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mercredi 26 avril 2023

Le secret de la Création. Par Dominique Aubier.

Le Secret de la Création,

par Dominique Aubier

 

Extrait du livre Inédits 2.

Ouvrage qui paraîtra en juin 2023…

 

Est-il raisonnable de penser que la terre, loin d'être un point perdu dans l'univers, soit le site visé par le premier élan fonctionnel de l'énergie mouvant le Cosmos ? Un fait permet de le penser. Une évolution s'est produite en elle, qui a construit le minéral, le végétal, l'animal et l'humain. Une évolution qui a suscité la vie. La vie, critère irrécusable de l'existence. La vie, dont nos savants cherchent désespérément des traces dans d'autres astres, allant jusqu'à postuler, sans preuve, que des planètes, dans d'autres galaxies, puissent avoir vécu, possiblement mieux que nous, une aventure comparable . 

 La cosmogonie biblique n'autorise pas cette hypothèse. L'évolution sur Terre est le résultat de la percée d'un Premier Echange Latéral (PEL) conduisant une information qui doit se déposer à la fin dans une forme concrète. Cette prédestination étant obligatoire, tous les éléments nécessaires à sa maturation s'organisent progressivement. L'évolution générale, dont les naturalistes proclament qu'il s'agit d'un fait et non d'une théorie, correspond à la sécrétion des acides aminés dans le cas miniaturisé de la formation d'une protéine. A croire que la planète Terre ne sera pleinement elle-même qu'au moment où l'information codante animée en A, dans l'Invisible, recevra le traitement qui la fixera en A'. La vie sur terre serait-elle du ressort de l'approche et non de la pleine réalisation ?

Pour en juger, il faut connaître le contenu exact de l'information frappée en A. Tout le secret de l'évolution qui s'est produite sur terre tient à la finalité visée par ce codon originel. L'Oiseau Bleu de la connaissance vous dira que l'information animée au départ de la Création se confondait au système Alef, s'étant lui-même délégué à tenir l'emploi du codon.

 Si étonnant que cela paraisse, le contenu de son message a été capté. Moïse en a pris note, grâce à ses antennes spirituelles. Songeant à ce pouvoir, je me suis souvenue de l'humour avec lequel Cervantès parle du sien. En fin de Quichotte I, l'Hidalgo se plaint de ce que sa girouette est trop pointue. Pourquoi fallait-il qu'elle soit finement aiguisée, quand il était tellement pratique de l'avoir toute plate ? Son instrument de perception aura percé trop profondément l'espace-temps. Il y a saisi des vibrations inaudibles pour ceux qui ont la tête dans les épaules. Mais nul ne choisit la longueur de sa suspension sensible au fil de l'énergie qui lui donne vie. 

Moïse devait avoir sur la tête comme un tube où se canalisaient les émissions retransmises par le PEL. C'est lui, prophète sans concurrence, qui a fait le relevé de la formule clé. Ehyé Acher Ehyé (Exode 3-14). Je suis celui qui sera. Acher est l'élément relationnel entre les deux Ehyé. Acher, c'est le codant animé une fois pour toutes au commencement des temps. On observera qu'il y a triplet verbal en Acher tout comme il y a trois nucléotides au départ du processus microbiologique visant à former une protéine. En effet, trois lettres édifient ce mot-clé : Alef, Schin et Reisch.

א ש ר

— Alef déclare que le système se donne d'emblée ;

— Schin fait valoir que la mise en forme explicite de ses règles est obtenue ;

— Reisch livre sans mystère l'identité du référent de naissance dont le système Alef est la loi de fonctionnement. 

Projet net. Le triplet Acher exprime un vouloir érigé dans l'Invisible dès le départ de la Création. Le PEL s'en empare et le projette dans le Cosmos, suivant son itinéraire obligé A A'. Pour qu'Acher devienne un « intelligible », il faut que des intelligences se prêtent à le capter et comprendre. Sans le cortex parlant donnant accès à la conscience, Acher ne toucherait jamais sa cible. Ce codon ne marquera son but qu'après avoir promu les conditions nécessaires à sa réalisation. Des milliards d'années ont été occupées à les sécréter. Acher ne commandite pas n'importe quoi. Il code une prévision intellectuelle. Pour que son programme se réalise, il faut qu'existe déjà un agent capable d'en assumer l'intellectualité. La conscience est l'outil requis au service de son objectif. Les scientifiques ont rencontré cette contrainte qu'ils ont appelée principe anthropique. Manière de dire que l'Humain était compris dans le projet créateur ? La créature dotée d'un cortex parlant n'est véritablement entrée en transe d'exécution qu'à partir du moment où cet instrument de pensée a été disponible. L'essor biologique s'est alors arrêté, laissant place à l'envolée culturelle. L'Homme est devenu l'outil de l'aventure historique.

 

Un mot ne s'écrit pas d'un seul trait. Chacune de ses lettres demande à être modelée séparément, venue dans l'ordre que lui prescrit le sens. Ses trois signes se sont gravés l'un après l'autre sur le Temps. Trois étapes ont été nécessaires : le temps de l'Alef, celui du Schin, celui du Reisch. Sans omettre la résolution terminale quand Acher sera énoncé en plénitude de mot et de contenu intellectuel. Oui, intellectuel. Le système Alef a été pensé au départ. Il doit l'être aussi à la fin. 

Trois étapes civilisatrices correspondent à l'émergence historique de chacune de ces lettres. Essayons de les discerner. Il semble que la période hébraïque, Bible, Talmud, Kabbale, ait été consacrée à la captation réflexive de toutes les composantes du système en cause. C'est la grande époque où, partout sur le globe, les traditions travaillent le thème de la Connaissance, s'appliquant à en fixer les normes. Le temps consacré à cette captation s'arrête-t-il en 1492 ? Année charnière à plus d'un titre. Après l'expulsion des Juifs, le temps du Schin s'amorce-t-il en Espagne, avec Cervantès ? L'histoire officielle n'en dit rien. Mais il est possible d'en reconstituer le singulier mouvement. Je m'y suis essayée dans Don Quichotte, le prodigieux secours du messie-qui-meurt. Cervantès fait exactement ce que prescrit le Schin : le relevé minutieux des valeurs intellectuelles décrivant le système Alef. Opération vieille déjà de quatre siècles, passée inaperçue de la culture active. Ce laps de temps mesure-t-il le vieillissement des religions ? Pendant ce même temps, la science conquiert son droit de parler du réel.

Reste le Reisch. A l'écriture du Reisch, correspond la phase terminale du codage civilisateur. C'est la période culturelle où le système de vérité se fait connaître par référence au savoir objectif. Le Reisch s'est-il laissé prendre aux faiblesses de ma plume écrivant La Face cachée du Cerveau ? Souffleur extraordinaire, poussé de l'avant par le PEL, il a dû me dicter bien des chapitres. Quoi qu'il en soit, la période Reisch est à l'ordre du jour. Nous la vivons. Un signe a trahi son passage en termes événementiels, sur la scène du Temps : la victoire des Bleus au Mondial du Football 98. Marquage de type balle au but. L'événement était si fort, si clair, si éloquent, que je me suis hâtée d'en faire l'exégèse. Elle a été publiée par la revue Occulture en son numéro 2 [ publiée également dans le livre Lire sa Vie ]. Il est important d'en prendre connaissance. Ce séminaire se place dans la séquence ouverte par la victoire symboliquement annoncée au stade de France à Saint Denis. Je l'ai conçu de manière qu'il en soit significativement la suite. La démonstration qui va se faire représente l'enseignement à délivrer pour que le Reisch de Acher devienne réalité culturelle, connaissance vérifiée, intellectuellement consommable. La France est le pays désigné pour mener à bien cette opération de haute signification. Vous êtes les acteurs dans cette entreprise d'intérêt public. C'est qu'elle repose sur la prise de conscience personnelle. 

