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mardi 2 octobre 2018

Le Messianisme : ou le saut quantique

Le saut quantique du Messianisme
par Dominique Blumenstihl-Roth (première partie)

Un kabbaliste est par définition sensibilisé aux mots. Sa science, c'est le langage.
Cette science se communique par certains mots qui ont reçu suffisamment de commentaires pertinents pour que leur sens soit défini et reconnaissable. A dessein, le mot Tal désignant la rosée, auquel nous avons déjà consacré une étude.
Il renvoie au sens de l'épandage de la Connaissance, au sens d'expliciter sur une large surface couvrante. D'où le titre de l'ouvrage « L'Abondance de la Rosée » ( Chéfa' Tal) du kabbaliste Cheftel Horovitz (1550-1630).

Tal présuppose la notion de sortie.
La Rosée doit se répandre d'autant qu'elle est abondante au petit matin en début de cycle. Elle doit, telle les photons, particules de la lumière, irradier les esprits. Thèse développée dans l'ouvrage du kabbaliste Jacob Meir Spielman (1876) : « La Rosée des lumières ». Cependant, ces ouvrages traditionnels, rédigés en un langage extrêmement métaphorique, ne donnent pas d'explication sur le concept qui est lui-même présenté sous la forme poétique de la métaphore. Il convient absolument de dépasser ce niveau de langage, et surtout, de ne pas repasser une couche de métaphores sur les expressions usuelles des kabbalistes. C'est pourquoi je parle de photons de lumière et non pas comme le kabbaliste classique, de « l'épandage de la grâce ». C'est même chose, la lumière agissant sur le cerveau qui se voit effectivement « habité » par la « grâce » d'un éclaircissement. Mais il existe un dénivelé au niveau du langage qu'il faut combler en actualisant les propos : en parlant le langage de notre temps. Ce qui ne discrédite aucunement la parole de l'Ancien. Mais en homme ou femme de mon Temps, je ne saurais me complaire dans l'épanouissement sublime de la Parole des Maîtres passés. À moi, à nous, d'en faire notre affaire, d'en assumer l'intelligibilité en des termes clairement compréhensibles. C'est affaire de décodage, de décryptage, au moyen d'un grille le Lecture. C'est affaire de… Sortie.

Sortir… un mot qui revient fort souvent dans Don Quichotte, le héros littéraire dont la méthode repose précisément sur le fait de sortir de sa maison : avec lui, la Connaissance dont il est le réceptacle quitte son enclos, celui de la tradition au sein de laquelle il s'est nourri (d'où l'un de ses noms : Quexada, où l'en entend fort bien en hébreu le sous-entendu de tetter, prendre…) Don Quichotte prend et tête au sein de la Tradition et s'en va de par le monde, en s'appelant dès lors Quexana (du verbe chana, aller). Pour dispenser à tous l'enseignement de la Rosée, étant lui-même devenue Fontaine.

La sortie du Quichotte est dramatique, dans le sens de l'action. Son aventure dans le monde est pathétique, pleine d'embûches. Mais enfin, elle est lucide et raisonnée. Et elle traverse les siècles, n'en déplaise aux adeptes de la pensée conventionnée qui se persuadent qu'il ne s'agirait que d'un roman picaresque alors que nous avons affaire, en lui, au grand héros de la sortie… De quelle sortie parlons-nous, quand Don Quichotte s'en va dans la grande plaine de Montiel en quête d'aventure ?

Le sens talmudique de sortir est pleinement établi. 
Il suffit de se souvenir de l'histoire tal-mudique des deux rabbins qui surent entrer dans la doctrine mais qui n'en trouvèrent pas la sortie. L'un et l'autre étant devenus fous et englués dans les modalités anciennes et archaïques non adaptées à leur temps. Mais le temps avance et se porte garant de l'état d'esprit travaillé par lui, comme il convient. Nous sommes les fils et filles de notre temps. Et notre temps, c'est celui de ce XXIè siècle singulièrement engoncé dans le matérialisme qui a pris tous les aspects d'un pseudo-messianisme. Cette conception matérialiste de l'existence fonde la « Realpolitik » gouvernant nos sociétés. Elle a ses prêtes, ses officiants, ses gourous. Elle est à l'origine de quantité de décisions, de fascinations, de complaisances politiques : l'emprise de l'économie sur nos décisions repose sur ce fantasme. Nous vivons dans la crainte du manque. Dans l'obsession du crédit bancaire impayé. Ce sont là nos peurs existentielles ayant remplacé les terreurs métaphysiques médiévales. Nous vivons sous l'emprise de notre Temps et ce Temps est fait de nos croyances, de nos délires.
Ce temps, c'est aussi le mien, le vôtre, celui que vous passez à lire ce texte. Et je vous assure que c'est un temps… de chien.

Un temps… de chien.
L'expression est triviale, mais le sous-entendu pourrait s'éclaircir dès lors que nous savons que le chien est l'animal symbolique porteur du message de la Rose. Le Kleb en sait plus long que nous sur le message qu'il a pris sur lui. On lira avec attention le livre Le Pouvoir de la Rose, de Dominique Aubier, où un important chapitre est consacré au sens symbolique de l'animal chien et du symbole de la Rose.

Tout est question d'énergie, de transport de l'énergie, et de sa capacité à faire se mouvoir les structures. C'est la raison même pour laquelle je tiens ce Blog, sachant que la pression qu'exerce la Révélation est capable, comme c'est le cas de l'énergie dans la physique quantique, de faire en sorte que des électrons quittent brusquement leurs orbites traditionnelles et se repositionnent différemment autour du noyau. L'impensable aujourd'hui peut demain — dans une seconde — soudain s'imposer en vérité souveraine.

Un saut quantique est en train de s'opérer, cela se voit.
La Connaissance dévoilée, libérée de son symbolisme a fait se mouvoir tout l'édifice. Israël finit par recevoir cette élucidation. Preuve en est de la décision du Prince d'Esaü (le président Trump, toujours un fusil à la main…) d'exiger que Jérusalem (re-)devienne la capitale d'Israël. Une décision qui aura pris le monde de cours, soudain changement d'orbite de la diplomatie se rangeant sur une trajectoire brisant tous les scénarios linéaires. Cette décision vient de plus loin… et ne laisse de faire penser à Esaü, l'inévitable frère de Jacob, dangereux Esaü qui ne cesse de mettre Jacob en péril, le forcer à l'exil et qui pourtant… finit par le laisser revenir… et même l'accueillir. C'est à cela que nous assistons, s'inscrivant dans le processus du grand retour, le recentrage de l'énergie sur Jérusalem marque la fin complète de l'Exil en Edom, le quatrième exil est achevé. Ce n'est pas une anecdote, c'est d'une part la terminaison d'un grand cycle exilitique — fin du quatrième exil en Edom — et l'achèvement du cycle des quatre exils ayant frappé la peuple de Moïse (Egypte, Assur, Babylone, Edom). Il n'y en aura pas d'autre, ce temps d'exil en quatre niveaux d'organisation est accompli : un temps tout autre commence, avec le retour définitif de Jérusalem. C'est le temps de la Connaissance pleinement dévoilée.
C'est là que la France intervient.

