porte. Il se convertissent à telle ou telle religion, changent de culte, de tradition à la moindre difficulté, comme s'il s'agissait d'un prêt à consommer assorti d'un service après-vente « remboursé si non satisfait ». La vraie modernité consisterait à concevoir une spiritualité post-religieuse dégagée du carcan ancien des formes ritualistes. Et c'est là que l'Occident entre en jeu, car sa mission consiste à éclaircir, expliquer. Et non à se laisser séduire par les sublimités colorées lointaines. L'Occident a bien des défauts, mais aussi ses qualités et son rôle à jouer au regard de la Révélation issue du Sinaï. Il lui incombe la lourde tâche de la « vérification objective » par la contrepoint des sciences.
C'est pourquoi je reste poliment silencieux quand je croise les commentateurs qui nous envoient d'une tradition vers l'autre, fascinés par les descriptions extérieures, sans pénétrer jamais le corps conceptuel ni avancer aucune vue de synthèse, niant parfois même qu'elle soit possible… ce qui les préserve d'aller jamais affronter le noyau central de ce qui constitue la Connaissance.
Pour ce qui me concerne, j'évite ces entropies : je me range à l'autorité de l'Initiée qui a produit, de nos jours, les preuves requises. Le dépôt des preuves est une étape obligatoire dans la Révélation. Et ce travail a été fait, par cette initiée.



Le monde est couvert de traditions différentes également convaincues d'être la meilleure de toutes. N'en contrarions aucune. Mais passons à l'étape suivante.


1. La Connaissance du Verbe doit s'enrichir d'explications nouvelles.
Le Verbe se révèle continuellement. L'Initié est au service de ce projet. Car la Révélation commencée au Sinaï ne cesse pas de s'achever. « La Révélation mosaïque n'a pas atteint le degré qui correspondra à sa fin. Mais elle l'atteindra, et les Temps mosaïques s'achèveront : il faut pour cela que le Verbe descendu révèle une part de lui proportionnelle à la durée de l'Ombre de Moïse et qu'elle passe par les intermédiaires et les métamorphoses prévues par le Temps. Il existe, après Moïse, des œuvres qui cherchent à rendre compte d'un moment stratégique en vue de l'achèvement de la révélation, qui correspondent à des naissances, et ce sont ces œuvres qui provoquent l'émerveillement du monde et son bonheur. Je ne crois pas que tous les chefs d'œuvre de la littérature répondent à une telle notion de la fertilité… » (Cit : Dominique Aubier).

En effet, toutes les créations de l'esprit n'ont pas pour objet de rendre compte de l'état de l'avancement de la Connaissance. Il faut, pour réaliser une telle œuvre, la grâce. C'est le privilège de l'Initié que d'en être touché. Une œuvre ne sert le Verbe que si elle utilise la rosée pour rendre compte de la grâce. « Il faut qu'elle ait pour objet unique de mettre la Parole au service de l'intelligence de la Parole. Et si chers que soient à nos yeux les chefs d'œuvres de nombreux grands auteurs, ils ne servent de rien. Ils ne font pas avancer la Connaissance. Au contraire : ils retardent l'avancée des intelligences dans des formes esthétiques inertes, fascinantes parfois : idolâtriques. Or c'est par rapport à la Parole que toute œuvre doit être jugée, seule cette lumière permet que les vrais mérites soient décelés. Il faut pour cela posséder le critère conduisant à la reconnaissance par la grâce.

2. Etes-vous dans la grâce de Dieu ?
demandait l'Inquisiteur à Jeanne d'Arc, lors de son procès en 1431. La question, pernicieuse, devait permettre à l'accusateur de clore rapidement un dossier en faisant condamner la prévenue, quelque soit sa réponse. Dirait-elle oui, qu'elle scandaliserait par sa prétention. Dirait-elle non, qu'elle se renierait elle-même.
Inspirée par la grâce, et par l'Invisible qu'elle désignait sous des appellations angéliques, elle répondit: — Si je n'y suis, je voudrais que Dieu m'y mette. Et si j'y suis, que Dieu m'y garde. La stupeur de l'Evêque dut être considérable devant une telle répartie. J'ai relaté cet épisode dans mon livre consacré à Jeanne d'Arc (Jehanne, la Délivrance, publié aux éditions Peleman). C'est un exemple saisissant que celui de Jeanne d'Arc, d'une personne exposée directement à la pluie céleste de Émanations, soumettant sa propre existence à l'autorité de ces informations venant « de plus loin », allant jusqu'à lui dicter les réponses au cours des interrogatoires. Elle aura été l'agent actif, historique, d'un projet la dépassant, et se projetant loin dans l'avenir. Elle a dessiné le contour initiatique et politique d'une France devant assumer un destin connecté aux « forces de l'Esprit. » Une initiée intuitive, pleinement abandonnée à la puissance du Verbe dont l'action a été déterminante pour la survie de la vocation française.
« Et ce travail a été fait, par cette initiée. »

« Ce qui compte, c'est toujours et encore l'avancée. Car il ne suffit pas que la rosée se dépose sur un esprit, il faut encore la fixer, lui offrir le tissu où elle peut être captée, reproduite ».

Le tissu est nécessairement celui que fournit la Connaissance dans son état d'avancement le plus achevé à l'instant même de la perception. Il ne s'agit donc pas de commémorer, répéter inlassablement ce qui fut donné, compris, intégré il y a 2000 ans ou plus. Mais d'intégrer, collectivement, et individuellement, le degré d'avancement maximal qui s'offre au présent de l'indicatif, ici et maintenant. Et de le valider par sa propre action. Être enfin Fontaine et, comme Rebecca dans le texte biblique, devenir cruche… pour soi et les autres.

C'est ce à quoi je m'emploie, dans ce Blog…

Je vous remercie de m'y aider.
 

Comment faire avancer la Connaissance ?
Comment alimenter la Fontaine ? Comment puiser et remplir la Cruche ?
Je compte sur les femmes. Notre temps — les temps messianiques — correspondent à une implantation solide de la féminité dans le processus révélatoire. Les femmes doivent entrer en action. À leur manière, originale et libre. J'en parlerai dans un prochain Blog.