Il est impossible de minimiser cet aspect de l'affaire. La condition humaine est ainsi faite que nous sommes tous ensemble et un par un les agents du devenir cosmique. Il n'est pas nécessaire de consulter un traité d'anthropologie pour découvrir qu'au sein de l'espèce, nous sommes tous des semblables, bien que chacun soit une réalité unique. Le principe de similitude est lié à la présence du cortex en toute créature humaine. Nous sommes tous égaux face à cette dotation que complète le corps, en sa définition anatomo-physiologique. Nous sommes tous bâtis sur le même modèle de fond. Bras, jambes, nez, bouche, à la sexualisation près. Mais il n'y a que deux sexes et ils reproduisent le duo des deux hémisphères supportant l'unité. Toutefois, la similitude est un phénomène bizarrement corrigé. Comment se fait-il qu'étant formés sur le même modèle structurel, nous soyons façonnés un à un de manière particulière ? Chacun de nous se distingue à sa figure, son aspect, sa voix, sa démarche, son caractère, ses réactions tempéramentales. Son écriture. Ses empreintes. Son temps de vivre. Son moment d'inscription dans le déroulement des générations. 

D'où provient l'inflexion qui, sur un thème unique, organise l'émergence infinie et fascinante de la dissemblance ? La génétique, science récente, nous dit : ce sont les gènes, la manière qu'ils ont de s'apparier, en suscitant chaque fois un être nouveau. Le mélange des chromosomes issus du père et de la mère serait à l'origine de l'incessante variation des modelages humains, chaque individu répondant du modèle commun, en même temps qu'il en est une interprétation singulière. Peut-être. Mais dans la perspective où nous avons regardé jusqu'ici la phénoménologie des choses de la Création, l'explication génétique n'est pas entièrement satisfaisante. C'est en termes de Logiciel sublime qu'il nous faut connaître la raison de la singularité modelée sur la similitude. 

Mais n'est-ce pas compris dans le codage Acher ? Voilà un élément qui édicte d'autorité que le système Alef induit sa structure associée. Le PEL l'introduit dans le Cosmos où il ne cesse de susciter des structures tributaires du système Alef. La Terre n'en serait-elle pas une ? Cortex dont les fonctions se régionalisent largement en zones linguistiques, climatiques. Chacune d'elles, bien sûr, en stricte obéissance au codon initial. Qui suscite donc des cortex dans des cortex. En sorte, comme le dit l'auteur du Zohar, que le réel n'est que cerveau dans le cerveau. La vie à son tour, la Vie historique des hommes se déploie dans un feuilletage invisible d'ordre cérébral. C'est dans cette organicité invisible, que nos existences prennent feu. Nous y tenons le rôle de neurone. De neurone construit sur le modèle absolu puisque le cortex en nous est substantiellement complet. Ce qui n'empêche pas la vie, la planète, toutes cérébrales qu'elles soient dans leur système d'unité d'être assujetties à l'enjeu fondamental du « qui Fait » cosmique. Comme si le cerveau, en nous, n'avait d'autre obligation que redresser la situation et rendre nos événements au codage dont ils sont la projection.

 

 

Ce texte est extrait du livre Inédits 2.

Ce Livre paraîtra prochainement. Les fidèles Lecteurs et Lectrices de Dominique Aubier peuvent retenir dès maintenant leur exemplaire. Le prix du livre sera de 49 euros, expédition incluse pour la France.


vendredi 7 avril 2023

Et Jésus dans tout cela ? Etude du messianisme.

 Le Messianisme

(Et Jésus dans tout cela ?)

par Dominique Aubier


Le messianisme ! Ce terme plonge dans un mystère qui tracasse les esprits. On voudrait savoir de quoi il s'agit. Et d'abord, qu'appelle-t-on « messie » ? Selon l'usage qui en est fait, le Messie serait venu avec le Christ. C'est l'opinion chrétienne. Pour les Juifs, il s'agirait d'une formulation absolue, livrant la vérité éternelle, phénomène prévisible mais non encore échu. Ainsi, le Messie serait venu pour les uns et en attente d'arrivée pour les autres. 

Comment avoir une claire idée, que ce soit en terme de constat ou d'espérance ?

©Francis Roth

Plusieurs choses à savoir : le messie rétablit les critères sacrés en leur conférant une validité irrévocable. Le messianisme est une mise au point décisive de la table des critères initiatiques. Et Jésus, dans tout cela, se demandera-t-on ?

Le Christ est un personnage considérable. A mon sens, il a mesuré historiquement une situation dramatique. Son martyre sur la Croix montre l'image d'une souffrance injuste, d'une condamnation qui ne devrait pas exister. 

Il y a, sur le Tzadé, dix-huitième lettre de l'alphabet hébreu que représente la Croix, un homme cloué. C'est là une image effrayante du sort de l'humanité, signalé dans l'alphabet biblique. Le « péché de Hava » est à l'origine de son malheur. Jésus interprète et subit ce malheur-là. Chaque fois qu'un cycle intérieur fait resurgir l'erreur au titre du retour en phase du thème archétypal, la mort vise le côté parlé de l'évolution. L'erreur dite « Hava » est celle de toute une civilisation qui a cru en la continuité linéaire de la productivité matérielle, en la croissance continue — le serpent — en ignorant volontairement le processus évolutif. Cette ignorance nous menace.

Le Christ en cela n'est pas une mythologie. Il est l'interprète humain symbolisant le sort de l'humanité écartelée entre deux polarités tendues à l'extrême. D'une part la Connaissance, d'autre part les sciences. Il signale cette fracture, cette ligne de séparation entre les deux modalités réflexives. Il est à l'origine d'une ligne de développement spécifique, de métabolisation historique qui passe par Rome et par la Science qui se développera puissamment en opposition à la foi. En sorte que l'Occident est spécifiquement concerné par la Croix. De la Croix naîtra, a contrario, la science. Et que naît de la science ? 

La Croix est un signal très important. On dit d'ailleurs, « faire le signe de la croix ». Il consiste à tracer une verticale du front au bas du sternum et d'une épaule à l'autre, à l'horizontale. La verticale, c'est la ligne du temps. L'horizontale, c'est la ligne de séparation des opposites. La Croix nous envoie, par-delà les millénaires, l'image même de ce qui nous arrive. Le Christ tombe en croix, il meurt, les bras écartés. Cela signifie que le cycle à venir, quand il ouvrira ses deux bras, subira le même supplice. Il restera suspendu à son schéma structural, sans trouver de solution miraculeuse.

La Croix annonce ce qui va se produire, mais elle indique aussi le moyen d'éviter le pire… D'où la résurrection. Celle-ci n'est possible que si nous nous dotons de l'instrument permettant de décrocher (enfin !) le Christ. Cet instrument, c'est la Connaissance. Celle que le messie reçoit, transmet et met au point de manière décisive. Que ce soit clair : le Christ n'est pas l'auteur de cette mise au point, il en est l'annonciateur symbolique. Il assume cela avec un courage inouï, en toute conscience, mettant sa propre vie sur la Croix, devenant par là-même le symbole qu'il représente.