Ah, cette chère et douce France, dont la diplomatie encore embrouillée par de petites soumissions mercantiles finira peut-être par reconnaître quelle est sa vraie mission, « une mission universelle » martelait récemment le Président Macron à la tribune de l'O.N.U. oubliant toutefois de préciser quel en serait le contenu. Le contenu de l'universalité et de la mission française (francophone par extension) est prévu depuis 3000 ans, dans un texte de la Bible (Torah) aisément vérifiable, la prophétie Obadia. Cette universalité touche à l'identification du Modèle d'Absolu, de la mise au clair des symboles. J'en ai parlé dans de nombreux articles. Cette universalité ne peut se faire sur les valeurs mercantiles. Elle ne peut se réaliser que sur la Connaissance, sur l'identification du référentiel commun à toutes les traditions et culture du monde. Et ce travail… il a été fait. J'appelle cela : La Connaissance dévoilée.
L'exposé et le dévoilement de la face cachée des choses … 

Tel est l'apport réalisé par l'œuvre de Dominique Aubier : le dépôt d'énergie s'est concentré à l'endroit de la conjonction où l'état naturel d'un esprit s'illumine et transporte un savoir qu'il éclaire à son tour, grâce aux perceptions nouvelles rendues possibles par le Temps. Ce Temps qui nous prie, nous Lecteurs, d'être à la page. Et soudain, le saut se produit.
Un saut quantique, laissant perplexe la pensée linéaire plongée dans le trou noir…
Ce saut quantique, serait-ce l'ouverture vers le messianisme ?

Un mot qui fait peur, alors qu'il s'agit tout simplement d'une étape conduisant à la lucidité… et à la décision.

(la suite de cet article se trouve ici).



lundi 24 septembre 2018

La Synthèse des Sciences — ou l'hébreu en Gloire


Un livre de Dominique Aubier
(Edition originale, éditions Qorban)



Ce livre exceptionnel établit la corrélation exacte entre le code génétique humain et le Code de la Vie qu’est l’Alphabet hébreu. Dominique Aubier démontre que c’est là, dans cet Alphabet, que se trouve la véritable synthèse, tant désirée, tant réclamée et jamais mise au point dont rêvent les scientifiques.


Les chercheurs, en effet, savent qu’il doit exister un agent de synthèse qui, par sa formule identitaire, engloberait tout le réel. Mais quel est cet agent d'universalité ? La science est loin de l'avoir cerné… Le Réel, quant à lui, a sa propre voix, son propre langage, sa propre sémantique. Et la vérité est là, devant nous, lisible par tous : à condition de voir CLAIR et d’ouvrir les yeux sur le CODE… de la Torah hébraïque. Le code de l’Alphabet hébreu. La langue de Moïse décalque en effet au plus près les choses dans leur essence ; elle écrit en lettres d’or le grand livre de la vie parlant l’Unité, la Structure et son système…

Cet ouvrage magistral s’appuie sur un contrôle subtil de l’hébreu scripturaire et s’orne d’une rare précision de la pensée. Un livre majeur au regard de la révélation et de l’avancée messianique.


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La Synthèse des Sciences
Ou l’Hébreu en gloire

 

272 pages, 16 x 24 cm, livre cousu, 77 euros
Ouvrage typographié et imprimé en Espagne, sur papier de luxe par Arte Graficas Solers.
Planches et lettres hébraïques calligraphiées,
Edition originale exceptionnelle, 77 €
Expédition incluse pour la France.

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samedi 8 septembre 2018

Le secret de Dulcinée du Toboso.

Dulcinée du Toboso. Le secret.
par Dominique Blumenstihl-Roth


Dans l'article paru dans l'Encyclopaedia Universalis, le professeur Pierre Guenoun donne une piste très intéressante pour essayer de percer l'identité de Dulcinée du Toboso. Cet article reprend ce qu'il avait écrit dans son étude consacrée à Cervantès (Cervantes par lui-même, éditions du Seuil, 1971. Collection Microcosme).

« Dulcinée n'est pas la mythification d'une paysanne quelconque mais d'une de ces paysannes de Castille que l'Inquisition risquait de poursuivre parce qu'elle n'était pas « vieille chrétienne » de souche, ainsi que Cervantès le donne à entendre à ceux qui savent lire entre les lignes, lorsque, prenant la parole lui-même, il raconte, au chapitre IX de la première partie de Don Quichotte, comment il a trouvé le manuscrit de cette histoire chez un marchand de l'Alcaná, au cœur de l'ancien quartier juif de Tolède. »

Cette approche de Dulcinée du Toboso sort droit du beau livre de Dominique Aubier, Don Quichotte prophète d'Israel. (éd. Robert Laffont, 1966 ; éd. Ivréa 2013).

Qui est Dulcinée du Toboso ? 
Une femme mondialement connue, sans que personne ne l’ait jamais rencontrée. S’agissant de la dame souveraine du cœur de Don Quichotte, Dulcinée me paraît « johannique » à plus d’un titre : rustique, vraie, nécessairement vierge, image de la Schekina telle que la perçoit Cervantès dans son sublime roman. Lire à cet égard les quatre volumes d’exégèse de Don Quichotte réalisée par Dominique Aubier. L’auteur y dégage le sens de la geste quichottienne et met en relief la mystique du chevalier, notamment son serment le liant à la dame maîtresse de sa volonté.
Dulcinée, simple paysanne, brille aux yeux du Quichotte comme une intouchable divinité : sans qu’il la voie jamais, étant son amant, il ne tolère aucune remise en cause de sa suprématie et défie quiconque ne reconnaît sa supériorité. Qui est Dulcinée ?

Dominique Aubier explique que Don Quichotte est un livre crypté dont le codage symbolique est directement référencié sur l’herméneutique hébraïque : Quichotte s’entend en araméen «Qué-chot», qui désigne la vérité. Dès lors, Dulcinée du Toboso, idéal féminin, l’Ewigweibliches de Goethe, correspond à la vision personnelle qu’a Don Quichotte de la Schékina des kabbalistes (voir : Don Quichotte, prophète d’Israël, p. 186.)

Dulcinea, dans Don Quichotte, c'est la Schékina des hébreux. Autrement dit la doctrine même de la Connaissance, ce qui demeure (du verbe chakan - demeurer). La Schékina est le siège du monde de l'Emanation. « Car il faut s'unir préalablement à la Schékina… » (Zohar I, p. 149 éd. Maisonneuve & Larose). Quelle est cette douceur qui caractérise la dame ? L'hidalgo cherchera, dans sa réalité vivante, la personne susceptible de servir de support concret à ces qualités. Femme et douce, vision de sa pensée, sa dame procède de la Schékina, figure féminine de la connaissance de Dieu qui est Douceur. « Car ses voies sont douces… cette Douceur a été cachée et réservée pour plus tard. » (Zohar III, p. 257). En attendant, elle se propage par la voie orale de la Tradition : « La Douceur désigne la Loi orale. » (Zohar II, p. 550). Miguel de Cervantès va lui donner droit à la fixation écrite. Car « la Schékhina se transformera et prendra une autre forme. » (Zohar II, p. 319). Cette douce dame est celle à qui les ennemis vaincus devront se présenter — se rendre — pour qu'elle dispose d'eux à la façon d'un juge. En effet, elle en a les attributions : « le Tribunal désigne la Schékhina… C'est la Schékhina qui juge conformément à la Loi, conformément à la vérité. » (Zohar III, p. 451). Et c'est bien à Elle que « tout ce qui émane du Saint béni soit-il, doit parvenir sans intermédiaire. » (Zohar I, p. 148). Imitativement, aucun intermédiaire ne s'interpose entre don Quichotte et Dulcinea. Le chevalier envoie directement ses vaincus à Celle qui est sa suzeraine — pour qu'ils se rendent à sa vérité (lire à ce sujet : "Victoire pour Don Quichotte").