La Croix, symbole terrifiant, est implantée dans l'Histoire. Elle s'élève sur un cycle frappé de commotion. La mise en croix de l'homme juif — et donc celle de toute l'humanité — supplicié par un impérialisme politique qui prétendra s'en laver les mains, représente la négation du verbe par l'absolutisme de l'ignorant. Cette mise en croix de l'homme porteur des symboles de l'Absolu n'est-elle pas l'annonce de la monstrueuse Shoa ?

La Croix a en effet la puissance de recueillir l'avertissement du danger de mort qui vise l'humanité, en un point précis de l'Histoire. Mais elle montre aussi la possibilité du salut… La possibilité du salut est une promesse, une promesse certaine, puisqu'elle a été vécue par le Médiateur. La Croix avec son homme crucifié, c'est l'image de l'humanité écartelée sur le Tzadé en cours. La Croix s'érige à la croisée des chemins, entre les deux extrémités polarisées en opposites d'une flexion qui propage la Connaissance en dépit de tous les obstacles et effondrements spirituels. L'Histoire se porte garante de cette évidence.
La Croix nous dit de redouter l'endroit du Tzadé dans l'édifice cyclique. C'est pourquoi Jésus est appelé Nazir, c'est-à-dire l'homme du Tzadé. Il indique le passage à franchir. Pour réussir la traversée, les bons sentiments, les rituels, la morale, la dévotion ne sont pas suffisants : il faut une claire connaissance du Principe, du référentiel, connaître ce que le prophète Isaïe appelle « les armes de YHVH ». Affaire de mise au clair — c'est toute la préoccupation intellectuelle de Don Quichotte qui ne cesse de fourbir les armes de la Connaissance afin d'agir au mieux dans le monde. Le messianisme définitif ne correspond dès lors plus à un simple acte de foi, mais correspond à la livraison de la grande explication du principe d'unité et ses lois, vérifiée par les sciences. Émergence du processus libérateur du système de vérité, suscitant par là un état de lisibilité plus avancé du monde, nous tirant hors de l'ignorance. Réduire cette ignorance est de notre responsabilité.
 
 
Lectures :

Films :
Les secrets de l'Alphabet hébreu (série de 3 films)
 

vendredi 31 mars 2023

Israel, l'Espagne, la France, au service de l'Esprit 2/2 par Dominique Blumenstihl-Roth

Israel, l'Espagne, la France, au service de l'Esprit 2/2

par Dominique Blumenstihl-Roth

La  première partie de ce texte se trouve ici
Le messianisme s'opère en 2 temps

Il existe, selon la tradition, deux temps réservés au messianisme. Au regard du Code, cela semble normal, s'agissant d'un Redoublement sur thème. La période dite « messie fils-de-Joseph » suivie de celle dite « messie fils de David ».
Le mouvement fils-de-Joseph est ainsi nommé parce que son langage est symbolique et s'apparente au génie visionnaire de Joseph, le fils d'Isaac qui lisait dans les songes. Cette capacité d'adhésion directe à la lecture et la fabrication des symboles est une première instance, correspondant aux phases Remez et Drash de la formule PaRDèS. Elle sont obligatoirement suivies par une seconde instance d'ordre exégétique aboutissant à l'explication des symboles, mise au clair en phase Sod. Ce sera le propre de l'époque « fils de David », appellation en analogie avec le personnage biblique dont le nom s'écrit Dalet, Vav, Dalet : le cycle Vav 6 est encadré par deux Dalet en gauche et droite, deux portes de la compréhension dont celle de gauche assume le regard objectif des sciences et celle de droite l'ouverture par la révélation. Le messie « fils de David » sera doté de cette double vue sur le réel, et assumera cette union, conformément au Het du mot « Machiah ».

Rappelons ce verset de la Tora :

יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר-כְּנַעֲנִים, עַד-צָרְפַת, וְגָלֻת יְרוּשָׁלִַם, אֲשֶׁר בִּסְפָרַד

Dans ce verset biblique "Obadia 20", on s'aperçoit que les noms d'Israël, de France (Tzarfat) et d'Espagne (Sefarad)  figurent dans la même ligne. C'est que ces 3 nations sont impliquées ensemble dans un grand projet civilisationnel, qui consiste à mener ensemble l'opération messianique.


Où se déroulent les deux phases du messianisme ?

« Dans la perspective hébraïque, le moment messianique est prévu comme une déflagration intellectuelle permettant d'établir les données de la Connaissance dans la fluidité de la raison commune ». Or, il ne faut pas confondre la voie culturelle (hébraïque) avec ses lieux de percussion (en face). « Le messie surgit donc dans le domaine de l'ex-plication, et sa propre explication sur lui-même est l'élément essentiel permettant de le cerner. » Il est clair que la coulée de la science dite objective est partie prenante de l'affaire messianique, annoncée en première phase, réalisée en seconde.
Le judaïsme, à n'en pas douter, est la maison de la réception, qui se réalise sur le lieu terrestre à valeur d'aire du langage. Et Israël « est le réceptionnaire génial de l'intégralité des données contenues dans la Parole divine ». L'épopée fantastique du judaïsme réceptionnaire de l'Alphabet a consisté à recevoir, capter et transmettre le message. Le temps de réception l'alphabet a été exclusivement réservé au peuple de Moïse et de Jacob. Mais il y a transfert, changement de lieu pour l'effectuation concrète. Il y a passage du relais, comme l'indique la lettre Schin de Massiah. « Le Messie doit présenter un trait de signification révélateur de sa position en Schin-Maqom, son lieu d'exercice est du ressort objectivant du  "faire" ».

Ce transfert est exprimé dans la prophétie Obadia, qui ne tient qu'une page dans la Torah, mais dont aucune ligne n'est à minimiser, singulièrement celles qui décrivent les étapes de ce transfert : « les exilés de cette légion d'enfants d'Israël répandus depuis Canaan jusqu'à Tzarfat, et les exilés de Jérusalem, répandus dans Séfarad, posséderont les villes du Midi… » Dans ce verset, Séfarad est le nom hébreu de l'Espagne, réceptacle de l'enseignement d'Israël, pays d'Occident missionné à travers Don Quichotte pour faire connaître aux Nations les termes de l'Alliance sinaïtique. « Séfarad signifie plus exactement sefer, descends, livre, descends là. Nous sommes ici dans le cadre de l'ère juive, et la prophétie d'Obadia dit aux exilés de Jérusalem de partir vers Séfarad, c'est-à-dire l'Espagne, et c'est d'ailleurs ce qui s'est produit. En second temps, les exilés se rendront en Tzarfat, c'est-à-dire la France… Il y a donc deux sorties messianiques, l'une en Espagne, l'autre en France… Le prophète Obadia est sans équivoque. Sa prophétie est reprise par Cervantès qui la met en œuvre. Pour Cervantès, le messie pointera son nez en Espagne lorsque la connaissance hébraïque flambera dans ce pays. Pour lui, Séfarad est bien le lieu de la percée messianique. Tzarfat, le lieu de l'aboutissement et de la délivrance : Tzarfat valeur 770 désigne la maison du Mashia… »

Rappelons le concept du Principe de Création : « Le Modèle Absolu a suscité un univers visible, face à l'invisibilité du " maître-hémisphère" dans le Rosch primordial. La chute dans le matériel est le sort cosmique, son malheur mais aussi sa gloire : cette descente dans l'incarnation substantielle, le passage à l'étape messianique la reproduit. Tout comme l'énergie passe de « Qui Sait » en « Qui Fait » à l'instant zéro de la Création, de la même manière archétypalement analogique, l'énergie du Premier Echange Latéral est passée du « Qui Sait » hébraïque — qui ne cesse d'être un « Qui Sait » — au « Qui Fait » espagnol où il rencontre l'esprit capable de mettre en œuvre la charge transmise. De ce transfert naît l'extraordinaire Don Quichotte. »

Selon la prophétie Obadia, Israël, zone de captation du sens, inonde l'aire associative dite Séfarade (Espagne) et à ce titre, l'échange est messianique car le message quitte la zone du sens pour entrer dans celle de l'émission verbale destinée aux Nations. Le messianisme s'accompagne dès lors d'une plongée profonde dans la réalité entraînant le caractère marqué de l'incarnation.

Espagne et France au service du messianisme

Conformément à la prophétie biblique d'Obadia, après l’Espagne qui s’illustre par Don Quichotte, c’est au tour de la France de prendre le relais. Don Quichotte raconte, dans l’épisode du Montreur de marionnettes, l’épopée de don Gayferos traversant les Pyrénées, Mélissandre en croupe, direction Paris. La France est sommée de réaliser un relais dans l’opération messianique. Tzarfat, la France, apparaît comme l'aboutissement et lieu de délivrance du message reçu. La valeur numérique de Tzarfat 770 est à mettre en relation avec le verset de Genèse 28, 14 : « Ta postérité sera comme la poussière de la terre, tu t'étendras à l'occident et à l'orient. » L'expression « tu t'étendras » — en hébreu ufaratza — était la profession de foi du célèbre rabbi Loubavitch Schneerson qui avait noté que le mot Tzarfat (France) s'écrit avec les mêmes lettres que paratsta, tu t’étendras. Il en avait intuitivement déduit le rôle primordial de la France dans le processus de l'extension messianique. Nous ne saurions rester en-deçà de cette subtile perception, ni ignorer les remarquables travaux sur le verset Obadia conduits par Dominique Aubier dans son livre la 23è Lettre de l'Alphabet hébreu qui apporte de fulgurantes précisions permettant d'identifier les acteurs agissant dans le processus messianique.

 
La France lieu bibliquement prévu…

 Tzarfat d'où la doctrine de vérité doit ressortir, afin d'être rendue au peuple dont elle est le patrimoine, donnée entre temps à l'humanité qui doit apprendre à vivre. Tzarfat donne la clé de l'état de savoir à attendre de la France. Le Tzadé devra être considéré comme établi entre la Droite et la Gauche dans le cerveau (Rosch), chargé de dire ses dernières valeurs (Tav).

Dans le verset Obadia, on remarquera que la France est mentionnée d'abord. L'Espagne ensuite. Alors que le circuit historique du transfert se fait dans l'autre sens. La France, apparaît d'abord, parce qu'elle est marqueuse de fin cyclique. L'Espagne ensuite, pour que l'on sache le chemin et combien la traction a été conçue comme décisive. Cette répartition en Occident correspond à la précision voulant qu'il y ait deux messies. L'un « fils de Joseph », en Espagne, l'autre « fils de David », en France.

Tzarfat est le mot-clé.

La lettre Tzadé en initiale montre une double polarité :
ץ
De là vient notre clivage en deux pôles contraires qui déchirent notre pays. La divergence est enracinée dans le génie du pays, manifestée par le Tzadé qui est à l’initiale de son nom. La déchirure vient de ce que les décideurs appuient le plus souvent sur la branche sénestre… Celle du « faire ».
Dominique Aubier écrit à ce sujet : « La France est toujours entre les deux extrêmes. Mais elle s’affirme fortement unitaire quand les contraires se parlent et ils ne se parlent jamais si bien qu’en langue française. C’est pourquoi la France est le territoire du Qorban. Elle est au paroxysme de sa puissance quand elle rapproche les contraires. Elle les met « ensemble » et elle atteint ainsi la véracité communicable qui habite la réalité. »

L'Auteure de l'exégèse messianique poursuit : « Le texte fondateur de cette prise de conscience est toujours le verset 20 d’Obadia. Le prophète désigne Tzarfat comme étant obligatoirement le lieu où surgirait le geyser messianique, après que Séfarad ait préparé le terrain. L’Espagne, de son côté, étale la substance de la doctrine à élucider. La France s’en empare et lui offre le traitement qui en libère l’enseignement. Son nom l’indique. Son génie entre en fonction et en efficience quand le cycle civilisateur en vient à écrire Tzadé. La péninsule ibérique a arrondi la formation cyclique autour du message. La France le soumet alors à son jeu de raquette. Du point Tzadé 900, pléthorique, elle renvoie la balle sur le Tzadé 90 qui la rabat au-dessus de lui sur le Qof. »
« La France, Tzarfat, second lieu du messianisme, est le berceau naturel de ce que la tradition appelle le  "messie Fils de David". Pourquoi ? Parce qu’elle est en équilibre sur les deux pôles de la montée cyclique balisée à l’extrême par la lettre Tzadé. Tzarfat est avant tout l’équation d’une position mentale. »

ץ ר ף ת

« Le mot (Tzarfat - France) considéré lettre à lettre veut dire : ici, la dualité des pôles contraires est à son maximum d’intensité (Tzadé) dans un cerveau (Reisch) qui a la vertu de parler (Pé la bouche) la fin cyclique (Tav). Cette équation a été conçue par l’esprit du prophète Obadia quand il a écrit son verset I, 20, prévoyant la sortie messianique en Espagne et en France. D'où la vocation universalisante de la France. »
L'Espagne (Séfarad) a assuré le relais d'universalisation au travers du Quichotte par Cervantès. Cet écrivain génial est le réceptionniste agréé des acquis hébraïques du Sinaï. Avec lui, l'épopée messianique, dans sa phase effectrice, commence. Il prévoit une suite à son œuvre, une mise au clair, une exégèse réalisant le « désenchantement », c'est-à-dire l'explication des symboles activés dans son œuvre et son décryptage. « Mon histoire aura besoin d'un commentaire pour être comprise » dira son héros. On en peut déduire que l'exégèse du Quichotte est essentielle à la poursuite de l'opération messianique, qui se produit en France, cette fois sous l'appellation « fils de David », dans le pays même où l'explicitation se donne. Puissent ces lignes, ici-même, accompagnées de votre attention, participer à cette opération.

 

La première partie de ce texte se trouve ici.

— Les passages entre « » sont extraits des livres : La 23è Lettre de l'Alphabet hébreu et Don Quichotte, la Révélation messianique

— Voir le film Le messianisme

— Le messianisme de la France : Le secret de Tzarfat et de la France

Exégèse de Don Quichotte, série de 5 ouvrages de Dominique Aubier.

Pour les personnes qui reprendraient des éléments de cette étude, © merci de citer la source.

 

dimanche 19 mars 2023

Israël, l'Espagne et la France au service de l'Esprit, (1/2) par D. Blumenstihl-Roth

Israël, l'Espagne et la France au service de l'Esprit 1/2

par Dominique Blumenstihl 

 

יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר-כְּנַעֲנִים, עַד-צָרְפַת, וְגָלֻת יְרוּשָׁלִַם, אֲשֶׁר בִּסְפָרַד

Dans ce verset biblique "Obadia 20", on s'aperçoit que les noms d'Israël, de France (Tzarfat) et d'Espagne (Sefarad)  figurent dans la même ligne. C'est que ces 3 nations sont impliquées ensemble dans un grand projet civilisationnel…

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Nous le savons, depuis 1948, le peuple juif a fait retour et avec lui, accompagnant sa formule unitaire — le langage. Ce retour, prévu par les textes, fait que les conditions sont remplies pour l'avènement du messianisme. Avec la fin du quatrième exil, qui a pris officiellement fin en 1948 par la création de l'Etat d'Israël, le « Messie » attendu par le judaïsme est donc en puissance de venir, le peuple ayant opéré le « retour à l'archigène » sur le territoire d'origine où les patriarches ont écrit les premières lignes de l'épopée.