De son vrai nom, 
Dulcinée se nomme Aldonza Lorenzo, robuste et jeune paysanne qui, selon Cervantès, « n’a pas son pareil pour saler le cochon ». L'expression est comique, car le sel étant le symbole, dans le judaïsme, de la grâce divine, l’analogie devient assez évidente. A l’époque inquisitoriale, faire manger du porc au juif plus ou moins converti en apparence était l’une des épreuves de l’examen pour la délivrance du brevet de « bon chrétien ». Le mot péjoratif pour nommer le juif en ces temps-là désignait par antiphrase… l'animal interdit par la cacherout. Dès lors, « saler le cochon », sous la plume de Cervantès, qui a codé tout son livre, veut bien dire que la Shékina (Dulcinea) n'a pas son pareil pour assaisonner de grâce l'israélite même et surtout par temps d'Inquisition.
Dulcinée incarne aussi l’hispanité touchée par la douceur de Dieu, la connaissance, quand elle devient douce et agréable. C'est pourquoi elle est du Toboso. Cervantès a choisi ce village, car cela s'entend Tob-sod, (le bon secret) d’où son nom : Dulcinéa del Toboso.
« Dulcinée, c’est le symbole d’une vision des choses qui fait la gloire de Don Quichotte. Vision rejetée par les galériens que le chevalier délivre des chaînes de l’Inquisition. C’est pourtant en son nom, pour la gloire de la Schékina, doctrine supérieurement humaniste, qu’il a brisé leurs chaînes : les ingrats refuseront néanmoins de rendre hommage à leur libératrice. » Une intéressante exégèse de Dominique Aubier identifie très précisément qui sont les galériens libérés et on se reportera à son livre déjà cité pour en savoir plus.

Analogie entre Jehanne d'Arc et Dulcinée.
Il m'a semblé qu'il existait une analogie entre Jehanne d'Arc (personnage réel) et Dulcinée : lors de son procès, l'évêque de Beauvais s’en prend directement à une incarnation de type dulcinéenne. Ce qu’il nie en la jeune femme, c’est précisément d'être la récipiendaire de la gloire du Dieu dont lui-même se prétend le délégué en tant qu’agent clérical. Deux formes d'investitures s'affrontent, celle, directe versée sur l'esprit de la femme et celle, conventionnelle, acquise — délégation sacerdotale — par l'Institution. Le « clash » est inévitable. Au cours du procès, la dispute éclate à propos de la virginité de la Pucelle et la capacité qu'aurait l'individu de dialoguer personnellement avec Dieu alors que l'Eglise s'impose en unique interlocuteur et intermédiaire.

L’enjeu est considérable : ce qui est en cause, dans le procès de Jehanne d'Arc, c’est un concept ontologique. L'Inquisiteur rejette ce que représente la virginité symbolique. Dans Don Quichotte, Dulcinée, c’est un trait intellectuel de sa pensée idéale ; chez Jehanne, c’est le même concept, non intellectualisé, mais inscrit dans sa réalité physique. Dans les deux cas, il s’agit de l’inviolabilité de la Schékina.
Beauvais ne semble pas ignorer pas la portée ontologique de la virginité, c’est pourquoi il ordonne les vérifications assez lamentables sur l’état sexuel de la jeune femme. Sa curiosité est relatée par l’un des greffiers qui raconte que le vicaire fit aménager un trou dans le mur de la cellule où elle était détenue et par lequel il jetait des œillades intéressées lors de l’examen. Sans doute fut-ce là l’unique fois de sa vie que l’évêque vit une femme dénudée. Etait-il assez curieux de ce mystère ? Sa haine de la femme est ostensible. Objet de sa concupiscence, il déteste en elle l’inaccessible, aussi bien du point de vue physiologique que de la représentation symbolique. La féminité tout entière lui est insupportable : il hait d'une part la femme en tant que créature, en tant que récipiendaire et donatrice de vie, et d'autre part la femme iconique, incarnant les formes interprétatives du réel. Il ne pouvait qu’éprouver frayeur, haine à l’égard de la Pucelle d’Orléans : femme que nous pourrions qualifier de… Dulcinéenne ! 

Le Réel, l’Univers tout entier est une femme,
écrit en substance Dominique Aubier dans son ouvrage l’Ordre Cosmique. Il est l’hémisphère qui-fait, la gauche matérialisante à l’intérieur d’une structure d’essence corticale où la droite correspond à l’hémisphère qui-sait, disposant de l’Information.
L'Univers, selon cette thèse, serait le Qui - fait d'un invisible qui en serait l'informateur en Qui - Sait. Deux hémisphères entre lesquels, comme dans notre cortex, circule l'énergie… Ceci recoupe la thèse kabbalistique du Mi et du Ma.

En s’attaquant à la femme (Qui - Fait), l'Inquisiteur s’attaque en conséquence à la structure même de l’Absolu auquel il renie le caractère duel. En assassinant la femme, il en devient l’ennemi déclaré de toute la Création, négationniste suprême du projet divin. Criminel majeur, dans la pure tradition Amalécite.
Don Quichotte affronte, lui aussi, les sbires de l’Inquisition. Tout au long du roman, il est menacé par le Saint- Office qui a lancé à son encontre un avis de recherche. Rattrapé par les archers lors de son étape à l’auberge, il est interpellé. Dispute. Le chevalier pourfend les policiers : on remarquera qu'il est aidé dans sa bataille par toutes les femmes présentes à l’auberge, Dorothée, Clara, Zoraïda. À chacune d’elle, il reconnaît la vertu virginale — johannique, donc dulcinéenne, dirons-nous — en ce que chacune de ces femmes vibre et lutte pour l’amour unique qui les transporte.
Tout au long de l’œuvre cervantienne, Don Quichotte n’a cesse de réunir les amants, de professer l’union des cœurs, de reconnaître les vertus des femmes qu’il rencontre — y compris les deux prostituées, Tolosa et Maritornes. Don Quichotte voit en elles deux nobles dames, et n'émet aucune jugement à leur égard : défenseur des Femmes en tant que créatures humaines liées au projet divin, il s’impose en champion du Principe de Création. En tant que serviteur de Dulcinée, il affirme le principe de féminité comme antidote universel contre toutes les formes de tyrannie. Les droits de l’homme découlent, d’un point de vue métaphysique, de ce principe de féminité. Dès lors, dépassant largement le cadre strict du roman, Dulcinée entre dans la mémoire humaine et y rejoint sa sœur humaine, Jehanne, toutes deux corrélées au principe de Création : Jehanne sous sa forme terrestre, Dulcinée dans la vision céleste qu’en a Don Quichotte.
Ma devise est donc : Dulcinée for ever… 
Il faut continuer le Désenchantement de Dulcinea. 
                                               

samedi 25 août 2018

Commentaire sur Hava (Eve) et le Serpent biblique (2)

Le Péché d'Eve (2/2)

Commentaire kabbalistique. Par Dominique Blumenstihl-Roth

Cet article est la suite du Commentaire sur le Péché d'Eve paru ici.
Dans la première partie de cette étude j'ai fait la différence entre Isha et Hava en distinguant le sens de leurs noms respectifs. En aucun cas, Hava n'est liée aux force de Vie, dans la mesure où son nom ne contient ni le Yod ni l'Alef . Revenant au texte de Genèse, j'en viens à élucider ici les rapports entre Hava et le Serpent. Ce commentaire peut paraître difficile car j'entre dans le codage hébraïque. Mais avons-nous le choix si nous désirons ouvrir le sens des versets ? Un lecture patiente devrait lever la difficulté. Je vous en remercie.