Ce retour est un événement dont les répercussions ne cessent d'agir : le monde a du mal à l'accepter. Il faut pourtant regarder les choses en face, comme elles sont et non pas les lire dans l'amertume et la rancœur. L'adversité que suscite Israël naît d'une ulcération due à une incompréhension du judaïsme, d'un rejet de son ontologie. Rien cependant ne peut empêcher que désormais les 4 lettres du mot « Messie » (Machiah) Mem, Schin, Yod, Het soient écrites dans le réel dès lors que la condition « retour » est assumée par le peuple récepteur de la Chékinah. Parlerons-nous en ce sens d'élection, quand le mot biblique « ségoulah » évoque bien davantage la responsabilité contractée et endossée en vertu de « l'Alliance » (Bérith) ?
Le mot « Machiah » demande expressément à être activé depuis la création officielle de l'Etat d'Israël. Si le peuple est revenu sur les terres ancestrales, la Chékinah est-elle pour autant également revenue ? Il se pourrait en effet qu'il reste à écrire la dernière lettre du mot, qui marquerait cette fois le retour de l'absolu, c'est-à-dire l'Alef au bout de Machiah.


Messie s'écrit en araméen avec un Aleph.

L'Aleph signe l'aboutissement messianique, par son retour de la première lettre d'investiture dans le mot qui le désigne. Le Messie (ou la messie, car rien n'empêche que ce soit une femme et je dirais même que c'est probable puisque le messianisme consiste à aller jusqu'au bout du sens, afin de mettre au monde un nouveau cycle : donc affaire de parturition) doit connaître le système Aleph. Sans Aleph, dans son orthographe hébraïque normale, le mot signale le stade de l'attente de celui « qui viendra ».
מ ש י ח
Sa mission est désignée par le Het de terminaison, consistant à unir gauche et droite comme le montre le graphisme de la lettre. Lorsque l'union des contraires s'accomplit entre les deux partenaires de la compréhension du réel — connaissance et science — il en résulte une ère nouvelle, appelée « les temps messianiques ». Cette opération est donc affaire de partenariat entre deux entités, comme l'indique le Het, œuvrant au projet de dévoilement.
Où et quand cela doit-il se réaliser ?
Cela est notifié dans l'Ecriture. En effet, le « roi messie » est nommé « Machikha » avec un Aleph, en araméen, langue proche et jumelée avec l'hébreu dont il est une extériorisation. Araméen en « Qui Fait », hébreu en mode « Qui Sait », les deux langues forment une structure en dualité. Que peut-on en déduire ?

Si l'hébreu n'insère pas l'Aleph dans le mot qui signifie le messianisme, cela signifie que le messianisme annoncé en hébreu ne sera pas réalisé dans son secteur du « Qui Sait ». Il le sera en face, dans une région évolutive en partenariat analogue à l'araméen, en « Qui Fait ». Le Het l'affirme et décrit le processus : affaire de partenariat « Gauche » et « Droite ».

Le territoire du « Qui Fait » est largement impliqué par la présence du Het dans « Messiah ». Or analogiquement, c'est l'Occident qui occupe structuralement ce lieu. Le Messie devrait donc surgir dans la sphère de l'Occident, au travers d'une œuvre écrite, car la divulgation de la Connaissance se fait nécessaire par l'utilisation des Lettres, donc de l'écriture, conformément au phénomène de leur apparition au Sinaï. La mise au clair du sens des Lettres est au cœur de la démarche messianique, devant reconduire par ce dévoilement à l'information d'origine.


Machia sans Alef

Le mot hébreu Machia lance l'appel par le Het (sa dernière lettre) à l'union des contraires représenté par les deux colonnes de cette lettre pleinement reliées par le pont supérieur qui les unit. C'est de l'union entre gauche et droite que doit surgir, après transfert de « Qui Sait » en « Qui Fait » le « messie » opératif, auquel il faudra alors adjoindre la lettre terminale Aleph signalant le retour à l'information première. C'est le sens même de l'union biblique de Ruth, descendante de Moab, avec Booz dont sortira la lignée davidique.
מ ש י ח א
Le mot « Messie » ainsi doté de sa 5è lettre Aleph, lettre du système de vérité, se retrouve dans la formule « Hilkta le Machikha » où le mot « Hilkta » s'écrit avec un Tav d'où sort en effet l'Aleph terminal. Il émerge à la fin d'un parcours historique, nommé la « Halaka », c'est-à-dire la démarche, la marche, l'avancée d'un pas après l'autre finissant par former le chemin, comme le dit le poète Antonio Machado. Un chemin qui cependant s'écrit à l'avant de nous, et non à mesure que les pas écrasent les cailloux que nous regarderions derrière nous. Dans cette expression « Hilkta le Machikha » les deux mots se suivent et se terminent tous deux par un Aleph. Le premier marque la démarche menant à la sortie messianique, le second porte sur le résultat de cette « démarche » qui réalise la sortie effective de l'Aleph, du projet divin. « Le messianisme s'inscrit dans un cycle à vocation constructive » écrit Dominique Aubier, précisant : « on en peut déduire — au risque d'offusquer (ou rassurer) certaines opinions — que si l'alphabet hébreu ne met pas d'Aleph au mot qui désigne le messie, cela signifie… que le messie opératif n'est pas juif et que l'entité qui cependant note et annonce le message, l'hébreu, n'est pas celle qui le met en œuvre. » Il faut en effet distinguer entre l'expéditeur et le destinataire chargé d'action. Le destinataire, c'est « l'Autre », en « Qui Fait », chargé de réaliser ce que l'informateur lui délègue. Israël pour autant ne perd en rien son statut de récipiendaire initial, chargé de mission, étant directement placé sous l'impact de l'information issu du « Qui Sait » cosmique.
Le messianisme relève de la mise en pratique : c'est le don à tous des valeurs doctrinales et leur expansion dans le monde…

Nous y travaillons, avec vous, sans nous séparer de la source informante.

La suite de cette étude se trouve ici.


— Les passages entre « » sont extraits des livres Don Quichotte, la Révélation messianique du Code de la Bible et de la Vie, et La 23è Lettre de l'Alphabet hébreu.

— Une étude sur le sujet est réalisée dans le film Le messianisme

— Le messianisme de la France : Le secret de Tzarfat et de la France

Exégèse de Don Quichotte, série de 5 ouvrages de Dominique Aubier.

Pour les personnes qui reprendraient des éléments de cette étude, merci de citer la source.

mercredi 8 mars 2023

Journée internationale des Droits de la Femme. Corinne et son bourreau. Par Dominique Blumenstihl-Roth

Journée internationale

des Droits de la Femme.

Corinne et son bourreau

par Dominique Blumenstihl-Roth

 

Qu'il me soit permis de raconter l'histoire de mon amie Corinne. Doctorante en biologie, elle s'apprêtait à épouser un fringant athlète directeur d'une salle de sports. Un jour, je m'aperçus qu'elle avait un bleu sur son avant bras droit. Elle le justifia par une chute, une maladresse qui l'avait fait trébucher sur le seuil de son appartement. Nul n'y prêta attention. Leur mariage eut lieu, et le couple semblait filer le parfait amour. Nos rencontres furent plus rares mais je la retrouvais quelques temps plus tard chez une amie commune et là, je remarquais qu'elle portait un hématome au même endroit que six mois plus tôt. Je le lui fis observer, et elle répliqua plaisamment : « eh oui, je suis retombée exactement au même endroit… » Professionnellement, me dit-elle, tout allait bien, et dans peu de temps elle soutiendrait sa thèse universitaire. Je la revis quelques semaines plus tard, chez la même amie. Cette fois, je lui ai demandé de cesser la comédie, d'arrêter de nous leurrer. Elle avait le côté droit du visage tuméfié. « Montre-nous ton bras », demanda son amie. Il était bleu et l'on y voyait clairement l'impact d'un coup.

— Encore une chute dans ton appartement ? demandais-je. Tu tombes beaucoup, ces temps-ci… Dis-nous la vérité. C'est ton mari ? Elle tenta d'esquiver la question, — esquiver, elle en avait l'habitude — mais nous avons insisté et enfin elle avoua que son gentil-mari-si-propre-sur-lui la battait régulièrement, et de plus en plus sévèrement. Que le premier coup, au début, avait cogné le bras droit, quand elle avait tenté de parer la violence : son mari étant gaucher, ses coups de poing s'écrasaient sur la droite de son corps. S'en suivaient des avalanches de gifles, d'insultes… qui allaient crescendo à mesure qu'approchait l'échéance de la soutenance de la thèse.

— Mais pourquoi tu restes ? Pourquoi tu acceptes cela ?

Elle nous répondit la chose la plus sotte que j'ai jamais entendue : — Mais je l'aime, je n'y peux rien. — Tu l'aimes et il te détruit. Car bien évidemment, ta thèse, tu n'as pas pu aller au bout… Et quand il a vu que tu renonçais, il s'est calmé ?

— Oui, dès que j'ai laissé tomber, il est devenu adorable… Jusqu'au jour où je lui ai dit que je reprenais mes recherches et que cette fois j'irais jusqu'au bout… Il m'a tabassée… Voilà le résultat. — Tu ne peux pas continuer comme cela, lui dis-je. Tu dois le quitter. Pour ton bien, et pour lui aussi, car un jour où l'autre cela finira très mal. Tu ne peux pas vivre avec un monstre…

Notre amie s'insurgea. Elle n'acceptait pas que nous qualifions de monstre son tortionnaire. Elle lui trouvait des excuses, des justificatifs dont le plus étonnant fut le suivant : 

— Oui, il me frappe. Mais peut-être je le mérite ? 

— Comment cela, lui dis-je. Comment peux-tu croire que tu mérites d'être tabassée par ce débile ?

— J'ignore pourquoi il le fait, mais s'il le fait, c'est à cause de moi…

Nous étions sidérés, nous ses meilleurs amis : elle était attachée passionnellement à son tortionnaire et chaque coup qu'il lui avait administré avait paradoxalement renforcé le lien de dépendance, créant une sorte de miélinisation de la relation sur la douleur dont elle ne pouvait se défaire. Elle semblait en état d'hypnose, comme si la conscience d'elle-même l'avait fuit, retournant contre elle le poids de la violence qu'elle subissait par autoaccusation : elle avait tout inversé dans son esprit, selon elle, non plus victime mais responsable des tortures endurées. Selon son interprétation, la victime, c'était lui. Nous ne comprenions pas comment une femme intelligente, d'un niveau intellectuel élevé pouvait se retrouver à ce point dépossédée de toute capacité de réflexion quant à sa propre situation. Comment intervenir, quand le déni l'emporte ? Nous avons alerté ses parents. Sur intervention de son père, avec dépôt de plainte en justice, séparation immédiate et mise à distance, suivi d'un déménagement, elle fut tirée d'affaire…

Son mari ? Belle prestance, chaleureux, amical en société. Au delà de tout soupçon. Comédie à laquelle son épouse participait. Etait-elle dépendante de lui, subjuguée par son physique avantageux ? Elle l'aimait, disait-elle, excuse absolue pardonnant à tout. Il était son Maître. Elle ne pouvait pas vivre sans lui, disait-elle, parlant d'un attachement viscéral qui semblait l'engloutir. Quand à lui, bien cintré dans ses vestes de luxe, Dieu sait qu'il était fier d'elle, en société, quand il pouvait présenter sa docteure en biologie, s'attribuant par réverbération les diplômes qu'il lui reprochait de préparer… et dont il tirait l'humiliation de n'en être pas lui-même le titulaire… Jalousie, complexe d'infériorité, crise d'égotisme frustré ? Quelle est la cause, l'origine de la pulsion d'emprise ? Se sentait-il humilié par la supériorité intellectuelle de son épouse ? Fallait-il la « rabattre » au statut d'esclave et réaffirmer, au travers des coups, la puissance du chef ? 


La distorsion de l'inversion

« La conjonction du masculin et du féminin est le secret de la vraie croyance » écrit le Zohar. Il me semble que le mot croyance pourrait y être remplacé par le mot « certitude ». Ou « puissance ». Je m'associe à l'Autre que moi, et je m'unis à lui afin de réaliser une conjonction heureuse. Cependant l'impulsion inversante, par effet de réverbération de l'hémisphère Qui fait, placé en miroir, module le monde selon ce reflet. L'inversion est un phénomène archétypal. Redressée par un acte de conscience, elle ne laisse aucune trace, mais qu'elle s'installe en mode de fonctionnement et dans la durée, la voici qui s'empare de l'esprit et y exerce son empire : l'inversion peut, chez certains individus, graver son pli et y agrandir son sillon chaque fois que l'image de soi est contrariée. A chaque blessure de l'ego correspond une compensation augmentative qui renforce chez la personne l'idéalisation du « moi souverain ». Il supportera de moins en moins tout ce qui pourrait évoquer l'existence d'un « autre que lui ». La haine, l'invective, l'insulte, les coups, expriment la tragique méprise de l'être en qui l'inversion jette son puissant détournement. L'être appelé à être aimé devient objet et victime de la distorsion.
Il me semble que l'idéologie de la haine et de la violence naît de cette inversion : le bourreau est un psychopathe qui se venge de la beauté insoutenable que l'Autre est à ses yeux.
 
Sur le même sujet : Féminicide, lecture initiatique
 
 
 

dimanche 19 février 2023

Don Quichotte, mémoire du Buisson Ardent. Par Dominique Blumenstihl

Don Quichotte, mémoire du Buisson Ardent

Par Dominique Blumenstihl-Roth

 

Le messianisme : l'opération fils-de-David

Le judaïsme, et en cela nous rejoignons l'opinion d'Emmanuel Lévinas et de l'historien Adin Steinsaltz, se trouve actuellement dans un état d'esprit systémiquement insuffisant pour aborder la question du messianisme. Sa doctrine doit être améliorée, souffrant, selon le diagnostic de Dominique Aubier, de ce qu'il ignore la modalité de la 23è lettre de son alphabet. Celle-ci n'est pas active dans son registre, ni même la notion « Rosch ».