1. Les tuniques de peau

Le savant Rabbin Elie Munk signale que certains commentateurs estiment qu'Eve fut nommée ainsi parce qu'Adam avait décidé qu'elle ne pouvait plus être « la compagne à ses côtés qui l'aiderait à atteindre le but idéal de sa vie, mais que son rôle se limiterait à être la mère de tous les vivants ». Il indique que « les Sages du Midrach voient dans l'assonance entre le mot serpent ( חיויא ) et Hava l'allusion du reproche adressé par Adam à sa femme… » Et ajoute que « Baya relève la parenté entre le nom de Hava et le verbe signifiant raconter, rapporter, bavarder (cf Job XV, 17) et remarque que le nom de la femme touche discrètement le vice par lequel elle incite l'homme au péché. » (Elie Munk, La Voix de la Thora, la Genèse,  éditions de la Fondation Samuel et Odette Levy, librairie Colbo, Paris 1969, p. 43). Le commentaire rabbinique est très intéressant en ce qu'il relève un jeu d'assonance entre deux mots. Dès lors allons plus loin. Dépassons l'assonance et entrons dans les mots, allons jusqu'au cœur des lettres qui les composent. Car toucher à la Lettre, c'est cela, lire véritablement le Texte. Repartons de la note d'Elie Munk et observons que le mot « serpent » חיויא en effet consonantique de Hava, possède deux Yod, donc beaucoup d'énergie. Et un Aleph. Serait-ce l'Aleph volé à Ischa ? Et cette répétition du Yod : l'un d'eux au moins aurait-il été volé à la Vie pour que Hava en soit dépossédé au bénéfice du Reptile qui s'accapare doublement l'énergie du Yod, relancé par l'Aleph final ?
Dans la Torah, le serpent se nomme Nahasch. Noun Het Schin. Il ouvre le verset 3 de Genèse et nous apprenons qu'il était rusé. Son nom s'écrit ainsi :
 נחש
Un mot — un nom — qui mérite que l'on s'y attarde et j'y reviendrai dans un prochain Blog. Dans l'immédiat, le Lecteur impatient pourra se rendre au commentaire très détaillé qui en est donné dans le livre Catalina, de Dominique Aubier.
 
Aurais-je fait une découverte ?
La bibliothèque hébraïque est tellement vaste qu'il est impossible au commun des mortels de la cerner au cours d'une seule vie. C'est pourquoi je n'aurai pas l'outrecuidance de prétendre à une découverte, étant presque convaincu qu'un talmudiste ou kabbaliste en ait parlé avant moi. Je ne voudrais pas lui voler les mérites des observations ci-dessous dont je ne suis peut-être que le répétiteur (en Bop). Un inconnu de moi a-t-il déjà conduit la démonstration ? En attendant de connaître son nom et de l'ajouter ici même, je le salue fraternellement en lui présentant mes excuses de ne pas le connaître. De toute manière, j'estime — découverte originale ou redite — que c'est le Texte lui-même, désirant être vu et remarqué, qui se projette sous la rétine du Lecteur et qu'il donne à voir ce qu'il estime devoir être vu. Je n'aurais donc d'autre mérite qu'avoir mis mes lunettes au bon moment. Et encore : qui m'a inspiré de porter ces lunettes à cet instant-là ?
Au verset de Genèse 30-20, « L'homme donna pour nom à sa compagne Hava parce qu'elle fut la mère de tous les vivants. L'Éternel-Dieu fit pour l'homme et pour sa femme des tuniques de peau, et les en vêtit », on s'aperçoit que les 10 mots hébreux suivant le mot Hava (donc écrit sans Aleph et sans Yod) possèdent tous soit un Aleph, soit un Yod, soit les deux. Cette série de 10 se referme sur un mot qui ne possède ni Aleph ni Yod :
כ ת נ ו ת  Caf Tav Noun Vav Tav qui signifie « tuniques de peau ».
Rachi, surnommé « Parchan Data », c'est-à-dire l'Interprète de la Loi, passe directement de Hava à tuniques de peau. Étrange commentaire que celui qui consiste à rester silencieux sur la phrase qui unit ces deux mots. Est-ce une invitation — par défaut — pour passer au crible ce qui se dit dans ce silence ? Il se passe bien des choses entre ces balises. En effet, entre Hava (premier mot à droite) et « tuniques de peau » (dernier mot à gauche), on compte 10 mots contenant Aleph ou (et)  Yod. Voici l'extrait des versets de Genèse 30/ 20-21 en hébreu pour que vous puissiez suivre le raisonnement :
חוה  כי  הוא  היתה  אם  כלחי  ויעש  יהוה  אלהים  לאדם  ולאשתו  כתנות    

Compter les Yod et les Aleph : on peut le faire même sans connaître l'hébreu. 5 Aleph א et 6 Yod י (en gras surlignés) sont répartis sur ces 10 mots suivant le nom de Hava qui n'en possède aucun. L'énergie de l'Aleph (5 fois) reprise par Yod (6 fois) se fixe sur tous les mots sauf celui de la personne ayant ouvert le cycle : le rythme est le suivant : Yod Aleph Yod Aleph Yod Yod Yod Aleph Yod Aleph Aleph. Le cycle inauguré par Hava se déploiera donc dans son entièreté de 10 strates (10 mots) réparties normalement sur 6 couches, 6 relances de l'énergie Yod. Tout cycle vivant s'organise en 6 couches et 10 strates. Voir La Face cachée du Cerveau. Ainsi en est-il de la Création en 6 jours et 10 paroles. On remarquera ici, que dans les 10 mots suivant Hava, on ne trouve que 5 Aleph. Où est passé le 6ième ? Est-ce l'Aleph manquant à Hava ?
À l'issue de la série des 10 mots contenant Aleph ou Yod, apparaît un mot ne contenant pas ces deux lettres et qui signifie « tuniques de peau ». Il ferme le cycle ouvert par Hava. Il existe donc un lien entre les deux mots :  

 חוה  et  כתנות

Hava en ouverture du cycle est liée aux tuniques de peau en fin de cycle. Est-ce couverte de tuniques animales que l'humanité finira en fin du cycle inauguré par l'absence d'Aleph ? L'expression « tuniques de peau » a fait l'objet de nombreux commentaires, dont celui du Rabbin Elie Munk qui note que le mot « peau » est constitué en hébreu des mêmes lettres que le mot qui signifie « aveugle ». Ces tuniques de peau « enveloppent tout l'univers et rendent l'homme aveugle ».  Ce cycle enfanté par Hava, sans Aleph, sans Yod, aboutit à recouvrir l'esprit de l'homme d'un voile obscur, soumis à l'autorité d'une entité qui a subtilisé ces deux lettres codantes de Vie. Ne sommes-nous pas les « enfants de Hava », vivant dans un cycle privé de l'Aleph et de Yod ? Cette tunique de peau, n'est-ce pas celle du positivisme matérialiste faisant de nous les adorateurs du Veau d'or, rendant culte à l'économie-reine, nous jetant aux pieds des idoles du « Faire » ? Ce rejet délibéré de l'Aleph (est-ce là le fameux « péché d'Ève ?), rejet du système divin, tellement visible dans le nom Hava, construit un projet civilisateur tout entier fondé sur cette négation. L'absence d'Aleph et de Yod ressort à l'issue du cycle, dans ce mot  כתנות (tunique de peau) contenant deux fois la lettre Tav, redoublement de la dernière de l'alphabet qui balise effectivement la fin. Une fin sans Aleph. L'Aleph final ayant été concédé au Serpent : 
 חיויא
   2. Nahasch, nom du Reptile rusé… Il ne manque pas d'indiquer que l'Homme (Noun) doit traverser le Pont (Het) afin d'atteindre les sommets du verbe (Schin). Sa valeur numérique est 358. Même valeur numérique que le mot « messie », Maschia. (Mem, Schin, Yod, Hé). « Le serpent est la scorie de l'or » écrit l'auteur du Zohar (vol I, Béréchit III, traduction Charles Mopsik, éd. Verdier, p. 268).
Quoi de plus normal que les deux opposites absolus soient reliés systémiquement comme le sont l'onde et la particule et que l'une indique toujours où se trouve l'autre, sans qu'elles se touchent jamais ? Par inversion, le Serpent dénonce le messie. Il en est « l'anti », le traitre jaloux et c'est paradoxalement grâce à lui que l'on peut identifier le Messie : au point que pour signaler le Messie, le Serpent est devenu, pour certains, son emblème qu'il fallait bien entendu lire dans une configuration inversée au miroir : il figurait sur la bannière de la tribu de Dan de laquelle le messie est issue du côté maternel.  C'est toujours dans le paradoxe qu'évolue la reptation du reptile, aussi Nahasch, rusé, induit l'humanité en erreur par son discours perfide cependant que la marche à suivre correcte se trouve indiquée, à son insu, dans son nom : traverser le Pont (labyrinthe), réaliser la montée. La nature l'a pourvu d'une langue bifide : le vie projette sur ce détail de l'anatomie le sens de l'archétype à repérer : dualité, bifurcation, ambiguïté. Suggère-t-il de demeurer, stagner, croire en la toute puissance du secteur linéaire de sa pensée construite sur le raisonnement de cause à effet, que son propre nom trahit le mensonge de sa parole inversante. Son nom indique à l'homme culturel (Noun) que le Verbe (Schin) se situe en face, sur l'autre Rive, celle dont il ne veut pas. Nahasch est le négateur du Maschia auquel il est pourtant intimement lié : Maschia contient le  Schin, le Verbe doté de l'énergie Yod, soutenant la structure Hé. Le — ou la ! car il se pourrait que ce soit une femme — Maschia sera donc l'instructeur du nouveau cycle (Mem) doté du Verbe, de l'énergie, corrigeant l'effet calamiteux issu de l'erreur d'Ève. La venue du Maschia, dit la tradition, mettra fin à la souffrance du Serpent. Je reparlerai de cela dans un prochain Blog. Dès maintenant, on peut étudier la question du messianisme en regardant ce film : le messianisme.
Le cycle imposé par Hava se distingue par l'absence de l'Aleph-Yod.  Il commence par Hava et se termine par « des tuniques de peau ». De nombreux initiés ont tenté de le corriger. Il faut en compter au moins 10 puisque 10 mots contenant Aleph ou (et) Yod s'écrivent après Hava. Parmi eux, certainement Noé, Abraham, Moïse… Sans aucun doute Jésus de Nazareth, Aqiba, et qui sait, certains prophètes d'autres traditions dont l'action ne saurait être minimisée, s'agissant d'une restauration collective (rassembler les étincelles) touchant l'humanité entière d'un cycle gravement blessé. Je compte parmi ces grands correcteurs le Maître qui m'a formé, qui m'a expliqué ce passage de la Torah et sans qui ces lignes ne pourraient être rédigées. J'ignore si, à ce jour, en 2018 (— mis à jour 2020 !) nous sommes sortis de ce cycle de l'Aleph manquant et du Yod subtilisé. Les réparateurs ont fait de leur mieux, pour réaliser progressivement le Tikoun adamique. Il n'en reste pas moins que l'action décisive sera l'œuvre du Messie, et c'est le Serpent lui-même qui l'indique, étant l'inverse de la démarche messianique dont il siffle (ou persifle pour s'en moquer ?) la mission au travers des lettres écrivant son nom. 

3. Hava n'est pas la « vivante ».
Je tire les précisions sur le nom de Hava de l'enseignement de Dominique Aubier qui m'avait expliqué que (voir son livre Catalina, p. 184 et 225) : « Hava » n'est pas analogue au mot « vivant ». Pour être vivante, il aurait fallu qu'elle porte le nom de « Hiya » ou « Hayi », c'est-à-dire qu'elle fasse sortir le « Yod » du tunnel. En réalité, « Hava », c'est la « fumeuse », « l'enfumeuse », « l'éteinte ». Son nom s'écrit Het, Vav, Hé. Avec ces trois lettres on peut écrire « Havoh », c'est-à-dire publier, énoncer, dire. Et en effet, Hava rend publique son erreur. Avec un Yod en plus, on aurait « Havaiah » : le vécu, l'expérience, l'événement qui marque la vie de quelqu'un. Mais sans le Yod, sans l'énergie, qu'est-ce que l'expérience ? En réalité Hava a raté son expérience, elle s'est contentée de la logique linéaire, croyant que les choses allaient continuer comme par le passé. Elle n'a pas intégré la nécessité de « passer ». Il y a une grande différence entre Hava et Hiviah. Entre les deux, il existe un pont. Or l'hébreu, c'est justement le passeur. Hava n'est pas passée. Dès lors, si elle est la « mère de tous les vivants » ce sont les vivants d'une humanité déchue. Hava est l'anti-passeuse.
La correction est cependant possible. Réalisée analogiquement par une femme, donc par une initiée qui non seulement dénonce l'erreur, mais accomplit le redressement, et opère le grand « tikoun » réparateur. C'est peut-être chose déjà faite ? J'en suis convaincu. Les temps messianiques sont déjà en cours. J'en ai parlé à la fin de l'article publié sous le titre « mâle et femelle furent créés à la fois » où j'évoque l'idée selon laquelle le messianisme opératif serait œuvre féminine.

Faut-il préciser que les hommes ne sont pas exclus de l'aventure messianique, s'agissant de trouver en eux la part féminine la plus instruite pour avancer dans ces temps nouveaux ?

Dominique Blumenstihl-Roth


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Références :


Pour les personnes désirant reprendre des éléments de ce blog : les textes publiés ici bénéficient de la protection des droits d'auteurs. Il est donc nécessaire et juste de citer loyalement la source.
Je remercie les personnes qui apportent leur aide et soutien à ce Blog et à l'édition des ouvrages de référence cités.

vendredi 10 août 2018

Jacadi. Le secret d'un jeu initiatique.

Jacadi. Le secret d'un jeu initiatique.
par Dominique Blumenstihl-Roth

Lors d'une promenade dans mon village de Normandie, mes pas m'ont amené près des espaces verts entourant les magnifiques étangs de notre Commune. Tout à proximité se trouve la crèche municipale poétiquement appelée « l'îlot Mômes ». J'y ai vu de loin les enfants qui se rassemblaient dans la cour autour d'une animatrice. Elle semblait leur expliquer quelque chose de bien intéressant tant ils semblaient captivés. Que pouvait-elle bien leur dire qui fédérait leur attention ? Après un moment, la jeune femme a placé les enfants de sorte qu'ils soient tous alignés le long d'une grille, sauf l'un d'eux à qui elle indiqua de se rendre devant le mur du bâtiment.
Je m'approchais et m'aperçus qu'elle les avait préparés à jouer ce jeu bien connu de « Jacadi ». Faut-il en rappeler les règles ? L'enfant face au mur tourne le dos à ses amis et leur crie « Jacadi courez ». Aussitôt, tous s'élancent en direction de « Jacques ». Ce dernier cependant peut interrompre leur approche et lui suffit pour cela de crier « Jacadi arrêtez ». Il se retourne alors rapidement et tout enfant ayant bougé après que l'ordre d'arrêt ait été donné est renvoyé au point de départ. Le jeu reprend, jusqu'à ce qu'un enfant ayant respecté les arrêts successifs parvienne, étape après étape, à toucher « Jacques ». Il prend alors sa place et le jeu recommence.

J'ai regardé plusieurs parties se dérouler et cela m'a rappelé de bons souvenirs. Les décennies ont passé depuis que moi-même ai joué à Jacadi, sans que cet amusement collectif n'ait pris la moindre ride. Le rire des enfants est resté le même et la joie de le suivre en spectateur n'est pas moins intense. Comment se fait-il qu'un jeu traverse le temps et suscite le même intérêt alors que quantité d'autres loisirs nouveaux — électroniques — aient surgi, souvent bien vite oubliés, sans pouvoir le détrôner ?