Sans doute l'effroyable tragédie de la Shoa contribue-t-elle à cette carence en ce que le meurtre de millions a troué la Communauté en la privant d'esprits qui eurent certainement fait avancer par leur compétence, inspiration et attention éveillée la réflexion sur cette question ardue. Les générations non nées suite au pogrom nazi laissent une cruelle absence dans l'intelligence collective du monde, autant d'esprits et d'ensemencements qui eurent germé et prospéré en lieu et place du désastre qui aura augmenté l'épaisseur des « écorces » (qélipot) encombrant la galaxie. C'est là une perte irréparable.

Que cela plaise ou déplaise, Don Quichotte veille, et son actuation messianique de première instance a opéré, à l'insu des barbares. Avec lui, la lignée hébraïque, prise en relais par l'Espagne (Séfarad !) sans jamais se départir de sa mission, s'en va de par le monde, muni d'un sauf-conduit. Dès lors, la mémoire traditionnelle, sans jamais cesser d'être, se voit relayée par le recours à l'archétype de « l'Eternel retour ». Le souvenir des actes créateurs est ravivé par le « retour archygénique » et les données libérées en fin d'exil, en Edom, se voient confrontées à celles de l'origine dont bénéficia Isaac, à celles que reçut Moïse à qui la vérité fut re-donnée. La continuité du message est assurée, par Rabbi Aqiba, Louria, dernier grand acteur de la mémoire active en mode Qui Sait, avant qu'elle soit reversée en mode Qui fait sur Cervantès dont le héros incarne la prise en compte de l'immense conduction transgénérationnelle du message initial.

Reste à mener l'opération « finale », que la tradition nomme « Messie-fils-de-David ». Elle suppose, comme l'indique le nom de David, que deux portes (Dalet) s'ouvrent afin que la compréhension du réel et de la vie soit totale. Deux portes, à savoir Connaissance et sciences, et il se pourrait que l'ouvrage qui accomplisse au mieux cette performance soit La Face cachée du Cerveau dont on s'aperçoit qu'en effet, il réunit les linéaments des deux instructions opposites formant unité à l'image des deux hémisphères corticaux. C'est ce que la Tradition appelle un Qorban : une union des contraires.

Le dégagement du code des archétypes tel qu'il s'offre dans ce livre correspond à la libération annoncée par le beau verset d'Ezéchiel 16-8 : « Le temps de l'amour est revenu », l'amour étant de toute évidence l'acte par lequel s'exprime l'union des contraires. Opération initiatique conçue par son auteure qui part, précisément de Don Quichotte, ouvrage dans lequel elle a trouvé le motif d'absolu mis en scène et assumé verbalement par son nom « cerebro » que Cervantès s'amuse à transloquer en « celebro », s'agissant en effet célèbrer le motif cérébral de la « Tête enchantée ». Livre « élu » par la sympathie mondiale, élu également au sens biblique du mot « ségoulah », qui s'applique dans l'expression « am segoulah », peuple choisi, peuple « réservé » qui, selon Raphaël Draï, devrait plutôt se traduire par « peuple-dépôt » dans le sens de « dépôt de garantie de l'humanité en devenir ». Don Quichotte est à ce titre, lui aussi, un manifeste de l'esprit, déposé en témoignage de l'acquis sinaïtique, en réserve et en garantie de projection sur l'avenir, en direction d'un futur qui tire vers lui tout ce qui se dépose au présent. Le Quichotte porte l'espoir messianique, il en construit le monument littéraire, devenant par là don QuiXote, où le titre « don » résonne comme « Adon », mot hébreu qui désigne la direction responsable, au sens de la justice, du droit, du « Din ».

 Conscient de la difficulté que rencontre le judaïsme quelque peu pétrifié dans son zèle à respecter le carcan des normes rabbiniques fixées pendant l'exil de Babylone, la volonté de modernisation s'est fait sentir. Elle s'est essentiellement réalisée au travers de la philosophie, respectable discipline qui cependant n'a produit aucune explicitation de la grille systémique et structurelle à l'origine de ces normes. Echec de la philosophie face à la Révélation, il ne reste plus d'autre recours que promulguer l'éternité du questionnement à défaut de le résoudre. De nombreux auteurs ont tenté, par la voie de la psychologie et la psychanalyse de dégager une voie explicative, mais faute de l'assise systémique du code archétypal que la psychanalyse ne cerne pas, de la connaissance exacte du Code des lettres et du référent Roch, ils se sont égarés dans des diverticules freudiens inextricables. Le projet de trouver ce que Raphaël Draï appelait « la consistance psychanalytique du penser prophétique » ne pouvait réussir, car le penser prophétique ne relève tout simplement pas de la psychanalyse.

Face à ces tentatives remarquables d'ouverture et d'actualisation hors du champ strictement religieux, la puissante figure du Quichotte, annoncée par les Textes (Obadia 20), affiche l'identité du Modèle, du « module prophétique ». Il ne cesse de hanter la conscience — ou l'inconscient — du monde : c'est que le Quichotte est l'événement par quoi l'investiture de son auteur s'est déclarée. Certes encore sous voilage symboliste, qui cependant contient l'appel à sa propre élucidation. Don Quichotte dès lors quitte son étagère, dans la bibliothèque l'ayant accueilli comme un beau roman, fondateur du genre et se range définitivement dans la continuité post-zoharique de la kabbale hébraïque ; il est fléché comme l'exposé pratique de mise en œuvre messianique des critères issus de la source.

Le Quichotte, assurément fondé sur une structuration archétypale croisée sur l'expression de la vérité, imite la vie au degré où tout en elle se trame sur la vérité. En rendre compte, en témoigner, s'apercevoir que « nos existences se façonnent sur le même dispositif que celui que donne à voir le Quichotte », revient à relancer l'énergie et miser sur l'opération messianique par quoi l'Alphabet révélé du Sinaï reviendra incendier — mémoire du buisson ardent que les méga-feux caniculaires et la sécheresse de France évoquent dramatiquement — l'atmosphère culturelle du monde, parce que le principe du retour archigénique l'aura apostrophé.

Les temps messianiques commencent par ce « retour » à la source, exigeant une seconde réception de l'Alphabet augmentée d'une claire compréhension de Rosch et son système fonctionnel. Nous y travaillons…

 

Références :

Exégèse de Don Quichotte en 5 volumes

Les secrets de l'Alphabet hébreu (3 films)

 

samedi 4 février 2023

Don Quichotte, ouvreur des temps nouveaux. Par Dominique Blumenstihl-Roth

Don Quichotte, ouvreur des temps nouveaux

par Dominique Blumenstihl-Roth

 

Don Quichotte parmi nous. Photo : Isabelle Bosché©

1. Augmenter la fertilité

« Pendant des millénaires, le relevé des valeurs systémiques du réel a été l'objet de tous les soins initiatiques, en Israël, une réception à partir de laquelle le mécanisme « train d'onde » les a propagées au monde entier où elles ont été recueillies avec la même attention en chaque région linguistique, donnant ainsi prise à la multiplicité et pluralité des traditions… Dans cette manœuvre naturelle, de l'ordre du fonctionnement cortical, le rôle d'Israël est déterminant. Il correspond, au plan planétaire, à ce qu'est, en chacun de nous, la zone de phonation captatrice de l'énergie qui alimente le cortex. Importance topologique et fonctionnelle à distinguer de la prétention humaine à dominer. C'est parce que la nature est d'essence cérébrale que l'aire du langage est appelée à recevoir en premier ce que le Verbe créateur émet en sa « radiophonie » cosmique. Aucun neurologue au monde ne peut nier, aujourd'hui, la prédominance fonctionnelle dont bénéficie l'aire du langage ». 