Il m'a semblé que la réponse se trouvait dans l'indice initiatique que revêt ce divertissement, qui semble entièrement construit selon des règles archétypales. J'ignore si quelque spécialiste en a fait le décryptage, le cas échéant, je le salue bien humblement. La plupart des jeux défiant les années sont ceux dont les règles sont solidement appuyées sur des critères initiatiques et tel est le cas des jeux de cartes, tels le tarot ou la canasta. Pour ce qui est de notre « Jacadi », je propose une lecture fondée sur les lois initiatiques, car il se pourrait bien qu'il recèle un enseignement pédagogique extrêmement important par lequel on signale aux jeunes esprits l'existence de certaines règles de vie que d'expérience les inventeurs du jeu ont observées. Existe-t-il meilleure pédagogie que le jeu ?

Le nom du jeu : « jacadi ». De toute évidence, c'est la contraction de « Jacques a dit » et que dit-il ? Tantôt « courez », tantôt « arrêtez ». Qui est le donneur d'ordre ? Qui est ce « Jacques » ? Et pourquoi pas Pierre, André ou Paul ? Il me semble que Jacques est la francisation du prénom hébreu Jacob (Yago). Et qui est « Jacob - Jacques » ? Le plus simple est de s'en remettre à un dictionnaire, et même un Robert dévoilera l'identité de Jacques nous apprenant qu'il s'agit bien de Jacob et que Jacob est le fils d'Isaac, frère d'Esaü, tous eux enfants de Rebecca. La saga biblique du personnage est édifiante et on se reportera aux chapitres de la Bible où l'on assiste à la seconde naissance de Jacob, devenant « Israël » après qu'il eut combattu l'ange au gué de Yabok.

La règle du jeu est simple ; les joueurs doivent écouter l'ordre de Jacques qui leur dit ce qu'il faut faire. Et surtout, s'arrêter quand l'arrêt est promulgué. C'est un jeu qui repose sur la capacité d'écoute et la rapidité d'exécution pour performer le passage de l'action rapide (courez) à l'arrêt immédiat. Bel enseignement, car ne faut-il pas se précipiter quand l'énergie est là, « chevaucher le tigre » comme disent les taoïstes, et savoir diriger sa monture, l'arrêter quand parvient l'ordre d'arrêt ? Le bon kabbaliste reconnaîtra là une dynamique bien connue de sa tradition : le respect des limites cycliques. Les cycles s'achèvent toujours par l'ordre d'arrêt et tout ce qui dépasse est réputé nul et non avenu. Le soufi connaît lui aussi cette règle de l'arrêt qu'il doit observer quand il parvient au « Lotus de la limite ». Le soufi andalou Ibn' Arabî en a traité dans ses ouvrages, en un langage symbolique… dont il n'est pas certain que l'islam l'ait bien compris.

Jacadi « arrêtez ».
Grande leçon initiatique que celle de l'Arrêt, en pleine course, alors que l'on s'imagine pouvoir se précipiter d'un seul trait vers le trésor. Les cycles doivent être respectés. Les ordres, les « stops ». C'est ici que l'on se reportera à la grande leçon de l'Alphabet hébreu qui présente très clairement le notion d'arrêt par sa lettre Tzadé Final (valeur 900), située du côté gauche de l'arbre à lettre. A cet endroit doivent cesser les rêves productivistes, c'est là que doit cesser le « faire » et que le Samouraï — si j'en crois la tradition japonaise — entre dans la phase du « non-faire ». C'est au niveau du Tzadé final qu'il convient d'observer la règle initiatique fort bien décrite par l'amérindien Juan Matus qu'il appelle fort justement « stopper le monde ».

Le jeu récréatif de « Jacadi » en saurait-il plus que les énarques et les polytechniciens ? Les hautes écoles formant l'élite de nos civilisation ignorent somptueusement la Loi du l'arrêt et ne prônent que la continuité de la progression, la croissance, persuadées qu'il existerait toujours une possibilité de se mouvoir au-delà du « stop ». Or le jeu enseigne l'existence de limites, car le petit « Jacques », dès qu'il se retourne, voit toutes les dissimulations, et le moindre mouvement vainement tenté est repéré. Eliminatoire.
L'ordre de Jacques est clair. Il dit et ordonne « arrêtez ! » Arrêtez de bouger. Arrêter de faire. Arrêter de s'agiter, de s'avancer. Autrement dit : cesser. Non pas d'exister, mais de « faire ». Moment d'immobilité, de réflexion nous invitant à réfléchir, d'observer le chemin déjà parcouru, prendre note de l'inflexion à intégrer et comprendre les règles du jeu. La règle du Stop est un archétype de la Connaissance, il est largement expliqué, décrit dans le livre La Face cachée du Cerveau dont j'ai bien souvent parlé. Le Stop précède le passage vers « l'autre côté » où l'énergie s'élance, processus que les tibétains appellent le Srid Pa Bar Do et que les Iraniens mazdéens appellent le Jars. La convention occidentale centrée autour de la culture grecque (qui n'a pas inventé le concept) aura moins retenu l'idée du Stop que celle du passage qui lui fait suite, c'est-à-dire le Labyrinthe, dont on a fait un mythe. Ce qui revient à le neutraliser en tant que récit historique relégué à la mythologie alors qu'il s'agit d'une expérience humaine toujours vécue à titre individuelle (et collective).
Avant de passer au Labyrinthe, le héros (c'est-à-dire nous mêmes) sommes stoppés dans notre progression linéaire. La seule issue consiste à suivre les signes, écouter les « murmures », s'avancer vers l'En face…

Mystérieux Jacadi jeu extraordinairement instruit de bien des secrets. Il nous indique l'attitude que notre civilisation devrait adopter. « Arrêter ». Arrêter de mettre le feu. Arrêter de consommer autant. Arrêter la violence. Arrêter… les recherches scientifiques qui n'ont de scientifiques que le nom mais pas l'intérêt. Simplement « arrêter » la production à outrance, arrêter l'entropie… Arrêter la domination-soumission à l'argent… Se souvenir des règles que le réel impose et l'une de ces règles est précisément celle de l'arrêt évolutif. L'Homme de Cromagnon pourrait nous en instruire largement, lui qui l'a vécu de manière intime.

Si nous poussons plus loin notre recherche sur le sens de ce jeu, cela nous entraînerait dans le domaine de la kabbale hébraïque. Cela pourrait incommoder certains esprits. En effet, comme je l'ai indiqué, « Jacques » n'est autre que Jacob, donc Israël. Dans la Bible, c'est en effet le même personnage portant deux noms différents. S'il avait porté un prénom chinois, j'aurais centré ma recherche sur la doctrine taoïste ou bouddhiste avec autant d'intérêt… et je ne doute pas qu'on aurait décelé une leçon fort identique, tant les Traditions du monde, toutes à égalité de dignité, sans se ressembler par les formes expressives, ne laissent de décrire le même modèle universel. L'Unesco s'en est-elle aperçu ? Je n'en suis pas certain car aucun ethnologue n'a à ce jour clairement identifié le modèle de référence…
L'enfant jouant le rôle de « Jacques », jouerait-il ou mimerait-il la geste et l'attitude du héros biblique ? En effet, si Jacques = Jacob et si Jacob = Israël alors se pose la question de savoir qui est Israël.
C'est le nom d'une Nation, nous le savons.
Mais c'est avant tout une équation lettrique, dont le sens est lisible dans les lettres composant le mot.

ישראל
Youd : l'énergie
Schin : les trois niveaux d'organisation
Resch : la structure cérébrale car Rosch c'est le cerveau
Aleph : le système du Verbe
Lamed : l'enseignement

Le nom « Israël » signifie, lettre par lettre : l'énergie initiale, Yod, l'énergie cosmique a animé un Schin. La lettre Schin, dans le nom d'Israël, est pointée sur sa dernière branche. Preuve que le système de vérité a été inventorié sur tous ses archétypes, et cela par appui sur la structure absolue, représentée par la lettre Reisch. À partir de là, le système Aleph peut être enseigné comme le veut et l'exige la lettre Lamed.
Je tire ces précisions du livre de Dominique Aubier Le Principe du Langage ou l'Alphabet hébraïque, éditions Mont-Blanc / M.L.L.

Ce jeu d'enfant serait donc une leçon de type Lamed, destinée à nous faire comprendre dès le plus jeune âge, une loi essentielle de la Connaissance, consistant à reconnaître l'énergie (courez, faites vite quand l'énergie est là : cf. la sortie d'Egypte, il faut en effet quitter l'Egypte au plus vite une fois que l'ordre en est donné). Savoir s'arrêter quand cela est dit, au moment précis. Savoir ne pas bouger quand cela est nécessaire : le concept sous-jacent de l'arrêt en fin de cycle est celui du Sabbat. En fin de cycle, le « Stop » est prononcé et observé, respecté. Moïse, en ce temps-là, était d'une sévérité extrême et toute infraction au Sabbat était punie… de mort. Le cycle ne peut recommencer qu'avec la prononciation d'un nouvel ordre de départ, formulé dans les règles et contenant la formule « Jacques a dit ».
Une des astuces du jeu, pour piéger les joueurs, et dont les enfants rafolent, consiste justement à donner l'ordre de courir, mais sans prononcer la formule magique « Jacadi ». Fausse alerte, et ceux qui s'élancent trop vite sur l'ordre incomplet sont éliminés. Le jeu enseigne donc également la capacité d'écoute et la précision intellectuelle : on n'obéit à l'ordre que s'il est complet, donné dans les règles, pleinement articulé.

Une grande acuité visuelle et auditive.
J'ai remarqué, au spectacle que me donnaient les enfants ce jour-là, que tous ne réagissaient pas de la même façon. Et que l'astucieuse fillette dans le rôle de Jacques possédait une grande acuité visuelle, remarquant le moindre mouvement de ses camarades. Certains enfants réagissaient immédiatement, dès que les mots étaient prononcés. Ils réagissaient au quart de seconde, à l'écoute, à l'oreille. Immobilisation parfaite. D'autres tentaient de « grappiller » un pas en espérant que « Jacques » soit distraite… Mais rien n'y faisait, elle voyait tout. D'autres encore semblaient non pas écouter mais se réglaient sur l'attitude de leurs camarades. Par mimétisme, ils s'arrêtaient et reprenaient en suivant le mouvement d'ensemble, sans toutefois se connecter eux-mêmes aux paroles dites. Nous en sommes souvent là, à nous conformer à la convenance sociale, au « faire comme les autres », suivisme sécurisant, à ceci près que copier les autres, même quand ils sont dans la justesse, nous conduit à être légèrement en retard sur l'information originale puisque nous introduisons une prise de copie intermédiaire. Nous risquons par ce retard de n'être pas en phase avec la vitesse requise. Nous pouvons également décalquer les erreurs d'écoute de ceux que nous suivons et finir par être éliminés, comme eux. Ce sont les risques que l'on encourt par le conformisme… Rien ne vaut donc d'expérimenter par soi-même et directement le rapport au Verbe, et de dresser sa propre oreille pour bien entendre la parole…
C'est l'une des pédagogies que les animateurs pourraient alors indiquer aux enfants, elle consisterait à leur dire d'écouter bien par eux-même, de ne pas faire « comme les autres », de dresser les oreilles, de bien surveiller que l'indicatif « Jacadi » ait été prononcé et de s'y conformer en toute responsabilité et liberté, et non par soumission à la mouvance générale. Chacun doit se mouvoir, pour lui-même dans ce jeu, à l'écoute de Jacadi.
Et que me dit-il, en ce moment même, alors que les première gouttes de pluie commencent à tomber ?
« Jacadi… me dit : rédige vite cet article » afin de partager avec tous cette découverte. Je suis donc rapidement rentré à la maison et me suis précipité sur mon clavier pour écrire ces lignes. J'en poste ici même le texte sur le Blog, et vous pouvez y ajouter votre avis, commentaire, expérience, et même désaprobation.
« Et n'oublie pas, me dit encore Jacques, de rendre hommage à celle qui t'a permis de comprendre et dégager le sens de ce jeu magnifique… »

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lundi 23 juillet 2018

Commentaire kabbalistique sur le Péché d'Eve (Hava) 1.

Commentaire sur le Péché d'Eve (Hava). (1/1)

Par D. Blumenstihl-Roth

Il m'est arrivé, dans des blogs précédents, d'observer combien certaines approches du texte biblique souffraient d'être séduisantes au détriment de l'exactitude. Pour ce qui me concerne, je m'en tiens à la technique des kabbalistes, pour qui la Torah est un texte rigoureux, codé, crypté et dont il convient de libérer le sens au plus près des Lettres. Je m'en tiens aussi à une connaissance du Code initiatique fondée sur un Code établi, une grille de lecture applicable non seulement aux textes, mais aussi à la vie, nos propres vies.
 
Je propose aujourd'hui une mise au point documentée sur Eve (Hava). Ce sera un peu long. Je vous remercie de votre patience. Je la présente en deux parties dont la deuxième sera publiées dans un blog ultérieur.

1. Une lecture démocratique de Genèse.
En ces temps démocratiques salutaires et bénis où tout le monde a raison, chacun a le droit d'avancer sa propre lecture de la Torah, quitte à inventer une interprétation personnelle. Dans cette égalité où toutes les expertises se valent, l'étude d' Ève que présente tel auteur est certainement brillante selon qui Ève serait synonyme de vivante et la « mère des Vivants » parce que son nom évoquerait la vie. Ce raisonnement est généreux d'associer Ève (Hava) aux forces de la vie. La formule est répétée, reprise de livre en livre et finit par prendre la force de la chose admise. Nombre de lecteurs s'en sont convaincus et plusieurs auteurs ont repris la thèse avec conviction. Cependant, aucun kabbaliste sérieux n'appuiera cette lecture. Elle souffre en effet d'une erreur de parallaxe.
Une mise au point s'impose, au sens ophtalmologique de l'expression : régler correctement la focale et regarder de près comment s'écrit Ève en hébreu. Hava.
Son nom s'écrit Het, Vav, Hé.

חוה

Son nom n'étant significatif qu'en hébreu, il n'incrimine en rien les femmes s'appelant Ève. Je pense que si ce beau prénom est de nos jours porté par quantité de femmes, c'est justement dans un esprit positif visant à réparer l'erreur de Hava. Pour rassurer les femmes s'appelant « Ève » je dirais que leur prénom intègre justement la lettre manquante de Hava. Le prénom moderne d'Ève correspond à mon sens au projet réparateur de l'humanité que Hava a raté.

Mon Maître m'a expliqué :
en hébreu la Vie s'écrit avec un YOD, lettre de l'énergie.
 חיוה
Or Hava, dont le nom procède bien de la racine évoquant la vie, ne possède pas ce YOD. C'est qu'elle en est privée. Elle a bien commis l'erreur fatale. C'est de l'erreur qu'elle tire son nom, privé de Yod. Et comme elle ne possède pas de Yod dans son nom, elle ne possède pas l'énergie vitale alors même que son nom dérive du verbe « vivre ».
« Hava » est en cause pour avoir induit l'humanité dans une voie erronée. Il est donc impossible qu'elle soit en analogie avec les forces de vie, car elle est celle qui les a niées.