Ces lignes de Dominique Aubier, reprise de son livre qui traite du messianisme de Don Quichotte, méritent toute notre attention. Sa pertinente analyse se poursuit dans des lignes encore inédites, tirées d'un manuscrit : « l'esprit s'incruste en l'homme au fil du temps et à chaque moment correspond sa dose d'esprit. Mais il faut posséder l'esprit investi par la grâce, au degré de l'investiture qui est celle de son temps. D'autre part, il faut avoir assimilé toute la connaissance recueillie par les livres et par la tradition et l'avoir passée au filtre de son esprit investi pour saisir le message initial actualisé ». Cette actualisation correspond à l'effort réalisé par les vrais maîtres de la doctrine qui ne se contentent pas de répéter : ils ajoutent une part nouvelle à ce qui est déjà compris, il deviennent en cela ce que la tradition appelle des « fontaines ».

La tradition n'est pas sclérosée, elle est constamment vitalisée non par le questionnement devenu projet en soi, mais par la trouvaille originale (Hidouch) fruit d'une inspiration. Ainsi le Verbe se renouvelle et la révélation commencée au Sinaï ne cesse de se donner, tout en tendant vers l'objectivation qui lui est assignée. Faire d'abord, comprendre ensuite est le vieil adage de la tradition, l'acte de comprendre ne pouvant être rédimé ou perpétuellement remis à plus tard : le Verbe descend, et cette descente révèle une part de lui, proportionnelle à la durée de l'ombre de Moïse, pendant le temps qu'il passe par les intermédiaires et métamorphoses dans sa tension vers la révélation achevée. Dès lors, toute œuvre qui rend compte d'un moment stratégique de l'achèvement de la révélation ou d'une étape évolutive vers la délivrance est fertile. Ce sont des œuvres rares, qui provoquent l'étonnement, l'émerveillement de monde et son bonheur. Mais ne croyons pas que tous les prétendus chefs-d'œuvre de la littérature répondent à une telle notion de la fertilité.

 

2.  Don Quichotte et l'enseignement du Sinaï

Le Quichotte appartient au répertoire exigeant des œuvres ayant conquis l'éternité, d'autant qu'il implique les temps futurs dans l'attente du dévoilement dont il demande à faire l'objet. Puissent les lignes s'écrivant ici-même contribuer à cette délivrance, en droite ligne du jet initial que l'exégète première lança en vue de défaire les nodosités que les siècles d'érudition conventionnelle avaient infligées à la compréhension élargie du symbolisme et du codage cervantien. Aussi la surprise fut de taille lorsque parut Don Quichotte prophète d'Israël, l'agrégation du sens littéral qui faisait école jusqu'alors en fut commotionnée, soudain mise face à des critères de lecture dont l'élite conventionnée n'avait ni la connaissance ni l'usage. C'est qu'avec le Quichotte, la méthode de lecture se donne « en même temps » que le texte à étudier, dans le corps même du roman qui repousse hors de lui la dimension romanesque narrative pour devenir un traité « radicalement autre ».

Ce livre a dégagé Don Quichotte en dehors des normes théoriques de l'esprit conventionnel. D'où le malaise d'une certaine culture devant un Quichotte dont elle n'ose admettre, malgré les innombrables preuves versées au dossier, l'étroite connexion à l'herméneutique hébraïque. Au regard de cette tradition, nous estimons que le Quichotte fait partie des ouvrages s'élevant à une dignité égale à celle des Textes, parce qu'il procède de la même source. Encore faut-il connaître cette source, se familiariser avec son langage et sa sémiologie. Vaste savoir initiatique qui s'effectue par les procédés herméneutiques propres. Le langage du Quichotte, puissamment axé sur l'hébreu et les concepts sinaïtiques, s'affirme comme un phénomène linguistique où la référence hébraïque, indubitable, signe l'originalité d'une pensée qui constitue par elle-même le lieu privilégié de sa signification, au-delà du narratif et du symbolique. Il s'agit donc de saisir le Quichotte sur le vif, à son niveau le plus original, je dirais dans la sauvagerie brute d'un cerveau non encombré par les compromissions neutralisantes.

 

3. La responsabilité du Lecteur

Le Quichotte exige une vive participation du Lecteur et ne livre son secret qu'à ceux qui le scrutent « avec une attentive sympathie, sachant que le sens doit s'arracher par un effort permanent, des signes qui forcément le dissimulent ».

La responsabilité du lecteur est engagée face au Quichotte, livre que l'on ne referme pas sans avoir subir la métamorphose transformant la chrysalide en papillon dont les ailes portent la fine poudre des critères initiatiques. La lecture du Quichotte s'avère comme un « acte valable », dirons-nous, pour adopter l'expression talmudique. Une lecture transformante de la réalité non seulement psychique mais du monde réel en ce qu'elle restaure l'influx nerveux au sein de la structure nerveuse de l'individu mais aussi dans l'édifice séphirotique de son environnement : lire le Quichotte et le comprendre est une restauration du monde ; un salutaire retour vers le « Lieu » (Maqom) : le Quichotte est à coup sûr « un lieu près de Moi », au sens même d'Exode 33-21 où le texte ne dit pas « Je suis en ce lieu » mais que c'est « un lieu près de Moi ».

 

4. La leçon de Don Quichotte

La leçon du Quichotte est à la fois « retour » — Et si ton cœur court, reviens vers le Lieu (Ezéchiel 1-14) — et simultanément « avancée » irréversible vers davantage d'intelligibilité : « chaque mot dont le sens se renouvelle grâce à l'effort consenti, Dieu en fait un firmament ». Et dût-il en apparence prendre l'aspect du burlesque ou du comique qui pourrait offusquer l'esprit révérencieux, le héros ne manque pas de renouveler, d'affûter l'art de la lecture/écriture, sans jamais quitter le territoire mental du Horeb, en projetant toutefois l'irradiation loin dans le monde jusqu'alors ignorant de la Révélation alphabétique et de sa nécessaire mise au clair où trois logiques s'enchevêtrent comme une chevelure tressée en une natte resserrée et enroulée sur la tête : la mèche de l'histoire racontée se croise avec celle de la symbolique qui s'en dégage et toutes deux s'entrelacent sur la troisième frange, celle de l'exigence attendue, formant toutes ensemble une solide unité. Le Quichotte s'avance dès lors en une interprétation renouvelée de la vaste érudition kabbalistique antérieure, remontant jusqu'au Séfer Yetsirah, si bien que tout l'ouvrage cervantien en devient parole originale, présente, et terre nouvelle. Il écarte les murs, repousse les limites des cercles où la lecture s'enferme sur elle-même : il est un guide d'action donnant à voir sa grille.

On est libre, bien entendu, de lire Don Quichotte en se laissant glisser sur l'enchaînement des événements racontés, il n'en est pas moins clair que Don Quichotte n'est pas une amusette « que le respect des valeurs admises permet de saluer à condition de ne pas l'interroger… »

 Son implication dans le monde est singulière, monde qu'il veut transformer au moyen de critères inhabituels, — ses paramètres systémiques — entendus comme « fous » par les arguments de la raison ordinaire. Et cependant, nous le savons bien, c'est le Quichotte qui a raison de la raison, tant sa liberté abandonnée à la « sur-raison » l'emporte : Don Quichotte est ce que l'on appelle un homme vrai, qui ne se laisse pas emporter par la vague des événements, il les traverse, il les voit par son œil de voir, il les innove.