Certes, il est écrit dans la Torah ( Genèse 3-20) : « L'homme donna pour nom à sa compagne "Hava" parce qu'elle fut la mère de tous les vivants. » Mais ce nom apparaît après qu'il y eut le « péché ». Avant cela, elle s'appelait "Isha" (Genèse 2-23).
Isha (femme) s'écrit Aleph, Schin, Hé. « Celle-ci sera nommée Isha » dit l'homme -Adam à Genèse 2-23 tandis que Hava est appelée « sa femme » et ce nom Hava lui est donné par l'homme tel que le précise le verset : « L'homme donna pour nom à sa compagne "Hava"… » (Genèse 3-20). Dans le premier cas, c'est l'homme qui parle et Isha reçoit ce nom dans une phrase passive au futur (elle sera nommée…). Dans le second cas, l'homme donna pour nom Hava, le narrateur conte l'événement au passé. Hava porte sur elle le passé de l'erreur.
Après la faute, Isha n'est pas égale à Hava. L'une, Isha, est l'archétype de la donneuse de vie possédant l'Aleph. L'autre, Hava, « sa » femme (celle d'Adam) appartient à un tout autre registre. Elle n'a pas repris à son compte l'Aleph (1) sous la forme du Yod (10). Cependant, un bel espoir subsiste, car elle sera nommée Isha et ce verbe au futur n'est pas aboli par l'erreur. Ce futur n'est pas fixé dans une limite de temps et peut donc atteindre notre présent. Si l'erreur de Hava est corrigée, aussitôt Isha retrouve son nom.

3. Isha s'écrit ainsi :
אשה
Isha possède l'Aleph en initiale, lettre désignant le système d'Absolu. Suivie du Schin : le Verbe. Suivi du Hé, avec ses deux piliers en gauche et droite, structure ouverte à l'avenir à l'endroit où la lettre présente un espace d'ouverture en haut à gauche. Le Zohar ajoute que « Isha signifie que Dieu a uni le feu (Esch) et le Hé », principe féminin. (Zohar I, 48b, vol I. éditions Maisonneuve, trad. Jean de Pauly). Isha est à mon sens l'archétype même de la vie, recevant l'information Aleph, la déployant sur les niveaux d'organisation Schin et projetant l'énergie, après les échange latéraux en Gauche et Droite, vers le futur (ouverture de la lettre Hé).
Sa valeur numérique est 1 + 300 + 5 = 306.
Tandis que Hava s'écrit ainsi : Het Vav Hé.
חוה
Je reprends le nom de Hava en police Times afin que l'on observe bien le tracé des lettres.
Hava, qui aurait dû récupérer l'énergie de l'Aleph après le Hé de Isha, ferme ce Hé et le transforme en Het. L'énergie de l'ALEPH (issue de Isha) n'y est pas reprise. Il aurait fallu qu'on retrouve soit un YOD (10) en reprise développée de l'Aleph (1) ou un Aleph répété. À la place on trouve une absence instillée par l'erreur, une vacuité qui glisse sur la plate-forme supérieure couvrant le Het (première lettre), elle monte le long du petit appendice terminal à gauche. Elle monte et ouvre un nouveau cycle Vav (deuxième lettre). 
Ce cycle ouvert par HAVA est enrichi de l'erreur construisant à son tour une structure Hé en Gauche et Droite. Mais sans l'énergie de l'Aleph. Où est-il passé ? Hava a pour valeur numérique 19. C'est la même valeur que le mot « union » (ihoud). À ceci près que le mot ihoud possède justement ce qui manque à Hava , c'est-à-dire un bel Aleph en initiale (Aleph, Het, Vav, Dalet). Les mots sont à rapprocher, et leur différence est à observer.
L'union ne peut se réaliser que par le Système Aleph soutenant une structure duelle où Gauche et Droite (Hé)  s'unissent, pour commencer un cycle (Vav) ouvert (Dalet). Hava n'a rien fait de tout cela, ayant méprisé l'Aleph et ignoré les lois de l'énergie.
Peut-être existe-t-il une possibilité de corriger le cycle qu'elle a ouvert ? C'est faisable, à condition que l'erreur soit bien identifiée et que l'énergie correctrice y soit inoculée. De nombreux correcteurs y ont travaillé, de Moïse à Rabbi Aqiba, Jésus, Bouddah et sans doute d'autres grands initiés de traditions non moins dignes d'intérêt.

4. Dans le nom de Hava, il faut remarquer l'absence de tout Aleph et de Yod. Les forces de vie n'y sont pas.
Dès lors, si Hava est appelée par l'homme « mère de tous les vivants » dans la Torah, c'est tout juste après que l'erreur fut commise. Elle tire son nom de l'erreur : le texte est sans ambiguïté : « elle fut appelée » (par qui ? par l'homme et non par Dieu), sous-entendu : elle reçut ce nom-là, bien que ce n'était pas le sien. C'est donc une sorte de surnom lié à son acte. Hava est une appellation distincte de Isha, ne désignant pas la mère des forces de vie, mais la génitrice de ceux qui vivent là, les vivants dans le cycle ouvert par la faute. Il faut entendre l'expression « tous les vivants » dans le sens de « tous ceux qui vivent là, à ce moment-ci du cycle. » Hava est la mère de tous les vivants de ce cycle qu'elle a induit en erreur où règneront les options prônées par le Serpent. Mais en aucun cas, elle n'est associée aux forces de la Vie dont elle est la négation.

Rachi, le grand exégète médiéval (né à Troyes en 1040) écrit, dans son commentaire sur le Pentateuque (vol 1 p. 18, éd. Comptoir du livre du Keren Hasefer 1957)  que « le nom de Hava vient du verbe vivre  ( חיה ) ». Je rejoins son avis éclairé. Car s'il dit que Hava vient du verbe vivre cela ne signifie pas que Hava soit elle-même la vivante. Avec le subtil Rachi, il convient de redoubler d'attention car il n'utilise jamais un mot par hasard. Il est dans sa technique de lancer une phrase à l'adresse du Lecteur, lui laissant le soin de chercher par lui-même une suite qu'il s'interdit d'expliciter. Comme il se doute que nous ne trouverons pas aisément, il ajoute ces mots brefs : « parce qu'elle donne la vie à ses enfants ». Voilà une réponse lapidaire. Faut-il entendre qu'elle est Hava, en tant qu'être biologique donnant vie à ses enfants, sans plus ? Qu'elle met au monde sa descendance qui vivra dans un cycle civilisateur entaché par son erreur ?
Rachi nous invite (sans rien en dire) à regarder la différence fondamentale entre les deux termes hébreux écrivant d'une part Vivre, et Hava d'autre part.
À nous de voir clair dans ce non-dit. J'ignore si les commentateurs de Rachi ont fait la distinction, car il est difficile de lire les sous-entendus d'un initié qui s'interdit d'en dire davantage, estimant avoir déjà franchi la limite de ce qui pouvait être révélé en son temps.

Dominique Aubier a observé que si vivre s'écrit bien avec un Yod, le nom de Hava n'en possède aucun. Son nom se voit précisément privé de ce qui caractérise l'énergie et la vie. Hava est donc celle… qui n'en a pas et ce qu'elle engendre, ce sont des cycles pénalisés par cette absence. Ce qui expliquerait pourquoi Rachi, dans sa technique du non-explicite, établit un lien peu évident à première vue entre Hava et le mot « être », « devenir » (היה) en citant Eccl. 11,22 : « qu'advient-il à l'homme ». Ce rapprochement devient intelligible après que l'on ait bien saisi la leçon touchant les lettres : en effet, qu'advient-il à l'homme (sous-entendu : après Hava) : autrement dit, comment l'homme peut-il vivre, si le verbe vivre, dans ce cycle, se trouve dépourvu de Yod ?
Oui, qu'advient-il à l'homme s'il se prive de l'énergie Yod, s'il s'enfonce dans le devenir non soutenu par les forces du verbe ou du mensonge ?

La suite de cet article est publiée ici : Hava et le Serpent

Le Yod en action dans le Cœur… Qu'est-ce que le Cœur ?

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